« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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75e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945

Sortir les Etats-Unis de l’impasse

19 mai 2020

James Jatras, ancien diplomate, ancien conseiller auprès des élus républicains au Sénat des Etats-Unis

Merci beaucoup. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à Mme Helga Zepp-LaRouche et à l’Institut Schiller de m’avoir invité à parler en si bonne compagnie.

Je viens de réfléchir au contraste et à la complémentarité qu’il y a entre le besoin d’optimisme dont parle M. Lyndon LaRouche dans son clip d’il y a plusieurs années, et je ne dirais pas le pessimisme, mais l’expérience que nous avons tous eue de voir l’espoir dans un avenir constructif, dans un avenir plus coopératif, anéanti à de nombreuses reprises. Ce fut certainement le cas à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec l’état d’esprit de l’Elbe, mais qui ne s’est pas confirmé ensuite pour des raisons que nous comprenons tous. Nous avons eu une autre chance en 1991, lorsque le communisme a pris fin, et où il aurait été possible de dire : « Très bien, voici cette épave du XXe siècle que nous pouvons maintenant reléguer derrière nous. Essayons d’avancer sur une base plus coopérative et constructive. » Cela ne s’est malheureusement pas produit non plus.

En tant qu’Américain, travaillant au Département d’État à l’époque, puis plus tard au Sénat, et observant l’appareil du pouvoir à Washington, je suis désolé de le dire, à la place de cela, nous avons considéré ce changement de situation comme une simple occasion pour nous de revendiquer, au nom du leadership américain, la domination mondiale. Pour deux idéologues du néo-conservatisme, il s’agissait d’une « hégémonie mondiale bienveillante ». Trente années se sont écoulées. Ce fut une opportunité essentiellement gâchée et ce qui aurait dû être une voie positive pour l’humanité est devenu désormais une menace à son existence même.

On se souvient, par exemple, que durant la première guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique, on avait au moins, je pense, des deux côtés, la conviction que si les choses tournaient mal et que la guerre devait éclater, cela pourrait très bien être la fin de l’humanité. Et que des garanties devaient être mises en place pour l’éviter. Au lieu de cela, nous avons vu, depuis que nous avons entrepris ce que beaucoup de gens appellent une guerre froide avec la Russie, ces garanties systématiquement démantelées. Il y a presque un sentiment de joie insouciante de la part de certains éléments de l’establishment américain à piquer les Russes, piquer les Chinois, piquer les Iraniens, les Vénézuéliens, les Nord-Coréens, etc. Que peuvent-ils faire contre nous, qui sommes si grands et si puissants ?

Ce n’est pas la meilleure façon de se comporter. Cela risque d’avoir des conséquences inattendues et dévastatrices que personne ne voulait vraiment, que personne n’attendait vraiment. Aussi, je pense que nous nous trouvons à la croisée des chemins, voulant avoir d’un côté cet optimisme réaliste dont parlait M. LaRouche, qui est qu’en tant qu’êtres humains, nous avons toujours un potentiel. Avec l’aide de Dieu, il y a toujours quelque chose de bien qui peut se produire si nous nous y prenons de manière intelligente et réaliste.

De l’autre côté, il ne faut pas se faire d’illusions quant aux dangers et à la façon dont les autres acteurs répéteront les erreurs commises par le passé. Cela m’amène malheureusement à la question de la politique américaine, et je pense que tout le monde dans cette discussion sera d’accord que nous devons pouvoir rassembler les quatre grands pays. Il y a quelques années, certains d’entre nous appelaient à une réunion des trois grands [Russie, Chine et Etats-Unis], et je suis convaincu que le Premier ministre indien Modi devrait être inclus dans cette entreprise. Nous devons obtenir que les principaux pays responsables parviennent à un accord. Helga Zepp-LaRouche a raison de dire que le G7 ne le fera pas, et le G20 non plus. Ce doit être, pour ainsi dire, les grands garçons qui pourront parvenir à une rencontre des esprits. Et je dirais, dans un certain sens, que cela ressemblera au concert de l’Europe que nous avons connu au XIXe siècle, afin d’assurer que les règles du jeu soient bien comprises. Que nous comprenions qu’il ne faut pas marcher sur les pieds des autres puissances dans des domaines qui sont vitaux pour leur intérêt national, mais bien sûr négligeables pour le nôtre. Le problème est, malheureusement, encore une fois, ce qui se passe à Washington.

Je pense que la juxtaposition qu’Helga a faite entre la déclaration du président Trump sur la rencontre sur l’Elbe, et celle du secrétaire d’État Pompeo, illustre cette quasi-schizophrénie qui règne dans l’administration américaine, opposant fondamentalement le président Trump au reste de son administration. S’il y a quelqu’un dans cette administration qui voudrait s’engager dans cette voie d’une rencontre responsable des esprits avec les autres principaux dirigeants mondiaux, ce sera le président Trump. Mais alors, vous aurez bien du mal à dire qui, dans son administration, est d’accord avec lui là-dessus ? Certainement pas M. Pompeo, ni M. Esper au Pentagone, ni M. O’Brien au NSC [National Security Council]. Pour des raisons sur lesquelles je ne vais pas spéculer, il a réussi à constituer une administration composée de personnes qui veulent toutes répéter les erreurs commises ces dernières années.

Cependant, peut-il s’en libérer ? C’est le grand impondérable auquel nous sommes confrontés depuis trois ans, avec le déclenchement de l’hystérie contre « la Russie, la Russie, la Russie ! », et maintenant, dans le contexte du coronavirus, l’hystérie contre la Chine est en train de se répandre. Aussi, les perspectives de voir, à court terme, une lumière s’allumer à Washington et le président Trump déclarer : « J’ai maintenant le pouvoir et la détermination d’aller faire telle et telle chose qui doivent être faites », encore une fois, nous voulons être optimistes, mais comment cela peut-il se faire ? Comment ces idées peuvent-elles non seulement susciter une réponse dans l’esprit du Président, et je pense qu’il serait réceptif, mais comment pourrait-il ensuite la mettre en œuvre, compte tenu de toute la résistance bureaucratique qui lui est opposée ?

En ce qui concerne non seulement l’épidémie, mais aussi la crise économique et financière causée par ce virus, peut-être comme dans d’autres situations de crise, cela nous donne également des raisons d’être optimistes. Nous voyons beaucoup de gens à la base qui commencent à se rebeller contre les mesures de confinement. Dans de nombreux cas, nous savons que ces décrets sont tout à fait arbitraires et absurdes en termes de ce que les gens sont invités à faire, et beaucoup expriment leur opposition à cela. Je pense qu’Helga a raison de mettre en garde contre ce risque de panne généralisée qui menace nos infrastructures, notre système d’approvisionnement alimentaire, et qui va même frapper un pays comme les États-Unis, beaucoup moins toutefois que le reste du monde. Je vais vous donner un exemple.


Nous craignons maintenant une possible pénurie de viande dans les supermarchés américains, en grande partie du fait que seuls certains transformateurs sont autorisés à vendre à certains clients en vertu de la loi fédérale. Jusqu’à présent, il n’est même pas possible de modifier ces réglementations afin que d’autres fournisseurs puissent acheminer cette nourriture des agriculteurs aux personnes qui en ont besoin. La question est de savoir si cette crise pourrait affaiblir la domination exercée par une élite qui a essentiellement jeté ce pays par terre, et le met face à une nouvelle guerre qui serait peut-être la dernière guerre mondiale. Voilà ce que nous ne savons pas.

Je pense donc que nous devons tous nous concentrer sur le fait qu’il y a une voie à suivre, et qu’elle est positive. Nous savons tous quels en sont les contours, ils ont été très clairement définis par des gens comme Helga Zepp-LaRouche et l’Institut Schiller, et bien sûr par feu Lyndon LaRouche. La question est de savoir si les bouleversements causés par la crise actuelle peuvent ouvrir de nouvelles opportunités aux décideurs américains, et avant tout, donner au président Trump la possibilité de dire enfin : « Nous devons nous libérer de ces entraves qui ont condamné les politiques du passé, et faire ce qui doit être fait et qui devrait être évident pour tout le monde. »

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