« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller
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5 juillet 2026
Rapport sur notre voyage en Chine, en juin 2026, par Sébastien Périmony.
La Tour de l’Oiseau Jaune de Cui Hao (703 après J.-C.) [1]
Du 1er au 11 juin 2026 une délégation d’Européens dont j’avais la chance de faire partie, a été invitée à découvrir la Chine par l’Association chinoise pour les échanges internationaux (CAFIU, Chinese Association For International Understanding).
Nous avons pu visiter la ville historique des Routes de la soie d’antan, Dunhuang, dans la province de Gansu, puis Wuhan, dans le centre de la Chine (province du Hubei), le long du Fleuve bleu, avant de rejoindre, par le train à grand vitesse, Shanghai, la ville aux 27 millions d’habitants où fut créé le Parti communiste chinois, devenue aujourd’hui la place financière de la Chine. (La liste des membres de la délégation [2]
Avait lieu à Dunhuang, lors de notre présence, la 3ème conférence mondiale des sinologues, accueillant des experts du monde entier sur l’étude de la culture multiséculaire chinoise, sur le thème, « Mettre en commun le savoir des civilisations pour relever ensemble les défis de notre époque ».
Vaste programme et belle ambition, qui contrastait incommensurablement avec la semaine que j’avais passée à Moscou pour participer au forum international sur la sécurité, avant mon départ pour la Chine.
Pour vous en donner un aperçu, il me suffit de vous livrer les propos introductifs de ce forum par Sergueï Narychkine, le directeur du service des Renseignements extérieurs de la Fédération de Russie :
Deux salles, deux ambiances, comme dirait l’autre !
Mais revenons plutôt au dialogue des civilisations. Située à l’extrémité ouest du couloir de Hexi, à la jonction des provinces (régions autonomes) du Gansu, du Qinghai et du Xinjiang, Dunhuang relève de l’administration de la ville de Jiuquan, avec une population permanente de 182 000 habitants.
Son histoire s’étend sur plus de 2100 ans, remontant à l’ère Yuanding de la dynastie Han occidentale (111 av. J.-C.). Depuis les dynasties Han et Jin, la civilisation chinoise antique a convergé et s’est mélangée ici, rassemblant des pensées, des religions, des arts et des cultures diverses provenant de régions telles que les antiques Grèce, Inde et Perse. Cette fusion a forgé la culture unique de Dunhuang ainsi que l’esprit de la Route de la soie.
La culture de Dunhuang intègre en un tout l’art architectural, la sculpture en couleurs, la peinture murale et la culture bouddhiste. Elle représente le plus grand, le plus ancien, le plus riche en contenu et le mieux préservé des trésors artistiques au monde. Elle constitue aussi un nœud vital de l’« Initiative ceinture et route » (ICR), reliant des axes clés tels que le corridor de transport international transcaspien, les corridors économiques Chine-Mongolie-Russie, les corridors économiques Chine-Iran-Turquie et Chine-Pakistan, ainsi que le nouveau pont terrestre eurasiatique et la « Route de la soie aérienne ».
Assumant non seulement la mission historique de promouvoir activement la culture chinoise et de renforcer les échanges culturels avec les pays situés le long de ces axes, Dunhuang est également devenue une plaque tournante essentielle pour le transport vers l’Est du pétrole, du gaz naturel, de l’électricité et des énergies propres. La ville a également lancé des trains intermodaux « Chine-Laos-Thaïlande » combinant route et rail, ainsi que des services de fret intermodaux rail-mer.
Visiter les caves de Mogao, aux portes du désert de Gobi, c’est remonter le temps pour s’émerveiller de la richesse culturelle de l’époque des anciennes routes de la soie, Dunhuang étant la porte de sortie de la Chine pour des expéditions vers l’Ouest qui pouvaient prendre parfois plus de 10 ans aller-retour !
La légende locale affirme qu’en 366 après J.-C., le moine bouddhiste Le Zun (Lo-tsun) eut une vision de mille Bouddhas et convainquit un pèlerin de la Route de la soie de bâtir les premières chapelles. Après lui, le maître Chan Faliang ouvrit une deuxième grotte à côté de celle de Le Zun. On pense que les premiers monastères de Mogao ont également été construits par ces deux moines. Des initiatives plus grandioses ont été rendues possibles avec le soutien des bouddhistes locaux, de la population et des élites. La construction de grottes allait devenir une pratique presque constante pendant un millénaire. Une vision devenue aujourd’hui réalité !
Les grottes de Mogao sont situées sur les falaises, au pied oriental du mont Mingsha, à 25 kilomètres au sud-est de Dunhuang. Leur construction a débuté au cours de la deuxième année de l’ère Jianyuan de l’ancienne dynastie Qin (366 après J.-C).
À ce jour, 735 grottes ont été préservées. Le site abrite plus de 45 000 mètres carrés de peintures murales, plus de 2400 sculptures peintes, cinq toits de grottes en bois datant des dynasties Tang et Song, ainsi que plus de 50 000 vestiges culturels mis au jour dans la grotte-bibliothèque, allant de manuscrits à des peintures sur soie datant de la dynastie Jin orientale jusqu’au début de la dynastie Song du Nord.
En tant que complexe de grottes bouddhistes le plus ancien, le mieux préservé et le plus vaste au monde, il a été désigné comme l’un des premiers sites chinois inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987.
Nous avons eu la chance de pouvoir visiter un certain nombre de ces caves, dont les plus anciennes, ouvertes exceptionnellement dans le cadre de la conférence mondiale. Ces grottes racontent par l’art l’esprit des anciennes routes la soie. Enfin nous avons pu voir, datant de l’époque Tang, un gigantesque Maitreya du VIIe siècle, le Bouddha du futur. Cette statue de 35 mètres de haut, la plus grande des grottes de Mogao, construite à l’aide d’échafaudages dont on voit encore l’emplacement, produit une impression spectaculaire par le contraste entre son impressionnante hauteur et le peu de recul dont on dispose pour la découvrir.
Une visite du projet de centrale solaire thermique à tour de 100 MW de Shouhang, à Dunhuang, a également été organisée pendant notre séjour. Construit par Shouhang High-Tech Energy Technology, ce projet représente un investissement de 3 milliards de RMB (environ 400 millions d’euros).
Couvrant une superficie de 6 kilomètres carrés, il a une capacité de production d’électricité annuelle prévue de 390 millions de kWh. Le système de production d’électricité se compose principalement d’un système de collecte de chaleur solaire et d’un système de production d’électricité. Parmi ses principales caractéristiques figurent une tour réceptrice à sel fondu de 260 mètres de haut et un système de stockage thermique équipé de réservoirs de sel fondu, à la fois froids et chauds.
Le champ d’héliostats se compose de 12 000 miroirs d’une surface réfléchissante de 115 mètres carrés chacun, ce qui porte la surface réfléchissante totale de l’ensemble du champ optique à 1,38 million de mètres carrés. Dans des conditions météorologiques normales, la centrale est en mesure de produire de l’électricité en continu 24 heures sur 24.
Officiellement raccordée au réseau le 28 décembre 2018, elle constitue la plus grande centrale solaire thermique à tour commerciale de Chine. Pour comparaison, en France, des projets relativement similaires ont été ou sont encore expérimentés, comme le four solaire d’Odeillo, de 60 mètres de haut avec 63 héliostats (miroirs) pour seulement de 1MW, et datant de la fin des années 60 ! Ou encore dans les Pyrénées (Haute-Cerdagne), avec une installation de 100 000 miroirs mis en service fin 2018, avec pour objectif de générer 20 GWh par an, soit la consommation électrique d’environ 6000 foyers. L’avantage comparé par rapport au photovoltaïque est que cette énergie est « gratuite » et totalement non polluante.
Pour clôturer cette première étape, nous avons participé à un séminaire sur « Les relations Chine-Union européenne dans un siècle de changement global ».
Chaque membre de notre délégation a pu contribuer au débat en amenant sa vision des échanges Chine-EU, ce qui fut très intéressant au regard de la diversité des orientations politiques de la délégation (des communistes, un gaulliste, des libéraux, des conservateurs…). Ce qui a contribué à un échange contradictoire, montrant aussi les limites de l’Union européenne, car malgré les divergences de vues, une chose est sûre, les élites de l’Union européenne qui parient sur une politique de « découplage » avec la Chine sont loin de faire l’unanimité !
La visite de Wuhan s’était fixé deux objectifs : nous faire découvrir la revitalisation des zones rurales, et les entreprises à la pointe de la technologie dans le domaine de la voiture électrique et des robots humanoïdes. Située dans le centre de la Chine, la province du Hubei compte 61 millions d’habitants.
Elle est considérée comme le carrefour intérieur de la Chine, car c’est ici que s’écoule le Fleuve bleu, le fleuve Yangtsé en chinois, le plus important de Chine et le 3ème du monde avec l’Amazone et le Nil. D’une longueur de 6400 kilomètres, il traverse la Chine d’est en ouest. La ville de Wuhan compte, elle, près de 13 millions d’habitants.
C’est ainsi que notre séjour a commencé par la visite de Voyah Automotive Technology, Fondée en 2021 en tant qu’entreprise spécialisée dans les technologies des véhicules électriques intelligents, au sein du groupe Dongfeng, Voyah Automotive se consacre principalement à la vente de véhicules électriques, à la recherche et au développement de pièces automobiles, ainsi qu’à la fabrication et à la promotion technologique. L’entreprise emploie 6000 personnes et soutient plus de 40 000 emplois tout au long de la chaîne industrielle.
En 2023, Voyah a été inscrite sur la liste Forbes China New Unicorn. En 2025, elle a produit son 300 000e véhicule (Voyah Taishan), livré 150 169 véhicules pour l’année et lancé la berline Voyah Zhuiguang L, complétant ainsi sa gamme de trois grandes catégories de produits. Aujourd’hui cette entreprise commence à développer son réseau international et nous devrions, comme les voitures BYD, en voir prochainement en France.
Quelle ne fut pas ma surprise, lors de la visite suivante de l’entreprise Hubei Shengchuang Technology, de retrouver un vieil ami français : NAO.
Histoire tragique pour la France, malheureusement, car NAO est le petit robot humanoïde français qui avait fait un carton chez nous lors de ses premières présentations. Créé en 2005 par une start-up française, Aldebaran, ce projet industriel et futuriste avait pour but de fabriquer des robots pour le bien des hommes, avec pour objectif de commercialiser ses robots au grand public en tant que « nouvelle espèce bienveillante à l’égard des humains ».
Or ce projet a tourné court car vendu ensuite à une société japonaise, Softbank. Alderaban tombera finalement en faillite, le Tribunal de commerce de Paris ordonnant sa liquidation judiciaire le 2 juin 2025, l’obligeant à cesser toute activité et à licencier ses 106 salariés restants en France. La Chine, qui investit massivement dans les robots humanoïdes, va alors acquérir la marque, la technologie et les produits robotiques de l’entreprise. NAO est donc devenu chinois.
Il est intéressant de noter qu’en Chine, la présence de robots humanoïdes est courante, car la population est très encline à se faire aider par ce type de robot, ce qui n’est pas encore le cas en France. Ainsi, dès votre arrivée à l’aéroport de Beijing, il est tout à fait possible de commander un café ou un jus de fruit à un robot derrière une vitre, qui fait le travail tout aussi bien qu’un individu qui pourrait passer sa journée à attendre les clients ! Le robot, lui, ne s’ennuie jamais et ne fatigue pas. De même, dans tous les hôtels où nous sommes allés, ce sont des robots qui vous apportent les commandes passées depuis votre chambre (boisson, repas, fer à repasser, journaux, etc.). Partant de la réception de l’hôtel, le robot emprunte seul les ascenseurs et vient toquer à votre porte, ce qui évite que des employés fassent des dizaines d’allers-retours dans la journée.
La technologie des robots humanoïdes joue un rôle de plus en plus important en Chine, comme nous pourrons le voir lors de notre visite à Shanghai. Enfin dans cette usine de robots, nous avons pu assister à un match de football de robots humanoïdes.
Certes, Ousmane Dembélé et Lionel Messi ne sont pas prêts d’être battus par une équipe de ce genre, mais la prouesse technologique reste impressionnante. N’a-t-on pas vu récemment un robot battre les humains au marathon de Beijing ? Mais loin de l’aspect ludique de cette entreprise, l’objectif est avant tout l’aide à la personne et l’intervention dans les situations délicates.
Par exemple, nous avons pu voir des robots-pompiers, totalement autonomes, capables d’intervenir là où les pompiers humains ne le peuvent pas et dans des situations extrêmement délicates, permettant ainsi de sauver des vies sans risquer la leur. Les robots que nous avons vus peuvent également surveiller de jour comme de nuit des entrepôts, des parkings, etc., avec des liens directs avec la police en cas d’intrusion ou de vol. Ou encore nettoyer des bâtiments, des bureaux avec des systèmes totalement intégrés dans la structure des bâtiments.
Nous avons ensuite été reçus par les autorités du Hubei pour découvrir comment la politique nationale des plans quinquennaux se concrétise au niveau des provinces. Wuhan, qui a toujours été une ville de passage, car située le long du Fleuve bleu, a mis en œuvre une politique de développement industriel et touristique afin que les gens aient envie d’y rester. Autour de quatre axes principaux : industrialisation, urbanisation, science et technologie, et modernisation des institutions. Le plan quinquennal est vu en Chine comme l’aboutissement d’un processus démocratique remontant de la base et de ses problématiques pour arriver au sommet, qui se doit d’y répondre.
Ainsi des indicateurs de bien-être sont constamment évalués, comme l’espérance de vie, l’évolution du taux de pauvreté et du taux d’alphabétisation, ou encore le taux de criminalité pour s’assurer de la dynamique positive des réformes mises en place par le gouvernement central. On sait déjà que l’espérance de vie en Chine a dépassé celle des Etats-Unis, mais on sait moins que c’est également un pays qui a l’un des taux de criminalité les plus faibles et se situe en 174e position sur 185 pour son nombre de détenus par rapport à sa population, soit 100 pour 100 000 habitants en Chine, contre 542 pour 100 000 habitants aux Etats-Unis ! On peut se demander lequel est l’Etat policier dans cette équation !
Ainsi qu’on nous l’a rapporté, lors des consultations populaires, ce sont plus de 31 millions de suggestions qui ont été faites par la population. Elles sont ensuite envoyées aux autorités, triées et regroupées par thème pour être soumises à des comités d’experts sur les différents sujets (agriculture, santé, infrastructure, etc.). Si la proposition est retenue, elle est alors validée par le Comité central du Parti communiste chinois, qui se réunit chaque année et décide des projets permettant d’y répondre.
Ainsi pour la province du Hubei, deux projets (que nous avons pu visiter par la suite) ont permis de développer le tourisme et de donner aux agriculteurs de la région les moyens d’augmenter significativement leurs revenus.
Pour en savoir plus sur le modèle de souveraineté chinois, lire l’excellent livre de Jérôme Ravenet. [3]
Il s’agit du parc à thème consacré à l’héroïne Mulan (qu’apparemment tout le monde connaît sauf moi) et d’un parc à écureuils. Le parc de Mulan, un peu comme on a en France le Puy du Fou, est un endroit qui accueille des touristes et les gens des environs pour des spectacles de son et lumière, de danse et de musique traditionnelle chinoise autour de la légende de Mulan. Héroïne chinoise d’une légende qui raconte comment une jeune fille se déguise en homme pour prendre la place de son père trop vieux, lors d’une mobilisation ordonnée par l’empereur de Chine pour combattre un royaume anonyme. Elle combat de nombreuses années avec succès avant qu’on s’aperçoive qu’elle est une femme.
Certains la considèrent comme la Jeanne d’Arc chinoise, toutes proportions gardées, bien sûr. Le poème qui a inspiré cette légende date de la période médiévale chinoise, vers le Ve siècle. [4]
Mais la chose intéressante est que nous avons pu parler avec les agriculteurs des environs du village de Dutang, où se situe le parc, car on leur a ouvert des stands où ils peuvent venir vendre leur production et pratiquer la vente de brochettes (dont tout le monde raffole là-bas), ou encore des magasins de souvenirs. Avec plus de 2 millions de visiteurs par an, ce parc est devenu un véritable modèle et l’un des piliers de la planification chinoise, à savoir la revitalisation rurale.
On y trouve également un musée qui retrace l’histoire de Mulan. Il en est de même pour le parc à écureuils, que nous avons également visité, où l’on peut voir des écureuils se balader partout, et qui consiste en un parc hôtelier où chacun peut choisir son type de logement, de style mongol, tibétain, indien, perse, etc., et profiter des attractions (comme au parc Astérix) et des spectacles qui y sont proposés le soir.
Avant notre visite au musée de Wuhan, nous avons pu découvrir un exemple du développement du service public aux caractéristiques chinoises. Le parc communautaire 66, situé dans un quartier très populaire de Wuhan, a pour but de faire se rencontrer les gens du quartier et de répondre à leurs attentes. Des locaux sont mis à la disposition des habitants pour y créer des commerces, ainsi que des bureaux pour travailler. Mais c’est également un lieu de rencontre, avec une cantine ouverte tous les jours, qui sert quotidiennement près de 300 repas, dont un menu gratuit (soupe et riz) pour les personnes ayant peu de moyens. Lorsque que nous avons mangé sur place, nous avons pu expérimenter le brassage des générations, avec des personnes âgées jouant au jeu de go et des jeunes qui apprenaient en les regardant. Des agents du parc se tiennent également à disposition pour aider les gens, avec un centre de soin sur place, mais aussi pour toutes les démarches administratives, ce qui, à l’ère du numérique, n’est pas toujours évident pour les plus âgés. C’est donc tout un espace de vie qui se trouve créé, avec le soutien de l’Etat et des entreprises de la ville.
Pour conclure notre visite de Wuhan, et avant de prendre le TGV direction Shanghai, nous avons visité le musée de la ville, accompagnés de notre guide enthousiaste et passionnée, Rosaline. Construit en 1953, ce musée raconte l’histoire des dynasties chinoises et leur présence dans la province du Hubei, avec plus de 240 000 reliques culturelles remontant à la dynastie des Zhou (1046 av JC – 256 av JC), lors de laquelle fut développée la philosophie du Tianxia. Vu l’impossibilité de visiter tout le musée, notre guide nous a présenté les magnifiques reliques de la tombe du marquis Yi de Zeng, et en particulier, retrouvé intact dans sa tombe, le Bianzhong, un carillon de 65 cloches de bronze, considéré comme l’une des découvertes archéologiques les plus étonnantes de ces dernières années. Pesant 2,5 tonnes, c’est l’instrument musical le plus lourd du monde. Les cloches sont réparties en huit groupes selon leur taille et leur hauteur tonale. L’ensemble est suspendu en trois rangées sur un châssis en forme de L. Les 19 niuzhong (cloches à bouton) de l’étage supérieur étaient utilisées pour produire des tons clairs et forts, les 33 yongzhong (cloches à manche) du milieu pour la mélodie et les 12 yongzhong de l’étage inférieur pour accompagner la mélodie. Remontant à 433 avant J.-C., il porte une inscription révélant que c’était un cadeau du roi Hui de l’Etat de Chu. La caractéristique la plus merveilleuse de ces cloches est que chacune peut produire deux sons différents. Même aujourd’hui, sonnant encore harmonieusement, l’instrument est capable de jouer de la musique chinoise et aussi occidentale couvrant cinq octaves et demie. Pour l’écouter, voir ici. [5]
Dernière étape, Shanghai, par le train à grande vitesse qui fait la fierté de toute la Chine, comme les Français ont pu être fiers lors du lancement du premier TGV en France. Shanghai, ville aux 27 millions d’habitants et place financière aux caractéristiques communistes !
Nous avons tout d’abord visité le plus important incubateur pour l’innovation des robots humanoïdes, comme à Wuhan, mais en plus développé encore. Des robots capables de faire des diagnostics médicaux. Un exemple : si vous tirez la langue devant un robot, il peut vous livrer un diagnostic sur votre état de santé, en s’inspirant de la médecine traditionnelle chinoise, ou un autre encore qui analyse votre visage, vos yeux, votre peau pour vous fournir des informations sur votre santé. Peut-être plus ludique, le robot-chien pour aveugles, qui remplace l’animal de compagnie pour vous guider où vous voulez. Enfin, qui fait un peu plus peur, les robots gardes du corps ou pour le maintien de l’ordre, qui, dans les démonstrations que nous avons vues, ont atteint des performances et une agilité qui se rapprochent du Terminator (le film avec Arnold Schwarzenneger).
Les robots humanoïdes développés à Shanghai sont capables de danser et de pratiquer l’art martial, de manière quasi identique à l’être humain. Pour le comprendre, il suffit de regarder cette vidéo complètement folle [6]
Mais ramenons un peu de douceur, ils fabriquent aussi des robots capables de jouer du piano pour calmer les esprits !
Un autre séminaire sur les relations Chine-Union européenne avait été organisé afin que nous puissions échanger avec le président de l’Institut de Shanghai pour les études internationales et ses collaborateurs. Au cours des six dernières décennies, le SIIS a joué un rôle crucial dans la conduite de recherches stratégiques, la formulation de recommandations politiques et la contribution à la compréhension de la politique internationale, de l’économie, de la sécurité et d’autres domaines connexes. Il est devenu une institution majeure qui éclaire et façonne la politique étrangère et l’engagement international de la Chine, reconnue comme l’un des think tanks les plus influents en Chine et dans le monde.
Lors de cet échange, j’ai pu poser la question de la crise financière et monétaire internationale. En effet, quelques jours avant, j’avais lu dans le supplément Business du China Daily, que la municipalité de Shanghai avait publié un ensemble de recommandations ayant pour objectif d’atteindre la somme de 8000 milliards de dollars dans le marché de la gestion d’actifs à l’horizon 2030, ce qui représentait un tiers du total du pays tout entier. L’objectif affiché est également de rendre les actifs dénominés en yuan plus attractifs pour les investisseurs internationaux. Vous avez dit dédollarisation ?
J’ai donc posé la question de savoir si, au regard de la folie financière occidentale, avec ses 2 millions de milliards d’actifs financiers en tout genre, dont la majorité ne représente que des bulles spéculatives au bord de l’explosion, et ce dans un contexte où les pays occidentaux sont très endettés et en phase de désindustrialisation, la Chine anticipait une faillite du système financier mondial et si eux-mêmes évaluaient les risques d’une finance dérégulée et hors de contrôle. La réponse fut qu’il existait effectivement un risque de crise financière, mais que la Chine ne la souhaitait pas pour des raisons de stabilité dans le monde économique.
Il a toutefois précisé, ce qui nous fait rêver ici, que les actifs sont et seront développés à la seule fin, je cite, « de servir les nouvelles forces productives de la nation », en insistant sur le fait que la finance doit se développer pour soutenir « l’économie réelle ». Ainsi, pour éviter de potentielles catastrophes financières, « les gestionnaires d’actifs devraient mener des recherches approfondies dans les secteurs industriels d’avant-garde afin de pouvoir mettre en place un système d’allocation d’actifs diversifié et interdisciplinaire ». Le libéralisme aux caractéristiques communistes.
Pour finir ce voyage déjà très riche en découvertes et en rencontres, nous avons visité le musée de la résistance chinoise à l’agression japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et le musée de l’histoire du Parti communiste, qui a vu le jour entre Shanghai et Montargis (France) !
Il est en effet peu connu que pour la Chine, la Seconde Guerre mondiale commence en 1931 et que la barbarie japonaise n’a eu d’égale que celle des nazis en Europe. La guerre en Chine débute avec l’incident du 18 septembre 1931 et se termine le 3 septembre 1945 par la capitulation du Japon, durant ainsi 14 ans.
La Chine a payé un lourd tribut, avec plus de 35 millions de morts et de blessés. Le 18 septembre 1931, l’armée japonaise fait exploser intentionnellement une voie ferrée près du lac Liutiao et bombarde les positions de l’armée chinoise. C’est cet événement qui marque encore aujourd’hui le début de la guerre antifasciste du peuple chinois.
L’autre événement marquant de cette guerre est ce que l’on appelle le massacre de Nanjing, perpétré en 1937, et qui représente l’une des manifestations les plus terrifiantes de la barbarie humaine : viols systématiques, meurtres de masse, exécutions sommaires, tortures infligées aux civils sans défense par l’armée japonaise. Ce massacre reste jusqu’à aujourd’hui gravé dans la mémoire collective, et les récentes visites d’officiels japonais dans des cimetières de certains de ces criminels de guerre représentent pour la Chine une offense et suscitent une inquiétude grandissante sur le réarmement du Japon et sa quasi-intégration dans l’OTAN global. Il faut rappeler que si la France collaborationniste a laissé les troupes japonaises installer des bases militaires dans le nord de l’Indochine pour attaquer la Chine, la France libre et la résistance chinoise ont agi chacun sur leur front pour libérer le monde du fascisme.
Aujourd’hui encore on peut voir dans ce musée le portrait de Robert Jacquinot de Besange, dont le nom de naissance est Emile Jacquinot (1878 – 1946). Ce prêtre jésuite français, missionnaire en Chine et professeur de sciences à l’Université Aurore de Shanghai, est connu pour avoir mis en place un modèle de zones de sécurité démilitarisées, qui permit de sauver quelque 300 à 500 000 Chinois durant la seconde guerre sino-japonaise.
Dernière étape de cette aventure, mentionnons simplement la visite du musée de l’histoire du Parti communiste chinois, qui fut créé à Shanghai en juillet 1921 par Mao Zedong et ses camarades, dont un certain nombre étaient alors en France, dans le cadre du programme travail-études, et plus spécifiquement à Montargis, comme Zhou Enlai, Deng Xiaoping, Cai Hesen et sa femme Xiang Jingyu. Pour en savoir plus sur cette histoire, rendez-vous à Montargis dans le musée dédié à cette histoire.
En conclusion, parcourir la Chine d’aujourd’hui, c’est comme vivre pendant les 30 glorieuses en France : planification économique à moyen et long terme, mise en place d’un service public de santé et de protection sociale pour les plus démunis, investissement par un état stratège dans la science et la technologie (aérospatiale, nucléaire, etc.), développement d’un réseau de chemin de fer couvrant l’ensemble du pays, progrès matériel et allongement de l’espérance de vie dans des proportions remarquables, mais aussi fierté d’une population à bâtir le futur, à croire et travailler pour que leurs enfants et leurs petits-enfants aient un avenir meilleur.
C’est un retour dans le passé, mais aussi, espérons-le, une vision d’avenir, si jamais la France et l’Europe se ressaisissent et font le pari d’un monde où les autres pays ne sont pas des endroits à piller ou des rivaux systémiques, mais des partenaires, des amis, afin de mettre en place cette nouvelle architecture de sécurité et de développement mutuel à laquelle appelle notre Institut Schiller depuis des années et à laquelle fait écho la proposition de Xi Jinping d’une initiative de civilisation mondiale. Nous vivons tous sur la même planète, notre destin doit être partagé.
[1] Pour en savoir plus sur ce poème célèbre à Wuhan : https://poems.mahacinasthana.com/fr/gushi/huang-he-lou/
[2] Notre délégation de 11 personnes était composée de :
[3] Jérôme Ravenet : Souveraineté à la chinoise, propos édifiants et curieux sur la Chine socialiste : https://cerclearistote.fr/librairie/souverainete-a-la-chinoise-livre-de-jerome-ravenet/
[4] La balade de Mulan : https://clio-texte.clionautes.org/ballade-mulan-1832.html
[5] Carillon du marquis Yi : https://www.youtube.com/watch?v=lfuAKvgjUV8&t=36s
[6] Vidéo des robots humanoïdes : https://www.youtube.com/watch?v=JFEGUSChZOw