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Bonnet d’âne pour « La Recherche »

15 juillet 2021

A trop vouloir défendre une cause ...

Dans la parution de juillet-septembre 2021 du magazine La Recherche, Philippe Pajot écrit un éditorial intitulé « Exponentielle et adaptation » dont voici un extrait :
Le besoin énergétique supplémentaire pour soutenir [la croissance économique mondiale] est estimé à 2 % par an, ce qui correspond à un doublement tous les 35 ans. En supposant que ce rythme se poursuive, quelles ressources énergétiques seront nécessaires dans le futur ? D’ici moins de 500 ans, nos besoins seraient près de 10 000 fois supérieurs à ceux d’aujourd’hui, soit toute l’énergie reçue sur Terre en provenance du Soleil ! Dans 3000 ans, nous dépenserions une énergie équivalente à celle de l’intégralité des étoiles de la Voie lactée. La conclusion – évidente pour un physicien – est que la croissance durable… n’existe pas !
Dans la dernière phrase de ce raisonnement impeccable et politiquement très correct, l’auteur a cependant laissé passer une coquille qui mérite correction : la conclusion qu’il énonce est évidente pour un mathématicien, et non pas pour un physicien qui respecte les principes non mathématiques de la science.
Que nous dit l’histoire des sciences ? Que le problème de Pajot est loin d’être nouveau. Considérons, par exemple, la fin du XIXe siècle, lorsque les physiciens s’interrogeaient sur la durée de vie du Système solaire. William Thomson, alias lord Kelvin, considérait qu’« Il semble fort probable que le Soleil n’a pas éclairé la Terre pendant cent millions d’années, et il est presque certain qu’il ne l’a pas fait pendant cinq cent millions d’années. » Ce qui était sujet à discussion : certaines données géologiques laissant supposer un âge de la Terre plus élevé…
Cependant, Kelvin était sûr de son coup, car grâce à l’astronomie on savait quelle était la masse du Soleil. Par ailleurs, les connaissances de la chimie nous permettaient de savoir en combien de temps une telle masse de combustible pourrait être complètement consommée. D’où les quelques centaines de millions d’années mentionnées ci-dessus suite à un raisonnement mathématiquement impeccable. Aujourd’hui, on estime que l’âge du Soleil est au moins dix fois plus grand. Que s’est-il passé entre-temps ? Écoutons encore Kelvin face à la Royal Society en 1900 : « La connaissance en physique est semblable à un grand ciel bleu, à l’horizon duquel subsistent seulement deux petits nuages d’incompréhension. »
On trouve à différentes époques des savants suffisamment profonds pour prouver que les grands principes de la science sont désormais connus, et qu’il ne reste aux scientifiques du futur qu’à développer des théories dans le cadre de ces principes. En général, la communauté des personnes raisonnables n’a aucune difficulté à s’adapter à de telles évidences. Malheureusement, il y a parfois quelques imbéciles qu’on n’a pas pensé à prévenir et qui croient encore pouvoir découvrir quelque principe physique nouveau.
Au moment où Kelvin laissait ce testament scientifique à la Royal Society, certains d’entre eux comme Planck poussaient leurs recherches en attendant qu’une nouvelle génération de scientifiques remplace l’ancienne. Un autre imbécile nommé Einstein énonça une célèbre formule selon laquelle la matière possède une densité d’énergie beaucoup plus grande que ce qui découlait de la chimie et de la physique connues par Kelvin. Des calculs ultérieurs sur les réactions de fusion thermonucléaire qui se déroulent dans le Soleil permirent de rallonger la durée de vie estimée de notre étoile.
Les « deux petits nuages d’incompréhension » de la physique de 1900 n’étaient autres que les paradoxes issus des expériences sur le rayonnement du corps noir et de celles sur la mesure de la vitesse de la lumière par interférométrie. Ces paradoxes furent résolus par la théorie des quanta de Planck et par la relativité d’Einstein. Mais aujourd’hui, n’en doutons plus, la science est bien finie ! La preuve : depuis la relativité et les quanta, la science a produit bien des découvertes basées sur ces deux révolutions scientifiques, mais plus aucune nouvelle révolution.
A moins que…