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Quel est l’objectif de l’accord de La Mecque ?

Une critique de cet accord et une proposition d’alliance alternative.

24 août 2026

par Onur Sinan Güzaltan, analyste politique, Turquie

À l’ère d’un monde de plus en plus multipolaire, l’accord historique signé entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite à La Mecque suscite des questions majeures. Fruit de deux ans et demi de négociations, cet accord marque-t-il un tournant vers une autonomie régionale ou s’inscrit-il dans une stratégie compatible avec les intérêts américains ? Entre dynamiques centrifuges, ajustements stratégiques de Washington et dépendances économiques, découvrez pourquoi cet accord, souvent comparé au CENTO de 1955, pourrait bien redéfinir les équilibres en Asie occidentale… ou les renforcer sous influence américaine.

Pour répondre à la question posée dans le titre de cet article, il est utile de présenter certains éléments contextuels concernant le contexte conjoncturel de l’accord de La Mecque, signé entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite, qui serait le fruit d’environ deux ans et demi de préparation.

En résumé :

1. L’affaiblissement mondial de l’hégémonie américaine a deux conséquences fondamentales pour l’Asie occidentale :

1.1. Dans le contexte d’une dynamique multipolaire croissante, les tendances centrifuges dans les relations avec les États-Unis se renforcent parmi les États d’Asie occidentale, comme dans le reste du monde.
1.2. Les États-Unis, conscients de cette réalité, ont modifié leur stratégie à l’égard de la région. Washington a – au moins temporairement, et en particulier vis-à-vis des États qu’il considère comme proches – mis de côté son projet de redessiner la région dans son ensemble en mettant en avant les organisations ethniques et religieuses. Au lieu de ce projet de redéfinition directe de la région, Washington s’est orienté vers une stratégie de contrôle de la région en laissant une marge de manœuvre aux États qu’il considère comme proches. Cette stratégie exige une approche souple qui ouvre la voie à de nouvelles alliances. L’administration américaine n’a pas manqué d’annoncer cette nouvelle orientation à plusieurs reprises par le biais des déclarations de l’ambassadeur américain à Ankara, Tom Barrack.

2. Compte tenu des tendances politiques générales et des politiques régionales des gouvernements signataires, l’accord de La Mecque ne peut être défini comme un accord contre les États-Unis et Israël.

3. En d’autres termes, l’accord de La Mecque n’est pas un accord conclu en dépit des États-Unis ; au contraire, il s’agit d’un accord visant à occuper l’espace géopolitique ouvert – ou contraint de s’ouvrir – par les États-Unis, mais toujours d’une manière compatible avec ces derniers.

4. Libérer le « Moyen-Orient » de l’emprise américano-israélienne et le transformer véritablement en « Asie occidentale » n’est possible qu’en établissant une équation Turquie-Iran-Égypte en dehors des plans américains.

5. Compte tenu des structures administratives et des dynamiques économiques actuelles de l’Arabie saoudite et du Pakistan, on ne peut pas affirmer que ces pays puissent avoir des orientations indépendantes des États-Unis. Alors que l’Arabie saoudite s’est rangée aux côtés des États-Unis dans la guerre contre l’Iran, le Pakistan a servi de canal ouvert entre Washington et Téhéran avec l’accord des États-Unis.

6. Pour évaluer l’accord de La Mecque, il est utile de prendre en compte les décisions prises à l’encontre de l’Iran lors du sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Ankara.

7. En Turquie, de nombreux signes indiquent que le gouvernement s’est récemment considérablement éloigné d’une « politique d’équilibre » contrôlée entre l’Est et l’Ouest pour adopter une approche de politique étrangère qui privilégie les relations avec les États-Unis. Les tendances observées dans la position du gouvernement de l’AKP sur les questions iraniennes et ukrainiennes, ainsi que les mesures prises dans le cadre des relations bilatérales avec les États-Unis, constituent des faits concrets à cet égard.

8. Rien n’indique que l’accord de La Mecque exerce une quelconque pression sur Israël, l’allié stratégique des États-Unis dans la région.

9. Sous sa forme actuelle, cet accord s’apparente au CENTO, créé en 1955 sous l’égide des États-Unis et du Royaume-Uni.

10. Les accords et alliances qui ignorent le déclin des États-Unis et la tendance parallèle à la multipolarité ne peuvent pas être viables à long terme.

11. La pleine indépendance des pays d’Asie occidentale et la fin de l’occupation israélienne en Palestine ne sont possibles que par le biais d’une politique et d’alliances qui s’opposent aux projets des États-Unis et d’Israël dans la région.

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Cet article a été publié sur le site United World. Nous le reproduisons ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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