« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Fièvre de révoltes dans le monde et bataille décisive aux Etats-Unis

6 novembre 2019

Le 30 octobre, le gouvernement chilien a dû annuler en urgence deux grandes conférences internationales prévues sous peu à Santiago. En cause, un soulèvement populaire qui a vu des millions de citoyens descendre dans la rue. Pour beaucoup, ce fut un choc, sachant que le Chili passe pour être « l’élève modèle » du néolibéralisme, depuis la sombre époque de la dictature Pinochet.

Si le forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) a été tout simplement annulé, la Conférence de l’ONU sur le climat (COP25), qui devait se tenir du 2 au 13 décembre, a été transférée dans l’urgence à Madrid. L’un des enjeux de la COP25 réside dans la création d’une économie verte destinée à sauver le système financier en faillite et stopper le développement industriel. Du point de vue des élites transatlantiques, une annulation était tout simplement impensable. D’ailleurs, les révoltes populaires contre l’austérité et la méfiance grandissante envers les pouvoirs en place ne peuvent, à n’en pas douter, qu’être interprétées comme gênantes pour le lancement d’un véritable éco-fascisme mondial.

D’autant que les troubles ne se limitent pas au pays d’origine de Pinochet. Au Moyen-Orient, le gouvernement Hariri du Liban a démissionné le 29 octobre, sous la pression des manifestants réclamant la fin de la division sectaire du pays et du déclin économique. En même temps, les protestations parfois très violentes contre le gouvernement se poursuivent en Irak où une population excédée n’en peut plus de la corruption sur fond de situation économique désastreuse. On manque d’électricité et même d’eau propre en de nombreuses régions de ce pays ravagé par la guerre de Bush et Blair, et en l’absence d’aide à la reconstruction.

Les populations d’Amérique latine sont également mobilisées en Equateur, en Bolivie et en Argentine, où les dernières élections viennent de chasser du pouvoir le régime fantoche du FMI dirigé par Mauricio Macri. En Europe, si la contestation est moins visible, la révolte souterraine qui gronde pourrait rapidement éclater au grand jour. Le revers subi par les partis politiques traditionnels lors de récentes élections n’en est qu’un signe avant-coureur.

D’une certaine manière les Etats-Unis sont également touchés par ce Maesltröm. Rarement la situation n’y a été aussi polarisée, l’appareil du « gouvernement parallèle » (deep state) s’étant joint aux dirigeants du Parti démocrate pour saboter la présidence américaine. Leur objectif est clair : empêcher Donald Trump de mettre fin aux « guerres permanentes » et rallier les Etats-Unis au nouveau paradigme de la coopération gagnant-gagnant. Dans ce contexte, Helga Zepp-LaRouche vient d’appeler à nouveau tous les Européens à prendre connaissance par eux-mêmes des discours de Donald Trump, puisque les grands médias se gardent bien d’en parler. En effet, même si l’on n’aime pas le personnage en tant que tel, le combat qu’il mène contre le fameux « complexe militaro-industriel » est crucial pour tous et comme le rappelle Mme Zepp-LaRouche, la bataille qui se joue actuellement aux Etats-Unis « va déterminer la direction que prendra notre époque historique », voire même l’avenir de la civilisation.

En Amérique latine, la révolte contre le « vieux paradigme »

Dans plusieurs pays d’Amérique latine, les populations font entendre haut et fort leur rejet du vieil ordre néolibéral et réclament une réforme fondamentale pour protéger leurs droits économiques et sociaux piétinés depuis des années par les intérêts financiers de Londres et de Wall Street. À la suite de la révolte contre le FMI en Équateur début octobre, les Chiliens ont lancé à la mi-octobre ce qui est devenu une grève de masse visant à renverser le modèle économique néolibéral des 45 années.

En Bolivie, la base du président Evo Morales se mobilise pour défendre le résultat des élections présidentielles du 20 octobre. Là, les forces d’extrême-droite basées à Santa Cruz, ont pris la victoire serrée de Morales lors des élections comme prétexte pour déchaîner la violence dans la capitale La Paz et ailleurs. Ils crient à la fraude électorale à l’encontre de son adversaire, Carlos Mesa, du parti néolibéral la Communauté de citoyens, et demandent la démission immédiate de Morales. Mesa a refusé de participer à l’audit du vote exigé par l’Organisation des États américains, sans doute parce qu’il craint le résultat.

Morales accuse ces groupes de vouloir « exécuter un coup d’Etat pour garantir le retour du néolibéralisme, pour que les politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international soient de retour ». Le secrétaire à la présidence, Juan Ramón Quintana, a déclaré à Spoutnik que ces efforts transformeraient la Bolivie en un « grand champ de bataille, un Vietnam moderne », car la base de Morales dans les syndicats et dans la communauté indigène se battront pour maintenir « l’autonomie, la souveraineté et l’identité » du pays.

Entre temps, certains adeptes de la géopolitique au département d’État américain, faisant abstraction de la répression violente déployée par le président chilien Sebastián Piñera contre sa population, n’hésitent pas à dire que la Russie est à l’origine du chaos dans ce pays. Mais la réalité est autrement plus complexe. La protestation nationale contre le modèle économique de Pinochet est devenue telle que, le 30 octobre, le président Piñera a été contraint d’annuler les sommets de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) et de la COP25, prévus respectivement du 16 au 17 novembre et du 2 au 13 décembre, dans la capitale de Santiago. Aussi douloureux que la décision a été, a expliqué Piñera, il n’avait pas le choix. Santiago venait de vivre deux semaines de protestations de masse, avec interruption des transports en commun, fermeture des commerces et des écoles et suspension d’autres activités publiques. D’autres villes ont emboîté le pas, rendant impossible la sécurité des conférences internationales.

Le président Piñera a tenté d’apaiser la colère des Chiliens en leur disant qu’il « comprend » leurs frustrations et proposant de prendre en compte leurs griefs concernant les salaires et les retraites, la précarité de l’emploi et même la constitution instituée sous Pinochet. Mais il tient à faire respecter son modèle, en l’occurrence par la violence de la police et l’armée. Les accusations de violation flagrante des droits de l’homme sont si graves que la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, l’ancienne présidente chilienne, Michelle Bachelet, envoie une délégation à Santiago pour mener une enquête.