« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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La conférence de l’Institut Schiller dans le Times of India

17 juin 2026

Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et l’affirmation d’un monde multipolaire, les participants de la conférence internationale de l’Institut Schiller des 30 et 31 mai, à Berlin, ont chacun défendu l’idée qu’une paix durable passe par la prise en compte des intérêts de sécurité de toutes les nations et par le dépassement des logiques géopolitiques héritées du XXe siècle.
Ici, Mrutyuanjai Mishra, présente ces conceptions à un large public indien.

Sous le titre Un été pour la paix ? Au-delà de la géopolitique, vers une nouvelle architecture de sécurité internationale, Mrutyuanjai Mishra, l’un des intervenants à la conférence de Berlin des 30 et 31 mai, a rédigé un article dans le Times of India au sujet de cette conférence. L’article a été publié le 15 juin dans la rubrique Voices (Points de vue), dans les sections Monde et Inde tant dans l’édition numérique que dans l’édition papier sachant que celle-ci affiche le plus grand tirage au monde, tandis que l’édition numérique se classe au cinquième rang mondial. Originaire d’Inde et résidant aujourd’hui au Danemark, Mrutyuanjai Mishra a pris la parole lors de la conférence pour évoquer l’oppression de l’Inde par l’Empire britannique et ses répercussions durables.

L’article traduit en français :

Alors que les conflits armés continuent de faire rage en Europe de l’Est et en Asie du Sud-Ouest, les citoyens du monde entier se posent une question simple mais profonde : où sont les dirigeants capables d’imaginer un avenir au-delà d’une guerre sans fin ? À l’heure où les dangers d’une escalade — y compris le risque d’une confrontation directe entre puissances nucléaires — restent bien réels, il est urgent de repenser en profondeur les relations internationales et la sécurité mondiale.

Les conséquences économiques de ces conflits se font déjà sentir bien au-delà du champ de bataille. La hausse des prix de l’énergie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, l’insécurité alimentaire et l’augmentation des dépenses militaires font peser un fardeau énorme sur les sociétés du monde entier. Pourtant, malgré ces dangers, le discours politique dominant reste souvent prisonnier du cadre de la géopolitique, où les nations sont considérées avant tout comme des concurrentes engagées dans une lutte perpétuelle pour le pouvoir.

Cette question était au cœur d’une récente conférence organisée par l’Institut Schiller à Berlin les 30 et 31 mai. Réunissant d’anciens responsables gouvernementaux, des diplomates, des universitaires, des journalistes, des experts militaires et des militants pour la paix issus de plus d’une douzaine de pays, la conférence s’est concentrée sur deux thèmes : « Le besoin urgent d’une nouvelle architecture internationale de sécurité et de développement » et « La fin de 500 ans de colonisation : vers une nouvelle ère de paix et de développement ».

J’ai eu l’honneur d’être invité en tant qu’intervenant à cette conférence, où j’ai abordé l’impact du colonialisme sur le sous-continent indien. Mon intervention a exploré les conséquences économiques, culturelles et géopolitiques à long terme de la domination coloniale et a examiné comment l’héritage de l’empire continue de façonner les relations internationales aujourd’hui. La discussion a renforcé le thème général de la conférence : une paix durable nécessite non seulement de mettre fin aux conflits actuels, mais aussi de comprendre et de surmonter les structures historiques qui ont contribué aux inégalités et aux divisions entre les nations.

Ce qui est ressorti des discussions, c’est une remise en cause du cadre géopolitique dominant qui façonne les affaires internationales depuis des décennies. Plutôt que d’accepter un monde fragmenté en blocs géopolitiques rivaux, de nombreux participants ont plaidé en faveur d’une nouvelle architecture de sécurité qui tienne compte des intérêts et des préoccupations légitimes de toutes les nations.

Lors de la conférence, la fondatrice de l’Institut Schiller, Helga Zepp-LaRouche, a fait valoir que la crise mondiale actuelle découle des efforts visant à préserver un ordre unipolaire en déclin.

Helga LaRouche a appelé à la création d’une nouvelle architecture internationale de sécurité et de développement qui inclurait toutes les nations et respecterait les préoccupations légitimes de chacune en matière de sécurité. Elle a souligné que les pays occidentaux devraient s’engager de manière constructive auprès des pays du Sud, qui recherchent de plus en plus des alternatives aux anciens modèles de domination économique et politique. »

Les récents événements au Moyen-Orient ont mis en évidence à la fois les dangers d’une escalade et les possibilités offertes par la diplomatie.

Les informations faisant état d’une évolution vers un règlement diplomatique entre Washington et Téhéran indiquent que même des adversaires profondément enlisés dans un conflit peuvent renoncer à la confrontation lorsque le coût de la guerre devient trop élevé. Si elle se poursuit, une telle diplomatie pourrait ouvrir la voie à une stabilisation régionale plus large impliquant l’Iran, les États du Golfe et les États-Unis.

Le même principe s’applique à l’Ukraine. Alors que les développements militaires font la une de l’actualité, une paix durable nécessitera en fin de compte des négociations qui répondent aux préoccupations de toutes les parties en matière de sécurité.

Cela soulève des questions urgentes pour l’Europe : est-il possible de mettre en place un cadre de sécurité durable incluant la Russie, ou la confrontation restera-t-elle l’approche par défaut ? Ces questions ne peuvent être éludées indéfiniment.

Il existe également un risque réel d’escalade au-delà de l’Ukraine. Les tensions croissantes dans la région de la mer Baltique ont transformé ce qui était autrefois l’une des zones les plus paisibles d’Europe en un foyer géopolitique potentiellement explosif. Les pays nordiques, longtemps associés à la stabilité et à la diplomatie, risquent d’être entraînés dans une confrontation plus large entre l’OTAN et la Russie. Un tel revirement représenterait un échec cuisant de la diplomatie.

La réalité géopolitique déterminante du XXIe siècle est l’émergence d’un monde multipolaire.

L’essor de la Chine, la résilience de la Russie, l’influence croissante de l’Inde et le rôle grandissant de puissances intermédiaires telles que le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, le Canada et les États européens sont en train de redessiner les structures du pouvoir mondial.

Cette transformation ne nécessite pas de confrontation. Elle exige au contraire une coopération entre les multiples centres de pouvoir afin de garantir la stabilité.

Les tentatives visant à préserver un ordre unipolaire par des moyens militaires risquent de générer l’instabilité même qu’elles cherchent à éviter. Un système multipolaire fondé sur la diplomatie et le développement offre une voie plus durable. »

L’humanité se trouve à un carrefour historique.

Une voie mène à la poursuite des rivalités géopolitiques, à l’expansion des blocs militaires, à l’escalade de la course aux armements et au risque de guerres plus vastes. L’autre mène au dialogue, au développement et à une nouvelle architecture de sécurité internationale fondée sur des intérêts communs et le respect mutuel.

Le défi auquel l’humanité est confrontée n’est pas seulement politique, mais philosophique. Acceptons-nous la vision de Thomas Hobbes, celle d’une compétition et d’un conflit sans fin, ou adhérons-nous à la conviction que les êtres humains sont capables de raison, de créativité et de coopération ?

La plus grande leçon de notre époque est peut-être qu’aucune nation ne peut assurer sa sécurité en mettant les autres en danger. Une paix durable ne verra le jour que lorsque le monde reconnaîtra que l’humanité forme véritablement une seule et même famille.

Alors que les conflits au Moyen-Orient montrent des signes d’apaisement, l’espoir renaît que la diplomatie puisse à nouveau devenir possible ailleurs. Si les dirigeants sont prêts à dépasser les schémas géopolitiques habituels et à adopter une vision plus large de l’avenir commun de l’humanité, cet été pourrait rester dans les mémoires non seulement comme une trêve dans les conflits, mais aussi comme le début d’une nouvelle ère de paix.

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