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Russiagate : le dossier vide du procureur Mueller

29 mars 2019

Le 22 mars, suite à près de deux ans d’enquêtes conduites par une petite armée d’enquêteurs pour un coût estimé à plus de 25 millions de dollars, le procureur spécial Robert Mueller a enfin remis son rapport au ministre de la Justice William Barr. Et la montagne a accouché d’une souris !

En effet, le rapport conclut que ni le président Trump, ni sa famille, ni sa campagne électorale n’ont été complices de l’ingérence du gouvernement russe dans l’élection présidentielle de 2016. Et contrairement aux attentes de beaucoup, il ne recommande aucune mise en inculpation.

Quant à l’ « obstruction de justice » dont Donald Trump était accusé (y compris pour avoir limogé le directeur du FBI James Comey, ce qui pourtant fait partie des prérogatives présidentielles), Mueller a refusé de le disculper sur ce point, mais tout en admettant qu’il ne disposait pas de preuves permettant de le condamner ! Le président Trump a noté, avec raison, qu’il s’agissait d’ « un coup illégal qui a échoué ».

A cet égard les inculpations ces derniers mois de personnes associés à Trump, sur fond de battage médiatique intense, n’avaient aucun rapport avec la Russie ni même avec Donald Trump. Celles-ci semblent surtout avoir été motivées par l’espoir de voir certaines de ces personnes se retourner contre Trump et « passer à table ».

Malgré les conclusions de Mueller, les adversaires les plus féroces de Trump dans le Parti démocrate jurent de faire destituer le Président coûte que coûte, et ils peuvent compter sur le soutien tout au moins indirect du « parti de la guerre » dans le camp démocrate comme dans le camp républicain. Leur crédibilité auprès des Américains est cependant au plus bas, et même la présidente (démocrate) de la Chambre Nancy Pelosi se montre très réticente, craignant que cela ait un effet boomerang. Selon un sondage conduit la semaine dernière par CNN, le nombre d’adultes favorables à une procédure de destitution a chuté de 43 % en décembre à 36 % aujourd’hui.

Comme nous le soulignons depuis le début, l’enjeu du Russiagate n’a jamais été une quelconque collusion entre le Président élu et la Russie, ni la crainte que Trump soit « une marionnette de Poutine », même si telle est la rhétorique régurgitée tous les jours par les médias « mainstream ». Son but était de faire tomber pour des raisons politiques le Président nouvellement élu, ou à défaut de le harceler au point où il ne serait plus en mesure de réaliser son intention déclarée d’améliorer les relations avec la Russie (et la Chine) et de mettre fin aux opérations militaires de « changement de régime » à l’étranger – autant de « crimes » impardonnables aux yeux de la faction de l’empire britannique. La tactique a malheureusement marché, en partie.

Cette tentative de coup d’Etat à froid a été orchestrée par les milieux du renseignement britannique avec la complicité zélée de l’appareil du « deep state » au sein du département américain de la Justice, du FBI et d’autres services de renseignement. Ceux-ci ont pu compter sur l’aide des néoconservateurs, de la machine Clinton-Obama au sein du Parti démocrate et bien sûr des médias sous influence. En Europe, la classe politique et les médias en ont été les partenaires consentants.
Robert Muelle, alors directeur du FBI en réunion avec Obama au sujet de l'attentat contre le Marathon de Boston
Il est temps de faire toute la lumière sur les responsables de cette conspiration et de les poursuivre le cas échéant en justice d’autant que la seule collusion dûment documentée d’une puissance étrangère dans la politique américaine se trouve être, non pas la Russie, mais la Grande-Bretagne. Cela pourrait libérer le président Trump d’un gros boulet et lui permettre de poursuivre son projet d’établir un dialogue constructif avec la Russie et la Chine, et aussi avec l’Inde, et optimalement d’aligner les Etats-Unis sur le « nouveau paradigme » mondial.

La main pas vraiment invisible de la City de Londres

Avec la publication du rapport Mueller, il est effectivement temps d’ouvrir une enquête sur le rôle du renseignement britannique dans l’orchestration du storytelling du « Russiagate » au nom des intérêts stratégiques de la forme moderne de l’Empire britannique. N’oublions pas que c’est le dossier sans fondement compilé par l’« ancien » responsable du MI6 Christopher Steele et financé par la campagne d’Hillary Clinton et le FBI, qui a servi de prétexte à l’ouverture de l’enquête de Mueller. Le président Trump pourrait avoir compris ce lien.

Le 17 mars, le fondateur de Disobedient Media, William Craddick, tweetait : « Le Russiagate a été conçu en partie pour aider le Royaume-uni à combattre l’influence russe en poussant les Etats-Unis à adopter une ligne dure contre la Russie. Par conséquent, nous laisse à tous un monde plus dangereux. Un épisode de plus du Grand jeu. » (Le « Grand jeu » étant le surnom de la stratégie de l’empire britannique.

Un gros vent de panique souffla soudainement lorsque Trump en fit un retweet. Dès le lendemain, le quotidien britannique The Independent vitupérait que « l’aval donné par M. Trump à l’allégation explosive selon laquelle la Grande-Bretagne était impliquée dans une conspiration visant à créer le ‘Russiagate’ – un terme se rapportant à l’ingérence russe dans l’élection présidentielle – représente un nouveau coup asséné au Royaume uni par le Président ».

Le même jour, Trump reprenait un tweet de la députée démocrate d’Hawaï, Tulsi Gabbard, connue pour ses critiques véhémentes des aventures militaires américaines à l’étranger : « Les politiciens myopes et les commentateurs qui ont passé les 2 dernières années à accuser Trump d’être un pantin de Poutine nous ont amené une nouvelle Guerre froide très coûteuse et une course aux armements. Comment ? Parce que maintenant Trump fait tout ce qu’il peut pour prouver qu’il n’est pas le pantin de Poutine – quand bien même cela nous rapproche d’une guerre nucléaire. »


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