« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visioconférence internationale du 14 août 2021

La méthode LaRouche

1ère session

20 août 2021

Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente internationale de l’Institut Schiller


L’histoire du monde transatlantique se déroule comme un drame dont on ne sait pas s’il se terminera en tragédie ou s’il ouvrira la voie à une nouvelle ère de l’histoire universelle.

Contrairement aux hypothèses bidimensionnelles de nombreux contemporains, prisonniers de « l’ici et maintenant » de la perception sensorielle, l’état actuel du monde n’est en aucun cas le résultat de processus naturels, de formes de matérialisme historique ou du hasard, mais découle plutôt d’hypothèses axiomatiques fausses émises par d’importants décideurs, et de leur influence sur les institutions dirigeantes.

Nous sommes réunis aujourd’hui à l’occasion du 50e anniversaire de la prévision quasi-prophétique de Lyndon LaRouche sur les effets de la décision fatale du président Nixon, le 15 août 1971, de détruire le système de Bretton Woods pour le remplacer par un système de taux de change flottants. LaRouche était à l’époque le seul économiste au monde à reconnaître la rupture systémique, dans toutes ses implications, que représentait ce passage d’une économie basée, malgré toutes ses imperfections, sur le progrès scientifique et technologique, à un modèle d’économie monétariste.

LaRouche avertissait à l’époque que la poursuite de cette politique monétariste conduirait inévitablement à une nouvelle dépression, un nouveau fascisme et au danger d’une nouvelle guerre mondiale - à moins de la remplacer par un nouvel ordre économique mondial.

• Les prévisions de LaRouche semblent aujourd’hui se vérifier avec une terrible précision.
L’écart explosif entre une économie réelle fragile, surplombée par une pyramide de quelque 4 quadrillions de dollars du système financier transatlantique, ouvre une perspective d’hyperinflation.
• Nos banquiers centraux menacent de faire basculer « des milliers de milliards » dans une dictature écologique mondiale entraînant une réduction massive de la population.
• Enfin, le fait scandaleux que le chef du commandement stratégique américain, l’amiral Richards, ait ordonné au Pentagone de faire passer la possibilité d’une guerre nucléaire de la catégorie « presque impossible » à « très réelle ».

L’ensemble de ces conditions doit nous conduire à examiner l’approche méthodologique de Lyndon LaRouche. Avec un peu de chance, le monde pourrait alors corriger les faux axiomes qui sous-tendent la pensée des institutions de premier plan.

Lyndon LaRouche est incontestablement l’un des penseurs originaux les plus productifs de son temps, et pour comprendre en profondeur sa méthode économique, il est nécessaire d’étudier l’essentiel de son œuvre colossale, que la LLF (Fondation LaRouche) s’est engagée à publier.

Mais il n’est pas de meilleure porte d’entrée dans sa méthode de pensée que la description qu’il en donne dans son essai intitulé « Sur la découverte de LaRouche » du 21 novembre 1993 :

L’élément central de ma contribution originale à la science de l’économie physique de Leibniz est d’offrir une méthode permettant d’aborder la relation de cause à effet entre, d’une part, les contributions des individus aux progrès axiomatiquement révolutionnaires de la connaissance scientifique et des formes analogues de connaissance et, d’autre part, les augmentations conséquentes de la densité potentielle de population des sociétés correspondantes. Dans son application à l’économie politique, ma méthode concentre l’analyse sur le rôle central de la séquence suivante, en trois étapes : d’abord, les formes axiomatiquement révolutionnaires de la découverte scientifique et analogue ; ensuite, les progrès conséquents des principes de la machine-outil et analogue ; enfin, les progrès conséquents de la puissance productive du travail.

C’est la quintessence de la découverte de LaRouche, qui fournit un critère infaillible pour déterminer si une idée, une technologie ou un investissement contribue à assurer l’existence durable et à long terme de l’humanité, ou concourt au contraire à l’effondrement de la société.

Le scientifique russe Pobisk Kuznetsov considérait ce concept comme si fondamental qu’il était convaincu qu’il entrerait dans la science de l’histoire sous le nom de La [pour LaRouche], tout comme d’autres mesures ont été nommées d’après leur découvreur, telles que Watt, Ampère ou Volt.

Dès son plus jeune âge, LaRouche est un esprit en quête de vérité, qui reconnaît très vite la vacuité des mœurs ainsi que les défauts épistémologiques de diverses théories et convictions. Très tôt, il fait sienne l’œuvre de Leibniz, notamment sa notion d’harmonie préétablie inhérente à l’univers et son concept de monades, qui reflètent de manière presque repliées sur elles-mêmes toute la légitimité de l’univers. LaRouche assimile également les principes de l’économie physique définis par Leibniz et les degrés de la liberté de penser, en principe infinis, qui découlent de son concept du meilleur des mondes (possibles). Il décrit dans son autobiographie de 1988 comment il a identifié, sur la base de sa compréhension de la Grèce classique, une notion claire des proportions harmoniques des processus vivants, telle qu’elle se reflète dans le principe de la «  proportion d’or » dans les grandes œuvres de peinture, de sculpture, d’architecture, et de manière similaire en poésie et en musique.

Sa connaissance des grands penseurs et artistes de la Renaissance italienne lui enseigna que tous les processus vivants, la morphologie de la croissance, sont ordonnés de manière harmonieuse, conformément à la proportion d’or, contrairement aux processus non-vivants, et que cet ordre est une ligne directrice pour la beauté. Son amour de la musique classique et l’étude des méthodes de composition harmonique polyphonique bel canto de Bach à Haydn, Mozart et Beethoven, ainsi que sa connaissance des travaux de Kepler, et surtout de la thèse inaugurale de Bernhard Riemann publiée en 1854, « Sur les hypothèses qui sous-tendent la géométrie », lui conférèrent une compréhension approfondie du caractère néguentropique (entropie négative) de l’univers physique en développement, qui caractérise également l’impact de la découverte par l’homme de ces principes universels et de leur application dans le processus de production, sous forme de progrès scientifique et technologique.

Partant de cette perspective, LaRouche a reconnu l’inadéquation des théories de Norbert Wiener et John von Neumann et de leurs méthodes linéaires et statistiques de « cybernétique », de « théorie de l’information » et d’« analyse des systèmes » quant à leur capacité à communiquer des idées sur l’univers réel, le caractère néguentropique d’une économie productive, c’est-à-dire une économie basée sur la découverte continue de nouveaux principes physiques et leur application au processus de production.

Du fait que toutes les idées dépendent de la communication métaphorique d’hypothèses et de la signification des discontinuités dans la transition entre un principe physique et la découverte du principe supérieur suivant, il est nécessaire de créer consciemment des paradoxes dans l’esprit de l’auditeur. C’est précisément ce principe vivant qui est laissé de côté dans la théorie de l’information et l’analyse des systèmes.

Cette erreur fondamentale n’est en rien atténuée par le fait que les systèmes et les sous-systèmes sont devenus plus complexes au cours des décennies qui se sont écoulées depuis Wiener et Von Neumann, et que leur complexité et le traitement de l’information imprègnent désormais presque tous les domaines. Les fusées et les satellites envoyés dans l’espace, le contrôle des drones pour la guerre à distance, la superinformatique 24 heures sur 24 en nanosecondes tout autour du globe, les algorithmes censés prédire quand quelles personnes commettront, statistiquement parlant, un meurtre dans quelle rue dans cinq ans, et les ordinateurs quantiques sont utilisés pour la collecte et l’analyse des données et pour la surveillance des sociétés. John von Neuman était parfaitement conscient de l’impact étendu de sa conception, lorsqu’il proclame : Je construis quelque chose de meilleur et de plus efficace que les bombes, je construis des ordinateurs.

Cela ne veut pas dire que ces systèmes hautement complexes n’ont pas d’applications utiles, par exemple pour programmer les astromobiles pour les missions martiennes afin qu’ils puissent prendre des « décisions » apparemment autonomes, mais la question cruciale reste la qualité morale des individus qui programment ces systèmes, quelle est leur intention et quel objectif ils espèrent atteindre.

Hormis sa compétence inégalée en termes d’analyses et de prévisions économiques, Lyndon LaRouche avait la capacité unique de définir des processus et des catégories historiques qui apparaissaient auparavant comme obscurs mais devenaient clairs dans ses définitions.

Concernant le positivisme radical des défenseurs de la théorie de l’information, il soulignait que ce mode de pensée reflétait une folie récurrente qui, depuis six mille ans, agissait en quelque sorte comme une maladie guérissable de l’histoire européenne. Guérissable parce que la propension à cette folie ne correspond pas réellement à la nature de l’homme. Cette infection étrangère fut décrite par LaRouche comme une faiblesse presque génétique du caractère intellectuel de la civilisation européenne jusqu’à aujourd’hui – à savoir, sa propension à accepter le modèle oligarchique de société. Bien que ces modèles oligarchiques impériaux aient changé de forme spécifique au cours des siècles, de Babylone à l’empire romain, puis à Byzance, Venise et l’empire britannique, jusqu’à la « relation spéciale » anglo-américaine d’aujourd’hui, LaRouche a comparé les transformations de ce même système à une moisissure visqueuse, qui change de couleur et de forme mais reste une moisissure visqueuse.

Dans la même veine, que ce soit l’esprit de caste des prêtres de Mésopotamie ou les lois du tyran Lycurgue de Sparte, jusqu’au XVe siècle et à la nouvelle image de l’homme apportée par la Renaissance en Italie et ailleurs en Europe, ces diverses formes du modèle oligarchique partaient du principe que le destin de la majorité des gens était de vivre comme du bétail, comme des vaches, des cochons, des moutons ou des poulets que l’on élève pour subvenir à ses besoins, pour accomplir certains travaux et que l’on tue, le cas échéant, s’ils prolifèrent en surnombre.

Alors que le libéral eurocentrique moyen ou le néo-libéral snobinard, le nez en l’air, se croient à des kilomètres de ces formes de société prétendument archaïques, Lyndon LaRouche a identifié l’unité foncière entre l’idéologie de la cybernétique, la théorie de l’information, etc. et le modèle oligarchique. Dans son article « Société de l’information : un empire du mal condamné » du 13 avril 2000, il met en pièces de façon emblématique les confessions de Bill Joy, le cofondateur de Sun Microsystems, telles que ce dernier les avait livrées à la revue Wired d’avril de la même année sous le titre, «  Pourquoi le futur n’a pas besoin de nous ». Le sujet, toujours d’actualité dans la communauté informatique, évoque un scénario dans lequel les informaticiens parviendraient à concevoir des machines intelligentes plus rapides et plus efficaces que leurs inventeurs, qui deviendraient alors tellement dépendants des capacités de leurs machines qu’ils n’auraient finalement d’autre choix que d’accepter leurs décisions.

Joy rend compte de sa discussion avec Raymond Kurzweil, l’inventeur de la première machine à lire pour aveugles, et de son livre The Age of Spiritual Machines, dans lequel il cite le fameux « Unabomber », qui a tenu les États-Unis en haleine pendant 17 ans.

Mais nous ne suggérons ni que l’espèce humaine cède volontairement le pouvoir aux machines, ni que les machines prennent volontairement le pouvoir. Ce que nous suggérons, c’est que l’espèce humaine pourrait facilement se permettre de dériver vers une position de dépendance telle vis-à-vis des machines qu’elle n’aurait d’autre choix que d’accepter toutes leurs décisions. A mesure que la société et les problèmes auxquels elle est confrontée deviennent de plus en plus complexes et que les machines deviennent de plus en plus intelligentes, les gens laisseront de plus en plus les machines prendre les décisions à leur place, simplement parce que les décisions prises par les machines donneront de meilleurs résultats que celles prises par l’homme.
Il se peut que l’on arrive à un stade où les décisions nécessaires au fonctionnement du système seront si complexes que les êtres humains seront incapables de les prendre intelligemment. À ce stade, les machines auront un contrôle effectif. Les gens ne pourront pas simplement les éteindre, car ils en seront tellement dépendants que cela équivaudrait à un suicide.

Il suffirait alors, selon Joy, que ces énormes machines soient exploitées par une élite restreinte. Les masses devenues un fardeau inutile pour le système, cette élite pourrait en réduire le taux de natalité à tel point qu’elles disparaîtraient en grande partie, et ce qu’il en resterait pourrait s’adonner à quelque passe-temps inoffensif et laisser le monde à l’élite.  Ces êtres humains fabriqués peuvent être heureux dans une telle société, mais ils ne seront certainement pas libres. Ils auront été réduits au statut d’animaux domestiques.L’horreur méthodologique de la pensée oligarchique que LaRouche a débusquée dès 1952 dans les théories de Wiener et von Neumann, et qui a inspiré le noyau de ses propres découvertes en matière de méthode économique, est énoncée ici ouvertement !

De là, il n’y a qu’un pas vers les éco-terroristes pour qui le progrès scientifique et l’émergence de l’industrialisation sont la source de tous les maux. LaRouche relève l’ironie morbide de voir Joy citer de longs passages du « Manifeste » d’Unabomber (Theodore Kaczinsky de son vrai nom), un professeur de mathématiques excentrique, étroitement lié aux éco-réseaux, que Joy qualifie de « criminellement fou » et de « luddite », mais qui le fascine. Entre-temps, toute une série d’éco-terroristes sont apparus, tels les meurtriers de masse de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, et d’El Paso, au Texas, se décrivant comme des écofascistes et donnant, dans leurs manifestes, leur idéologie écologique radicale comme motivation de leurs actes.

A l’heure où tant d’institutions de premier plan du monde transatlantique tentent d’imposer une éco-dictature mondiale, en invoquant la même logique positiviste radicale de la cybernétique, de la théorie de l’information et de l’analyse des systèmes que Wiener et von Neumann, il est plus urgent que jamais d’étudier la méthodologie économique de Lyndon LaRouche.

Le Green New Deal de l’administration Biden, le Green Deal de l’UE, le « changement de régime » dont [l’ancien patron de la Banque d’Angleterre] Mark Carney a parlé à la conférence de Jackson Hole en août 2019, qui ôterait non seulement toute la politique monétaire, mais aussi la politique fiscale, des mains des gouvernements élus pour la donner aux banques centrales et de facto aux super joueurs de la City de Londres et de Wall Street — tous ces changements systémiques sont conçus pour canaliser les investissements exclusivement vers les technologies vertes, et donc vers des sources d’énergie à très faible densité de flux énergétique.

Dans d’innombrables écrits, LaRouche a montré le lien entre le potentiel relatif de densité de population et la densité du flux énergétique utilisé dans le processus de production. Si l’élite transatlantique en venait à régner en maître, la population, tant dans les nations qu’on pourra bientôt qualifier d’anciennement industrialisées que dans celles qui ne sont plus en voie de développement, serait bientôt débarrassée de cette fraction « de bouches inutiles » que les écofanatiques considèrent comme trop lourde à supporter pour l’écosystème de la Terre.

Bien sûr, les promoteurs du Green Deal n’utilisent pas de méthodes aussi grossières qu’Unabomber, mais l’effet n’en est pas moins puissant, comme par exemple dans l’accord entre la Norvège et le Gabon, où le Gabon s’engage à ne pas exploiter sa zone de forêt tropicale, qui ne représente pas moins de 90 % de la superficie totale du pays, pour une somme dérisoire de 150 millions d’euros sur dix ans…On pourrait évaluer combien d’hôpitaux, d’écoles et de sites industriels ne seront pas construits, combien d’enfants n’atteindront pas l’âge de cinq ans, etc. à cause de cela. On pourrait également calculer de combien d’années les pauvres aux États-Unis et en Europe verront leur vie amputée si l’hyperinflation engloutit leurs économies, alors que les milliardaires continuent de s’enrichir. Mais bien sûr, il ne s’agit que de « criminels de salon » ou de programmateurs de modèles informatiques, comme l’a fait remarquer von Neuman.

Avec un peu de chance, il n’est pas trop tard pour réorganiser ce système financier désespérément en faillite en adoptant les quatre lois proposées par LaRouche, et pour sauver ce monde au bord du gouffre d’un affrontement géopolitique OTAN contre Russie et Chine. Mettre en œuvre cette solution exige que l’Occident comprenne les raisons du succès relativement phénoménal du modèle économique chinois, à savoir qu’il se concentre, en pratique, sur l’innovation continue et l’excellente éducation d’un très grand nombre de jeunes scientifiques et professionnels, tout en consacrant 10 % de son PIB au développement culturel de la population. Soit des chiffres beaucoup plus proches des critères définis par LaRouche pour l’économie physique que ce n’est le cas pour les États-Unis ou l’UE, qui semblent déterminés à poursuivre leurs politiques monétaristes jusqu’à cette issue finale contre laquelle LaRouche a mis en garde il y a 50 ans.

Et il n’est pas trop tard pour instaurer la coopération entre les quatre grandes nations - États-Unis, Russie, Chine et Inde - sans laquelle aucune des grandes questions stratégiques ne peut être résolue de manière réaliste, à commencer par la lutte commune contre la pandémie et la création d’un système de santé moderne dans chaque pays de la planète. Mais cela exige une réflexion honnête, et de corriger les failles axiomatiques de la pensée des 50 dernières années, dont la décision de Nixon est un exemple.

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