« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller
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15 janvier 2026
par Christophe Lavernhe
Ces trente dernières années la politique étrangère américaine n’a jamais vraiment changé, quelle que soit l’administration en place. Washington se posait en gardien de l’ordre unipolaire de l’après guerre froide. Avec la première administration Trump et plus encore la deuxième, cela est remis en cause. C’est d’abord dans la conduite à tenir vis-à-vis de la Russie que le changement a été le plus notoire. Alors que l’administration Biden s’accrochait encore à l’illusion d’une hégémonie américaine ad vitam æternam, Donald Trump est plus réaliste. Confronté aux progrès de la Russie et de la Chine entre autres, il mesure les faiblesses américaines sur les plans économique et stratégique. Il constate la réalité d’un monde devenu multipolaire et en tire les conséquences en promouvant une politique plus équilibrée envers Moscou. Ainsi, les États-Unis s’opposent désormais à tout élargissement de l’OTAN lit-on dans le document Stratégie de sécurité nationale américaine 2025 diffusée le 4 décembre 2025. S’agissant précisément du conflit ukrainien, le choix est laissé aux Européens, l’Ukraine faisant partie de leur zone d’influence, de s’enferrer seuls dans leur attitude belliciste, qui va jusqu’à réclamer une « frappe préventive » contre la Russie. Mais, dans le schéma multipolaire tel qu’ils le conçoivent, les États-Unis veulent aussi et surtout renforcer leur emprise sur leur propre pôle, à savoir les Amériques au sens large, qui vont du Groenland au nord, à la Terre de feu au sud, en passant par l’Amérique centrale.
Les déclarations de Trump en faveur d’une pacification en Palestine et en Ukraine ont d’abord provoqué l’ire de l’État profond américain... et de son junior partner au sein de l’UE. La fuite en avant récente du Président semble mieux leur convenir dans la mesure où elle accroit les risques de chaos et de guerre. Cela redistribue les cartes, à l’avantage notamment du lobby militaro-industriel. A ceci prêt que ce lobby, et l’armée qu’il est censé fournir, ont du eux aussi se rendre à l’évidence, le déclin économique et stratégique du pays les empêchent de demeurer à la pointe. D’où le développement d’une nouvelle doctrine militaire, dévoilée en 2018 et mise à jour en 2025, qui prend en compte cet état de fait (lire l’article joint : Globalisation et privatisation de la guerre, l’évolution de la stratégie de défense américaine). Le Pentagone veut surtout se donner du temps avant d’aborder la mère des batailles, contre la Chine.
La trajectoire indiquée a pour horizon un conflit de haute intensité dont les puissances occidentales ne sont pas encore capables, pense-t-on du côté des bellicistes, mais qu’il faut préparer.
La perspective d’un conflit de haute intensité repose côté américain sur le prédicat d’une supériorité qui, on vient de le voir, n’a plus lieu d’être. On entend encore dire pourtant que la force brute des nations émergentes serait trop « primitive » face à un monde développé qui maîtriserait la complexité. N’ayant plus les moyens physiques de la victoire sur un territoire donné, l’Occident en aurait, avec moins de divisions sur le champ de bataille, les moyens intellectuels : coup d’état, changement de régime, manipulation de l’opinion, raids surprises. C’est ce qu’on voit se dérouler au Vénézuela depuis l’enlèvement de Nicolás Maduro. Ces méthodes peuvent certes affecter les pays actuellement les plus vulnérables. Par contre, elles sont mises en échec si elles sont confrontées à une puissance industrielle et une puissance de feu corrélative supérieures. C’est ce que montre la Russie dans le conflit ukrainien : devenue en partie digitale, la guerre moderne y repose avant tout sur des performances qui relèvent du monde physique (capacité de feu à grande échelle). Et c’est tout le problème des pays autrefois industrialisés qui, sur ce plan, ont failli.
Ayant quitté les repères du monde réel, nos économies se perdent de surcroit dans un monde virtuel de « vérités » alternatives. Il en résulte à la fois une confusion mentale et une pensée désidérative (wishfull thinking en anglais).
Confusion mentale parce qu’on ne sait plus où commence la guerre et où finit la paix, à quel moment le mensonge s’habille en vérité, le pillage en développement, les civils en combattants, les préoccupations humanitaires en crimes contre l’humanité etc. On voit ce que cela donne au Moyen Orient, aux bons soins des géants de la Tech (voir infra).
Pensée désidérative parce que nos croyances sont basées sur ce qu’il est agréable d’imaginer (et/ou ce qu’il est trop dur d’envisager, par exemple une défaite de l’Ukraine), plutôt que sur des faits réels, vérifiables ou rationnels.
Précisément, la réalité nous montre que les poids lourds du Sud planétaire sont en train de prendre le dessus en terme de capacités et de performances militaires classiques mais pas seulement. Les progrès, plus récents mais tout aussi considérables, dans les domaines de l’AI et du virtuel, surtout à partir de la Chine, tutoient les performances occidentales.
Plutôt que de prétendre arrêter l’élan des nouveaux pays non-alignés, il appartient donc à chacun des pays occidentaux de se rapprocher du Sud planétaire en proposant sa collaboration à des projets communs, nécessitant le partage des technologies et l’établissement de relations gagnant-gagnant, sur tous les plans. Le chemin est tracé par Madame Zepp-LaRouche dans l’appel qu’elle a lancé le 12 décembre 2025, pour « Quitter l’OTAN, la dissoudre et créer une alternative ». A signer et à diffuser de toute urgence.