« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visioconférence internationale du 14 août 2021

Sauver l’humanité est une « mission possible »

1ère session

16 septembre 2021

Natalia Vitrenko, docteur en Sciences économiques, présidente du Parti socialiste progressiste d’Ukraine, députée du peuple 1995 - 2002


Chers participants à la conférence, Chère Madame Helga Zepp-LaRouche,

J’ai intitulé mon exposé « Sauver l’humanité est une mission possible », car je crois profondément que, si au moins trois conditions sont réunies, la tragédie qui menace l’humanité peut être évitée.

Ces conditions sont les suivantes :
• un nouveau système de Bretton Woods,
• une réforme bancaire mondiale et
• fournir à l’humanité de puissantes sources d’énergie.

Comme l’avait prévu le grand savant américain Lyndon LaRouche, l’économie mondiale se rapproche inexorablement d’un effondrement hyperinflationniste, une crise sans précédent par son ampleur et la menace de perdre des milliards de vies humaines.

Le grand danger d’une catastrophe de ce type est un point sur lequel pratiquement tous les experts du monde s’accordent désormais.

Lors du sommet entre le président américain Biden et le président russe Poutine, en juin de cette année, le problème de la stabilité stratégique était au centre de leurs discussions. Mais il n’y aura pas de résultats positifs des discussions sur la stabilité stratégique si l’on ne résout pas les problèmes fondamentaux qui sont à l’origine de cette instabilité et qui mènent à la catastrophe.

Il faut répondre aux questions suivantes :
• Qu’y a-t-il derrière cette situation de l’économie mondiale, où les institutions internationales comme le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce ne parviennent pas à résoudre les problèmes, mais au contraire, favorisent et aggravent la crise ?
• Pourquoi les régulateurs mondiaux ne donnent-ils pas à l’humanité un modèle de société en développement et sans crise ?

Et je suis reconnaissante à Helga Zepp-LaRouche pour son activité patriotique universelle, pour aider l’élite intellectuelle mondiale à maîtriser de manière créative l’héritage de Lyndon LaRouche, et pour avoir organisé cette conférence dans ce contexte.

Passons maintenant aux spécificités de ce que je considère comme les trois conditions les plus importantes pour éviter la destruction imminente.

Premièrement. Nous avons besoin d’un nouveau système de Bretton Woods. Ce qui a été adopté à Bretton Woods aux États-Unis, en juillet 1944, a joué un rôle important dans la création d’un système financier mondial fonctionnel. Cela a facilité la reconstruction des économies détruites par la guerre et créé les conditions de la croissance du commerce international et de la coopération pour l’obtention de crédits. Tels étaient les objectifs déclarés du FMI et de la Banque mondiale. Le taux de change du dollar était fixé à 35 dollars l’once (31,1 grammes) d’or. Les taux de change fixes pour les monnaies des pays participants constituaient une base solide pour le redressement des systèmes monétaires nationaux. Les banques nationales avaient ainsi la possibilité de soutenir un taux de change stable pour leurs monnaies. L’ancrage du dollar américain à l’or en a fait une monnaie de réserve mondiale fiable.

Mais la croissance des économies nationales après la Seconde Guerre mondiale et la formation de sociétés transnationales avec, en relation avec cela, une énorme demande de dollars, simultanément avec l’aspiration croissante des États-Unis à établir une hégémonie mondiale, ont eu pour résultat que les États-Unis eux-mêmes ont commencé à subvertir les principes fondamentaux du système de Bretton Woods.

En août 1971, le président américain Nixon annonça la suspension de la convertibilité du dollar en or au taux officiel, introduisant une mèche sous le système monétaire mondial. En 1976, avec le remplacement des taux de change fixes par un régime de taux flottants, lors de la conférence monétaire internationale de la Jamaïque, cette mèche a été allumée. Ce fut une puissante impulsion pour le développement de la spéculation financière, d’abord et avant tout aux Etats-Unis mêmes, mais aussi dans les systèmes bancaires de l’ensemble des pays capitalistes.

L’émission du dollar fut elle-même confiée à un organisme privé (dont les détenteurs de parts ont un statut particulier), le système de la Réserve fédérale américaine. L’impression de papier-monnaie d’une valeur faciale de 1 à 100 dollars, alors qu’il en coûte au maximum 20 cents pour produire un billet, était une affaire rentable. Pendant ce temps, les actifs de la Fed poussèrent comme des champignons. De 2008 à 2020, ils furent multipliés par huit, passant de moins de 1000 à 7800 milliards de dollars. Or l’élite dirigeante américaine ne se soucie guère de la croissance constante de la dette nationale américaine, qui a atteint 28 300 milliards de dollars en mai 2021, soit 149 % du PIB.

La dette extérieure de presque tous les pays du monde ne cesse de s’accroître. Elle a augmenté de 24.000 milliards de dollars en 2020, atteignant 366 % du PIB mondial. Ce processus est favorisé par la politique vicieuse du FMI, en accord avec le « consensus de Washington », qui consiste à accorder des prêts sous condition de réformes, lesquelles exigent une réduction du rôle de l’État dans le développement économique national (et surtout dans l’économie réelle) et dans les services sociaux.

Les économies nationales sont érodées par la dévaluation constante du dollar américain. En date du 20 juillet 2021, le prix minimal d’une once d’or sur les marchés boursiers était de 1806,20 dollars. Cela signifie que la valeur du dollar a été divisée par 52 depuis 1944 !

C’est pourquoi, convoquer une nouvelle conférence de Bretton Woods est une nécessité urgente. Depuis plus d’une décennie, l’Institut Schiller a fait un travail énorme en ce sens. En 2008, le président français Sarkozy, le Premier ministre britannique Gordon Brown et le président allemand Horst Koehler avaient également appelé à la tenue d’une nouvelle conférence de Bretton Woods pour élaborer un nouveau système financier mondial.

Nous avons besoin d’un système basé sur plusieurs monnaies de réserve. Je pense que le panier de devises pourrait inclure, outre le dollar et l’euro, le yuan chinois, le rouble russe, la livre anglaise, le yen japonais et la roupie indienne, regroupant ainsi les devises des pays les plus puissants économiquement et les plus importants en termes de population et de potentiel de ressources naturelles. Nous avons besoin d’un nouvel étalon or comme base des taux de change fixes entre les principales monnaies mondiales.

Il faut, sans aucun doute, des changements radicaux dans les politiques du FMI.

Deuxièmement. Une réforme bancaire mondiale. L’abandon des principes de la conférence de Bretton Woods de 1944 conduisit à une augmentation sans précédent de la spéculation bancaire. Au lieu d’une politique de crédit bien conçue (donnant la priorité aux crédits à long terme, qui sont la clé pour développer une économie, en particulier le secteur de l’économie physique), les banques commencèrent à se transformer partout en calmars géants spéculatifs, aspirant les ressources monétaires des entreprises et de la population.

Ces ressources sont ensuite placées dans des microcrédits à court terme ou vendues à répétition, pour maximiser les profits des banques. On obtient ainsi des bulles financières de produits dérivés. La bulle financière des produits dérivés est maintenant supérieure à 1 quadrillion (1 million de milliards) de dollars, soit 10 fois le PIB mondial. Ce système financier pourri peut s’effondrer à tout moment, dans une réaction en chaîne. L’ampleur de la destruction résultant d’un effondrement du système financier mondial pourrait être apocalyptique. Aujourd’hui encore, le processus de gonflement des bulles financières entraîne une réduction continue des investissements dans l’industrie manufacturière et les infrastructures, et creuse le fossé entre riches et pauvres.

En réponse à la dévaluation du dollar américain (et à la dévaluation connexe de la force de travail et des ressources naturelles des nations), les crypto-monnaies sont apparues. Absolument anonymes et soutenues par rien.

Mais on ne peut envisager de sauvetage raisonnable et progressif du système bancaire qu’avec une réforme bancaire mondiale. Lyndon LaRouche ne s’est jamais lassé d’en répéter la nécessité, proposant, sur le modèle de la loi Glass-Steagall, d’amputer le capital bancaire spéculatif, mettant fin à ce qu’il appelait « l’économie casino » en remplaçant le système monétariste par un nouveau système, celui du crédit productif. C’était l’essence même du système de crédit américain, établi par Alexander Hamilton il y a 200 ans et qui s’avéra très efficace.

Troisièmement. De puissantes sources d’énergie. Il y a 100 ans, Vladimir Lénine, idéologue et organisateur de la révolution socialiste en Russie, puis dirigeant du premier État socialiste au monde, l’URSS, prononça cette phrase ingénieuse : Le communisme, c’est le gouvernement des Soviets plus l’électrification de tout le pays.

Il s’agissait d’une formulation étonnamment précise de l’idée clé selon laquelle la société humaine atteindrait la perfection, sous un gouvernement juste qui serait celui du peuple pour le peuple (le président américain Abraham Lincoln avait également cette idée). Cette deuxième condition était l’électrification complète du pays. D’où l’ingénieux plan GOELRO (abréviation russe signifiant « Commission d’État pour l’électrification de la Russie »), qui devint la base du développement rapide de l’économie soviétique.

La question d’un gouvernement juste est un autre débat. Examinons maintenant la question de l’approvisionnement de la planète entière en énergie nécessaire pour relever les défis scientifiques et technologiques les plus difficiles, assurer la croissance économique mondiale et des conditions de vie sûres et confortables pour les gens. C’est la tâche de toutes les tâches.

LaRouche ne s’est pas contenté de philosopher sur la nécessité d’une croissance constante des sources d’énergie ; il a orienté l’économie physique précisément vers ce but. Pour évaluer objectivement ce processus, il a développé le critère de la relation entre la densité du flux énergétique et la densité relative de la population. LaRouche voyait la solution à ce problème en fournissant à l’humanité l’énergie la plus fiable et la moins chère : l’énergie nucléaire. C’est pourquoi il se félicitait de l’amélioration technologique des réacteurs nucléaires, insistant sur la nécessité d’une coopération internationale pour les développer et les mettre en service.

Rappelons-nous comment Lyndon LaRouche déclarait avec passion :On doit démolir tous ces maudits panneaux solaires et ces éoliennes sur le sol américain. Ce sont des technologies à faible densité de flux énergétique. Elles sont synonymes de faillite !

Et qu’avons-nous aujourd’hui, en réalité ? Contrairement à la logique scientifique et aux exigences réelles du progrès scientifique et technologique, «  l’énergie verte » se répand. Sans se préoccuper aucunement de savoir si cela convient aux conditions climatiques du pays en question.

En 2020, le « Great Reset » a été ouvertement proclamé, en vertu duquel le « Green New Deal » est devenu la doctrine officielle du président américain Biden - ouvertement et brutalement imposé à toutes les nations du monde. Et en premier lieu, aux pays en développement.

Avec des fadaises sur la lutte pour améliorer le climat et la défense de l’environnement, les pays du tiers monde sont poussés dans le piège de l’insuffisance énergétique chronique. Ce qui les prive de la possibilité de redresser leurs économies nationales, de vaincre la pauvreté et d’empêcher leur population de disparaître.

La catastrophe survenue au Texas durant l’hiver 2021 a clairement montré la vulnérabilité des éoliennes et l’impuissance du gouvernement à défendre la population. Et c’était aux États-Unis !

On voit très bien, en Ukraine, comment les énergies vertes sont imposées artificiellement et agressivement sous la pression de l’Occident. En 2020, les centrales nucléaires ukrainiennes ont produit 51,2 % de l’électricité du pays, tandis que 35,2 % provenaient de centrales thermiques fonctionnant au charbon ou au gaz naturel. Je souligne que l’Ukraine dispose de suffisamment de gisements de charbon pour les 100 prochaines années. L’extraction de son gaz naturel couvre la totalité des besoins du pays pour le logement et les services publics. 5,1 % de l’électricité ukrainienne provient de centrales hydroélectriques et seulement 7,3 % de l’énergie éolienne et solaire. Mais alors qu’elle ne produit que 7 % de l’électricité, l’énergie verte représente 25 % du coût de l’électricité. L’augmentation constante des tarifs de l’électricité constitue une charge insupportable pour la quasi-totalité de la population.

Depuis 30 ans, l’Ukraine assiste à la destruction de sa production physique. En 2020, le PIB ne représentait plus que les deux tiers de son niveau de 1990. La base énergétique du pays a été détruite à un rythme encore plus rapide : de 298,8 milliards de kilowattheures en 1990, la production d’électricité a chuté à 148,8 milliards en 2020. Elle a diminué de moitié !

Mais au lieu d’augmenter la densité du flux énergétique, ce qui impliquerait de développer l’énergie nucléaire avant tout et d’améliorer nos centrales thermiques, l’Occident tord le bras du gouvernement ukrainien et nous impose l’énergie verte. Des subventions gouvernementales, suffisamment importantes pour ruiner le budget national, sont offertes pour l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires, qui occupent déjà des millions d’hectares de terres fertiles et arables en Ukraine.

Le président Biden et la chancelière allemande Merkel, réunis le 15 juillet 2021, se sont mis d’accord (sans la participation ni l’approbation de l’Ukraine !) pour accorder à notre pays un milliard de dollars pour un « fonds vert », dont l’objectif est une transition vers des sources d’énergie renouvelables. Ce n’est autre qu’un fonds pour la mise à mort de l’Ukraine.

Je vous rappelle qu’avant la destruction de l’URSS, l’Ukraine figurait parmi les dix premiers pays développés en termes de PIB par habitant. Elle est aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Europe, avec la plus faible espérance de vie. Un rapport de l’UNICEF de juillet dernier reconnaît que 10 millions d’Ukrainiens souffrent de la faim, soit un sur trois ! (Sur les 52 millions d’habitants que comptait l’Ukraine en 1990, il n’en reste plus que 30 millions.)

Qu’est-ce qui attend l’Ukraine à l’avenir ? Deviendra-t-elle un cimetière avec des moulins à vent à la place des croix ?

L’humanité doit donc choisir : soit lutter pour son propre salut et son développement progressif, soit s’accommoder de l’horrible perspective de déstabilisation et de catastrophes mondiales.

Merci de votre attention !

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