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Hong Kong théâtre d’une guerre par procuration

28 octobre 2019

Pour la 21ème semaine de manifestations, ce samedi 27 octobre, Hong Kong a de nouveau été le théâtre de violences qui se sont aggravées depuis l’interdiction de manifester. Deux jours avant cette interdiction, une grande manifestation pacifique avait pourtant eu lieu pour appeler à la fin des violences. Parmi les revendications, l’appel à une assistance médicale internationale pour les manifestants et un observatoire du comportement de la police, ce qui, dans les deux cas, mettrait en cause l’autorité du gouvernement local. La nature pacifique de ces actions indiquerait toutefois que même parmi les manifestants qui ne soutiennent pas les autorités, beaucoup souhaitent la fin de la violence. Mais ils ont très peu d’influence sur les groupes anarchistes qui ont recours à la violence – et qui bénéficient du soutien très ouvert des Etats-Unis et de Grande-Bretagne.

En effet, l’ensemble de la Chambre des représentants américaine a approuvé mardi 15 octobre le « Hong Kong human rights and democracy Act » prenant directement parti pour les manifestants et s’ingérant de facto dans la politique intérieure chinoise. Cette loi exige notamment du secrétaire d’Etat américain qu’il s’assure chaque année que l’autonomie de Hong Kong est préservée afin que le territoire continue de bénéficier d’un traitement économique spécial de la part des Etats-Unis.

Le 31 août 2019 à Hong Kong. @StudioIncendo

En outre, le sénateur républicain Ted Cruz, ancien candidat à la présidentielle contre Donald Trump, s’est personnellement rendu à Hong Kong, entièrement vêtu de noir en sympathie avec la tenue noire que portent les manifestants. Il a notamment a accusé le gouvernement central de violences policières, bien que Beijing se soit tenu à l’écart depuis le début, tout en étant très clair sur le fait qu’elle ne tolérerait aucune forme de séparatisme ou de modification du modèle « un pays, deux systèmes ».

Entre-temps, l’économie de Hong Kong a été sérieusement pénalisée par les émeutes, et le niveau de vie et la sécurité de la population s’en trouvent menacés. Alors que le gouvernement local a appelé au dialogue avec les manifestants, Carrie Lam n’a pas pu s’adresser au parlement, les pan-démocrates de l’opposition l’ayant empêché de s’exprimer.

Alors que le gouvernement central de Beijing soutient les efforts de l’Autorité exécutive de Hong Kong pour faire face à la crise, rien n’indique qu’il envisagerait de recourir aux forces de l’Armée nationale. Et ce ne serait peut-être pas nécessaire puisque la population, y compris l’opposition, commence à en avoir assez des actions des extrémistes.

Quant à ceux qui manipulent la situation depuis les Etats-Unis ou l’Europe, ils se trompent s’ils comptent sur l’effet de contagion vers la Chine continentale. Comme l’a indiqué l’ancienne adjointe au Secrétaire d’État d’État américain Susan Thornton, dans un récent interview avec le South China Morning Post, les événements de Hong Kong ont provoqué une forte réaction nationaliste sur le continent. Les Américains étant soupçonnés d’être derrière les manifestants violents, un sentiment anti-américain se renforce rapidement. Et ceci, comme le souligne Susan Thornton, n’est pas dans l’intérêt des Etats-Unis.

Quant au président Trump lui-même, il n’apprécie guère l’implication d’Américains dans les émeutes, et il a peut-être demandé à la communauté du renseignement de ne pas s’y mêler. Mais comme on l’a vu dans l’affaire du Russiagate, tous les agents du renseignement américain ne suivent pas les consignes du Président. En tout état de cause, la résolution des différends commerciaux entre la Chine et les Etats-Unis contribuerait sans aucun doute à désamorcer les tensions.