« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Le rôle du panafricanisme dans un monde multipolaire

27 novembre 2019

Henda Diogène Senny est président de la Ligue Panafricaine UMOJA (LP-U)


Chers Conférenciers, Chers Participants, Chers Invités,

Je voudrais remercier l’Institut Schiller de m’avoir invité, au nom de notre Organisation, la Ligue Panafricaine – UMOJA, à prendre la parole dans cette importante conférence internationale.

Je remercie également l’ensemble des conférenciers pour la qualité des interventions livrées, avant ma prise de parole.

I. Introduction

Mesdames et Messieurs,

Le thème principal de cette conférence est : « L’Avenir de l’humanité en tant qu’espèce créatrice ».

Et comme nous sommes dans un panel scientifique, mon intervention portera autant sur des questions géopolitiques, idéologiques et économiques que sur les politiques spatiales africaines.

Sur le plan Géopolitique et idéologique

Il y a une semaine, jour pour jour, le monde entier célébrait la chute du mur de Berlin. Considéré comme l’événement le plus important de la fin du 20ème siècle, cela a poussé beaucoup de politiques et d’intellectuels à déclarer qu’une nouvelle ère de paix, de bonheur et de prospérité s’ouvrait à l’humanité.

Dans la même loi des séries, Monsieur Francis Fukuyama, politologue américain, a été le plus audacieux en commettant un article devenu célèbre, intitulé « la fin de l’histoire ». En gros, la fin de l’histoire, c’est-à-dire la fin de la guerre froide marque la victoire idéologique et définitive de la démocratie et du libéralisme sur les autres idéologies politiques.

S’il est vrai que la fin de la guerre froide fut un événement historique majeur à bien des égards pour une partie de l’humanité, il est tout aussi faux d’affirmer qu’elle fut le début de la prospérité et du bonheur pour tous grâce au néolibéralisme.

Force est de reconnaitre que la chute du mur de Berlin n’a pas mis fin au cancer qui gangrène les Etats modernes, à savoir : la géopolitique.

Rappelons-nous tout de même que le mur de Berlin fut la conséquence de la confrontation de deux logiques géopolitiques suivantes :

la géopolitique de la mer pour l’Angleterre, du fait de son insularité, afin d’éviter d’être dominée par l’une des grandes puissances du Continent (la France ou l’Allemagne). Ainsi, l’Angleterre sera la maitresse des océans en contrôlant les points maritimes essentiels de passage de la Baltique à la Chine, à savoir : Gibraltar, Le Cap, Suez, Aden, Ormuz, Singapour, etc. Cette géopolitique de la mer aura permis à la Couronne britannique de disposer du plus grand empire colonial ;

la géopolitique continentale ou forteresse pour l’Allemagne et la Russie, pour ne prendre que l’exemple de l’Allemagne, pays enclavé et étouffé entre la ploutocratie occidentale et les pays slaves, frustrée de n’avoir pas sa part d’empire colonial en dehors de quelques possessions au Cameroun et au Togo ; hantée par sa vulnérabilité et l’insuffisance de terres, son cauchemar est d’affronter une éventuelle coalition rassemblant les empires coloniaux comme l’Angleterre et la France, en plus de la Russie. Ainsi, l’Allemagne va axer sa stratégie dans la géopolitique continentale afin de se constituer un espace vital, qui lui assurera un authentique empire. Guillaume II et Bismarck commenceront le travail et le troisième Reich ira jusqu’au bout de l’idée.

Or, 30 ans après la chute du mur de Berlin, toutes ces anciennes géopolitiques ont été recyclées. Le monde n’a jamais été autant truffé de conflit. Il va d’ailleurs sans dire qu’un déséquilibre effrayant, sans cesse croissant apparait, béant, entre les nations au niveau de l’approvisionnement, de la production et de la consommation. Ceux-là, riches de la pauvreté des moins nantis technologiquement, et ceux-ci, pauvres de la richesse des plus nantis.

Sur le plan idéologique et économique

Pour nous autres Africains, la fin de la guerre froide a constitué une nouvelle ruse historique, une fausse promesse, comme ce fut le cas avec les indépendances nominales dans les années 50 et 60.

Car, 20 ans après la fameuse année des indépendances, c’est-à-dire au début des années 80, la crise de la Dette avec son cortège des PAS (plans d’ajustements structurels FMI), avait déjà sapé les quelques timides efforts de l’érection des Etats africains post-indépendances.

La décennie 90, inaugurée par la chute du de Berlin, ouvre une nouvelle séquence de ruse pour les Africains. Le salut est désormais dans les élections libres et transparentes, sans jamais poser les questions relatives à la souveraineté.

Elections sans souveraineté, toujours contestées, chaque scrutin électoral devient polémologique : chaos et guerre, ne sont pas loin, avec des dégâts sociaux irréparables.

Cependant, quelque soit le conflit politique, tous les acteurs politiques, une fois au pouvoir, appliquent tous le nouveau bréviaire néolibéral de la fin de l’histoire, cher à Francis Fukuyama, à savoir : le Consensus de Washington, seul programme économique agréé par le FMI et la BM. 

Qu’est-ce ? Le Consensus de Washington formalisé en 1989 par John Williamson, l’économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale, consiste à privilégier et même aggraver, les injonctions du FMI à travers les PAS, à savoir :

l’obtention le plus rapidement possible de la liquidation de toute instance de régulation étatique ou non,
la libéralisation la plus totale des marchés des biens, des capitaux, des services…,
l’instauration à terme d’un marché mondial autorégulé…

Au détriment bien entendu, des investissements publics en matière de santé, d’éducation et des infrastructures indispensables au développement.

Voila, brièvement, la réalité du triomphe du monde néolibéral post guerre froide !

L’Afrique et les questions spéciales

En dépit de cette situation difficile, l’Afrique a-t-elle des ambitions spatiales, susceptibles de résoudre un certain nombre de problèmes liés à la téléphonie, à la télévision, à la radio, à Internet, au GPS ou à la recherche scientifique ?

En réalité, la maitrise scientifique de l’espace est un vrai enjeu démocratique car elle permet de réduire les couts de distribution et d’accès à certains droits fondamentaux au plus grand nombre.

Quelques pays africains sortent du lot. Sans être exhaustif, on peut citer par exemple : Angola, Nigeria, Ghana, Afrique du Sud et le Kenya.

A cause des coûts extrêmement élevés, chaque pays africain se tourne vers les Etats-Unis, la France, la Russie, l’Inde ou la Chine pour se doter d’un satellite.

C’est en cela que les Etats-Unis d’Afrique, idéal pour lequel, nous nous battons à tout son sens. Non seulement, il réglera les difficultés des coûts et la rationalisation de détention de satellite par pays, mais surtout, il réglera le problème de l’insécurité croissante entre voisin dès que l’un d’eux se dote d’un satellite.

En Conclusion

Mesdames et Messieurs,

Nous opposons au concept fataliste de « fin de l’histoire » celui d’Historicité. L’historicité est le privilège propre à l’homme d’avoir conscience de vivre dans l’histoire. Cela induit d’avoir cette solidarité de fait et de signification qui unit le passé et l’avenir au présent, et motive la démarche d’une liberté qui cherche à produire l’avenir par un acte créateur.

30 ans, après la chute du mur de Berlin, l’humanité développe son esprit guerrier et militariste avec une constance froide et mathématique. Tout ce qui tend à la mort nucléaire généralisée, à la destruction massive de la civilisation contemporaine.

30 ans, après la chute du mur de Berlin, les ruses diverses et variées sur les élections transparentes, sans jamais poser la question de la souveraineté, ont désillusionné la Jeunesse Africaine.

Cette Jeunesse Africaine, levier fondamental du devenir de l’Afrique, s’est tournée de plus en plus vers les figures historiques du patriotisme africain : Barthélémy Boganda de la RCA, Tom Mboya du Kenya, Félix Moumié et Oum Ruben Nyobé du Cameroun, Murtala du Nigeria, Thomas Sankara du Burkina Faso, Steve Biko de l’Afrique du Sud, tous fervents patriotes africains, jeunes et dynamiques, sont morts, victimes de l’impérialisme.

La contribution du Panafricanisme à la paix dans le monde passe par la Renaissance Africaine. Cette renaissance tire sa force de résilience dans le plus ancien mythe agraire de l’humanité, à savoir : le mythe osirien. Gestes saisonniers de patients laboureurs de la Vallée du Nil : semer le grain, le mettre en terre, ensuite le moissonner, le couper à la faucille, rituellement, après la sortie de terre, après la germination, la résurrection.

Les monuments égyptiens répètent à l’infini ces mystères qui exposent une analogie entre la destinée humaine et la vicissitude végétale.

Pour devenir libres, nous devons cesser impérativement d’être des hommes-machines, des hommes-réflexes, des hommes-raisons et des hommes-robots.

Umoja Ni Nguvu

Je vous remercie !