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Entretien Trump-Poutine, suffisant pour écarter le danger de guerre ?

13 mai 2019

Fort de l’échec de la longue enquête qui le visait (le « Russiagate ») et de la claque politique infligée aux auteurs de cette mascarde, le Président américain a pris l’initiative de s’entretenir par téléphone le 3 mai avec son homologue russe – un entretien de 90 minutes que les deux côtés ont qualifié de très productif. Le dernier échange entre les deux dirigeants remontait à une conversation informelle tenue le 1er décembre dernier en marge de la réunion du G20 à Buenos Aires, le sommet initialement prévu ayant été annulé suite aux pressions exercées sur Trump (allant jusqu’à l’accuser d’être un « traître » et un « fantoche de Poutine »).

Après cet entretien téléphonique, Trump a tweeté : « J’ai eu une longue et très bonne conversation avec le président Poutine de Russie. Comme je l’ai toujours dit bien avant le lancement de la chasse aux sorcières, s’entendre avec la Russie et la Chine, et avec tout le monde, est une bonne chose, et non une mauvaise. Nous avons parlé commerce, Venezuela, Ukraine, Corée du Nord, contrôle des armements nucléaires, et même du ‘bobard sur la Russie’. »

Selon le communiqué du Kremlin, l’avenir des relations bilatérales a été abordé notamment en terme d’une coopération économique accrue et de la nécessité de développer « des relations commerciales et d’investissement mutuellement bénéfiques ». Tous deux se sont engagés à renforcer le dialogue dans différents domaines. Vladimir Poutine a également informé son homologue des principaux résultats de son sommet avec le président nord-coréen Kim Jong Un, le 25 avril à Vladivostok. Concernant le Venezuela, Poutine s’est fermement opposé à « toute ingérence extérieure dans les affaires intérieures du pays et à toute tentative de changer de force le gouvernement de Caracas » (voir ci-dessous). Trump, contrairement à ses proches conseillers, n’a pas accusé la Russie d’ingérence dans ce pays.

Autre aspect clé de cet échange, des négociations pourraient s’ouvrir sur la limitation des armements entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Devant des journalistes de la Maison-Blanche, Trump a précisé que le but serait de produire moins d’équipements militaires, afin d’aboutir à réduire « la formidable puissance de feu que nous possédons actuellement ». Et d’ajouter qu’il avait abordé ce sujet dans les négociations commerciales en cours avec la Chine, et que Beijing « aimerait beaucoup faire partie de cet accord ».

Selon la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, la question des armements portait sur l’extension du nouveau traité START, qui expirera en 2021. Les deux dirigeants, a-t-elle déclaré, « ont discuté d’un accord nucléaire, à la fois renouvelé et prolongé, et de la possibilité d’entretiens avec la Chine sur ce sujet également ».

Sur une note plus détendue, à la question de savoir s’il avait recadré le Président russe sur son ingérence dans les élections américaines, Trump a reconnu que le sujet avait été abordé et que Poutine « avait comme un petit sourire en disant en gros que la montagne avait accouché d’une souris. Mais il s’y attendait, parce qu’il savait qu’il n’y avait aucune collusion. »

Si cette reprise d’un dialogue ouvert entre Donald Trump et Vladimir Poutine - incluant la perspective d’y associer la Chine - se confirmait, ce serait une sérieuse avancée vers une coopération entre grandes puissances, seule capable - dans le contexte où les pays européens, et la France en tête, brillent par leur absence - de contrecarrer la dynamique de guerre impériale et d’établir le nouveau paradigme.