« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller
Dans les années 1980, la GLLAS était impliquée dans presque tous les aspects de l’affaire LaRouche. En 1984, lors d’un litige examiné par Benjamin Flannagan et Victor Stone, elle a soutenu le refus des services secrets d’accorder une protection au candidat présidentiel LaRouche.
En 1986, la GLLAS fut chargée par William Weld, alors chef de la Division criminelle, de collecter les amendes infligées à des organisations associées à LaRouche pour refus de comparaître devant le tribunal de Boston, une affaire qui allait conduire à la mise en faillite illégale de trois sociétés d’édition et de distribution. En mars 1987, Weld contacta James Reynolds de la GLLAS pour lui demander si une procédure de mise en faillite involontaire poserait des problèmes aux procureurs instruisant le procès LaRouche. Peu après, quatre avocats de la GLLAS, dont Flannagan et Stone, consultèrent le spécialiste des faillites au DOJ, David Schiller.
Des documents rendus publics par la suite en vertu de la FOIA contiennent des notes de Reynolds où l’on peut lire : un syndic est immédiatement nommé. Il est chargé de fermer immédiatement toute l’entreprise. Et, en marge : le rôle du syndic est de fermer ces entités, (ce qui contredit entièrement les affirmations du ministère public selon lesquelles il n’avait pas l’intention de fermer les sociétés d’édition).
Quand le juge de Boston ordonna, en 1988, de rechercher dans toutes les agences fédérales, y compris le bureau du vice-président George Bush, tout document susceptible de disculper LaRouche, cette recherche fut coordonnée par Benjamin Flannagan qui, bien entendu, ne trouva rien.
Après l’échec du procès de Boston, le département de la Justice déplaça l’affaire dans le district Est de Virginie, où il était sûr de trouver un juge et un jury qui lui soient favorables. Or le lancement d’une seconde inculpation, alors que la première était encore en instance, était problématique, même selon les critères du département de la Justice. Les procureurs demandèrent alors une approbation formelle, que Keeney allait signer.
Le 14 octobre, LaRouche et ses soutiens à Alexandria se rendirent au tribunal fédéral de Washington pour tenter de faire annuler l’inculpation en cours. L’audience, présidée par le juge Stanley Sporkin (ancien avocat de la CIA), se déroula à huis-clos. À la dernière minute, Flannagan et Stone arrivèrent tout essoufflés, exigeant qu’on les laisse entrer dans la salle d’audiences. Dans un témoignage ultérieur, Flannagan déclara que John Keeney lui avait personnellement ordonné de s’y rendre afin d’aider le procureur d’Alexandria Henry Hudson à s’opposer à la requête de LaRouche. Celle-ci fut promptement rejetée et, en quelques heures, LaRouche et six soutiens étaient inculpés.
À l’époque où il écrivit sa lettre à Webster (19 août 1982), Kissinger avait cinq bonnes raisons personnelles, connues de tous, d’agir ainsi. Elles étaient toutes de nature politique et prenaient leur source dans des enquêtes journalistiques menées par certains de mes collaborateurs, enquêtes d’un grand intérêt public relatives à des affaires de corruption impliquant personnellement Kissinger.
La première concernait la controverse politique qui nous opposait tous deux à propos de la nécessité de réformer d’urgence le système monétaire international instauré en 1971. Cette controverse personnelle, datant de la période 1974-1976, avait été marquée par diverses mesures prises par Kissinger en tant que secrétaire d’État et directeur du Conseil national de Sécurité.
Une lettre officielle datée du 18 mars 1976, signée par Henry Kissinger et diffamatoire à mon égard, a été diffusée internationalement. L’enjeu en était ma campagne en faveur de réformes monétaires cohérentes avec la proposition de nouvel ordre économique mondial, adoptée à la conférence de l’Organisation des nations non-alignées en août 1976 à Colombo.
Son état d’esprit à cette époque est reflété dans un document prônant le génocide, le National Security Study Memorandum 200, qu’il fit rédiger en 1974 en sa qualité de directeur du Conseil national de sécurité et qui fut par la suite déclassifié.
Des extraits du NSSM 200 : implications de la croissance démographique mondiale pour la sécurité américaine et les intérêts outre-mer, du 10 décembre 1974, ont été publiés dans l’EIR du 9 juin 1995.
Deuxièmement, j’avais lancé publiquement, en février 1982, une campagne d’opposition à la politique de contrôle des armements menée par Kissinger. Voir le séminaire de l’EIR à Washington, des 18 et 19 février 1982, sur la défense anti-missiles balistiques basée sur de nouveaux principes physiques.
Voir aussi Lyndon LaRouche, « Seules les armes à rayons pourraient mettre fin à l’âge kissingérien de la terreur thermonucléaire : une proposition de politique militaire moderne pour les Etats-Unis », brochure éditée par le National Democratic Policy Committee (New York : 1982).
Mon initiative reflétait les discussions officieuses que je conduisais à l’époque avec des représentants du gouvernement soviétique et qui allaient déboucher le 23 mars 1983 sur la proposition d’Initiative de défense stratégique (IDS) faite par le président Ronald Reagan au gouvernement soviétique. Les cercles de Kissinger étaient alors parfaitement au courant de ces discussions.
Dans leurs principales caractéristiques, les cinq minutes de conclusion du discours du Président, le 23 mars 1983, suivaient l’esquisse que j’avais présentée comme option au gouvernement soviétique, lors d’une réunion privée dans un hôtel de Washington en 1982. Cette coïncidence n’était pas fortuite. Cependant, la Heritage Foundation du général Daniel Graham, un farouche adversaire de l’IDS entre fin 1982 et début 1983, intervint promptement, par l’intermédiaire de certains canaux du Parti républicain, pour imposer à cette politique des modifications radicales qui débouchèrent sur une notion intrinsèquement incompétente de la défense anti-missiles balistiques, fort répandue aujourd’hui dans certains milieux.
La troisième raison avait pour origine la publication par nos soins d’un compte-rendu du discours public prononcé par Kissinger le 10 mai 1982 au Chatham House de Londres, dans lequel il se vantait d’avoir, à l’insu de son Président, servi les intérêts britanniques, alors qu’il était secrétaire d’État et directeur du CNS.
Dans ce discours, Kissinger se décrivait comme un disciple de Winston Churchill et un ennemi de la « tradition intellectuelle américaine » représentée par Franklin Roosevelt, lui-même adversaire politique de Churchill mais son allié en temps de guerre. Notre compte-rendu se basait sur une transcription fournie par des collaborateurs de Kissinger membres du PFIAB, l’organisme qui allait mener plus tard des opérations contre nous.
L’EIR a obtenu cette transcription par l’intermédiaire du bureau de Kissinger au Centre des études stratégiques et internationales (CSIS), dont le président était David Abshire, l’un de ceux ayant soutenu la demande de Kissinger d’ouverture d’une enquête du FBI sur LaRouche.
Le quatrième point concernait nos enquêtes sur une potentielle implication personnelle de Kissinger, aux côtés de l’Israélien Ariel Sharon et d’autres, dans une opération de vente de terrains en Cisjordanie. Ce fut l’une des escroqueries immobilières parmi les plus sales et les plus rentables de l’époque. Voir : « Moscow’s Secret Weapon : Ariel Sharon and the Israeli Mafia », EIR Special Report du 1er mars 1986, Chapitres I et II.
Cinquièmement, peu avant l’envoi par Kissinger de sa lettre à Webster (« Dear Bill »), j’avais publié un rapport spécial intitulé Opération Juarez, une proposition à l’adresse du gouvernement américain sur la façon de faire face à la crise de la dette mexicaine qui, selon mon estimation, devait éclater vers septembre 1982.
Elle éclata effectivement quelques jours après publication de ce rapport. Dans les semaines suivantes, Kissinger, avec la bénédiction du gouvernement, s’efforça d’empêcher le gouvernement mexicain de Lopez Portillo de mettre en oeuvre les propositions d’Opération Juarez.
Au cours de cette période, Kissinger fut nommé à divers postes au sein de l’administration Reagan, y compris au PFIAB. Ces nominations sont en corrélation, dans la forme et dans l’intention, avec la création de Projet Démocratie et de son pendant, la Fondation nationale pour la Démocratie (NED), dont Kissinger intégra le conseil d’administration. Projet Démocratie et la NED ont joué à l’époque — et jouent encore -un rôle clé dans les opérations « anti-LaRouche ».
Sur chacun de ces points, les différences philosophiques fondamentales qui m’opposaient alors à Kissinger restent les mêmes. Dans les cinq cas, les enquêtes que nous menions n’étaient pas plus agressives, et certainement moins importunes sur le plan personnel, que celles auxquelles les grandes agences de presse nous ont habitués. Devant l’insistance de Kissinger, qui exigeait lâchement du DOJ et du PFIAB qu’ils neutralisent, par tous les moyens disponibles, la capacité de mes collaborateurs de poursuivre leurs activités journalistiques, ses complices politiques au DOJ et au PFIAB s’inclinèrent.
Le coup d’envoi ayant été donné par le PFIAB, William Webster lança le FBI dans une opération anti-LaRouche, tandis que John Keeney chargeait le GLLAS d’entamer une action contre moi et mes collaborateurs, dans le cadre de l’ordre exécutif 12333, pour de prétendues raisons de « sécurité nationale » et de renseignement extérieur. Les cercles du vice-président Bush, notamment le colonel Oliver North et des conseillers à la sécurité nationale comme Roy Godson, jouent, depuis janvier 1983, un rôle clé dans les actions contre nous.
Au sein du DOJ, le personnage central de cette opération est, depuis 1983 jusqu’à ce jour, le vice-ministre adjoint de la Justice, John Keeney, probablement l’homme le plus corrompu du DOJ. Voilà où se situe le degré de moralité du New York Times, du Washington Post et des autres médias qui ont coopéré à cette opération politique durant toute cette période.
Le résultat de cette opération, menée comme une opération de services secrets, peut être résumé en considérant les aspects cruciaux de trois procès et d’une action sans précédent entreprise en octobre 1986. Voici, en gros, ces éléments et leurs ramifications.
Une interminable série de procédures de type « grand jury » (1984-1988), suivie d’un procès collectif à Boston, implicitement perdu par l’accusation puisqu’il fut annulé au printemps 1988.
Après qu’il a été mis fin à ce procès qui s’éternisait, menaçant les jurés d’épuisement, certains d’entre eux ont déclaré qu’ils auraient à l’unanimité acquitté les prévenus de tous les chefs d’accusation, du fait que ce procès mettait en évidence les intrigues gouvernementales. Une sentence juridique plus élégante sera fournie plus tard par le juge ayant présidé ce procès.
Après l’annulation du procès de Boston, plusieurs jurés ont été interviewés par le Boston Herald. Son numéro du 5 mai 1988 titrait : « le jury de LaRouche aurait voté « non-coupable » ». Selon cet article, les jurés ont unanimement décidé qu’ils auraient jugé LaRouche, six de ses collaborateurs et leur cinq organisations, innocents de tous les chefs d’accusation, d’après les dépositions présentées depuis le début du procès le 7 décembre.
L’un des jurés a cité les abus du gouvernement comme le facteur principal de cette décision : il semble que certains membres du gouvernement soient à l’origine de ce problème [pour LaRouche] [...] des dépositions ont prouvé que des gens travaillant pour le compte du gouvernement avaient dû être impliqués dans certaines de ces fraudes pour discréditer sa campagne. Voir Railroad !.
Dans un Memorandum and Order du 10 août 1988, le juge Keeton faisait état d’irrégularités institutionnelles et systémiques de la part du ministère public qui ont eu lieu lors du premier procès.
À ce moment-là, le gouvernement avait l’option d’intenter contre les prévenus un nouveau procès, qu’il eût presque certainement perdu. Bien qu’une nouvelle date ait provisoirement été arrêtée pour janvier, les procureurs du gouvernement fédéral se mirent d’accord pour éviter une défaite à Boston en ouvrant un procès dans une juridiction moins scrupuleuse, à Alexandria (Virginie), avec des chefs d’accusation spécialement concoctés pour l’occasion. Ils s’empressèrent donc d’ouvrir ce nouveau procès à Alexandria avant janvier, date où il aurait dû se tenir à Boston.
Début de 1987, la cellule multi-juridictionnelle regroupant différents agents d’État et fédéraux avait déjà mis en place l’option qui serait utilisée au procès ultra-expéditif devant la cour fédérale d’Alexandria. Comme on pouvait s’y attendre, après la condamnation à Alexandria, le parquet abandonna le nouveau procès de Boston. L’ouverture d’un nouveau procès alors qu’un autre est en instance constitue déjà en soi une procédure plus que douteuse. Mais sur l’insistance de la GLLAS et au gré du juge Sporkin, ancien officier de la CIA, la mascarade d’Alexandria devait poursuivre son cours.
Il est intéressant de noter le nombre de fonctionnaires du département de la Justice et de la GLLAS, impliqués dans le coup monté contre LaRouche, qui l’étaient aussi dans de faux témoignages dans l’affaire de l’officier de la CIA, Edwin Wilson, au début des années 1980, puis dans le maquillage des irrégularités de procédure.
Auparavant, les 6 et 7 octobre 1986, une force armée de plus de quatre cents hommes, certains lourdement armés de matériel militaire, composé d’agents fédéraux, d’État et locaux, avait envahi et occupé le village de Leesburg, en Virginie. Certains éléments de cette équipe entendaient profiter de l’occasion pour lancer sur mon domicile, à quelques kilomètres de là, une opération « de type Waco » (comme on le dira plus tard), pour m’assassiner ainsi que ma femme et d’autres personnes.
Si certains agents de l’équipe du DOJ ont reconnu par la suite que tel était bien le but du déploiement, ceci était déjà confirmé, objectivement, par la façon dont les équipes militaires avaient été déployées autour de ma résidence depuis le 6 octobre à l’aube jusqu’au petit matin du 7. La fusillade fut cependant évitée grâce à l’intervention de personnes haut placées à Washington qui annulèrent, contre la volonté de William Weld, dirigeant de l’équipe et chef de la Division criminelle, le raid contre ma résidence.
Cette descente armée à Leesburg eut lieu à la veille de la rencontre entre Ronald Reagan et le secrétaire général du PCUS Mikhaïl Gorbatchev à Reykjavik, en Islande. L’IDS était un thème central de cette rencontre, alors que le gouvernement Gorbatchev et la presse soviétique m’avaient dénoncé, dans les termes les plus violents, comme l’architecte et le porte-parole de cette doctrine de défense. Étant bien connu pour avoir lancé l’IDS, telle que Ronald Reagan l’avait officiellement présentée le 23 mars 1983, mon assassinat à ce moment précis aurait été interprété comme un acte exécuté par le département de la Justice à la demande du gouvernement soviétique et, implicitement, comme une menace à la vie du Président américain lui-même, avec la complicité même de William Weld.
Ceci nous amène à un autre procès, en Virginie, devant déboucher sur la mise en faillite de nos sociétés par les autorités fédérales.
En 1987, plusieurs organisations basées en Virginie ont fait l’objet d’une saisie et d’une fermeture involontaire, en vertu de la loi fédérale sur les faillites d’entreprises. Au cours de procédures ultérieures, cette décision allait être jugée comme le résultat d’une « tromperie de la Cour » commise par le procureur en question, Henry Hudson. Mais entre-temps, le Tribunal des faillites avait ordonné la cessation permanente de toute activité lucrative et de paiements (dont remboursements de la dette) des organisations incriminées.
Le juge fédéral qui présidait l’affaire, Albert Bryan, refusa d’accorder aux organisations ainsi frappées la possibilité de contester la décision du gouvernement. Soulignons qu’au cours de procédures postérieures au procès d’Alexandria et à la condamnation de mes co-défendeurs et de moi-même, la cour fédérale a jugé que la mise en faillite constituait en soi un acte de tromperie de la part du DOJ. Néanmoins, en dépit de ces décisions, je suis resté, pendant plus de quatre ans encore, incarcéré dans une prison fédérale. La cellule anti-LaRouche a pu ainsi continuer à jouir de résultats obtenus en trompant le Tribunal des faillites.
Soulevons d’autre part un élément connexe et antérieur de cette machination intervenue en février 1987. Certaines autorités de l’État de Virginie parvinrent à convaincre une fonctionnaire de faire marche arrière au sujet des emprunts dont le remboursement allait être compromis à cause la mise en faillite des organisations, et de les requalifier en emprunts commerciaux ordinaires, alors que la majorité d’entre eux étaient de nature politique non commerciale, comme les prêts accordés à l’époque à certains hommes politiques virginiens pour financer leurs campagnes électorales.
Beaucoup de ces prêts étaient émis sans intérêt et habituellement renégociés jusqu’au remboursement final. La choquante volte-face de cette fonctionnaire lui valut pour récompense un poste de juge à la Cour suprême de l’État. Cette combinaison de mesures - la mise en faillite décidée par le gouvernement fédéral et la décision préparatoire de février prise par des fonctionnaires corrompus - sont des étapes préliminaires cruciales à l’orchestration des inculpations basées sur des parjures, prononcées le 14 octobre 1988.
Les éléments produits après le procès montrent incontestablement que non seulement des témoins de l’accusation mais aussi des membres du jury avaient fait de faux témoignages sous serment ! Les procureurs savaient pertinemment que ces témoignages étaient faux.
Ainsi, courant octobre 1988, le DOJ lança, dans le district oriental de Virginie, des poursuites sommaires dont les chefs d’accusation reposaient uniquement sur la mise en faillite décidée en vertu de la loi fédérale et les accusations frauduleuses de l’État de Virginie. Il y avait douze chefs d’accusation de fraude postale [toute fraude ayant utilisé, d’une façon ou d’une autre, les services postaux tombe sous le coup de cette accusation] et un m’accusant personnellement de mener une « conspiration Klein ».
Cette dernière et mystérieuse accusation signifie que j’avais l’intention « d’empêcher et d’entraver le fonctionnement de l’Internal Revenue Service » (le fisc).
Les accusations de fraude postale reposaient sur le non remboursement des emprunts par les sociétés que le gouvernement avait lui-même illégalement mises en faillite. L’inculpation provenait du même procureur - Henry Hudson - qui était à l’origine de la « tromperie de la Cour » ayant empêché la poursuite des remboursements, y compris de certains emprunts déjà en cause à Alexandria, dans le procès présidé par le même juge Bryan qui avait interdit à ces sociétés toute activité qui leur aurait permis de continuer à rembourser leurs prêts. Cependant, en raison de décisions prises avant l’ouverture du procès et pendant le procès, sur ordre brutal du juge Bryan, il fut interdit aux accusés d’invoquer la mise en faillite ainsi que la nature des prêts en question.
En effet, la décision la plus déterminante fut celle in limine (restreignante), adoptée par le juge avant le procès, interdisant à la défense de produire des éléments - que l’accusation savait être pertinents - relatifs à la mise en faillite et à d’autres points afférents. L’exclusion de ces pièces éloquentes était destinée à assurer que l’inculpation d’Alexandria ne soit pas rejetée par le jury comme l’avait été celle de Boston. Si les chefs spécifiques de fraude postale présentés à Alexandria étaient nouveaux et portaient sur des problèmes légaux complexes qui n’avaient pas été examinés à Boston, le chef d’accusation global de conspiration était presque une copie conforme, au niveau de ses axiomes, de celui de Boston - la théorie farfelue de conspiration dont j’aurais été l’auteur subsistant dans les deux cas.
L’équipe multi-juridictionnelle du procureur était déterminée à exclure toute production des faits, communs aux deux procès, qui avaient amené le jury à réagir comme il le fit à Boston. Le juge Bryan exclut également toute audition de faits relatifs aux nouvelles questions légales posées par les accusations de fraude postale. Cette décision et d’autres prises avant l’ouverture du procès devaient assurer qu’il soit, lui-même, une fraude.
Les questions cruciales du procès
Il a été établi que notre mise en faillite illégale par la Cour fédérale a été entreprise en vue de justifier des inculpations, autrement intenables, pour fraude sur emprunt. L’opinion partagée par les membres de l’équipe multi-juridictionnelle de l’accusation était qu’il serait impossible de porter contre LaRouche de telles accusations, à moins de mettre non seulement en faillite les sociétés concernées mais aussi d’en ordonner la fermeture pour les forcer à interrompre tout remboursement de prêt. Ces éléments montrent que la procédure de mise en faillite fut lancée pour tromper intentionnellement, et pas seulement objectivement, le tribunal des faillites.
En outre, le recrutement systématique de témoins à charge pour le procès d’Alexandria ne commença qu’après la procédure de mise en faillite. C’est seulement lors de la mise en faillite illégale que le FBI a commencé a interroger des sympathisants politiques ayant prêtés de l’argent au mouvement de LaRouche.
Ces sociétés utilisaient les services postaux nationaux pour adresser aux prêteurs des lettres de confirmation sur le statut de leur prêt, à la fois pour la bonne tenue des livres comptables et afin d’éviter tout malentendu. Par conséquent, dans la logique irrationnelle du procureur, il s’agissait de « fraude postale ».
Il est établi que l’ensemble de l’accusation de fraude sur les emprunts fut une concoction de l’équipe de procureurs de Boston et d’Alexandria. L’intention des procureurs fédéraux était de fabriquer un dossier à partir des deux opérations de février et d’avril 1987. Il fut décidé de maintenir en réserve ces accusations pour le cas où les poursuites fédérales de Boston échoueraient. Comme le montrèrent d’autres poursuites juridiques lancées en d’autres endroits, la qualification de ces emprunts dans ces cas était délibérément frauduleuse.
L’inculpation d’Alexandria fut signifiée le 14 octobre 1988, deux jours après un discours historique, et même prophétique, que j’avais prononcé à Berlin. Lors de cette conférence de presse, LaRouche a prévu l’effondrement imminent du système du COMECON et le rétablissement de Berlin comme capitale d’une Allemagne réunifiée. Le procès s’ouvrit le 21 novembre et la condamnation fut prononcée le 16 décembre.
Hormis la sophistication de cette fiction légale, la seule raison pour laquelle un procès aussi expéditif portant sur des questions aussi complexes a pu être arrangé, c’est qu’aucun prévenu n’a été autorisé à témoigner pour sa propre défense, en dépit du fait que j’avais informé à maintes reprises toutes les parties concernées de mon intention de le faire. L’un des co-défendeurs, lui aussi personnellement déterminé à témoigner, n’en a pas eu la possibilité parce que son avocat ne l’y avait pas préparé de manière adéquate.
Comme j’étais la personne la plus fréquemment mentionnée par les procureurs, étant le principal accusé bien que totalement innocent, le fait que l’on ne m’ait pas permis de répondre aux accusations présentées dans l’inculpation et au cours de la procédure signifie que ce procès dans son ensemble a forcément été une mascarade. On peut estimer que mes dépositions à elles seules, lors de l’interrogatoire et du contre-interrogatoire, auraient nécessité deux à trois semaines de plus.
Plusieurs problèmes se sont posés. Premièrement, après la mise en accusation, certains prévenus n’ont pas eu suffisamment de temps pour trouver un avocat avant la fixation de la date du procès.
Deuxièmement, encore plus significatif, ces avocats, dont certains furent engagés à la hâte, n’étaient pas tous d’accord pour me laisser déposer pour ma propre défense, de peur que cela ne porte, à leur avis, tort à d’autres accusés. Comme la plupart de ces avocats refusèrent de se préparer en vue de mon témoignage, je me trouvai de fait privé de ce droit. Des motions de disjonction furent déposées, mais sommairement rejetées.
Autrement, l’issue du procès aurait été différente. Il s’avéra plus tard que le refus de me laisser témoigner fut en grande partie l’oeuvre d’une taupe dans l’équipe de la défense qui allait montrer ses vraies couleurs de manière flagrante pendant le procès et plus tard.
Pour comprendre l’importance que ma déposition aurait eue, certains témoins à charge ont fait sous serment des déclarations tout à fait fausses d’une importance cruciale, portant sur plusieurs questions dont j’avais personnellement connaissance et qui pouvaient être corroborées. Il aurait été crucial que le jury m’entende réfuter ces témoins au cours du procès.
Il est vrai qu’en pratique, certaines de ces questions, y compris les plus importantes, avaient été volontairement et injustement écartées par les décisions in limine du juge. Néanmoins, pour ce qui est de nombreux points soulevés par l’accusation, si l’on avait pu présenter les faits, cela aurait permis de constater à quel point les dépositions de certains témoins à charge étaient mensongères et l’argumentation des procureurs frauduleuse. Faute pour moi de pouvoir les dévoiler au cours de l’interrogatoire et du contre-interrogatoire, ces questions cruciales n’allaient pas être prises en considération par le jury, même si bon nombre d’entre elles ont été abordées ou mentionnées par les avocats de la défense dans leurs conclusions.
On comprend mieux la portée de ce point, si on considère le nombre de faux témoignages faits sous serment par des témoins qui, de toute évidence, étaient corrompus, et si on tient compte, à partir de la transcription du procès, du flot de fausses déclarations énoncées, en toute connaissance de cause, par les avocats de l’accusation. Le fait le plus important, celui que les avocats engagés à la hâte n’étaient pas qualifiés pour comprendre, est que toute poursuite à motivation politique est avant tout, par définition, un procès politique, quels que soient les prétextes vrais ou faux ayant formellement été avancés par les procureurs pour obtenir l’inculpation. La défense l’a effectivement fait remarquer au juge Bryan, mais celui-ci n’était pas disposé à laisser des considérations de véracité ralentir le calendrier prévu pour son procès expéditif.
Que ce soit de l’intention même du procureur ou du point de vue des implications découlant inévitablement de toute action en justice contre un homme politique en vue, de tels procès visent à produire des résultats politiques en utilisant des voies juridiques. Dans tous les cas, lorsque toute évocation des implications politiques est interdite au cours du procès, celui-ci devient en soi une fraude, en raison de la falsification du processus. Une personnalité politique traînée en justice est, par définition, un sujet de controverse politique.
Dans notre cas, même les chefs d’accusation faisaient état d’une motivation politique comme caractéristique de la prétendue fraude postale. Pour ma part, j’avais fait l’objet d’une attaque politique majeure, au cours des années précédentes, dans les principaux médias de la région où le jury allait être sélectionné. Durant les douze années précédant le procès (surtout les quatre dernières), l’état d’esprit de la population, représentée par ces jurés potentiels, avait été façonné par cette propagande. Les décisions rendues avant l’ouverture du procès par le juge Bryan, ainsi que son examen des jurés potentiels, n’étaient pas seulement erronés, mais clairement frauduleux, étant donné ce contexte qu’il connaissait parfaitement.
Mis à part le problème posé par la sélection des jurés, ni eux ni l’ensemble de la Cour ne pouvaient voir clair dans le brouillard entourant cette affaire, si la question du mobile politique n’était pas mise en évidence pour leur permettre de juger de sa pertinence au regard des chefs d’accusation. L’inculpation et le procès d’une personnalité politique sont parfois justifiés et les accusations portées peuvent alors représenter un simple délit du code pénal ; cependant, même dans ce cas, il faut bien présenter à la Cour et aux jurés la question d’une prudente séparation entre les associations politiques liées à l’accusé et les faits qui lui sont reprochés.
Comme dans le procès de Boston, la capacité de déterminer si les accusations au pénal ont été fabriquées pour des raisons politiques ou si elles sont portées de bonne foi contre une personnalité politique connue, représente le problème le plus important que le jury, et lui seul, doit pouvoir résoudre dans tout procès d’une personnalité politique.
À Alexandria, les procureurs aussi bien que le juge d’instance se sont efforcés, notamment par leur décision d’exclure des éléments de preuve pertinents, d’empêcher les membres du jury d’avoir connaissance de l’enjeu réel de l’affaire. Ainsi, le juge Bryan a délibérément trompé la Cour en falsifiant la présentation des faits. Cette règle doit avant tout être appliquée dans le cas d’une personnalité politique connue, surtout si elle a été victime de calomnies aussi virulentes et frauduleuses que celles auxquelles le Washington Post et d’autres journaux ont habitué les membres potentiels du jury dans cette région.
Ce jury ne pouvait rendre qu’une décision fortement influencée par les considérations politiques que les médias corrompus avaient divulguées pendant de nombreuses années, avant et pendant le procès.
N’oublions pas que la population de Virginie a été saturée pendant des mois par la propagande éhontée répandue contre moi par le Washington Post et pratiquement tous les médias écrits et électroniques de la région. Ensuite, il faut considérer les décisions prises avant et pendant le procès par le juge d’instance, ainsi que la méthode expéditive et corrompue de sélection des membres du jury. C’est en toute connaissance de cause que le juge Bryan s’est prêté à ce type de manipulations fanatiques avant et pendant le procès.
Si la personnalité politique en question, en tant que défendeur, a été accusée sur des bases frauduleuses et que la Cour joue le jeu, comme ce fut le cas du juge Bryan, si les médias ont fait naître, parmi la population, un état d’esprit propice au lynchage, comme ce fut le cas ici, et si cet homme politique ne peut prendre la parole pour se défendre, au cours de l’interrogatoire, il est presque certain qu’il sera condamné, aussi innocent soit-il et en dépit des preuves accablantes le disculpant, présentées aux jurés honnêtes.
Comme devaient le montrer des enquêtes menées ultérieurement, ce jury n’était pas honnête. Voir la « Motion to Vacate, Set Aside, Correct Sentence Under 28 U.S.C. Section 2255 » , USA vs. LaRouche et al, US Court of Appeals, Docket No 92-6701.
Ce procès et son verdict ont inspiré à une éminente autorité juridique sur le plan international, le professeur Friedrich-August von der Heydte, deux observations générales. D’abord, il a comparé le procès d’Alexandria à celui du célèbre capitaine Dreyfus, dont la condamnation inique n’aura nécessité que cinq jours de plus que dans le cas du procès bien plus complexe contre moi et six de mes collaborateurs.
Voir : « LaRouche Case Like Dreyfus Affair », International Commission for Human Rights, Washington Post du 3 mars 1989.
La question du droit
Le professeur von der Heydte souleva aussi un autre point que je soutenais à l’époque. La conduite du juge dans cette affaire reflétait très clairement une corruption spécifique et grandissante du droit américain, encore plus inquiétante que le droit nazi associé à l’héritage de Carl Schmitt et Roland Freisler.
Cette corruption, reflétée dans la tendance des cours fédérales à adhérer au principe de John Locke du « profit aux actionnaires », représente une combinaison de positivisme radical et de conceptions interchangeables spécifiques du « profit aux propriétaires d’esclaves » (slaveholders) et du « profit aux actionnaires » (shareholders), associée à la doctrine de la Confédération des États du Sud et à la doctrine actuelle soutenue par un important élément de la Cour suprême des États-Unis, comme en témoigne le fréquent recours du juge Scalia au sophisme.
On peut comparer le résultat d’une telle union entre Locke et le droit positiviste au point de vue qu’incarne, en termes de droit, le personnage fictif de la République de Platon, le tristement célèbre Thrasymaque, ou encore aux notions perverties de certains empereurs romains, bien réels ceux-là, comme Tibère, Néron, Caligula et Diocletien.
Bref, dans ce mode positiviste, la table de justice est truquée, tout comme une table de jeu, avant même que la victime ne s’y assoye. Par la suite, ces représentants de la justice corrompus invoquent les règles du truquage pour montrer que le procès s’est déroulé suivant « les règles du droit ». Dans notre cas, comme en témoignent les décisions in limine, il s’agissait des absurdes « règles spéciales » que ces sophistes avaient concoctées pour l’occasion. En bons hypocrites, ces mêmes « pharisiens » proclament que puisque le procès s’est déroulé selon leurs règles, les procédures étaient « loyales » (pour reprendre le terme d’une taupe parmi les avocats de la défense).
Dans les conditions définies par ces deux observations du professeur von der Heydte, tout comme dans l’ignoble procès de Socrate, le mot « justice » n’a plus de sens. Seuls les niais se récrieraient, dans ces conditions, « mais son procès s’est déroulé en bonne et due forme, suivant les règles, n’est-ce pas ? ».
Qui fixe les règles et comment ? Comme juger les faiseurs de règles ? Peut-on considérer les juges comme des membres privilégiés d’un club privé ou ne devraient-ils pas répondre à des normes supérieures, moins capricieuses ? Si ces règles excluent la vérité, alors, comme dans le procès de Socrate, ce sont les juges qui doivent être condamnés comme représentant un danger pour la république et le bien-être de son peuple.
Pour être juste, il faudrait inclure ici une autre observation.
Certes, notre Congrès a adopté beaucoup de mauvaises mesures. Certains Présidents ont proposé ou accepté des lois auxquelles, selon toute norme morale concevable, ils auraient dû s’opposer. Suivant la forme de gouvernement établie par notre Constitution, la réparation de ce type d’erreurs doit être recherchée auprès de la Cour fédérale, qui doit trancher sur ces questions avec une conscience informée et cultivée, quitte à défier l’opinion contraire dominant les autres branches du gouvernement. Cependant, si la Cour fédérale se fourvoie, comme cela s’est vu ces vingt-cinq dernières années, seules les forces conjuguées des deux autres branches ont l’autorité immédiate d’en corriger les erreurs.
Et que se passe-t-il si les trois branches ne dissipent pas l’erreur ? Dans ce cas, il n’existe que deux « autorités » supérieures auxquelles se référer. L’une est l’expression, mûrement réfléchie, de l’intérêt propre du peuple, en matière de défense nationale et de bien-être général ; c’est l’autorité morale et politique de cette expression du bien-être général qui constitue le fondement de notre Déclaration d’Indépendance et notre Constitution fédérale.
Si cette option échoue, il ne reste plus qu’une autorité, celle qu’on appelle parfois le jugement de l’histoire. Ainsi, l’histoire punit, ou même élimine des nations et des cultures à qui il manque manifestement et incurablement la capacité morale de survivre. L’autorité ultime du principe de bien-être du peuple est révolutionnaire, comme l’affirment les premiers paragraphes de la Déclaration d’Indépendance. Le pouvoir de cette autorité encore supérieure, l’histoire elle-même, est d’une qualité encore plus redoutable.
En dernière analyse, la seule autorité véritable de la loi humaine est la raison. L’autorité du gouvernement, son droit d’exister lui-même, repose uniquement sur le devoir qui lui incombe de promouvoir efficacement le bien-être général de l’ensemble de la population et de sa postérité, comme il est établi dans les quatre premiers paragraphes de notre Déclaration d’Indépendance et dans le Préambule de notre Constitution fédérale.
Le jugement que l’on doit porter sur tel ou tel système de lois ou sur la mauvaise application chronique de ce système, doit être considéré à deux niveaux.
Au niveau le plus simple, on peut le comparer, en première approximation, au modèle déductif d’une géométrie euclidienne ; à la déduction de preuves à partir d’un ensemble sous-jacent de définitions, axiomes et postulats déclarés et implicites.
Cependant, au niveau supérieur, dans le processus d’établissement de lois et de procédures judiciaires, on doit reconnaître que, dans l’art de gouverner comme en sciences physiques, tous les ensembles existants de définitions, d’axiomes et de postulats sont sujets à changement, de la même manière que l’on découvre, en science, de nouveaux principes physiques prouvés.
Si un principe prouvé reste vrai, non seulement de fausses hypothèses doivent être purgées mais de nouveaux principes validés, auparavant omis, doivent être incorporés à cette multiplicité multi-connexe de principes universels vérifiables. La considération la plus importante à avoir à l’esprit est la distinction entre ce qui est sujet à un tel changement et ce qui ne l’est pas. Ce qui ne peut pas changer, dans un État de droit sain, c’est la définition de l’être humain comme étant d’une nature différente de celle de toutes les espèces inférieures. L’adhésion à ce principe durable définit absolument la distinction entre des formes civilisées de société et la bestialité de l’esclavage, du cannibalisme et d’autres formes de barbarie inhumaine.
Suivant un principe vérifiable, il faut classer l’empirisme et le positivisme dans la catégorie d’idées fausses et bestiales sur la nature de l’homme, aux côtés de l’esclavage, du cannibalisme et du servage.
Nous, les être humains, sommes uniques, par rapport aux autres espèces, non seulement en raison de notre pouvoir d’apprendre, mais aussi de découvrir de nouveaux principes physiques universels et autres, permettant à notre espèce d’accroître son pouvoir par tête dans et sur l’univers. En ceci, nous sommes tous également distincts des animaux et, au même chef, créés également à l’image du « Créateur » de cet univers.
Toute législation digne de ce nom doit procéder de la reconnaissance et du respect de ce principe. Comme la Déclaration d’Indépendance et le Préambule de notre Constitution le reconnaissent sous diverses formes, ce principe de promotion du bien-être général représente la seule base légitime de l’existence du gouvernement, c’est la pierre angulaire sous-jacente, invariable, de toute bonne loi et de toute bonne justice.
Ainsi, dans un système de droit honnête, les problèmes posés par les axiomes sous-jacents sont toujours latents. Les conclusions doivent être prouvées et nous devons toujours garder à l’esprit ces axiomes. Dans chaque aspect à examiner, la question latente reste : quel est le point de vue axiomatique des parties respectives, et de la Cour elle-même ?
L’une de ces hypothèses axiomatiques est-elle fausse, par rapport au sujet en question ? Dans un droit positiviste, ces considérations cruciales sont axiomatiquement exclues ; l’affaire est plutôt traitée comme le feraient les célèbres juges **** et ***** de Rabelais, ou d’une manière tout aussi haineuse et irrationnelle. Dans un procès honnête, il faut toujours considérer implicitement les hypothèses axiomatiques sous-jacentes des parties adverses et celles de la Cour. Il faut les traiter activement comme problèmes axiomatiques, à chaque fois que ce point de controverse axiomatique risque d’influer sur le sujet du procès.
Par conséquent, selon ce principe simple et suprême de la loi naturelle, le pouvoir cognitif de raison par lequel l’humanité découvre de vrais principes universels, par lequel elle accroît le pouvoir de notre espèce, est en lui-même la plus haute autorité en matière d’établissement et d’application de la loi nationale et internationale. Ainsi, c’est dans notre découverte des moyens d’accroître le pouvoir de l’humanité sur la nature que nous trouvons la preuve de ce que nous appelons à juste titre la raison. C’est à partir de ces pouvoirs de raison, ainsi cultivés, que nous pouvons déterminer les lois qui devraient régir nos États et aussi nous gouverner nous-mêmes.
Lorsque notre notion de la loi devient aussi pervertie dans la pratique qu’elle a tendu à le devenir ces trente dernières années, sans que le peuple intervienne pour la changer, alors le pouvoir de raison réagira au fait que nous sommes un peuple ayant égaré, ou même perdu, la capacité morale qui garantit qu’une nation puisse survivre.
C’est un point sur lequel je reviendrai dans ma conclusion. Maintenant, nous devons considérer un autre point connexe. La majeure partie des lois, des pratiques juridiques et de l’opinion publique que nous connaissons aujourd’hui est essentiellement irrationnelle. C’est de cette irrationalité que notre nation doit se libérer, si elle veut survivre. Les pires manifestations en sont la violation, ou le non respect, par notre gouvernement de son devoir de promouvoir efficacement le bien-être général ; la légitimité même du gouvernement et des tribunaux en dépend absolument.
La soumission du président Clinton à la pression exercée par le vice-président Al Gore pour qu’il approuve la « réforme de l’aide sociale » proposée par le président de la Chambre Newt Gingrich, ou encore le soutien du Comité national démocrate à la motion raciste que l’avocat John Keeney continue de présenter en son nom, sont typiques du genre d’actes par lesquels un gouvernement, un parti politique, voire toute une nation, sape son autorité morale à continuer à diriger et à exister.
Voir : « Motion to Affirm » [99-1212], soumise à la Cour suprême par les avocats du DNC, Joseph Sandler et John Keeney.
Ainsi, l’importance supplémentaire de l’« affaire LaRouche » est de mettre en évidence le type de personnalités désorientées, sinon folles, qui exercent tant de pouvoir et d’influence dans notre nation. La parodie de justice flagrante et persistante que cette affaire reflète devrait nous alerter sur ce que nous devons changer, pour assurer que cette nation puisse survivre.
Le cadre historique de l’affaire
Depuis la phase finale de la chute du prince Clement Metternich, chancelier décadent de l’Empire des Habsbourg, en 1848, le conflit entre deux principes de gouvernement mutuellement incompatibles domine toutes les grandes affaires de chacune des nations de la civilisation européenne telle qu’elle s’est répandue dans le monde. L’affaire LaRouche, résumée ci-dessus, ne fait pas exception à cette règle. Le grand conflit actuel au sein d’un Parti démocrate américain en pleine crise morale non plus.
Au début du XIXème siècle, le déclin et la chute de la vieille aristocratie foncière féodale et princière a laissé la civilisation européenne en proie à un conflit entre deux forces sociales opposées. D’un côté, la forme moderne triomphante de l’oligarchie financière au pouvoir, une forme de société et d’État produite en Hollande et en Angleterre sous l’influence directe des familles de l’oligarchie financière vénitienne, dirigées successivement par des personnalités comme Paolo Sarpi et l’abbé Antonio Conti.
C’est cette oligarchie financière que nos compatriotes combattirent, en s’opposant autant à la tyrannie sanglante de Guillaume d’Orange qu’à la nouvelle monarchie britannique établie lors de l’accession de George Ier au trône.
La République des États-Unis, créée dans ces circonstances, était d’une forme toute nouvelle. Elle plongeait ses racines dans les réformes de Solon à Athènes, dans le combat de la Grèce classique pour la création de républiques et dans la conception oecuménique de l’homme qu’apportèrent à la culture grecque classique des apôtres de Jésus-Christ comme Pierre, Jean et Paul. Les fondateurs de notre République constitutionnelle suivirent les précédents de l’art de gouverner établis par le roi français Louis XI et par Henri VII d’Angleterre.
Au cours des XVIème et XVIIème siècles, alors que la situation en Europe n’était pas politiquement favorable à la mise sur pied de vraies républiques conformes aux principes du bien commun défendus par Louis XI et Henry VII, les Européens voués à cette cause établirent des colonies dans les Amériques. Ces colonies, du moins les meilleures d’entre elles, comme la colonie du Massachusetts des Winthrop et Mather, cherchèrent à bâtir de véritables « commonwealths », ou républiques.
Leur but était non seulement de voir prospérer ces républiques naissantes, mais qu’elles deviennent, pour reprendre les mots prononcés plus tard par notre ami le marquis de Lafayette, des temples de liberté et des phares d’espoir pour nos amis et alliés politiques parmi les peuples d’Europe et d’ailleurs ravagés par les conflits. Ce rôle et cette mission, à savoir la promotion d’une communauté de principes parmi des républiques parfaitement souveraines, ont joué un rôle crucial dans la persistance de notre république. Tous nos grands patriotes ont reconnu que telle était la véritable destinée manifeste des États-Unis.
Malheureusement, même à ce jour, l’Europe n’a pas encore réussi à établir des formes durables de véritables républiques constitutionnelles. De grandes réformes, inspirées en particulier par notre propre combat pour la liberté contre notre oppresseur, l’oligarchie britannique, ont bien eu lieu. Pendant un temps, certains d’entre nous avaient de bonnes raisons d’espérer que le président Charles de Gaulle amènerait la France à devenir une vraie république. Hélas, malgré les grandes réformes de démocratisation qui se sont produites dans le vieux monde, les constitutions européennes ne sont encore que des reliques réformées d’institutions de pouvoir féodales, dans une configuration où les parlements sont tantôt les victimes d’une oligarchie financière opérant comme un marionnettiste derrière le rideau, tantôt le maître des affaires de la nation.
C’est ainsi que les intérêts oligarchiques anglo-américains détruisent, depuis 1992, le système politique souverain de l’Italie et que les centres oligarchiques anglo-américains ont récemment déclenché une déstabilisation similaire des institutions politiques représentatives de l’Allemagne, et potentiellement de la France.
Malheureusement, depuis la création de notre propre république constitutionnelle, nous nous sommes souvent trahis nous-mêmes. Aujourd’hui, comme souvent dans le passé, notre nation est plus souvent victime de puissantes forces internes, intrinsèquement perverses, que de quelque puissance étrangère. Nos rangs comptent essentiellement deux ennemis puissants, et une troisième cause des malheurs récurrents que nous nous infligeons à nous-mêmes.
Le premier des deux ennemis de marque que notre république a nourri en son sein, c’est l’oligarchie financière qui a établi à l’époque son centre à Wall Street (New York), autour des cercles de l’agent du Foreign Office britannique Aaron Burr ; et, deuxièmement, la tradition oligarchique des planteurs propriétaires d’esclaves, associée à la Confédération des États du Sud.
Le troisième ennemi, c’est la folie persistante qui règne chez le citoyen ordinaire de notre nation — celui à propos duquel le président Abraham Lincoln fit observer qu’on pouvait duper tout le monde pendant un temps et la plupart des gens, comme aujourd’hui, tout le temps.
La propension persistante qu’a la majorité d’entre nous à se laisser duper est la troisième source, et la plus importante, de tous les malheurs dont nous avons endurés depuis la création de notre république. Tout au long de notre histoire, la minorité perverse, les intérêts financiers oligarchiques concertés de Wall Street dans la tradition de la Bank of Manhattan d’Aaron Burr et des propriétaires d’esclaves, cette minorité a trop souvent réussi à prendre le gouvernail, uniquement à cause de la disposition de la majorité de notre peuple à se comporter en dupes politiques.
Toujours est-il que l’héritage oligarchico-financier, représenté par les intérêts de Wall Street et ses cabinets juridiques, et l’héritage de John Locke transmis aux propriétaires d’esclaves, sont les seuls véritables ennemis politiques que je rencontre aux États-Unis. Les autres adversaires que j’ai sont simplement des gens de divers horizons qui se comportent, sans originalité, de manière irrationnelle. Comprendre le conflit qui m’oppose à ces ennemis politiques et à certains de leurs laquais comme John Keeney du département de la Justice, c’est comprendre les principaux enjeux de l’opération en cours depuis trente ans pour arrêter LaRouche.
La question politique qui sous-tend le comportement criminel de la bureaucratie permanente du département de la Justice est, au fond, la même que celle décrite par Henry Kissinger, dans son discours à Chatham House, comme le conflit entre le président Franklin Roosevelt et Winston Churchill. C’est le seul conflit essentiel qui nous oppose, Kissinger et moi, ces trente dernières années.
Toutefois, comme ces modèles de corruption que furent en leur temps Fouché et Talleyrand, les créatures actuelles comme John Keeney et Henry Kissinger, ou encore M. Zbigniew Brzezinski de la Trilatérale, ne sont que des laquais en livrée déguisés en officiers.
Pour situer les enjeux actuels, on doit d’abord les aborder selon la fameuse prescription de l’Anglais Alexander Pope : pardon, Monsieur, de qui êtes-vous le chien ? Il faut identifier les simples laquais d’après leurs maîtres. L’origine approximative de ce conflit politique actuel remonte à l’assassinat du président William McKinley en 1901.
Cet assassinat, arrangé par l’intermédiaire d’Emma Goldman, permit à un rejeton de la Confédération, Theodore Roosevelt, d’accéder à la présidence.
Voir : « Why the British Kill American Presidents », pamphlet du New Federalist, décembre 1994, pages 24 à 31 ; et « Why the British Kill American Presidents » d’Anton Chaitkin, manuscrit d’un livre non-publié, 1995.
C’est ce Roosevelt, ainsi que Woodrow Wilson (qui devint Président grâce à lui), qui opérèrent dans nos institutions les changements désastreux qui nous ont conduits à plusieurs reprises au bord de l’abîme au cours des cent dernières années. La Division criminelle du département de la Justice, telle que le représentent John Keeney et le FBI de J. Edgar Hoover, est une création exemplaire de la présidence de Theodore Roosevelt contrôlée par Wall Street.
Cette division est, aujourd’hui encore, l’une des marionnettes décisives de Wall Street dans la bureaucratie permanente de notre gouvernement. La personnalité satanique du bureaucrate Keeney est typique de ces simples marionnettes à la botte des intérêts financiers de Wall Street et de ses cabinets juridiques. Fait révélateur : l’ancêtre du FBI, le National Bureau of Investigation (Bureau national d’enquête), fut créé par le ministre de la Justice de Theodore Roosevelt, Charles Bonaparte, membre authentique de la famille Bonaparte qui ne cacha pas son intention de créer aux États-Unis un bureau de police politique de style bonapartiste. Il proposa une police politique secrète, comme celle qui sévissait sous l’empereur Napoléon et son neveu Napoléon III, délégué par lord Palmerston pour gouverner la France. Le FBI de J. Edgar Hoover méritait bien la qualification de police politique secrète.
Voir l’appendice C : « The FBI : An American Okhrana » in Dope Inc. : le livre qui a rendu fou Kissinger (Washington : Executive Intelligence Review, 1992).
Autre fait révélateur : le mentor de Theodore Roosevelt, son oncle farouchement anglophile, le capitaine James Bulloch, qui dirigea le service de renseignement extérieur des États confédérés d’Amérique, est célèbre pour sa trahison à la cause des États-Unis. « Teddy » représentait, tout comme son patron adoptif, le courant anglophile du Parti républicain fidèle à Wall Street, qui était le pire ennemi des républicains de la tradition de Lincoln, comme Garfield, Blaine et McKinley.
Enfin, Woodrow Wilson, l’homme mis à la présidence par Theodore Roosevelt, était un admirateur fanatique du Ku Klux Klan. C’est lui qui lança la mobilisation de masse en faveur d’un renouveau du Klan, à partir de la « Maison de l’Exécutif » que Theodore Roosevelt avait rebaptisée « Maison Blanche ».
À cette époque, républicains et démocrates de New York étaient des pièces interchangeables. La campagne de Tilden avait mis fin à la Reconstruction [réintégration des États du Sud dans les États-Unis] et la présidence de Cleveland avait instauré, sous le nom usurpé de « réforme », une bureaucratie fédérale permanente contrôlée par Wall Street, ainsi que la doctrine Jim Crow [de ségrégation des Noirs] connue par le slogan « races séparées mais égales ». Ainsi les fils de la Confédération et Wall Street ne faisaient qu’un dans leur détermination à arracher et éradiquer l’héritage de présidents comme Washington, Monroe, Quincy Adams, Lincoln, Garfield et McKinley.
Avec une perfidie typique, Theodore Roosevelt récompensa ceux qui l’avaient porté à la présidence en précipitant le rachat par des financiers de Wall Street et de Londres des avoirs des entrepreneurs productifs américains, sous prétexte de « démantèlement des trusts ». La conception du système de la Réserve fédérale, décidée à l’initiative de Jacob Schiff, principal agent financier du roi Edward VII aux États-Unis, et la mise en place de ce système par le président Woodrow Wilson sont typiques du caractère contre-révolutionnaire des changements introduits aux États-Unis, y compris au niveau économique, sous les présidences successives de Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Calvin Coolidge. Sans le leadership du président Franklin Roosevelt, les États-Unis en tant que république n’auraient pas pu survivre aux ravages de ces gouvernements précédents.
Au cours des années suivant l’assassinat du président John F. Kennedy [1963], qui s’était en toute connaissance de cause engagé à faire revivre le legs de Franklin Roosevelt, je suis entré dans une phase nouvelle de ma vie personnelle. Mes principes restaient, axiomatiquement, les mêmes que ceux ayant défini les trente premières années de ma vie. Par contre, au milieu des années 1960, j’ai pris conscience d’un nouveau sens de responsabilité et de mission personnelles, voué à défendre notre nation contre les plus grands dangers dont je prévoyais à l’époque l’émergence.
Soit il y avait, à cette époque, très peu d’individus prêts à accepter cette responsabilité, soit, s’ils existaient, ils ont disparu sans crier gare. Ainsi mon propre rôle émergent dans la vie politique a été unique, d’abord sur le plan national puis, de plus en plus, dans le monde entier. Corrélativement, l’unicité relative de mes qualifications explique en contrepartie la relative unicité des campagnes d’assassinat, de diffamation et de poursuites que le département de la Justice et ses maîtres de Wall Street ont menées contre moi, à travers le monde, au cours des trente dernières années.
Dans les années 1960, surtout après l’assassinat de Martin Luther King, je me suis trouvé au milieu d’un vide politique de plus en plus grand en matière de leadership politique, un manque général des qualités spécifiques de leadership nécessaires pour ramener la nation au moins au niveau de qualité de vision caractéristique des meilleurs aspects de la tradition de Lincoln et du legs de Franklin Roosevelt.
En 1976, j’étais déjà le plus compétent des candidats à la Présidence. Pour le salut de notre nation, j’aurais dû devenir Président en 1980 ou 1988. Aujourd’hui, je suis le seul candidat véritablement qualifié pour être Président dans la conjoncture de crise actuelle. Prenez la question sous un autre angle ; pourquoi aucun autre candidat qualifié ne s’est-il présenté jusqu’à présent ? Il devrait y avoir des dizaines de candidats qualifiés en lice pour les conventions respectives des partis. Le processus d’élimination a exclu du choix réel de nos citoyens le candidat que les intérêts oligarchiques sont le plus fanatiquement déterminés à écraser et éliminer.
Au début, mon rôle dans notre vie politique était celui d’un « trouble-fête », d’un critique des absurdités prévalant à l’époque. Après les décisions insensées du président Richard Nixon annoncées à la mi-août 1971, ma situation a vite changé. Etant donné la conjugaison exceptionnelle entre mes qualifications de penseur original cultivé et d’économiste et mon tempérament, j’ai commencé à devenir une nouvelle personnalité politique significative pour notre nation et parmi des nations étrangères. Ceci a amené les maîtres de nos enclos à moutons et de nos abattoirs politiques à réagir promptement ; dès la fin 1973, ils avaient décidé d’orchestrer mon assassinat [devant être perpétré] par des pantins du FBI au sein du Comité national du Parti communiste des États-Unis.
Comme en témoigne le comportement des principaux médias depuis 1973 et comme le confirment les trois décennies des opérations toujours en cours du département de la Justice contre moi, les gérants oligarchiques de nos enclos à moutons politiques sont toujours à l’oeuvre. Pensez à la manière dont les éleveurs de bétail gèrent leurs troupeaux. Les créatures grasses, les plus rentables et bien gérables, seront gardées ; celles qui sont difficiles à contrôler ou peu disposées au travail, ou celles qui sont simplement jugées trop nombreuses par rapport aux besoins de leur propriétaire, sont éliminées pour en faire de l’engrais.
C’est de la même manière que les négriers triaient leurs captifs. C’est de la même manière que les oligarchies, à travers les âges de l’histoire connue, ont géré les troupeaux politiques qu’elles gouvernaient. Traditionnellement, comme en atteste le cas de l’assassinat de Martin Luther King, pris pour cible par Edgar Hoover, les oligarchies et leurs laquais n’attendent pas qu’un spécimen insolent devienne une menace sérieuse à leurs manigances, comme le devint le pré-candidat présidentiel Robert Kennedy, elles ont tendance à les faire assassiner avant qu’ils n’aient l’occasion de se développer et de devenir une menace sérieuse.
C’est presque une question d’instinct : l’instinct de tuer ce qu’ils n’aiment pas. Chez les gérants plus avisés de troupeau politique, on a des motifs plus recherchés pour justifier les meurtres et autres mesures destinées à purger le troupeau populaire de ses éléments indésirables.
En y réfléchissant sérieusement, on comprend que Martin Luther King était la personne la plus qualifiée, personnellement, pour devenir Président en 1968 et il aurait dû le devenir, s’il avait vécu, en 1972 ou 1976. Il avait fait la preuve de sa capacité à mobiliser la majeure partie de la nation pour la cause de la justice pour tous, qualité rare parmi les candidats des trois dernières décennies.
Il est dans la nature de toute société oligarchique de s’enfoncer dans des crises auto-infligées dont les implications sont existentielles. De telles crises tendent à susciter une réceptivité populaire grandissante, née du désespoir, à de nouvelles idées. J’appelle ce phénomène l’« effet Pearl Harbor » : ce sont les modifications souvent soudaines du caractère et de la vision de la majorité de la population qui surviennent au moment où « la bombe tombe ».
Si dans de telles circonstances, de nouveaux dirigeants potentiels se font entendre, il est possible d’effectuer d’importants changements dans la société. Si de tels dirigeants font défaut ou ont été éliminés au préalable, la vieille oligarchie gardera le pouvoir ou le regagnera bientôt, et le « même bon vieux foutoir repart pour un tour ».
Comme l’état de bétail humain est étranger à l’authentique nature humaine, l’impulsion qu’aura la population, en particulier les jeunes, à établir de nouvelles institutions conformes à la nature humaine réelle, est relativement forte, surtout pendant des crises de choc - au moins pendant une période relativement courte. Dans ces circonstances, de grands changements pour le meilleur peuvent se produire. L’intérêt propre de l’oligarchie consiste soit à empêcher de tels changements, soit à s’y adapter dans l’intention de regagner sa vieille puissance, peut-être même sous une forme légèrement modifiée, une fois que la population sera retombée dans les banales préoccupations de ses petits intérêts personnels et locaux.
Si l’on considère, de ce point de vue historique, les cas de Franklin Roosevelt et de John Kennedy, on comprend aisément la haine éprouvée par l’oligarchie envers ces deux hommes, aujourd’hui encore. Alors, comme aujourd’hui, l’oligarchie et ses laquais se disent : il faut empêcher que cela se reproduise jamais ! Cette réaction est pratiquement une question d’instinct.
Elle n’est pas dirigée uniquement contre les originaux qui pourraient devenir Présidents. La règle de l’oligarchie est d’éliminer à tous les niveaux les vraies impulsions républicaines qui risquent de devenir gênantes. Tuer ces individus, les emprisonner, les diffamer ou les neutraliser autrement, même en faisant appel à des témoins à charge qui ont été corrompus personnellement ou financièrement, comme ce fut le cas lors des procès de Boston et d’Alexandria.
En fin de compte, les coupables au département de la Justice, au FBI, dans la bureaucratie du Comité national démocrate et les médias, sont simplement des laquais. Mais comme l’histoire féodale nous l’enseigne, ce sont les laquais qui font d’habitude le sale boulot de leurs maîtres et qui semblent, comme les SS nazis, y prendre le plus de plaisir.
Ainsi, en 1973, les laquais du DOJ ont dit : tuez-le ! Plus tard, lorsque j’ai commencé à jouer un rôle marginal sur le plan international et que je me suis présenté à la Présidence, l’oligarchie a jugé que j’étais potentiellement encore plus dangereux qu’en 1973. En 1982, mon influence internationale était telle que les oligarques ont décidé de m’éliminer ainsi que tout ce qui m’était associé. Ils avaient effectivement peur que quelqu’un ne reprenne ce que j’étais engagé à faire, c’est-à-dire utiliser la crise globale qui se profilait pour rétablir le « système américain » et son héritage. Et c’est en effet ce que je ferai, si j’en ai les moyens.
Bref, ceci est la seule et unique véritable raison des poursuites et autres sales opérations contre moi et mes amis. Le souci de l’oligarchie et de ses laquais est de se débarrasser de moi coûte que coûte. Seules des considérations d’avantages factieux et d’opportunité politique les dissuadent de m’éliminer purement et simplement à n’importe quel moment. Je redoute ce qu’il adviendra de vous tous qui me survivrez, si je suis emporté de cette façon.
L’enjeu historique de ces procès
La raison principale pour laquelle Wall Street et la Cour suprême s’opposèrent avec acharnement au président Roosevelt, c’est qu’il défendait la cause pour laquelle les fondateurs de notre nation avaient déclaré l’indépendance et établi notre République fédérale constitutionnelle. Cette cause est exprimée, comme je l’ai déjà souligné ici, dans les trois premiers paragraphes de la Déclaration d’indépendance de 1776 et dans le Préambule de la Constitution fédérale.
Dans ce Préambule, le plus important principe fondamental de droit sur lequel reposent axiomatiquement les autres aspects distincts de la Constitution, est le principe du bien-être général. Tel fut le point fondamental de désaccord entre le président Franklin Roosevelt et les forces oligarchiques de Wall Street et de la Cour Suprême.
Tel est également aujourd’hui le motif axiomatique de la haine que me vouent nos oligarques. C’est enfin le principe qui permet de comprendre ce qui est moralement pourri dans le caractère politique et autre de la majorité des prétendus chrétiens et autres hypocrites aux États-Unis aujourd’hui. C’est ainsi que l’histoire politique des États-Unis au XXème siècle est devenue le conte des deux présidents Roosevelt : Teddy le rénégat contre Franklin le patriote.
À la racine de cette opposition se trouvent deux conceptions mutuellement incompatibles de la nature humaine individuelle : d’une part la notion de l’homme doté du pouvoir de cognition, pour qui nous sommes tous également faits à l’image du « Créateur de l’univers », et d’autre part, la notion oligarchique opposée, celle d’une nature humaine axiomatiquement bestiale et empiriste, telle qu’elle s’exprime à la fois dans la fable satanique de Bernard de Mandeville (La Fable des abeilles) et dans les notions apparentées de « profit aux propriétaires d’esclaves » et de « profit aux actionnaires », ce dernier étant considérée comme axiomatiquement suprême dans la procédure législative.
Voir : Bernard de Mandeville, La fable des abeilles ou Vices privés, bénéfices publics (Londres ; 1714).
Mandeville recommanda la légalisation de tous les vices, arguant que les processus mystérieux d’interactions entre les impulsions des individus doivent automatiquement produire un résultat conforme à l’intérêt public. Cette même doctrine satanique de Mandeville fut explicitement adoptée par Friedrich von Hayek comme prémisse « religieuse » de la Société du Mont-Pèlerin qu’il co-fonda avec le professeur Milton Friedman.
Cette société est l’inspiratrice de la Heritage Foundation de Washington et d’un certain nombre d’organisations pratiquant le culte du « libre échange » qui polluent aujourd’hui la scène politique. Adam Smith, pantin de lord Shelburne, adopta la doctrine satanique de Mandeville comme aspect central de sa Théorie des sentiments moraux de 1759 et il adopta aussi le dogme implicitement frondiste du laissez-faire pro-féodal du Dr François Quesnay. C’est l’un des nombreux aspects du dogme physiocrate, dont Smith s’est fait le plagiaire dans La richesse des nations. On peut se demander si le juge Scalia de la Cour Suprême reconnaît les origines sataniques de sa propre réponse au dogme du profit aux actionnaires.
On voit mieux l’enjeu de cette bataille juridique lorsqu’on considère le fait que la Cour fédérale tolère le meurtre de masse des citoyens que constitue l’application de la théorie du « profit aux actionnaires » aux organisations de santé privées (HMO), à la réforme de l’aide sociale, à la Sécurité sociale [les retraites], etc.
Implicitement, à chaque fois que la Cour, entre autre, défend les prémisses du profit aux actionnaires ou des prémisses apparentées, dans des décisions défavorables au principe du bien-être général, cela revient à uriner sur la Déclaration d’Indépendance et la Constitution fédérale, autant d’actes qui sont considérés à juste titre comme incriminables. Considérons, à titre d’exemple pertinent, les grandes décisions associées aux régimes des gouverneurs dirigeant (et ruinant) les États fédéraux du Texas, de Floride et de Virginie. Considérons à cette lumière l’histoire récente des décisions pertinentes de la Cour suprême. Gardons en tête, en considérant ce sujet, l’expression « purifier le bétail populaire ».
Envisageons le cas dans lequel un condamné à mort peut encore compter sur la production future d’éléments de preuve montrant soit qu’il est en toute probabilité innocent, soit que le procès lui-même a été si entaché d’injustice qu’il faut en ouvrir un nouveau. Considérons le nombre de condamnés à mort qui ont été exécutés à la hâte, au mépris d’indications tendant à prouver des irrégularités de ce type au niveau du procès.
Considérons aussi le nombre de fois que les autorités judiciaires et autres aux niveaux des États et fédéral ont argué que le désir d’établir la « finalité » parfaite des condamnations à mort était plus important que les considérations de vérité et de justice. Dans combien de cas la Cour suprême a-t-elle, par ses décisions, ordonné l’accomplissement de l’exécution ou implicitement autorisé des instances de moindre niveau à mettre fin aux recours. Considérons alors l’état d’esprit perverti affiché dans ce domaine par les deux fils de l’ancien président George Bush.
Que laisse à penser la seule existence d’une telle situation, au sujet de tout le système de la justice fédérale aujourd’hui ? Que le système de justice fédéral est devenu un jeu de dés, truqué, de surcroît. Que la justice n’est plus une considération de notre système fédéral de justice et que les cours fédérales tendent à devenir les simples exécutants de décisions prises par la bureaucratie du DOJ, comme John Keeney.
Mais il y a autre chose d’une grande importance à considérer : le rôle de l’« opinion populaire » orchestrée par les médias, cette opinion populaire à qui la canaille ordinaire d’aujourd’hui fait appel en dernier ressort.
Ce culte moderne de l’opinion populaire orchestrée par les médias, comme le décrivit Walter Lippmann, n’est autre qu’un écho moderne du culte de vox populi, sous le règne duquel la Rome antique sombra dans la dégénérescence morale devant amener le grand Age des ténèbres du premier siècle av. J.C. Ainsi, à travers le culte de l’opinion populaire, Rome consacra la perte fatale de l’aptitude morale et culturelle de survivre. Nous, en tant que nation, avons suivi cette même pente infernale au cours des trois dernières décennies.
La pathologie caractéristique dominante de cette culture romaine fut la corruption de la masse de la population à travers « le pain et les jeux ». Il n’y a, du point de vue moral, pratiquement aucune différence entre la forme de distraction à laquelle se livraient les Romains au Colisée sous le règne des pires des César, et les distractions populaires d’aujourd’hui, que ce soit à la télévision, dans les stades ou à d’autres événements sportifs de même acabit.
Si l’on compare la pornographie et les aspects sanguinaires des distractions de masse à ce qui passe pour être des informations télévisées, force est de constater, avec horreur, la similitude systémique, en terme de dépravation morale, entre la culture de l’ancienne Rome et la nôtre. Pire, cette dépravation orchestrée a exercé la plus forte influence sur la conduite et les résultats de nos campagnes électorales nationales et ailleurs
Le seul remède à une telle maladie morale imminemment fatale, est une forte dose à la fois de réalité et de véracité, suivant la méthode de définition de ces deux termes léguée par Platon à la civilisation moderne. Nous ne pouvons qu’espérer que le choc brutal qui nous attend, dû à l’effondrement en série du système financier mondial actuel, dissipera les illusions de la population à propos des marchés financiers actuels, irrémédiablement condamnés, pour qu’elle retrouve un sens du monde réel, dans lequel ce que nous consommerons sera simplement ce que notre nation est capable de produire ; ce sera un retour soudain à la réalité, déclenché par un choc comparable dans ses effets au bombardement de Pearl Harbor.
Lorsque le choc de la réalité fera revenir à lui votre voisin, souvenez-vous de ce que je vous ai dit à propos des grandes querelles de l’histoire, de la justice et de la bataille entre oligarques et êtres humains réels.
Maintenant, spectateurs, je vous ai donné la fiche de scores. Choisissez votre camp en fonction de cela. Reconnaissez qu’il arrive de plus en plus souvent que seuls ceux qui parlent honnêtement de leurs convictions, par les temps qui courent, disent la vérité. C’est ainsi que j’ai dit la vérité que vous avez de toute urgence besoin de connaître.