« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visioconférence internationale 13 et 14 novembre 2021

Helga Zepp-LaRouche : fin terrible ou nouveau paradigme ?

Première session

23 novembre 2021

Helga Zepp-Larouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller international

Commençons par une éventualité optimiste, ou plutôt une « expérience de pensée »
(gedankenexperiment) : il serait en fait assez facile de résoudre presque tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, si la majorité des gouvernements des nations européennes, et peut-être même l’administration américaine, disaient :

Ok, on a commis une erreur, on doit changer notre façon de penser ! On a commis de nombreuses erreurs, on a négligé les investissements dans les infrastructures de base, on a adopté une politique favorisant la spéculation au détriment de l’économie réelle, on a laissé nos agriculteurs se ruiner alors que la crise alimentaire atteint des dimensions « bibliques », on aurait dû savoir qu’on ne pouvait pas gagner la guerre en Afghanistan, qui s’est transformée en un véritable désastre, on a rien fait pour vaincre la pauvreté en Afrique, on a transformé inutilement des pays qui étaient amis et ouverts à nous, comme la Russie et la Chine, en adversaires en les poussant à des provocations géopolitiques, on semble incapable de maîtriser la pandémie, parce qu’on n’a pas mis fin à la privatisation des systèmes de santé et qu’on ne fournit des vaccins qu’au pays riches, on a négligé nos grandes cultures classiques humanistes, on a laissé les esprits de nos populations être empoisonnés par une industrie du divertissement totalement dépravée, on a plongé nos jeunes dans le désespoir en annonçant la fin prochaine du monde avec une propagande pseudo-scientifique sur le climat.

Parce que nous reconnaissons que nous sommes sur le point de conduire tout le système contre le mur, nous changeons,... et nous nous joignons aux pays de l’initiative Une Ceinture, Une Route (Nouvelle Route de la soie) et travaillons ensemble avec la Russie, la Chine et d’autres nations pour résoudre tous ces problèmes, ce que nous pouvons faire, car ensemble nous sommes une espèce créative ! 

Ce serait vraiment facile,... mais est-ce que cela a des chances d’arriver ? Malheureusement non ! Car jusqu’à présent, malgré les échecs politiques successifs, les élites occidentales s’avèrent incapables de reconnaître et d’admettre leurs propres erreurs, et d’apporter les corrections requises.

En conséquence, il est plus probable que l’ensemble du système transatlantique se désintègre ! Vous vous rappelez de ces paroles : Notre République appartient aujourd’hui aux dix nations industrielles les plus puissantes du monde, aux deux douzaines de pays ayant le niveau de vie le plus élevé,... L’homme qui prononça ces mots le 6 octobre 1989 était Erich Honecker. Douze jours plus tard il était démis de ses fonctions et trente quatre jours plus tard le mur de Berlin est tombé.

À l’époque, le pape Jean-Paul II a averti qu’il ne fallait pas conclure que la disparition du système soviétique signifiait d’office que le système libéral occidental serait moralement supérieur, et si quelqu’un en doutait, il fallait regarder l’horrible condition des pays en voie de développement. Au cours de cette période, j’ai prononcé plusieurs discours dans lesquels j’ai averti que si l’on commettait l’erreur d’imposer le système néolibéral au monde entier - et c’est exactement ce qui a été tenté, implicitement dans l’euphémisme sur la « fin de l’histoire » de Fukujama - et explicitement dans l’idée d’un « monde unipolaire », cela conduirait à un effondrement encore plus dramatique.

Je pense que c’est là où nous en sommes aujourd’hui. Je pense que nous sommes au bord de l’effondrement « systémique » du système néolibéral. Il prendra une forme différente de celle de la fin de l’Allemagne de l’Est puis de l’Union soviétique, mais ce système est en train de s’autodétruire. La menace existentielle qui pèse sur le monde occidental ne vient pas des soi-disant « systèmes autocratiques » et « dictatures » de la planète, ni d’aucun ennemi extérieur, mais entièrement de la décadence morale résultant du changement de paradigme culturel qui a commencé dans les années 1960 et qui a été identifié avec clairvoyance par Lyndon LaRouche à l’époque, et dont nous ressentons aujourd’hui les effets à long terme. À moins qu’il n’y ait un renversement soudain de ce changement de paradigme, ce qu’ils qualifient « d’ordre basé sur des règles » plongera le monde dans un âge sombre avec des caractéristiques très similaires à celles du XIVe siècle, ou pire, le conduira au chaos total et à une conflit mondial.

Ces deux dernières semaines, lors de la COP26 à Glasgow, on a essayé d’imposer aux nations des politiques devant aboutir à une réduction d’émissions de CO2 qui, si elles étaient mises en œuvre, entraîneraient un recul démographique par milliards d’individus et ramèneraient les nations industrielles à un état préindustriel. Heureusement, cela a échoué, puisque la Russie, la Chine et plusieurs pays en développement ont débusqué les intentions malveillantes et se sont contentés d’envoyer des délégations de niveau inférieur et affirmant des priorités totalement différentes, telles que le droit au développement pour leur pays ou la sécurité énergétique. Mais on constate également que pas une seule fois les organisateurs n’ont discuté de la crise alimentaire qui sévit déjà dans de nombreux pays, de l’effondrement des systèmes de santé ou de la crise des réfugiés.

[vidéo : clip populace dionysiaque, F4F, Protégeons le climat !]

Après plusieurs années de propagande apocalyptique prétendant que la « planète va cramer » (Obama), ou qu’ « il ne reste que 12 ans » (F4F), ou 18 mois (Prince Charles), l’impact psychologique provoqué s’avère terrifiant. Selon le British Medical Journal, les niveaux d’anxiété écologique (« eco-anxiété »), en particulier chez les enfants et les jeunes, ont provoqué une augmentation spectaculaire des cas de dépression, de déprime, de stress mental extrême et de suicide. Selon The Lancet, une enquête menée auprès de 10 000 jeunes (16-25 ans) dans dix pays a révélé que 84 % d’entre eux sont inquiets du réchauffement climatique, 59 % extrêmement inquiets et 40 % ne veulent même plus avoir d’enfants. Le Figaro, qui rapporte ces résultats, ajoute : « chaque enfant en moins éviterait d’émettre 58 tonnes de CO2 par an (soit 50 allers-retours Paris-New York) ».

Comparez l’état de surexcitation de ces jeunes manipulés par l’oligarchie financière avec la réalité de la famine de masse dans le monde.

Le 8 novembre 2021, dans une déclaration d’urgence, le Programme alimentaire mondial (PAM) déclare que 45 millions de personnes sont au bord de la famine dans le monde, surtout à Haïti, en Éthiopie, en Somalie, au Kenya, au Burundi, au Yémen, en Syrie et en Afghanistan, et ceci à cause de l’augmentation exponentielle du coût du carburant, de la nourriture et des engrais. Le patron du PAM, David Beasley s’est rendu dans la capitale afghane, d’où il a déclaré que ce qu’il se passe en Afghanistan représente « la pire crise humanitaire de la planète ». 95 % de la population y est en danger de famine dans les six prochains mois, l’enfer sur Terre ! Quelle est la réaction de l’Occident ? Après 20 ans de guerre, qui ont coûté aux États-Unis 2 trillions de dollars, et qui ont laissé le pays complètement asphyxié, les Occidentaux persistent à refuser de débloquer les avoirs de la Banque centrale afghane : la plus grande partie des 9,5 milliards de dollars, la Réserve fédérale a gelé la plus grande partie tout comme ses alliés, notamment la Commerzbank (431 millions), la Bundesbank et la Banque des règlements internationaux (BRI) de Bâle en Suisse.

« Imposez des conditions aux Talibans ! » nous disent-ils. Que pensez-vous qu’il se passera, lorsque plus de 30 millions de personnes en Afghanistan seront sur le point de mourir de faim et de froid, et que des millions d’Afghans tenteront de gagner l’Europe ?

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), il y avait déjà fin 2020 environ 281 millions de migrants dans le monde, plus environ 55 millions de migrants déplacés intérieurs. Soit un total de 336 millions de réfugiés, c’est-à-dire 6 millions de plus que toute la population américaine ! Et tout cela se passe dans le contexte d’une pandémie, qui est complètement hors de contrôle !

Maintenant, une crise gravissime se produit à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne : des milliers de réfugiés d’Irak, de Syrie, du Congo et du Cameroun, se trouvent piégés sans nourriture, sans d’eau, sans abri et dans des températures glaciales. En face : 15 000 soldats polonais et des fils barbelés. Lukachenko a été caricaturé en « dictateur » instrumentalisant les migrants dans une « guerre hybride » contre l’UE. Le secrétaire général de l’OTAN, Stoltenberg, a appelé l’OTAN à soutenir la Pologne. Cette crise a été créée par les États-Unis et d’autres pays qui ont mené une guerre contre l’Irak en 2003 sur la base de mensonges, qui ont imposé les sanctions dites de César contre la Syrie, pour provoquer un changement de régime contre le gouvernement Assad, qui, selon le cardinal Zenari, a plongé plus de 90 % de la population dans l’insécurité alimentaire et l’extrême pauvreté.

Dmitry Polyansky, le chargé d’affaires de la mission russe auprès de l’ONU, rapporte que dans de nombreux cas, les réfugiés ont été expulsés vers le territoire de la Biélorussie, ce qui constitue un discrédit total et une violation de toutes les conventions internationales ! De toute évidence, ces valeurs sont devenues les « valeurs occidentales » de « l’ordre fondé sur les règles » !

Au milieu de cette crise, le président allemand Steinmeier a reçu le leader de l’opposition biélorusse Tikhanovskaïa (10 % aux dernières élections) ! Maas Heiko, le ministre allemand des Affaires étrangères et l’UE appellent à plus de sanctions ! Grand débat au sein de l’UE pour savoir s’il faut financer la construction d’une clôture extérieure fortifiée. Nous sommes donc de retour à la dystopie du livre de Jean-Christophe Rufin de 1991 « L’Empire et les nouveaux barbares », qui évoquait l’idée de construire (comme les Romains) un nouveau limès autour de l’Europe, où l’Asie du Sud-Ouest et l’Afrique sont déclarées terra incognita, des états défaillants, avec des camps de réfugiés financés par l’UE, des campements que le Pape François a déjà comparés à des camps de concentration, et où (l’agence européenne) Frontex est impliquée dans des « opérations de refoulement » et où il est admis que de nombreux réfugiés meurent. Si vous avez une explosion hyperinflationniste du système comme celle de l’Allemagne de Weimar en 1923 et s’ils mettent en œuvre les plans de la « Grande Réinitialisation » (Great Reset), vous aurez une migration de masse, qui se dirige de plus en plus de l’Amérique du sud et centrale vers les États-Unis et du Proche et Moyen-Orient et de l’Afrique vers l’Europe. Il ne s’agira pas de quelques migrants, mais de véritables Völkerwanderungen (invasion barbares), comme dans les temps anciens.

En ce qui concerne la situation stratégique générale entre les grandes puissances, en essayant d’évaluer les déclarations contradictoires d’une administration Biden confuse concernant la relation des États-Unis avec la Chine et la Russie, un jour prometteuses, le lendemain invalidées par des actions provocatrices des États-Unis autour de Taïwan ou de l’Ukraine et de la mer Noire, il ne faut pas oublier les remarques du commandant du commandement stratégique américain, l’amiral Charles Richard, qui a écrit ceci dans la livraison du magazine Proceedings de cette année :

il existe une possibilité réelle qu’une crise régionale avec la Russie ou la Chine puisse rapidement dégénérer en un conflit impliquant des armes nucléaires, si elles perçoivent qu’une perte conventionnelle menacerait le régime ou l’État. Par conséquent, l’armée américaine doit modifier son hypothèse principale passant de ‘l’emploi du nucléaire n’est pas possible’ à ‘l’emploi du nucléaire est une possibilité très réelle’...

C’est une déclaration très intéressante. Quelle est la probabilité que l’un des deux plus grands potentiels de crise régionale soit perdu par la Russie ou la Chine s’il s’agit d’actions militaires conventionnelles ? En ce qui concerne une attaque conventionnelle contre la Russie, il serait sage pour l’Amiral Richard de lire « Guerre et Paix » de Léon Tolstoï sur les guerres napoléoniennes, complété par les études stratégiques du beau-frère de Friedrich Schiller, Ludwig von Wolzogen, qui a conçu le plan des réformateurs prussiens et du tsar russe, pour piéger Napoléon dans les vastes étendues de la Russie, où il serait ruiné par la sur-extension logistique et matérielle. À la fin de cette campagne, la gigantesque armée de Napoléon a été réduite à quelques misérables grappes de personnes, qui ont eu bien du mal à rentrer chez eux.

Comme on le sait, les architectes de la Seconde guerre mondiale n’avaient rien appris de ce précédent. Et la « Grande Guerre patriotique » est encore très présente dans l’esprit de la population russe. Les forces américaines et de l’OTAN ont donc certainement étudié ce qu’est une guerre conventionnelle avec la Russie. Et ce n’est pas du tout une option gagnante pour eux !

Et récemment, après quelques signaux très trompeurs en provenance des États-Unis concernant leur soutien à une potentielle indépendance de Taïwan, culminant avec le lapsus du président Biden, selon lequel les États-Unis viendraient à la défense de Taïwan après une « incursion » du continent, les médias chinois ont été remplis d’articles exprimant la confiance que l’Armée populaire de libération (APL) emporterait facilement toute guerre conventionnelle. En effet, comment une force conventionnelle pourrait-elle vaincre une population hautement motivée de 1,4 milliard de personnes, qui est absolument déterminée à ce que le « siècle de l’humiliation », au cours duquel des puissances étrangères ont envahi leur pays et se sont emparé de territoires, ne se reproduise plus jamais, surtout si le soutien logistique de l’autre partie se trouve à plus de 11000 km de distance ?

Au début de cette année, le journaliste d’enquête Daniel Ellsberg, à l’occasion du 50e anniversaire de sa « fuite » des Pentagon Papers, a fait référence à une proposition de John Foster Dulles de lancer un échange nucléaire avec la Russie et la Chine dans le détroit de Taïwan, même au prix de l’anéantissement de Taïwan, juste pour maintenir la « position » stratégique des États-Unis. Il a cité une étude partiellement déclassifiée de la RAND Corporation intitulée The 1958 Taiwan Straits Crisis, A Documented History, un document dont la lecture devrait être recommandée à nos politiciens contemporains, qui risquent une fois de plus de somnambuler dans une guerre mondiale.

Il a évoqué la probabilité qu’une discussion similaire ait lieu aujourd’hui et s’est référé à la citation de l’amiral Richard susmentionnée. Il a ensuite exprimé son inquiétude quant au fait que, si ces discussions n’ont pas lieu à temps, la civilisation ne survivra pas à l’ère des armes nucléaires.

Bien qu’il y ait de temps à autre de minuscules signes d’une amélioration des relations entre les États-Unis, la Russie et la Chine, comme le récent sommet Biden-Poutine, ou les discussions stratégiques à Genève, ou encore les déclarations du secrétaire général de l’OTAN, Stoltenberg, selon lesquelles la Chine n’est pas l’ennemi, il suffit généralement d’un jour ou deux pour que l’eau froide soit versée sur cet espoir par une action provocatrice concernant Taïwan, l’Ukraine ou le déploiement d’avions d’espionnage et de navires de guerre américains en mer Noire, que le porte-parole du ministère russe de la défense, le général de division Igor Konanshenkov, a prévenu que la Russie considérait comme une « étude du théâtre de guerre anticipé au cas où l’Ukraine préparerait une solution de puissance au conflit dans le sud-est ». Parfois, ces actions sont hautement provocatrices et dangereuses pour la sécurité régionale et la stabilité stratégique. Parfois, elles sont plutôt ridicules, comme lorsque l’intrépide ministre allemand de la défense envoie une frégate dans l’Indo-Pacifique pour montrer notre « drapeau ». Peut-être pour espérer que l’Occident gagnera en faisant en sorte que les Chinois se tuent à la tâche !

Mais la question sérieuse est : peut-on éviter une guerre entre les grandes puissances ? La véritable raison de toutes ces tensions est la montée en puissance de la Chine, une montée en puissance qui ne peut pas être arrêtée, parce que pendant les 40 dernières années, la Chine a fait des choses essentiellement correctes sur le plan économique, en sortant 850 millions de ses propres citoyens de la pauvreté, puis par le biais de la BRI en offrant le modèle chinois aux pays en voie de développement, c’est-à-dire l’occasion pour eux de surmonter le sous-développement laissé par les puissances coloniales, et continué par le FMI, la Banque mondiale et le système financier néolibéral. La pauvreté et la famine étant sans conteste les pires violations des droits de l’homme, la Chine a fait plus pour la protection des droits de l’homme que tout autre pays de la planète.

Si vous lisez le dernier livre de Klaus Schwab, Stakeholder Capitalism (Capitalisme des parties prenantes), vous verrez qu’il se lâche : « La force qui aide les gens à échapper à la pauvreté et à mener une vie décente est la même que celle qui détruit l’habitabilité de notre planète pour les générations futures. » dit-il ! Et, par conséquent, c’est la lutte contre la pauvreté qui doit être arrêtée si l’on veut sauver la planète ! Et puisque la Chine est le principal vecteur de cela, la Chine est l’ennemi, qui doit être contenu, et il doit y avoir un « changement de régime », comme le réclamait en janvier l’article Longer Telegram de l’Atlantic Council. La Chine est donc qualifiée de « dictature », de « régime autocratique », etc. Mais le fait est que, avec une population de 1,4 milliard d’habitants, la Chine a connu jusqu’à présent 4 600 décès dus au Covid, contre 760 000 décès aux États-Unis, qui comptent 329,5 millions d’habitants, et 97 300 décès en Allemagne, qui compte 83,24 millions d’habitants. De même, les Schwab de ce monde sont les pires contrevenants aux droits de l’homme, et c’est la chose la plus gentille que l’on puisse dire d’eux !

Donc, plutôt que de se laisser entraîner dans un conflit avec la Russie et la Chine, qui ne peut que mener à la destruction de tout le monde, nous devrions revenir à la liste des erreurs mentionnées au début et les corriger. Vu l’énormité de la crise, cela doit commencer par un programme d’urgence pour le salut de l’Afghanistan et d’Haïti, avec une double approche : un programme d’urgence humanitaire drastique immédiat, nourriture, médicaments, carburant, énergie, abris. Pour cela, tous les fonds appartenant au peuple afghan doivent être libérés, les pays donateurs pour l’Afghanistan et Haïti doivent reprendre leur aide, et il doit y avoir un soutien international total pour l’intégration de l’Afghanistan dans la BRI et un véritable programme de reconstruction pour Haïti.

Tous les pays voisins de l’Afghanistan, les républiques d’Asie centrale, le Pakistan, l’Iran, l’Inde, la Russie et la Chine ont un intérêt fondamental à sauver et à stabiliser l’Afghanistan. Les États-Unis et les pays de l’OTAN, qui ont mené la guerre pendant 20 ans et laissé le pays dans un état catastrophique, ont l’obligation morale de contribuer à la fois à l’aide immédiate et au développement économique du pays.

Il devrait être évident, comme Lyndon LaRouche l’a déjà souligné en 1973 avec son groupe de recherche sur la menace d’un « holocauste biologique », que cette pandémie et les autres qui se profilent à l’horizon ne pourront être maîtrisées que si le terrible sous-développement de grandes parties de la planète est définitivement vaincu. Cela doit être accompli en commençant par la construction d’un système de santé moderne dans chaque nation, avec une priorité absolue pour l’Afghanistan et Haïti, mais aussi pour le Yémen, la Syrie et tous les autres pays qui en ont terriblement besoin.

Pour l’Afghanistan, nous devrions l’appeler « Opération Ibn Sina » (en latin : Avicenne), d’après le grand penseur né en 980 et mort en 1037, un personnage exceptionnel représentant la tradition la plus fière de ce pays. Différents pays affirment qu’il est un des leurs : l’Ouzbékistan, où il est né, l’Iran car il a été éduqué par des Perses, et enfin l’Afghanistan dont son père est originaire. En effet, ce dernier est né à Balkh en Bactrie, aujourd’hui le nord de l’Afghanistan. La Bactrie s’appelait le « pays des 1000 villes » à l’époque de la civilisation grecque antique.

Père de la médecine moderne, philosophe, géologue, astronome, Ibn Sina a étudié les tremblements de terre et la formation des nuages ainsi que les procédés chimiques, comme la fabrication du sulfate. Il a écrit de la poésie et des pièces de théâtre et réalisé des percées révolutionnaires en médecine. Il a commencé à comprendre le fonctionnement de différents organes, le pouls, la connexion entre les nerfs et le mouvement des muscles, les méningites, le cancer du sein, la jaunisse, les calculs de la vessie. Il élabore un catalogue de médicaments, la première psychothérapie, un compendium sur l’âme, un traité sur la guérison de l’esprit d’erreur, la guérison du doute et du désespoir. Auteur de plus de 200 livres, son Canon de la médecine est traduit en Occident et sera une œuvre de référence jusqu’au XVIIe siècle !

Ibn Sina s’appuie sur des conceptions métaphysiques, dans les traditions de Platon, d’Al Farabi et d’Al Kindi, et développe la conception de « l’Existence Nécessaire », (wahib al-wujud), qui est Dieu. Pour Ibn Sina, toutes les autres existences existent seulement, parce que Dieu les rend possibles. Cette idée influencera de nombreux penseurs dans toutes sortes de religions différentes.

Parmi beaucoup d’autres, le poète italien Dante, mentionne Ibn Sina dans son Convivio et dans sa Divine Comédie. Au XVe siècle, le cardinal philosophe Nicolas de Cues mentionne Ibn Sina dans plusieurs textes tels que sa Défense de la docte ignorance pour réfuter les critiques du professeur Wenck à son encontre : « avant Avicenne, le divin Platon, dans le Parménide, a fait un effort très pointu pour ouvrir la route vers Dieu... car toute image, en tant qu’image, n’atteint pas la vérité de son exemplaire ».

L’Afghanistan a donc un besoin urgent d’hôpitaux modernes, qui pourraient être construits en deux semaines, comme les Chinois l’ont prouvé à Wuhan, et de médecins et d’infirmières ayant reçu une formation adéquate. Quelle meilleure façon de donner un nom à cet effort que de lui donner le nom d’Ibn Sina pour rappeler la tradition de l’un des grands penseurs de l’histoire universelle ! Avicenne est en même temps le lien entre la tradition humaniste du monde européen et islamique, en raison de toutes les idées de la philosophie grecque antique qui ont contribué à son travail qui, à son tour, a eu une influence internationale majeure après lui. Faisons donc l’effort de réunir l’aide et les forces internationales pour construire en urgence un système de santé moderne en son nom !

L’opération Ibn Sina doit aussi devenir le chantier d’une coopération entre la Russie, la Chine, les États-Unis et les nations européennes, dans l’effort pour sauver l’Afghanistan. Et s’ils peuvent surmonter la pensée géopolitique dans cette mission commune, alors cela peut être l’une des étapes de renforcement de la confiance dont nous avons besoin de toute urgence, pour créer un nouveau modèle de relations internationales au niveau stratégique !

Pour aborder et résoudre tous les problèmes « de dimensions bibliques », comme David Beasley du PAM les appelle, la famine mondiale, la pandémie, les crises des migrants, la pauvreté et le sous-développement de milliards de personnes, la coopération avec la BRI est le seul cadre pratique et déjà disponible pour les solutions.

Ainsi, plutôt que de proposer le (pompeux programme de l’UE) Global Gateway, que Mme von der Leyen a l’intention de rendre public dans les prochains jours lors de sa visite à Washington, et que le quotidien allemand Handelsblatt qualifie de « bien en deçà des attentes », sans énumérer de projets concrets ou de priorités et qualifie aussi d’occasion perdue, les nations européennes et les États-Unis devraient accepter la coopération gagnant-gagnant pour une communauté partagée d’un avenir commun, dont le président Xi Jinping a parlé.

Permettez-moi de faire une dernière remarque. Pour surmonter cette crise multiforme sans précédent, nous n’avons pas seulement besoin d’un paradigme entièrement nouveau dans les relations internationales, d’une étude sans préjugés de ce que la Chine fait de bien sur le plan économique et des raisons pour lesquelles l’Occident n’a pas pu ou voulu développer le secteur dit en développement.

Il faut surtout une étude sérieuse de la manière dont mon défunt mari Lyndon LaRouche a pu prévoir tous les aspects de la crise actuelle, qu’il a fait remonter de manière prémonitoire au changement de paradigme culturel de 1964 à 1972, avec l’introduction d’une contre-culture « New Age », et dont il a averti dans de nombreux articles, dont un en 1998 intitulé « Comment penser en temps de crise », que si ce paradigme n’était pas inversé, l’existence de la civilisation mondiale serait menacée.

Dans ces articles, il identifiait l’intrusion de diverses formes de relativisme culturel des T-Groups et de la Rainbow Coalition comme la « division de tout le monde par rapport à tout le monde, selon toute distinction découvrable d’origine ethnique, de sexe ou autre », comme le principe d’un « Tout est permis », qui détruirait la société de l’intérieur.

Pensez au clip vidéo que nous avons vu au début de mes remarques, de cette foule dionysiaque qui pourrait en effet faire soupçonner que des intrus venus de l’espace ont pris le contrôle de l’esprit de ces jeunes, qui ont peut-être encore des corps d’humains, mais dont les cerveaux ne sont clairement pas de cette espèce.

C’est donc un défi pour les scientifiques sérieux du monde entier, d’enquêter sur les raisons pour lesquelles Lyndon LaRouche a si bien prédit le moment et le caractère de la crise financière, monétaire et économique mondiale actuelle, ainsi que sur sa méthode d’économie physique, si nous voulons développer notre planète pour qu’elle soit vivable pour tous les êtres humains vivant aujourd’hui et dans le futur.

Dans cet esprit, agissons sur la base d’une certitude joyeuse : que nous sommes l’espèce créative unique dans l’univers, que nous ne sommes pas des Terriens, mais une espèce potentiellement immortelle dans l’univers !