« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller
L’importance accordée à l’éducation, et notamment l’éducation scientifique, transparaît dans le nombre des ingénieurs, hommes et femmes, qui ont été formés. Beaucoup d’entre eux ont dû fuir à l’étranger (notamment en Suède ou en Allemagne) où, le plus souvent, ils ont trouvé aisément un emploi qualifié et contribuent ainsi à la prospérité de leurs hôtes. Si ces expatriés retournent dans leur patrie, ils auront - comme rançon de leur infortune - bénéficié d’une expérience qu’ils pourront mettre à profit. L’un des enjeux sera donc de faciliter le retour des exilés, de permettre à ces familles de retrouver un toit et d’apporter leur contribution au processus de reconstruction. D’autres, parmi ces diplômés de l’éducation supérieure, ont dû se replier sur des emplois sans rapport avec leur formation, et les besoins du pays, comme cette femme ingénieure en mécanique, travaillant dans un emploi de service. Il est bien clair que ces personnes constituant une main d’œuvre jeune, qualifiée et motivée, sont appelées à jouer un rôle de premier plan dans la reconstruction.
Alors, reconstruire, bien sûr, mais avec qui ? Si la délégation de l’Institut Schiller a appelé dans plusieurs interviews la communauté internationale à soutenir la reconstruction, il n’en reste pas moins que le soutien politique, quand ce n’était pas le financement et l’armement direct par les puissances occidentales et l’Arabie saoudite de dizaines de milliers de terroristes, rend la participation de celles-ci difficilement envisageable.
Autre question : comment financer une reconstruction dont on estime qu’elle pourrait atteindre les 1000 milliards d’euros, compte tenu de l’ampleur des destructions ? Lors d’une émission sur la politique économique retransmise en direct à la télévision, Ulf Sandmarck mit en garde contre une trop forte dépendance envers les investissements étrangers, prônant plutôt la création d’un système de crédit national pour couvrir la plupart des besoins locaux. Il insista également sur l’importance de protéger la production nationale, notamment dans le domaine agricole, à mesure de la reconquête et du repeuplement des territoires libérés.
La Syrie, qui doit probablement en partie sa survie à son non-endettement lorsque la guerre a éclaté, doit faire preuve de beaucoup de prudence quand aux intentions d’éventuels investisseurs, et c’est bien ce qui l’amène à étudier avec attention les propositions de la Chine.
Le concept des Nouvelles Routes de la soie est, légitimement, à l’agenda et ce n’est pas un hasard si le ministre du Tourisme, l’ingénieur Besher Yashji, a reçu avec un intérêt renouvelé la mise à jour du dossier spécial de l’Institut Schiller « Etendre la Nouvelle Route de la soie vers l’Asie occidentale et l’Afrique », que lui avait déjà remis Ulf Sandmark lors de sa précédente visite.
Aujourd’hui la guerre est gagnée ; reste maintenant à gagner la paix.
De Damas, à Homs, Alep et Palmyre, Ulf Sandmark et Odile Mojon ont pu constater l’ampleur des destructions, en particulier à Homs et Alep où des quartiers entiers ne sont plus que ruines.
Alep, la seconde ville de Syrie a une population de trois millions d’habitants ou, tout du moins, avait trois millions d’habitants avant la guerre. Capitale économique de la Syrie, c’est aussi l’une des métropoles les plus anciennes du monde puisqu’elle est habitée en continu depuis 6000 ans avant J.C. Sa position géographique, entre Mésopotamie et Méditerranée, lui a en effet conféré dès le début une importante stratégique qui se reflète dans les magnifiques monuments de la ville, dont plusieurs, tels la mosquée des Omeyyades, le souk Al-Madina et la Citadelle, ont été inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.
En plus des pertes humaines subies par Alep, certains de ses joyaux artistiques ont été perdus à tout jamais ou sont très endommagés. C’est le cas de la mosquée des Omeyyades dont le minaret du VIIIe siècle a été rasé. Le souk Al-Madina, marché couvert le plus important du monde datant du XIVe siècle a été largement détruit en septembre 2012 durant l’offensive rebelle, puis lors des batailles successives.
La citadelle d’Alep, où les forces gouvernementales avaient pris position, a souffert des destructions, notamment lors de l’explosion d’un tunnel souterrain. Bien que les sources proches de la rébellion en aient accusé les forces gouvernementales, il est de notoriété publique que la stratégie jihadiste consistait précisément à utiliser tunnels ou égouts pour se dissimuler et faire des sorties surprises en tirant sur les foules des passants pour créer une stratégie de terreur.
La délégation s’est ensuite rendue à Palmyre, tout aussi lourdement atteinte. Du musée de Palmyre, il ne reste qu’un lieu de désolation avec des salles vidées de leurs collections, dans le meilleur des cas grâce au dévouement du personnel et des autorités culturelles qui ont réussi à les placer en sécurité à Damas, dans le pire, à cause des destructions méthodiques de Daech.
Les destructions sur le site même de Palmyre, ne sont que trop connues : Temple de Baalshamin, Tétrapyles, Arc de Triomphe et, dans une – relative – moindre mesure, l’amphithéâtre, parmi d’autres.
Le message des fanatiques de Daech ne se limitait pas simplement à l’affirmation de la terreur et de la barbarie mais s’accompagnait de visées mercantiles : vendre les œuvres d’art au marché noir. Outre leur haine envers le savoir, c’est aussi leur appât du gain qui les a poussé à torturer Khaled al-Assad, l’ancien Directeur des antiquités du site pour qu’il livre le secret de l’endroit où avaient été mise à l’abris diverses œuvres d’art. Le très estimé professeur, âgé de 82 ans, est mort publiquement décapité au centre ville, sans avoir révélé quoique ce soit.
La Syrie, de par sa situation au cœur des anciennes routes de la soie et des nouvelles à venir, de par son histoire nourrie des influences de multiples cultures, représentait de toute évidence pour ces barbares (et leurs donneurs d’ordres) ce sens d’appartenance à l’histoire humaine universelle, à éliminer coûte que coûte.