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Destitution de Trump : le vrai du faux

27 décembre 2019

Quand c’est le FBI qui trompe la cour...

Le 9 décembre, Michael Horowitz, l’Inspecteur général du département de la Justice, a rendu public son rapport sur la conduite du FBI dans l’enquête sur la collusion entre la campagne de Trump et « la Russie ». D’un point de vue purement formel, il blanchit les fonctionnaires de l’agence de tout parti pris politique. Néanmoins, il identifie clairement 17 « erreurs » notables dans les arguments soumis à la cour FISA (chargée du contre-espionnage) pour justifier l’obtention de l’autorisation d’espionner la campagne de Trump, « erreurs » relevant, elles, sans conteste de motivations politiques. Ces révélations et d’autres mentionnées dans le rapport discréditent le FBI et son directeur de l’époque, James Comey, remercié plus tard par le président Trump. Elles seront certainement examinées dans le cadre de l’enquête menée par le procureur John Durham qui, contrairement à Horowitz, peut assigner des témoins à comparaître et à produire des documents, et aussi convoquer un grand jury chargé de prouver l’existence d’un parti pris politique.

L’élément sans doute le plus accablant pour le FBI repose sur l’utilisation du dossier monté par « l’ ancien » agent du MI6 Christopher Steele, tout en sachant qu’il était truffé de mensonges et d’inventions, et qu’en plus, il avait été financé par la campagne d’Hillary Clinton.

Le rapport Horowitz a été minimisé pour des raisons évidentes par les auteurs du réquisitoire de destitution visant le président Trump. Mais il donne raison à ce dernier lorsqu’il dénonce à juste titre la « chasse aux sorcières » menée à son encontre par les services de renseignement acquis à Barack Obama. Pour plus de détails, l’écoute de deux lanceurs d’alerte, Bill Binney et Larry Johnson, lors d’une discussion avec le comité d’action politique de LaRouche, enregistrée le 12 décembre, est édifiante... A noter que Bill Binney est la personne ayant fourni les preuves techniques déboulonnant l’échafaudage du Russiagate à sa base, à savoir que le piratage des ordinateurs du Parti démocrate par « les Russes », était frauduleux.

Par ailleurs, dans un article publié dans The Intercept, Glenn Greenwald dénonce un « scandale de portée historique », en posant cette question essentielle : « Si vous jugez le fait que le FBI ait menti, caché des preuves et maquillé des documents afin de pouvoir mettre sur écoutes un citoyen américain en plein milieu d’une campagne présidentielle n’est pas un scandale majeur, qu’est-ce qui pourrait donc en constituer un ? »

Quand Nancy Pelosi reconnait tout naturellement le mensonge ayant justifié la guerre en Irak

Lorsqu’on a demandé le 5 décembre à la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, pourquoi les dirigeants démocrates avaient décidé de destituer Trump pour des motifs liés à ses relations avec l’Ukraine, sans tenir compte des chefs d’accusation relatifs à l’enquête du procureur Robert Mueller sur le Russiagate, elle a répondu tout net : « Il ne s’agit pas de l’Ukraine, mais de la Russie. Qui a profité de l’absence d’aide miliaire [à Kiev] ? La Russie ! (...) Eh bien, notre adversaire dans tout cela, c’est la Russie. Tous les chemins mènent à Poutine. »

Le soir même, alors qu’on lui demandait pourquoi elle n’avait pas soutenu, à l’époque, la destitution du président George W. Bush pour avoir lancé la guerre à l’Irak sous des prétextes mensongers, Nancy Pelosi a fait un aveu stupéfiant. En tant que membre dirigeante de la Commission du Renseignement de la Chambre, a-t-elle déclaré, « je savais qu’il n’y avait pas d’armes nucléaires en Irak. (..) Je savais donc qu’il s’agissait d’une désinformation du public, mais cela ne constituait pas un motif de destitution. »

En d’autres termes, lancer sous des prétextes fallacieux une guerre ayant fait plus d’un million de victimes irakiennes et tué plus de 8000 Américains, ayant engendré la montée de Daech sur les décombres des bombardements et déclenché une crise migratoire pour toute la région et l’Europe, ne serait pas passible de destitution ?

Dans ce contexte, la position de Mme Pelosi en faveur de la destitution de l’hôte actuel de la Maison Blanche - dans un dossier qui prend l’eau de toute part - n’en est que plus significative, d’autant qu’au moins une chose est à mettre au crédit de Donald Trump : son souhait d’en finir avec le régime de guerres permanentes.

Quand un expert du droit constitutionnel explique comment la procédure de destitution est anticonstitutionnelle

La validité juridique de la destitution est également soulevée par Alan Dershowitz, avocat et expert du droit constitutionnel, démocrate, qui explique en quoi la procédure de destitution est anticonstitutionnelle. La décision hâtive des dirigeants démocrates de destituer le président Trump pour « abus de pouvoir » et « obstruction à l’enquête du Congrès » est anticonstitutionnelle. En effet, la Constitution des Etats-Unis prévoit quatre critères pour destituer un président – trahison, corruption, crimes graves et délits majeurs – et en l’absence d’au moins l’un d’entre eux, explique Dershowitz, toute procédure de destitution constituerait « un abus de pouvoir de la part du Congrès ».

Comme cet expert le souligne, la quasi totalité des présidents ont été accusés à un moment ou un autre par leurs adversaires d’avoir abusé du pouvoir et utilisé la politique étrangère pour favoriser leur réélection. « Si on commence à en faire un délit passible de destitution, il n’y aura plus du tout de président, et nous nous retrouverons avec le système anglais (...) où le Premier ministre est à la merci de la volonté du parlement. » C’est justement ce système que les fondateurs des Etats-Unis voulaient éviter à la jeune République.

« Nous ne voulons pas d’un système parlementaire, poursuit Dershowitz. Nous voulons une république, et une république a besoin d’un président fort qui se présente à la réélection au bout de quatre ans. Cela, c’est la protection ultime. »