« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller
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Guerre et Paix
20 juin 2026
Le 18 juin 2026 — La signature d’un mémorandum d’entente entre Washington et Téhéran constitue incontestablement une avancée historique, mettant fin aux hostilités, rouvrant le détroit d’Ormuz et, espérons-le, empêchant ainsi l’économie mondiale de s’enfoncer davantage dans la récession.
Ce conflit, qui a duré plus de trois mois et demi, a profondément modifié la situation stratégique. Il reste à savoir si cette trêve pourra se transformer en paix durable ou ne sera qu’une pause avant la prochaine reprise des hostilités, potentiellement plus violente.
Ce qui est clair, en revanche, c’est que la première puissance militaire mondiale, les États-Unis, n’a pas réussi à vaincre une puissance de taille moyenne, l’Iran. Ni le changement de régime, ni la neutralisation de son système de missiles balistiques, ni l’élimination de son programme nucléaire n’ont pu être obtenus, du fait de la résilience inattendue du peuple iranien qui, quelles que soient les politiques en vigueur aujourd’hui, est resté uni autour de son identité d’ancien État civilisationnel millénaire, la Perse !
Malgré des pertes non négligeables, l’Iran n’en reste pas moins le grand vainqueur de cette guerre, notamment grâce à l’influence considérable que lui confère le contrôle du détroit d’Ormuz. Cette maîtrise d’un point névralgique de l’économie mondiale est désormais un facteur stratégique incontournable.
De plus, le fait que l’Iran ait pu démontrer l’incapacité des États-Unis à défendre les pays du Golfe abritant ses bases militaires aura des conséquences durables sur l’architecture de sécurité de l’Asie du Sud-Ouest.
Les éloges vont tout particulièrement au Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui a joué un rôle crucial dans la médiation entre les États-Unis et l’Iran, en privilégiant la diplomatie plutôt que la guerre pour résoudre les conflits, ainsi qu’aux nombreuses autres forces de la région qui tentent d’éviter une escalade vers une catastrophe mondiale.
De toute évidence, la principale menace qui plane sur cet accord est la réaction d’Israël, l’autre grand perdant dans ce conflit. Même avec une seconde guerre en moins d’un an et le soutien de la première puissance militaire mondiale, Israël n’a atteint aucun de ses objectifs militaires.
A cause de cet échec, Netanyahou est la cible de vives critiques de la part des chefs de l’opposition, et même au sein de son propre gouvernement. Le principal point de blocage réside dans la clause de l’accord prévoyant un cessez-le-feu au Liban, qu’Israël rejette catégoriquement.
Mais c’est sans tenir en compte de l’évolution du contexte international, qui a vu un revirement d’opinion chez la grande majorité mondiale, alors même qu’une part croissante de la population américaine estime que le gouvernement israélien est allé beaucoup trop loin dans sa politique envers les Palestiniens et l’Iran.
Le président Trump doit maintenant concilier les intérêts de ses bailleurs de fonds, partisans d’une ligne plus dure encore envers l’Iran, des faucons du Parti républicain qui souhaitent que l’accord soit tranché par le Congrès afin de pouvoir le bloquer, et de son électorat traditionnel MAGA, dont le soutien s’érode car il a le sentiment que Trump a trahi ses promesses électorales. À quelques mois des élections de mi-mandat, il doit peser le pour et le contre.
Que faut-il donc faire pour garantir le respect de l’accord et l’instauration d’une paix durable ? La réponse est que l’on doit impérativement inscrire à l’ordre du jour une véritable perspective de développement économique pour toute la région de l’Asie du Sud-Ouest, le « Plan Oasis élargi » proposé par l’Institut Schiller. Une paix durable ne pourra s’instaurer que si tous les habitants des pays de la région, et en particulier les jeunes, entrevoient la possibilité de mettre fin définitivement à la guerre pour construire un avenir radieux et prospère. [1]
Pour répondre sérieusement à cette question, il faut se situer dans le contexte stratégique plus large des promesses de mettre fin à toutes les guerres, faites par un président Trump aujourd’hui confronté à l’échéance des élections de mi-mandat. Si la crise en Asie du Sud-Ouest a une histoire millénaire, marquée par sa complexité et ses multiples facettes, elle doit être perçue, à l’instar de la guerre en Ukraine et de presque tous les conflits actuels, comme faisant partie intégrante de la situation géopolitique globale.
Cette situation se traduit par l’échec de la tentative de l’Occident collectif, dominé par le monde anglophone, d’imposer son hégémonie mondiale unipolaire après la fin de la Guerre froide. Cette démarche s’est avérée éphémère, car la combinaison de six élargissements de l’OTAN vers l’Est, en violation de tous les engagements pris à cet égard, ainsi que des politiques de changement de régime, révolutions de couleur, sanctions unilatérales et autres guerres interventionnistes, a engendré une réaction très négative, notamment parmi les pays du Sud.
Ces derniers n’ont pas adhéré au discours officiel de l’OTAN sur ces événements, mais y ont perçu la tentative manifeste de faire revivre un ordre impérial et néocolonial. L’ascension sans précédent de la Chine permet aux pays du Sud de surmonter, pour la première fois, 500 ans de colonialisme et de chercher à instaurer un nouvel ordre économique visant à établir un système plus juste et plus égalitaire pour tous.
Tout conflit comporte ainsi une grande part de cette dynamique sous-jacente, où l’Occident cherche à maintenir sa domination stratégique et, comme le disent certains responsables politiques, à « ruiner la Russie » et, du moins, à « contenir la Chine ». Or, cela ne sert que les intérêts d’une infime minorité au sein des instances dirigeantes de certains pays occidentaux, et non ceux des peuples d’Europe et des États-Unis.
Comme l’a démontré avec une clarté indéniable la récente guerre en Asie du Sud-Ouest, l’ancien ordre mondial, tel qu’il a été établi après la Seconde Guerre mondiale, puis après la fin de la Guerre froide, est en pleine désintégration.
Il est donc d’une importance stratégique capitale de proposer une nouvelle architecture internationale de sécurité et de développement, qui prenne en compte les intérêts de chaque pays de la planète. La situation est comparable à celle de la paix de Westphalie en 1648, qui mit fin à 150 ans de guerres de Religion en Europe, après que les belligérants eurent compris que si la guerre se poursuivait, il ne resterait plus personne pour crier victoire. Ils en vinrent donc à la conclusion que, pour instaurer la paix, il fallait respecter les intérêts de l’autre, et plus précisément, de tous les autres.
Plusieurs initiatives sont déjà sur la table, qui témoignent de l’urgente nécessité de réorganiser l’ordre international, tel le nouveau Livre blanc du Conseil d’État chinois, « Une gouvernance mondiale plus juste et équitable : principes, propositions et actions de la Chine », qui propose un ordre international fondé sur l’idée d’une communauté de destin pour l’humanité.
Issu d’un contexte très différent, mais rejoignant la même idée fondamentale de la nécessité d’une réforme urgente, le pape Léon XIV, dans sa nouvelle encyclique Magnifica Humanitas, critique non seulement la tendance actuelle à ériger une nouvelle « Tour de Babel », mais propose également des principes fondamentaux sur lesquels fonder un système digne de l’humanité. [2]
J’ai moi-même proposé dix principes à prendre en considération pour concevoir une telle architecture de sécurité et de développement. [3]
Il ne faut donc pas se contenter de commenter l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran, en se demandant si la situation au Liban et le refus d’Israël de l’inclure dans l’accord n’en seront pas les principaux facteurs d’échec.
Si plusieurs pays de la région inscrivent le Plan Oasis élargi à l’ordre du jour, cela pourrait constituer un premier pas vers un nouveau paradigme mondial, où la guerre deviendrait obsolète comme moyen de résoudre les conflits – une question existentielle à l’ère des armes thermonucléaires – et où un ordre équitable, garant du bien-être de toutes les nations, serait instauré.
[1] Le Plan Oasis pour la Palestine et Israël, la paix par le développement mutuel. https://www.institutschiller.org/Plan-Oasis-pour-la-Palestine-et-Israel-la-paix-par-le-developpement-mutuel
[2] https://www.institutschiller.org/Lettre-ouverte-au-pape-Leon-XIV
[3] Les dix principes d’une nouvelle architecture internationale de sécurité et de développement : https://www.institutschiller.org/Les-dix-principes-d-une-nouvelle-architecture-internationale-de-securite-et-de