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Mark Carney et la « finance verte », aux frais des contribuables

16 novembre 2021

Banquiers, financiers et chefs de multinationales se sont rendus à Glasgow à bord de leurs jets de luxe, en quête de soutien pour l’énorme « bulle verte » qui, espèrent-ils, empêchera le système bancaire de s’effondrer dans un avenir proche. Ils se sont ralliés autour du projet proposé par l’ancien directeur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, actuellement envoyé spécial des Nations unies pour le changement climatique et la finance : l’Alliance financière pour des émissions nettes zéro (Glasgow Financial Alliance for Net Zero, ou GFANZ).

Face à la débâcle de la « FLOP26 », Carney a annoncé le 3 novembre que le milliardaire Michael Bloomberg le rejoindrait comme coprésident de la GFANZ, et tous deux ont signé une tribune dans Bloomberg News, précisant que l’Alliance comprend désormais 450 sociétés implantées dans 45 pays, qui contrôlent des actifs d’une valeur de plus de 130 000 milliards de dollars.

On peut y lire qu’« accélérer l’adoption d’énergies propres et d’autres infrastructures durables à un rythme suffisamment rapide pour éviter les pires conséquences du changement climatique, nécessitera des milliers de milliards de dollars de nouveaux investissements — probablement de l’ordre de 100 000 milliards de dollars. La majeure partie de cette somme devra venir du secteur privé. (...) Les entreprises et les investisseurs sont considérablement exposés aux risques liés au changement climatique. En même temps, la course aux énergies propres et aux infrastructures durables constitue une grande opportunité pour les investissements. »

Chacune des 450 institutions financières, affirment les deux auteurs, s’est « engagée à atteindre l’objectif d’émissions nettes nulles dans l’ensemble de son portefeuille d’actifs, et à joindre les actes à la parole. L’Alliance est prête à contribuer à fournir les milliers de milliards de dollars nécessaires pour financer la transition vers un avenir vert. Mais nous avons besoin de l’assentiment des autres. »

Mais est-ce vraiment le secteur privé qui règlera la facture ? Même le Financial Times émets quelques doutes dans un éditorial du 3 novembre intitulé « L’engagement de Carney sur 130 000 milliards pour le climat est trop gros pour être crédible ». Le quotidien de la City attire l’attention sur les dangers de « trop promettre » et de « trop peu fournir » concernant la contribution du secteur privé à la transition verte. Il cite un « banquier sceptique » qui affirme que « la réalité est que la transition carbone nécessitera une énorme intervention et d’énormes investissements de la part de l’État ». Il note également que le chiffre de 130 000 milliards représente non pas des « fonds disponibles », mais les actifs gérés par les institutions membres.

The Economist de Londres est également sceptique. Dans un éditorial du 6 novembre, se demandant si la GFANZ « peut vraiment sauver le monde », il répond par un non catégorique, notamment à cause du faible engagement des gouvernements des grands pays en développement, une état de fait qu’il déplore visiblement.