« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visio-conférence internationale 25-26 avril 2020

Nourrir l’avenir : manger est un droit moral

Session 4

6 mai 2020

Discours de Bob Baker, co-ordinateur pour l’agriculture de l’Institut Schiller, et témoignages des éleveurs américains

  • Joe Maxwell, ancien lieutenant-gouverneur du Missouri, co-fondateur de Family Farm Action Alliance
  • Tyler Dupy, directeur de la Kansas Cattlemen’s Association
  • Frank Endres, Californie, membre de la National Farmers Organisation depuis 63 ans
  • Bill Bullard, Montana, PDG de R-CALF USA
  • Jim Benham, membre du Conseil national, National Farmers Union, Indiana
  • Mike Callicrate, Kansas, éleveur de bétail indépendant

BOB BAKER : Je tiens à remercier l’Institut Schiller ainsi qu’Helga LaRouche pour l’occasion qui m’est offerte de parler de cet enjeu majeur qu’est la production agro-alimentaire. Le monde est aujourd’hui confronté à la plus grande crise alimentaire de l’histoire. Cela inclut les États-Unis.

Où en étions-nous il y a six mois ? En Europe, des milliers d’agriculteurs défilaient côte à côte avec leurs tracteurs dans les rues de Berlin, Paris ou Madrid, et mois après mois, ils bloquèrent des villes et des centaines de kilomètres d’autoroutes. Aux États-Unis, l’année dernière, des centaines d’agriculteurs quittaient leurs ranchs et leurs champs pour se sont rendre à des réunions de masse dans la région du « Farm belt » (la « ceinture agricole » formée par les Etats à forte dominante agricole du Midwest, notamment l’Iowa, l’Ohio, le Missouri, l’Illinois, le Minnesota, etc. NDT].

Pourquoi ? Leur situation financière est si précaire qu’ils manifestent pour le droit de produire de la nourriture. Et ceci alors que, dans d’autres parties du monde, en Afrique du Sud, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient, les gens descendent dans la rue parce qu’ils n’ont pas les moyens de manger ! En Afrique, près de la moitié de cet immense continent est tributaire des importations alimentaires, alors qu’avec les outils technologiques existants, il pourrait nourrir le monde entier.

Nous savions déjà que nous avions besoin d’un nouveau système. Et c’est alors que le nouveau virus a frappé. Maintenant, nous devons remplacer ce système de spéculation maléfique qui s’effondre, celui de Wall Street et de la City de Londres, par un nouveau système productif. Les agriculteurs ont un rôle spécial à jouer à cet égard, car ils ont autorité en tant que producteurs de denrées alimentaires. La nourriture est un droit moral. Je suis très fier de cette équipe de six dirigeants du monde agricole que nous allons entendre ici. Ils défendent les intérêts des agriculteurs du monde entier, mais se joignent également aux villes qui ont besoin de nourriture. Suite à la crise, nous aiderons à la renaissance d’un système de nations souveraines, chacune ayant son propre approvisionnement alimentaire aussi autosuffisant que possible, afin qu’aucune banque internationale ou autre monopole ne puisse piller les producteurs alimentaires et les travailleurs. C’est l’« harmonie des intérêts » dont parlait Henry Carey, le conseiller économique d’Abraham Lincoln.

Maintenant, vous allez entendre des voix qui viennent de l’ensemble des Etats-Unis : du Midwest, de l’Indiana, du Missouri et du Kansas, du bassin du fleuve Mississippi, des hautes plaines, du Montana, du Colorado et de Californie. Je viens moi-même de l’Iowa, où presque toute ma famille élève des bovins et des porcs, tout en cultivant du maïs et du soja.

Dans chacun de leurs messages, vous découvrirez des revendications que nous vous demandons de défendre :
— un prix régulé, acceptable pour les consommateurs mais permettant aux producteurs de continuer à produire et ne conduisant pas d’autres pays à la ruine ;
— la fin de l’emprise des grands cartels agro-alimentaires ;
— la fin des abus de la grande distribution et autres intermédiaires qui spolient les producteurs et font les poches des consommateurs.

Nous devons agir. La pandémie de faim dans le monde est un réel danger, en plus de la pandémie du virus.

Donc, premièrement, une action d’urgence. Intervenons pour sauver partout nos capacités agricoles.

Sauvons notre cheptel, nos troupeaux, nos récoltes, nos fermes et nos familles agricoles.

Vu la gravité de la crise, instaurons temporairement une subvention de survie, permettant aux producteurs de survivre. Ensuite, régulons les marchés par des prix garantis. Il faut décréter un moratoire sur les saisies pour dette des fermes, du matériel agricole et des terrains cultivables.

Acheminons la production agricole là où on en a besoin. Il faut prévoir les besoins et fixer des tonnages de céréales de base à produire pour les satisfaire. Je pense notamment aux 36 pays totalement dépendants d’approvisionnements extérieurs. Saisissons par exemple la proposition du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies pour alimenter les pôles humanitaires.

Deuxièmement, en prévision de l’avenir, prenons immédiatement toutes les mesures pour renforcer et moderniser la production agricole et industrielle de chaque pays. Fini l’externalisation de la production alimentaire par les fanatiques du libre-échange impérial. Cela signifie une coopération entre pays : c’est pourquoi nous sommes ici aujourd’hui. Cela signifie surtout que tout le monde doit manger, et ça, c’est l’avenir. C’est pourquoi la culture dont nous avons parlé dans le précédent panel doit aussi s’intégrer dans l’agri-culture.

Voici quelques rapports et témoignages du terrain.
Merci beaucoup.

JOE MAXWELL : Je tiens à remercier Institut Schiller de m’avoir permis d’être ici aujourd’hui, et je vous remercie tous de nous avoir rejoints. Je suis Joe Maxwell. Je suis le cofondateur de la Family Farm Action Alliance. Je suis agriculteur familial de quatrième génération aux États-Unis. Ma ferme se trouve dans l’État du Missouri, à environ 160 kilomètres à l’ouest du Mississippi.

Aujourd’hui, nous sommes tous menacés, une menace provoquée par cette pandémie de COVID-19. Cette menace concerne notre santé, celle de nos familles et celle de nos voisins dans le monde. C’est également une menace pour notre économie, notre mode de vie. Des hommes et des femmes du monde entier ont été licenciés. Les agriculteurs et les éleveurs n’ont plus de marchés. Les consommateurs se font arnaquer financièrement par les distributeurs. Cette menace provient aussi bien de la pandémie que des monopoles qui contrôlent le marché et notre économie.

Au cours des 30 ou 40 dernières années, le monde a permis, nos gouvernements ont permis à une poignée de sociétés de contrôler notre alimentation et notre agriculture. Ils l’ont fait au nom de l’efficacité. Beaucoup d’entre nous ont mis en évidence la déficience du système qu’ils mettaient en place et ses faiblesses. Nous avons rarement été entendus.

La menace qui pèse aujourd’hui sur notre économie vient du fait que nos gouvernements ont permis à ces géants mondiaux de voir le jour.

Par exemple, le géant brésilien JBS (José Battista Sobrinho), premier producteur mondial de viande, vient d’annoncer une augmentation de 322 % de ses revenus au dernier trimestre par rapport à la même période de l’année dernière. Alors que des agriculteurs et des éleveurs familiaux et de petits entrepreneurs font faillite dans le monde entier, ils se gavent. En tant qu’ancien « lieutenant-gouverneur » de l’État du Missouri, je peux vous dire qu’on peut choisir le type d’économie qu’on veut, mais qu’il faut se donner les moyens de la soutenir. Si aujourd’hui, notre production a été accaparée par de grands monopoles, c’est parce que nos gouvernements ont permis que cela se produise.

Si quelque chose de « bon » pouvait venir de cette pandémie, ce devrait être que nous parlions tous d’une seule voix, les agriculteurs et les éleveurs se joignant au monde du travail, les travailleurs se joignant aux agriculteurs et aux éleveurs, debout pour défendre les agriculteurs, debout pour défendre les travailleurs dans les usines. Debout ensemble, élevant une voix et exigeant un changement de paradigme, un changement dans notre économie. En la libérant de l’emprise de géants comme JBS pour la remettre entre nos mains. Cette économie appartient au peuple et nous avons le droit d’exiger des changements : voilà un objectif pour le monde d’après.

BILL BULLARD : Bonjour, je suis Bill Bullard, le président de R-CALF USA, la plus grande association professionnelle d’éleveurs et de producteurs laitiers des Etats-Unis. L’industrie bovine est la plus forte composante de l’agriculture américaine, générant environ 67 milliards de dollars par an avec la vente de bovins et de veaux. Parce que c’est le secteur le plus important, et parce que l’élevage se pratique dans 50 Etats, c’est-à-dire presque la totalité du territoire américain, il s’agit en vérité de la colonne vertébrale du monde rural américain.

Cependant, notre industrie bovine diminue et décline rapidement.

En moins de 50 ans, on a perdu un demi-million d’éleveurs. Quatre éleveurs sur dix, en activité en 1980, ont déposé le bilan. La taille de notre cheptel bovin a diminué de 15 %, celle de notre cheptel de vaches laitières a été réduit de plus de 5 millions de têtes. Nous avons perdu 75 % de nos entreprises indépendantes, qui produisaient le fourrage et la nourriture pour le bétail.

Cette contraction de la chaîne d’approvisionnement des bovins coïncide avec la consolidation et la concentration massive qui se sont produites au sein de la filière commerciale de notre industrie. Un quart des « marchés » régionaux où se pratiquait la vente aux enchères des bestiaux, a disparu, ainsi qu’un certain nombre d’abattoirs et d’usines de transformation et d’emballage. A l’heure actuelle, quatre grandes entreprises contrôlent l’abattage d’environ 85 % des quelque 25 millions de bovins élevés aux Etats-Unis.

A cela s’ajoute que suite à des accords commerciaux douteux, on a commencé à importer à tout va de l’étranger des animaux et des géniteurs moins chers, sans permettre aux éleveurs d’identifier quelles races proviennent des Etats-Unis et quelles races, moins chères, de l’étranger.

Ce n’est que pendant une courte période qu’on a eu l’étiquetage adéquat permettant la traçabilité des productions et permettant aux producteurs américains de valoriser leur production dans les rayons. L’industrie bovine reste heureusement un des rares secteurs disposant de ses propres canaux de commercialisation. Ce qui n’est plus le cas dans les filières du porc et de la volaille, tellement appauvries qu’il va falloir les reconstruire à partir de zéro. Tout cela est le résultat de cette fameuse « intégration verticale » qui, de facto, tue la concurrence. Les industries américaines du porc et de la volaille sont désormais contrôlées de l’œuf à l’assiette, ou de l’étable à l’assiette, par des conglomérats multinationaux de transformateurs.

Pour les emballeurs de viande multinationaux, le cheptel vif est la dernière frontière à conquérir. Mais nous ne les laisserons pas faire. Nous nous battons déjà sur de nombreux fronts. Auprès des élus siégeant au Congrès américain, nous défendons des réformes visant à reconstruire nos marchés en déroute, afin d’interdire les politiques et les pratiques scandaleuses des transformateurs qui ont créé un grave déséquilibre fondamental sur le marché.

De l’exécutif, nous attendons une réforme des politiques commerciales qui désavantagent les éleveurs de bovins au profit des sociétés multinationales. Devant les tribunaux, initiative historique, nous avons lancé une procédure de recours collectif (« class action ») contre les quatre plus gros transformateurs de viande pour exiger l’application des lois anti-trust. Car il faut bien voir qu’il existe une entente illicite entre ces quatre mastodontes, visant à faire baisser les prix à la production tout en gonflant leurs propres marges et bénéfices. En tant qu’association, la R-CALF USA, continuera à se battre pour les éleveurs et les producteurs de lait jusqu’à la victoire. Sur ce, merci et au revoir.

TYLER DUPY : Je m’appelle Tyler Dupy et je voudrais vous remercier de m’avoir invité à m’exprimer à cette occasion. Il est inspirant de voir comment un peu d’ingéniosité et de dur labeur peuvent rassembler autant de grands esprits de façon virtuelle pendant cette pandémie.

Il existe un fossé entre les consommateurs et la production alimentaire, qui est en train de se creuser. Alors que les très grandes entreprises ne cessent de croître en taille, l’agriculture indépendante diminue. Alors que des chaînes de télévision passent de longues heures à vous montrer comment cuisiner un repas complet, personne ne vous montre d’où viennent les ingrédients, qui les produit, les récolte ou les transforme, ni comment. L’agriculture est le vrai visage de la nourriture et le consommateur doit pouvoir connaître la réalité, pas la fiction. À ce stade, l’agriculture indépendante est « au-delà de la crise ». Nous sommes au milieu d’une calamité d’une ampleur sans précédent. Avec les aléas du temps, les éleveurs de bétail et les agriculteurs font face à l’adversité au quotidien, mais ce à quoi nous sommes confrontés sur un front non météorologique, c’est à des politiques législatives et réglementaires favorisant les intérêts d’entreprises si cupides que tout nous sépare. Les agriculteurs trouvent qu’il est non pas difficile, mais presque impossible, d’accéder au crédit et au financement de leurs projets. Dans la plupart des secteurs, les entreprises de production alimentaire et de produits chimiques contrôlent les intrants et les ressources financières. Les réglementations fédérales ont marginalisé l’activité de la banque traditionnelle. Lorsqu’il s’agit de commercialiser nos produits de base, la nature spéculative des marchés à terme provoque des ondes de choc dans toute l’industrie. Les traders de Chicago et de New York se remplissent les poches, tandis que les producteurs se retrouvent les mains vides. Nous devons prendre des mesures d’urgence pour sauvegarder les terres cultivables et l’ultime intégration verticale du modèle de production alimentaire. Bientôt, toute la chaîne alimentaire tombera aux mains de « Corporate America » (le « business » américain). Nous sommes en bonne voie pour que l’état d’esprit décrit dans la série Hunger Games s’empare du monde réel, où la nourriture est la récompense accordée à ceux qui se soumettent pleinement aux oppresseurs.

Je vous remercie de m’avoir permis de vous parler aujourd’hui.

FRANK ENDRES : Merci pour cette opportunité, et je voudrais également remercier Helga Zepp-LaRouche et l’Institut Schiller de nous avoir accordé le temps pour donner notre avis.

Un mot sur mes activités. Notre ranch est situé dans la partie occidentale de la vallée de Sacramento, dans le nord de la Californie. Avec mes deux fils, nous faisons de l’élevage et produisons des céréales.

La question alimentaire suscite actuellement beaucoup d’inquiétude, surtout dans le cadre de la pandémie.

Je voudrais donc vous parler un peu de la question de la sécurité alimentaire. Ce qui inquiète avant tout, c’est la perte de terres cultivables. Chaque jour, plus de 5000 acres (une acre vaut environ 4047 m2) de terres agricoles sont converties en terrain constructible pour des infrastructures, des centres commerciaux, de l’habitat, etc. Pire encore, des terres agricoles de première qualité sont recouvertes de panneaux solaires.

Autre défi à relever, le vieillissement des actifs agricoles. Aujourd’hui, dans le monde agricole américain, les moins de 35 ans ne représentent que 5 % des actifs, tandis qu’à l’autre extrémité, les plus de 65 ans représentent plus de 65 % des actifs.

Une autre menace, et probablement la pire pour notre sécurité alimentaire, c’est la faiblesse du prix des biens de consommation. Ce qui fait qu’avec les actuels modes de calculs du revenu agricole, on assiste à un gigantesque vol des producteurs. Cela se produit parce que l’on compare le prix que les agriculteurs reçoivent aujourd’hui à celui qu’ils recevaient il y a un an, deux ans, cinq ans… Cela n’a rien à voir avec ça. Le prix que reçoit l’agriculteur, ou quelqu’un d’autre, doit être calculé en fonction de tout ce qu’il doit acheter pour faire tourner son entreprise aujourd’hui. De plus, il faut lui accorder une allocation complémentaire pour ses frais de subsistance. C’est à cela que sert un « prix de parité » (prix garanti). En termes de pouvoir d’achat ou de parité du producteur, les prix agricoles moyens aujourd’hui sont à 30 % de parité, c’est-à-dire inférieurs à ceux de la Grande Dépression de 1933, qui atteignaient une parité de 64 %. Autrement dit, les agriculteurs et les éleveurs ont perdu aujourd’hui plus de 70% de leur pouvoir d’achat. Puisqu’on ne leur propose rien d’autre, la seule façon pour eux de compenser cette perte est de s’endetter de plus en plus. Mais sans un prix correct, impossible d’honorer les traites. Ce processus a entraîné un taux de suicide chez les agriculteurs dépassant de loin celui des années 1980.

Pour terminer, je voudrais souligner ceci : dans votre existence, vous aurez besoin, au moins une fois, d’un médecin, d’un notaire, d’un avocat ou d’un prêtre. Mais trois fois par jour, vous avez besoin d’un fermier pour vous nourrir.

Je vous remercie.

JAMES BENHAM : Je m’appelle James Benham. Je suis le président la Farmer’s Union pour l’État de l’Indiana. Je siège également, au niveau national, au conseil d’administration de la National Farmer’s Union. Je suis cultivateur et je produis du maïs et du soja. J’ai cultivé du tabac par le passé, mais lorsque ce ne fut plus considéré comme politiquement correct, nous avons tous abandonné cette activité. Je voudrais parler un peu du problème que nous avons avec l’agriculture aujourd’hui, en me référant probablement davantage à ce qui se passe aux États-Unis que dans d’autres pays, tout en faisant de mon mieux pour inclure le reste du monde. Je tiens également à remercier l’Institut Schiller et Helga Zepp-LaRouche de m’avoir invité aujourd’hui. Ils font un excellent travail pour le monde entier, et nous devons les soutenir de toutes les manières possibles.

Je vais parler un peu des deux virus qui nous tombent dessus. Il est évident que nous sommes tous confrontés en ce moment au coronavirus, qui est dévastateur pour le monde. Cela va coûter des milliards et des milliards de dollars et provoquer des pertes d’emplois, de revenus et d’opportunités.
En dehors de ça, nous avons le virus de Wall Street qui, lui, est installé de longue date. Ce virus continue à nous saigner à travers la spéculation et le contrôle des marchés. Les agriculteurs n’ont aucun contrôle sur les prix, qui montent et descendent comme un yo-yo. Et avec la spéculation, la théorie de l’offre et de la demande est passée par la fenêtre. Pour changer cela, il nous faut rétablir la loi Glass-Steagall, ce pourquoi nous nous battons depuis un certain temps. Nous devons démanteler les banques monopolistiques de Wall Street et revenir à un processus où les agriculteurs savent où et comment emprunter de l’argent, en le remettant entre les mains des personnes qui en ont besoin.

Et à long terme, comment allons-nous répondre aux besoins des gens du monde entier ? Cela nous ramène au fait que les gens ont besoin de manger. Que devons-nous produire pour eux ? Aux Etats-Unis, comme en Afrique et ailleurs, nous avons une grande responsabilité : celle d’assurer que la nourriture arrive dans les assiettes et qu’il n’y ait pas de pénurie alimentaire. Cette menace revient aujourd’hui sur la table avec le coronavirus. La crise qu’elle provoque nous donne donc l’occasion de réfléchir à des solutions à long terme pour les systèmes alimentaires et agricoles.

Cela comprend des politiques de « marchés organisés », avec la mise en place d’un mécanisme de fixation des prix, empêchant les abus des transformateurs et autres intermédiaires de la grande distribution, et de quotas laitiers permettant d’accorder la production aux besoins réels du marché.

Ce n’est pas un secret que les pénuries que commençons à subir sont dues au fait que nous avons ruiné la moitié de notre production alimentaire. L’autre moitié qui reste à la disposition des consommateurs dans les rayons de nos épiceries, où les gens font leurs achats pour la semaine, ne peut pas rivaliser avec ce qui vient d’ailleurs. La politique de « zéro stocks » et de « flux tendus » qui prévaut s’avère inapte à répondre à nos besoins actuels. D’un autre côté, nous n’avons plus assez d’agriculteurs pour fournir cette quantité de produits, et nous n’avons pas non plus les installations de transformation pour répondre à la demande en cas de crise. Aux États-Unis, nous avons une ou deux usines de transformation touchées par le coronavirus. On les a fermées pendant un mois, ce qui provoque une grosse pénurie. Si les carcasses ne sont pas transformées, on ne peut pas présenter en magasin de la viande prête à consommer. Sans cet intermédiaire essentiel, le consommateur subit la pénurie, et le producteur, à cause de facteurs extérieurs à la profession, la surproduction. Le résultat, c’est que les gens se mettent à produire chez eux des légumes. Entretemps, les producteurs se voient contraints d’euthanasier les animaux, parce qu’ils n’ont plus d’argent pour leur payer de la nourriture.

Pour illustrer mon propos, deux exemples de ce que touche le producteur sur le montant final payé par le consommateur. Premier exemple, sur une livre de bacon, vendue 5 dollars dans le commerce, le producteur touche 63 cents. Sur une miche de pain de deux livres, payée 3,99 dollars en magasin, le producteur touche environ 13 cents, et je pourrais continuer la liste. Pour un pack de six bières, qu’on paie 9,99 dollars, la part qui va au producteur de céréales entrant dans leur fabrication est d’environ 4 cents. Voilà une réalité que bien des consommateurs ignorent.

Voilà le problème. On ne saura le résoudre que par une coopération internationale permettant d’établir des prix équitables pour chacun, et à l’abri des spéculateurs.

Merci beaucoup. Que Dieu vous bénisse tous et j’espère que cela vous sera utile.

MIKE CALLICRATE : Alors que nous sommes ici aujourd’hui avec ce problème du COVID-19, je pense qu’il a vraiment mis en lumière les défaillances de notre système agro-industriel.

On n’a jamais vu autant d’argent circuler dans le secteur alimentaire. Les consommateurs n’ont jamais payé autant pour leur nourriture. Et le producteur de ces produits, qu’il soit travailleur agricole, employé de la transformation alimentaire, exploitant agricole ou éleveur lui-même, n’a jamais reçu si peu de ce que paie le consommateur.

Je pense donc que c’est le bon moment pour envisager de mettre en place un système alimentaire alternatif, celui des circuits courts, de la vente directe, plus local et plus régional. Avec Ranch Foods Direct, nous faisons cela depuis environ 20 ans. J’ai vraiment été obligé de le faire à l’époque, quand je ne pouvais plus vendre mon bétail. Je me suis rendu compte qu’on pouvait certes réclamer des changements législatifs, mais qu’on pouvait aussi changer nous-mêmes les relations entre le producteur et le consommateur. C’est ce que nous faisons avec Ranch Foods Direct.

Aujourd’hui [au lieu de les importer de l’étranger], nous élevons nos animaux à Saint-Francis au Kansas. L’abattage et la transformation en carcasses se font sur place, puis les carcasses sont expédiées à Colorado Springs, où elles sont débitées et vendues directement aux consommateurs. C’est vraiment ce que nous voulions faire, et ce fut extrêmement difficile. Nous avons rencontré toutes sortes d’obstacles et de défis, mais nous sommes toujours debout. Je pense vraiment que le moment est bien choisi aujourd’hui pour en faire autant dans d’autres parties du pays. Dès lors qu’une communauté rurale peut se connecter avec une communauté urbaine, ce genre de chose peut être fait et reproduit partout, vraiment. Mais je pense que cela doit être fait dans le but d’augmenter les revenus de la ferme et du ranch, et verser un salaire décent au travailleur.

Quand on constate aujourd’hui que tant d’usines de porc sont fermées à cause du COVID-19, il faut se demander pourquoi. La réponse, c’est qu’ils travaillent au contact les uns des autres, ils mangent ensemble à la cantine, ils se déplacent ensemble dans la même voiture, plusieurs familles s’entassent dans le même appartement. Pourquoi font-ils cela ? Parce qu’il s’agit de migrants employés comme des tacherons, travaillant au noir et vivant à la marge dans la précarité. Comme la plupart sont des clandestins, ils ont donc peur. C’est pourquoi je dis : améliorons les choses pour tout le monde, de l’agriculteur et de l’éleveur au travailleur, et pour que le consommateur mange de bons aliments sains.

Vraiment, le moment est venu. Mettons de l’ordre et de la dignité dans nos filières. Mais nous devons obtenir des réglementations qui correspondent à ce nouveau modèle. Et un gouvernement qui soit favorable à cette idée. Ce sera probablement l’un des plus grands défis, car cette chose doit être financée par tout le monde. Pas seulement sur le dos de l’agriculteur, pas seulement sur le dos de l’éleveur, et certainement pas sur le dos du travailleur qui transforme cet aliment avant qu’il n’arrive au consommateur. Il doit être financé par tout le monde. Et en ce moment, les gens des fermes et des ranchs n’ont vraiment pas d’argent. Cela fait des lustres qu’ils sont pillés et encore pillés. Ils ont mangé leur pain blanc, ils ne peuvent plus gagner d’argent parce qu’ils n’ont pas de marchés avec des prix équitables. Nous devons vraiment intervenir ici en tant que société et financer ce projet, le construire et le soutenir.

BOB BAKER : Ce que vous venez d’entendre vient de six dirigeants du secteur agricole américain. Ils sont très inquiets parce que nous avons franchi un cap et que leur capacité de résister tout seuls n’est pas éternelle.

La surconcentration de la production continue à faire des dégâts. Un rapport récent indique que les 40 plus grands producteurs de porc aux États-Unis produisent 66 % de l’ensemble de la production. Ils estiment qu’ils vont perdre en moyenne 18 millions de dollars chacun à cause de la crise pandémique. Devant nous, des plans pour euthanasier des milliers et des milliers de porcs, devenus du jour au lendemain, par les perturbations dans la chaîne de transformation, une « surproduction ». Idem pour la volaille, où des millions de poulets vont y passer. Une folie, si l’on regarde les pénuries alimentaires dans le monde.

C’est pourquoi Helga Zepp-LaRouche et l’Institut Schiller parlent d’un « changement de paradigme ». Car il s’agit de rétablir la dignité humaine. Pour nous, le but de l’économie, ce n’est pas de faire des profits en tant que tels, mais de créer un environnement économique qui favorise l’éclosion du potentiel créatif en chacun, notamment grâce à cette renaissance culturelle dont nous avons parlé ce matin (3ème session).

Quand vous reliez tout cela avec ce qui se passe dans le monde, il devient très clair que cela se résume à l’action de deux forces en présence : l’une qui favorise les renflouements monétaires des grands spéculateurs de Wall Street et des monopoles bancaires, plus imposants que jamais, et l’autre, avec les faucons de guerre qui veulent nous faire croire qu’il y a « les bons » et « les méchants ».
Notre intention est de rassembler le monde entier autour de l’idée que nous avons été créés avec une créativité. C’est pourquoi nous avons l’économie, c’est pourquoi nous avons la culture, et nous nous concentrons sur cela et pas seulement sur l’argent ou sur un marché.

DENNIS SPEED (Modérateur) : Bob, j’ai une question à laquelle vous ne vous attendiez peut-être pas : pourriez-vous nous parler des relations de l’actuel président chinois avec l’Iowa ?

BOB BAKER : Lorsque le président Xi Jinping, qui n’était alors que secrétaire du Parti communiste d’un canton rural, est venu aux États-Unis en 1985, il s’est rendu dans l’Iowa où il a séjourné un certain temps à Muscatine. Grâce à ce séjour, le président Xi a pu se familiariser avec l’agriculture américaine et les technologies avancées utilisées.

Aujourd’hui, l’agriculture américaine, c’est littéralement ce que j’appelle « l’agriculture spatiale », car les technologies de l’espace sont désormais accessibles depuis la cabine de n’importe quel tracteur et mises au service de tous les agriculteurs des États-Unis et de nombreuses régions du monde. Le Président Xi a eu de nombreuses occasions de travailler avec des agriculteurs américains, en particulier de l’Iowa, où il est retourné en 2012, y renouant de nombreux contacts. Une grande partie de ce savoir-faire sophistiqué, l’utilisation des drones, l’irrigation ciblée, l’agriculture de précision, etc., a été partagé avec la Chine et désormais mis en œuvre là-bas. L’essentiel est que cela se manifeste comme à Muscatine, où ils ont créé une société d’amitié Chine-Iowa et organisé de nombreux échanges entre eux. Des orchestres chinois ont fait une tournée dans le Midwest et vice-versa. Cela montre vraiment avec quelle facilité les nations peuvent se rapprocher autour de l’idée de développement mutuel. Cela a laissé une forte impression dans le secteur agricole américain. A noter également que l’actuel ambassadeur américain en Chine est l’ancien gouverneur de l’Iowa. C’est une chose formidable que le besoin de nourrir les gens puisse créer cette unité, tout en faisant ressortir les différentes facettes de l’être humain. C’est l’idée sur laquelle Lyndon LaRouche a toujours mis l’accent : comment développer le potentiel créatif de l’être humain. Et la Chine, qui a su tirer des millions d’individus de la pauvreté extrême, a bien mis en pratique ces préceptes.

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