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Mobilisation d’urgence

Vers une fusion des complexes militaro-industriels et de renseignement américain et israélien ?

13 juillet 2026

Il reste peu de temps pour infléchir la position du Congrès des États-Unis, qui doit voter le budget 2027 pour la défense. Sous l’intitulé « Loi d’autorisation de la défense nationale » (NDAA), le vote instituerait de facto un « partenariat israélo-américain » se concrétisant, dans les faits, par la fusion du complexe militaro-industriel américain avec les Forces de défense israéliennes (FDI).
Il dépouillerait les Etats-Unis de toute souveraineté, déjà sérieusement érodée, sur ses propres actions en Asie du Sud-Ouest et – pire encore – les impliquerait directement, au regard du droit international, dans les crimes de guerre et le génocide perpétrés ces trois dernières années par le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou à Gaza et dans l’ensemble des territoires occupés.

La mobilisation contre ce texte est d’une importance capitale et elle prend de l’ampleur aux Etats-Unis, notamment avec l’action du député républicain Thomas Massie.

Alos que le soutien de la population américaine à Israël s’effondre au fur et à mesure que les preuves accablantes du génocide à Gaza s’accumulent et que les actes barbares des colons israéliens contre les Palestiniens sont parfaitement documentés - pour quiconque veut savoir ce qui se passe - le député américain du Kentucky (Rép.) Thomas Massie » monte au créneau pour alerter sur le risque qu’un vote aux implicatoins particulièrement importantes soit adopté incognito par le Congrès.

En effet, celui-ci s’apprête à adopter un « partenariat israélo-américain » englobé dans la Loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) - notamment l’article 219 dans la version que doit voter la Chambre des représentants (les députés) et l’article 1217 dans celle du Sénat - qui aurait pour conséquence pratique de fusionner les complexes militaro-industriels et de renseignement américain et israélien.

Le 10 juillet, Thomas Massie informait ses 1,7 million d’abonnés sur X que la commission du règlement de la Chambre des représentants se réunirait dès lundi 13 juillet en soirée « et déciderait si notre amendement visant à supprimer l’article 219 (fusionnant les technologies et les chaînes d’approvisionnement militaires américaines avec celles d’Israël) de la NDAA ferait l’objet d’un vote. S’ils ne permettent pas que notre amendement soit soumis au vote, je voterai contre leur règlement. »

Peu après, il publiait une mise à jour de son message, indiquant que « la commission du Règlement n’a PAS prévu d’inclure la NDAA dans l’ordre du jour de la semaine prochaine ». Afin d’éviter tout ralentissement de la mobilisation visant à pousser le Congrès à bloquer cette mesure, Massie a ajouté qu’il ne supprimerait pas ce tweet, « car à un moment donné, les dirigeants de la Chambre soumettront la NDAA au vote en séance plénière, et la feront probablement passer par la commission du Règlement. Nous ne savons tout simplement pas quand. »

La veille, le 9 juillet, la candidate indépendante à la présidence Diane Sare avait publié un tract de campagne, intitulé « Pas de fusion avec Israël ni avec aucune autre nation », exhortant les citoyens américains à exiger de leurs représentants au Congrès qu’ils suppriment les sections concernées de la NDAA, à savoir la section 219 dans la version de la Chambre des représentants et la section 1217 dans celle du Sénat. « C’est une trahison » que de proposer de fusionner tous les aspects du département américain de la Défense avec l’État d’Israël » avertissait Diane Sare. « S’engager dans une telle coopération avec N’IMPORTE QUEL pays étranger constituerait une menace pour la sécurité nationale des États-Unis et la sécurité du peuple américain… Mais il ne s’agit pas de n’importe quel pays ; il s’agit d’Israël : un État actuellement dirigé par des criminels de guerre qui commettent un génocide et un nettoyage ethnique contre la Palestine et le Liban… Appelez vos élus dès aujourd’hui et tous les jours jusqu’à ce que leur bureau confirme qu’ils ne voteront pas la NDAA si elle comprend une disposition visant à fusionner nos forces armées avec celles d’Israël ou de toute autre nation. »

Le dernier signe en date montrant que le Congrès subit la pression de ses électeurs sur cette question est le reportage publié le 9 juillet par l’agence de presse Reuters, selon lequel six sénateurs démocrates ont publié une lettre conjointe s’adressant à leurs « Chers collègues » pour les exhorter à bloquer l’adoption de la loi NDAA sur les dépenses militaires jusqu’à ce que le Sénat débatte de la section relative à la fusion avec Israël. « En tant que sénateurs démocrates, nous ne devrions pas apporter nos voix pour contraindre le président Donald Trump à renforcer les relations des États-Unis avec le gouvernement extrémiste de Netanyahou », rapporte Reuters en citant la lettre, rédigée à l’initiative du sénateur du Maryland Chris Van Hollen. Jeff Merkley (Oregon), Ed Markey et Elizabeth Warren (Massachusetts), ainsi que Peter Welch et Bernie Sanders (Vermont) auraient également signé cette lettre.

Le canari dans la mine

L’adoption d’une telle mesure ne s’apparenterait pas seulement à un séisme dont les conséquences, parfaitement présivibles, garantiraient la guerre de tous contre tous, elle interviendrait alors même qu’Israël vient d’infliger une humiliation sans précédent au Congrès en détenant pendant 1h30 le député démocrate de Californie, Ro Khanna, alors qu’il était en visite en Cisjordanie.

« Nous étions dans un village que des colons israéliens avaient détruit ; ils avaient détruit l’école, ils avaient détruit ce village, et nous étions simplement en train de regarder les dégâts. Et ces voyous sont arrivés avec des mitrailleuses — des M4, des mitrailleuses de fabrication américaine — et ils nous ont retenus. Ils ont bloqué la route. Puis ils ont appelé l’armée israélienne (IDF), et celle-ci s’est rangée de leur côté, pas du côté des Américains », a déclaré le député Ro Khanna à Reuters jeudi soir, selon un article publié aujourd’hui dans le Times of Israel.

Ro Khanna, le député démocrate de Californie a lui-même raconté au New York Times->https://www.nytimes.com/2026/07/11/us/politics/ro-khanna-west-bank.html?unlocked_article_code=1.w1A.TRU0.uRTefevt1Hhb&smid=url-share] comment les colons l’ont raillé et insulté lui et son équipe. Deux véhicules des Forces de défense israéliennes (Tsahal) se sont arrêtés, mais au lieu d’ordonner aux colons de se disperser, les soldats ont bavardé avec eux, et lorsque les colons sont partis, ils ont déplacé une voiture afin de continuer à bloquer le passage. Finalement, après des appels passés à l’ambassade des États-Unis, la police israélienne est intervenue pour mettre fin à cette détention.

Ro Khanna a déclaré : « Je me suis senti impuissant dans cette situation… Imaginez ce que ressentent chaque jour les Palestiniens sous l’occupation, s’ils parviennent à faire en sorte qu’un député américain se sente impuissant pendant 90 minutes. »

De nombreux médias rapportent désormais les agissements scandaleux des colons et des FDI, et le député a commencé à publier des vidéos et des photos de sa visite en Cisjordanie. Des interviews réalisées dans les différentes villes qu’il a visitées y figureront. Il a déclaré aux reporters qu’il s’était déjà rendu plusieurs fois en Israël, mais comme il n’avait jamais parlé à des Palestiniens, il a décidé de se rendre lui-même en Cisjordanie. Comme il l’a confié au New York Times, il a désormais constaté de ses propres yeux « les conditions proches de l’apartheid, les inégalités » dont sont victimes les Palestiniens. « Aucun Américain ne soutiendrait cela », a-t-il déclaré, « s’il connaissait les détails de ce qui se passe ici. »

Khanna a également déclaré qu’il « envisageait sérieusement » de se présenter à la présidence des États-Unis, et ce d’autant plus après ce voyage. Il a promis que, indépendemment de sa participation ou non, il parlerait de ce qu’il a vu partout aux États-Unis. L’establishment du Parti démocrate « n’a aucune idée de l’ampleur du défi moral que représentent désormais la Palestine, Gaza et Israël », a-t-il ajouté.

Si vous n’êtes pas prêt à défendre les droits humains des Palestiniens, si vous n’êtes pas prêt à dénoncer le génocide à Gaza et l’apartheid en Cisjordanie, alors vous êtes moralement compromis », et vous ne défendrez pas non plus la justice pour les Américains. Le Times of Israel a noté dans son article qu’en mai, un sondage Reuters/Ipsos avait révélé que la cote de popularité d’Israël parmi les démocrates n’était que de 22 % (contre 59 % en 2018), et a rappelé à ses lecteurs que l’ancien chef de cabinet de Barack Obama, Rahm Emmanuel, avait également averti cette semaine à Tel-Aviv que « les politiques israéliennes envers les Palestiniens érodaient le soutien à l’alliance américano-israélienne ».

Aucune des publications sus-mentionnées ne mentionne cependant la mobilisation croissante contre le projet de budget de la défense alors que cet incident devrait être, par excellence, un signal alertant sur la nécessité de bloquer une telle législation.

C’est dans un tel contexte que Khanna a également déclaré qu’il « envisageait sérieusement » de se présenter à la présidence des États-Unis, surout après après ce voyage. Il a promis que, indépendamment de sa décision, il parlerait de ce qu’il a vu partout aux États-Unis. L’establishment du Parti démocrate « n’a aucune idée de l’ampleur du défi moral que représentent désormais la Palestine, Gaza et Israël », a-t-il ajouté. « Si vous n’êtes pas prêt à défendre les droits humains des Palestiniens, si vous n’êtes pas prêt à dénoncer le génocide à Gaza et l’apartheid en Cisjordanie, alors vous êtes moralement compromis », et vous ne défendrez pas non plus la justice pour les Américains. Le Times of Israel a noté dans son article qu’en mai, un sondage Reuters/Ipsos avait révélé que la cote de popularité d’Israël parmi les démocrates n’était que de 22 % (contre 59 % en 2018), et a rappelé à ses lecteurs que l’ancien chef de cabinet de Barack Obama, Rahm Emmanuel, avait également averti cette semaine à Tel-Aviv que « les politiques israéliennes envers les Palestiniens érodaient le soutien à l’alliance américano-israélienne ».

Maintenir la pression, à tout prix

Dans un tel contexte, on comprend mieux la nécessité de faire aboutir ce texte, coûte que coûte. Ainsi, bien que probablement rédigée le 9 ou le 10 juillet, la « Note éditoriale » du Jerusalem Post intitulée L’alliance américano-israélienne… doit devenir un partenariat figure toujours en première page du site Internet du journal. Elle met en avant l’argument selon lequelque les États-Unis « tirent » de grands avantages du « MOP », c’est-à-dire le mémorandum de partenariat. Quels sont-ils ? La rubrique intitulée « Ce que l’Amérique y gagne ». y répond :

Le « plus grand » avantage serait que les troupes américaines n’auraient pas à défendre Israël, comme c’est le cas en Europe. Un argument qui amène une simple question : puisque’Israël mène actuellement des guerres offensives, agressives et non provoquées, que font donc sur place tous ces moyens navals américains, ces marines et ces marins américains ?

Deuxième argument : le président Trump pourrait s’inspirer du « Dôme de fer », le système israélien de défense pour son propre projet de guerre spatiale baptisé « Golden Dome ». Seul problème, le « Dôme de fer » n’a pas réussi à défendre Israël contre les attaques yéménites, iraniennes et certaines attaques du Hezbollah, toutes provoquées par des invasions israéliennes.

Ensuite : l’intelligence artificielle. « La guerre assistée par l’IA est un sujet délicat. L’utilisation par Israël, sur le champ de bataille, de systèmes d’aide à la décision et de commandement numériques soulève de difficiles questions juridiques et morales, et c’est normal. Mais c’est précisément pour cela que cette expérience importe au Pentagone… » [sic !]

Enfin, la cyberguerre : Selon le Washington Post, des enquêteurs israéliens et américains avaient collaboré pour découvrir les faits concernant le programme nucléaire iranien et pour s’y attaquer.

Il s’agirait du programme nucléaire civil de l’Iran, auquel ce pays a droit en vertu de son souveraineté nationale, et dont Washington et Tel-Aviv jurent qu’il ne devrait jamais être autorisé à disposer. L’ édit religieux, ou fatwa, qu’avait instauré Ali Khameney contre les armes nucléaires n’y est pas mentionné, pas plus que la détention d’armes nucléaires par Israël.

Pire, le véritable argument, ouvertement admis, est le même que celui avancé par le chancelier allemand, Friedrich Merz, au sujet de la guerre contre la Russie : la guerre est bonne pour créer des emplois en Amérique...

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