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Pragmatisme contre idéologie

27 novembre 2019

Alain Corvez est conseiller en relations internationales

Introduction


Ce que l’on appelait l’équilibre de la terreur quand s’affrontaient les deux idéologies antagonistes du capitalisme absolument libéral, prôné par les États-Unis d’Amérique, et du collectivisme communiste, soutenu par l’Union Soviétique, les deux impérialismes ne pouvant s’affronter ouvertement de peur de la destruction mutuelle que la bombe atomique entraînerait inéluctablement , s’est effondré avec la dissolution d’un des protagonistes de cet équilibre toutefois instable.
L’idéologie capitaliste, tout aussi matérialiste et impérialiste que la communiste, c’est-à-dire dépourvue de tout sentiment de spiritualité ou de transcendance, ou de simple humanisme, c’est alors crue vouée à une destinée universelle que les États-Unis, « nation indispensable, nouvelle Jérusalem ou nouvelle Rome » devaient accomplir pour le bien de l’humanité.
Ce dessein est devenu un impérialisme brutal, ravageant le monde par des guerres menées faussement au nom de grands principes, particulièrement dans « l’Orient compliqué », détruisant des millions de vies et de patrimoines.

Cet impérialisme a peu à peu rencontré une résistance acharnée de plus en plus efficace qui a amené le nouveau Président des États-Unis à en tirer la conclusion logique qu’il fallait y mettre un terme, dans l’intérêt même des États-Unis. Son pragmatisme d’homme d’affaires se heurte toutefois à l’idéologie persistante de « l’état profond américain » qui n’entend pas mettre un terme à la suprématie mondiale du dollar et des normes américaines, d’où les tentatives désolantes de mauvaise foi de destitution pour collusion russe puis ukrainienne. Souhaitons que ces tentatives désolantes ridiculisant la première puissance mondiale n’aillent pas jusqu’à des tentatives plus radicales, pour le bien de l’humanité et celui des États-Unis dont la gouvernance affiche des désordres catastrophiques qui se répercutent sur le reste du monde qui assiste médusé à l’incohérence de l’exécutif américain.

Car le réalisme des puissances émergentes ou ré-émergentes de la Russie, de la Chine, de l’Inde, du Pakistan, de l’Afrique et de l’Amérique Latine, s’impose désormais : ces puissances défendent leurs intérêts en se regroupant dans des organisations politiques, économiques voire stratégiques comme les BRICS ou l’OCS, qui obligent à sortir des idéologies pour revenir au pragmatisme des nations westphaliennes opposées aux empires, qui défendent leurs intérêts tout en comprenant et respectant ceux des autres.

L’Europe ferait bien de s’inspirer de ce réalisme et s’empresser de sortir de l’idéologie qui l’étreint encore et la paralyse, la rendant impuissante, incapable d’agir sur n’importe quelle crise du monde et même pour défendre ses propres intérêts. Son incapacité à contrer les Etats-Unis dans l’affaire iranienne en est un triste exemple, et sa soumission dans l’OTAN aux normes et commandements américains en est une autre.

Donald Trump l’anti-idéologue

Le dernier discours du Président Trump à l’Assemblée Générale des Nations Unies est d’une grande importance à cet égard car il a défendu les patriotismes et souverainismes nationaux qui s’expriment dans le monde , ajoutant qu’ils représentent désormais l’avenir. Une telle déclaration en faveur du patriotisme dans le monde n’a eu que peu d’écho en France où les médias sont au service d’une oligarchie financière qui y est opposée. Pourtant elle indique que Donald Trump a compris ce qu’expriment les Gilets jaunes et d’autres ailleurs dans le monde, notamment parmi ceux qui l’ont élu. Cette déclaration est fondamentale

Exemple syrien

Le Président Bachar El Assad ne s’y est pas trompé lorsqu’il a fait un exposé de géopolitique magistral à une délégation de syndicalistes du monde entier venus apporter leur soutien aux travailleurs syriens le 10 septembre dernier.

La crise syrienne, a-t-il, dit rassemble tous les éléments de la résistance mondiale des peuples libres et souverains à l’impérialisme de la finance mondiale dirigée par Wall Street, alliée à la City et à une Europe qui n’a aucune possibilité d’émancipation de cette tutelle sans procéder à une véritable mise à jour de ses fondamentaux, citant en exemple le Président Macron mis au pouvoir par cette oligarchie ayant balayé les vieux partis traditionnels, qui ne peut s’opposer à elle qu’en paroles, bien qu’il ait sans doute compris que les forces qui l’ont mis au pouvoir sont au bord de la ruine.
Les manifestations populaires qui s’expriment de plus en plus dans le monde sont la révolte des peuples contre l’oligarchie financière qui pressure les classes pauvres et moyennes en Europe, les Gilets jaunes en France et d’autres ailleurs dans le monde, dernièrement au Liban.
Les travailleurs de tous les pays sont le sang des nations et, en Syrie, a-t-il précisé, malgré la guerre, les services sociaux sont maintenus et les travailleurs sont associés à la politique et à la gestion de leurs activités.

La carte des conflits dans le monde montre la guerre entre la finance détenue par une infime minorité de personnes de plus en plus riches et les peuples dépossédés. Les bases militaires américaines dans le monde défendent la domination du dollar contre laquelle s’élèvent des nations comme la Russie et la Chine. Il y a un lien entre le conflit en Syrie et ceux en mer de Chine, Pékin le sait bien.

Projet chinois de nouvelles routes de la soie

C’est dans l’idée de mettre un terme aux conflits d’intérêts et donc aux guerres que s’inscrit le projet chinois de nouvelles routes de la soie, appelé aussi « Une ceinture maritime , une route terrestre », UCUR, en anglais OBOR.

Il s’agit de construire des infrastructures terrestres et maritimes qui permettent d’établir des synergies mondiales entre les capacités disparates des nations en ressources naturelles et financières, dans des accords où chaque nation doit trouver son compte, gagnant-gagnant, chacun trouvant un bénéfice en fonction de l’investissement qu’il y met. Ceci dans tous les domaines de l’activité humaine, notamment celui de la recherche scientifique qui doit permettre à l’humanité de mettre au point les technologies indispensables au développement humain, sur terre, dans les mers et dans l’espace.

Lyndon LaRouche le précurseur

Son esprit humaniste et inventif avait amené l’Américain Lyndon LaRouche a proposer en 1975 un projet appelé « Oasis » pour l’aménagement et le développement des ressources en eau du Moyen-Orient qui devait bénéficier à l’Égypte comme à la Jordanie, la Syrie, le Liban, la Palestine et Israël, proposant pour ces deux derniers pays la coopération entre deux états liés harmonieusement par leur proximité géographique, utilisant en commun les ressources naturelles en eau de la région par des aménagements grandioses entre les mers Morte, Rouge et Méditerranée, et créant de nouvelles ressources par des systèmes de traitement de l’eau de mer par des usines nucléaires rationnellement réparties sur les territoires.
Ce projet qui devait servir au développement de toute la région et donc supprimer les conflits a été dénigré et finalement refusé par les forces opposées à la paix, aux Etats-Unis comme en Israël.

Conclusion

Comme l’avait dit le Général de Gaulle aux universitaires mexicains en 1966, à moins qu’il ne se détruise lui-même dans un épouvantable cataclysme nucléaire, l’avenir du monde est là, car l’homme est la cause ultime à défendre, et donc la coopération entre les nations, et l’aide des plus forts aux plus démunis.

En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie.