« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Le rendez-vous de l’humanité avec Mars

18 février 2021

Al-Amal, Tianwen-1, Perseverance ; en 2021, le mois de février est bien celui de Mars.

Ce mois de février 2021 nous donne droit à trois missions extraordinaires sur Mars qui permettront d’approfondir nos connaissances de l’univers, comment il s’est développé, comment il fonctionne et comment nous y évoluerons à l’avenir. Les missions lancées par les Émirats arabes unis Al-Amal (Espoir) et la Chine Tianwen (Questions au ciel) ont déjà atteint l’orbite martienne, alors que le rover Perseverance de la NASA se posera le 18 février dans la soirée.

Vu de l’espace, comme tout astronaute le confirmera, on comprend mieux combien les habitants de la Terre ne font qu’une seule espèce humaine, ayant une communauté d’intérêts et partageant le même destin. C’est pourquoi Lyndon LaRouche n’a eu de cesse d’appeler à des missions conjointes de coopération entre nations pour réaliser ces « intérêts communs de l’humanité » et s’élever ainsi au-dessus des querelles et conflits géopolitiques, ethniques et politiciens qui dominent les grands titres de l’actualité au quotidien.

De tous les grands combats (maladie, pandémies, famine) ou grands défis auxquels l’humanité est confrontée, l’exploration spatiale a quelque chose de particulier comme Sarah al-Amiri (34 ans), la directrice de l’Agence spatiale des Émirats l’a présenté de façon si éloquente dans une vidéo de 2017 :

« Aujourd’hui, le Moyen-Orient est en pleine tourmente et traverse quelques-unes de ses heures les plus sombres. En lançant la mission martienne Al-Amal, nous transmettons un message. Plus de la moitié des habitants de notre région sont des jeunes. Notre projet est porté par une équipe dont les membres ont tous moins de 35 ans, dont l’âge moyen est de 27 ans et dont 34 % sont des femmes. Une nation entière mise ses espoirs sur une équipe de jeunes et envoie ainsi un message à toute la région....

« La science est pour moi la forme de collaboration la plus internationale. Elle est sans limites, sans frontières. Elle est avant tout animée par la passion de chacun à vouloir élargir le savoir de toute l’humanité. »

Cap sur Mars : des défis colossaux à surmonter

C’est donc cette passion qui a amené les deux premiers visiteurs de l’année 2021 sur Mars, la semaine dernière. Le 9 février, l’orbiteur Al-Amal des Emirats arabes unis (EAU) est entré en orbite autour de la planète rouge, suivi le lendemain par le chinois Tianwen-1 et l’Américain Perseverance arrivera jeudi 18 février dans la soirée. Tous trois commencent leur mission d’exploration avec un défi particulier.
 
La distance moyenne de la Terre à la Lune est de 380 000 km, ce qui engendre un retard d’une seconde dans les communications avec le centre de contrôle — suffisamment court pour permettre à celui-ci de guider le vaisseau. Mais la distance actuelle entre la Terre et Mars est de presque 200 millions de km, créant un retard de communication d’environ 10 minutes. Si l’un des vaisseaux rencontrait un problème lors de son arrivée, au moment où les ingénieurs sur Terre en prendraient conscience, il serait déjà trop tard. L’insertion dans l’orbite martien de chaque vaisseau spatial doit donc être programmée de manière extrêmement précise, des mois avant son arrivée, en fonction des conditions prévues sur la planète à ce moment-là. Contrairement à la Lune, Mars possède une atmosphère, des saisons et une météo.
 
Au moment où nous écrivons, Al-Amal et Tianwen-1 ont réussi à entrer en orbite autour de Mars et Perseverance est attendu. A partir de là, les missions divergent, reflétant le niveau de développement et d’expérience de chacune des trois agences spatiales.

Pour les Emirats, il s’agit d’une mission très audacieuse, et la première dans l’espace profond pour cette toute jeune agence spatiale. L’orbiteur doit étudier les dynamiques de la météo martienne. En plus de contribuer à nos connaissances scientifiques et de renouer consciemment avec sa propre tradition de la Renaissance arabe, les dirigeants du pays espèrent inspirer une génération de jeunes avec le programme spatial. Alors que certains ne donnaient que 50 % de chance de succès à cette mission, sa réussite a donc déclenché une vague d’optimisme au niveau mondial.
 
La mission Tianwen-1 est également à haut risque, puisqu’elle va tenter une expérience jamais entreprise jusque-là. Pour leur première visite, en effet, toutes les agences spatiales du monde ont limité leur mission à la mise en orbite autour de la planète rouge pour scruter divers sites d’atterrissage, observer les conditions météo, etc., avant de tenter, plus tard, de descendre sur la surface. (Seuls les Etats-Unis s’y sont effectivement posés jusqu’à présent.) L’orbiteur chinois transporte un atterrisseur et un rover, qui resteront jusqu’à deux mois en orbite, le temps de prendre des photos de haute résolution du site choisi pour l’atterrissage. Une fois à la surface, le rover y travaillera pendant 90 jours.
 
C’est une approche risquée. Si l’orbiteur échoue, trois vaisseaux seront perdus. Mais s’il réussit, la Chine aura gagné du temps. Puisque le lancement de la Terre vers Mars n’est possible que tous les 26 mois, ils sautent une mission et économisent donc plus de deux ans.

Quant à la mission de la NASA, la descente et l’atterrissage du rover Perseverance posent un défi complexe. Au lieu d’être ralenti uniquement à l’aide de parachutes et d’airbags, le véhicule sera déposé sur la surface par une « grue de l’espace ». Le laps de temps entre l’entrée dans la haute atmosphère de Mars et l’atterrissage a été baptisé « les sept minutes de terreur ». Perseverance ira à la recherche de signes d’ancienne vie microbienne, indiquant si la planète aurait jadis été habitable. En plus de récolter des échantillons de roches et de sol, la mission testera des technologies pour faire avancer de futures missions d’exploration humaine de Mars, dont la production d’oxygène.