« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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#5 - Créer le futur

16 novembre 2020

une note de Margaret Scialdone

On rapporte que lors de la répétition de l’un de ses quatuors, un violoniste se plaignit à Beethoven que la musique en était incompréhensible, ce à quoi celui-ci répliqua : « Oh, ce n’est pas pour vous, mais pour le futur ».

Le très beau lied Abendlied unterm gestirnten Himmel (Chant du soir sous le firmament étoilé - Wo0 150, écrit en 1820), nous parle d’une âme aspirant à se libérer des limites de l’espace et du temps. Magnifiquement interprété ici par Peter Schreier, ténor, et Andras Schiff, piano.

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Abendlied unterm gestirnten Himmel

Heinrich Goeble

Wenn die Sonne niedersinket,
Und der Tag zur Ruh sich neigt,
Luna freundlich leise winket,
Und die Nacht herniedersteigt ;

Wenn die Sterne prächtig schimmern,
Tausend Sonnenstrahlen flimmern :
Fühlt die Seele sich so groß,
Windet sich vom Staube los.

Schaut so gern nach jenen Sternen,
Wie zurück ins Vaterland,
Hin nach jenen lichten Fernen,
Und vergißt der Erde Tand ;

Will nur ringen, will nur streben,
Ihre Hülle zu entschweben :
Erde ist ihr eng und klein,
Auf den Sternen möcht sie sein.

Ob der Erde Stürme toben,
Falsches Glück den Bösen lohnt :
Hoffend blicket sie nach oben,
Wo der Sternenrichter thront.

Keine Furcht kann sie mehr quälen,
Keine Macht kann ihr befehlen ;
Mit verklärtem Angesicht,
Schwingt sie sich zum Himmelslicht.

Eine leise Ahnung schauert
Mich aus jenen Welten an ;
Lange nicht mehr dauert
Meine Erdenpilgerbahn,

Bald hab ich das Ziel errungen,
Bald zu euch mich aufgeschwungen,
Ernte bald an Gottes Thron
Meiner Leiden schönen Lohn.

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Chant du soir sous le firmament étoilé

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Quand le soleil descend à l’horizon
Accordant au jour le repos,
Quand la lune aimable paraît,
Quand tombe lentement la nuit,

Quand scintillent les étoiles
En traçant des chemins dans les cieux,
Notre âme alors se sent immense
Et quitte la poussière d’ici-bas.

Elle contemple ces étoiles
Comme une terre natale,
Tous ces lointains lumineux,
Et oublie la terre frivole ;

Elle veut lutter, elle aspire
A quitter sa prison d’ici-bas ;
Etroite lui est la terre,
Elle veut regagner les étoiles.

Quand se déchaînent les tempêtes,
Le sort trompeur gratifie les méchants ;
Pleine d’espoir, elle regarde au ciel
Ces étoiles où trône le juge céleste.

Nulle crainte ne la tourmente plus,
Nul pouvoir n’aura raison d’elle.
Le visage transfiguré,
Elle s’élève vers la lumière céleste.

Soudain un doux pressentiment
Venant de ces mondes me prend ;
C’est qu’il cessera bientôt,
Mon pèlerinage ici-bas.

Bientôt j’aurai touché au but,
Et je monterai jusqu’à vous.
Près du trône divin bientôt
Mes épreuves seront récompensées.

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Traduction : Bernard Banoun