« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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En cette période troublée, l’Europe pourra-t-elle participer à l’avènement d’un nouveau paradigme ?

27 novembre 2019

Discours inaugural d’Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente internationale de l’Institut Schiller


Je ne pourrais commencer qu’en abordant les évènements peu communs qui ébranlent les Etats-Unis. Avec les procédures dites d’« impeachment  » (destitution), ce qui se produit dans ce pays est en réalité une tentative de coup d’Etat contre un président élu, dans la logique d’une politique de « changement de régime » menée par les mêmes forces à l’œuvre à Hong Kong et en Bolivie.

Manifestement, ils veulent chasser Donald Trump à tout prix et par tous les moyens possibles. Cette volonté transparaît fortement lorsqu’on écoute les témoignages de diplomates comme William B. Taylor, Jr., George Kent ou encore Fiona Hills et d’autres qui, dans leurs déclarations sous serment lors des auditions, racontent vraiment n’importe quoi sans rapport avec la réalité. Taylor, par exemple, a menti en affirmant que Trump, de mèche avec le président ukrainien Zelensky, aurait reporté la fourniture d’équipement militaire lourd à l’Ukraine, mettant ainsi en danger la vie des citoyens de ce pays en cas d’agression russe supposée.

C’est vraiment le monde à l’envers. Si l’on pense à ce qui s’est passé avec le coup du Maidan en 2014, dont Mme Natalia Vitrenko parlera après moi, ce qu’a dit George Kent apparaît d’autant plus déplacé. Il a affirmé qu’ en Ukraine, les forces d’opposition à la Russie étaient comparables au « Minutemen  » de la Révolution américaine, qu’ils étaient des héros au même titre que le marquis de Lafayette et le baron Von Steuben lors de la guerre d’indépendance américaine ! On pourrait qualifier cette lecture inversée de l’histoire de « satanique ». Car les forces qui étaient à l’œuvre en Ukraine en 2014, lors du Maidan, et qui sont les ennemis de la Russie, se réclament ouvertement de la tradition de Stepan Bandera, un nazi ukrainien. Et personne n’a oublié les paroles de Victoria Nuland lorsqu’elle clamait fièrement que le Département d’État américain avait déboursé 5 milliards de dollars pour financer cette opposition ukrainienne.

Certes moins important, mais tout aussi révélateur de l’état d’esprit des cercles néoconservateurs aux Etats-Unis, le rapport au Congrès pour 2019 de l’US-China Economic and Security Review Commission, qualifie Xi Jinping de secrétaire général du Parti communiste et non plus de Président chinois ! C’est pire que le maccarthysme ! La bonne chose, c’est que rien n’est joué dans ce coup d’État contre la présidence américaine et que ses instigateurs sont eux-mêmes sous enquête, dans le cadre notamment d’une procédure pénale lancée par l’attorney général (ministre de la Justice) William Barr, et risquent des poursuites et des peines de prison ferme.

Ainsi, comme j’ai essayé de vous le montrer, on assiste aux Etats-Unis à une politique de coup d’État et de changement de régime comme on en a vu dans tant de pays du monde, et en ce moment-même à Hong Kong et en Bolivie. Si l’on compare ce que je viens de vous dire avec ce qu’on peut lire dans la presse européenne, c’est assez choquant, car on se rend compte qu’on est inondé par une propagande « à la Goebbels ». Cela signifie que l’heure du dénouement approche, car le vieux paradigme oligarchique est vent debout contre le nouveau paradigme qui est en train de naître dans l’histoire de l’humanité.

Lyndon LaRouche

Cette conférence se tient en mémoire de mon mari Lyndon LaRouche, homme d’État hors norme, économiste visionnaire et personnalité exceptionnelle. Non pas en l’honneur d’un homme du passé, mais en la dédiant à notre engagement de maintenir vivantes ses idées en les diffusant, car elles offrent la clef indispensable pour résoudre les problèmes existentiels que nous devons affronter. En effet, les solutions qu’il proposa sont parfaitement réalisables mais nécessitent un état d’esprit totalement différent de celui qui règne chez la plupart des gouvernements et populations européennes. Afin de transformer cet état d’esprit qui peut nous conduire à la catastrophe, en état d’esprit permettant de résoudre les problèmes, il est absolument indispensable de comprendre en profondeur la méthode scientifique de LaRouche.

C’est cette méthode qui lui permit de formuler des prévisions d’une grande précision. Parmi la multitude d’exemples où il avait vu juste alors que ses détracteurs s’étaient trompés, en voici un, particulièrement frappant. En août 1971, lorsque le président Nixon suspendit la convertibilité du dollar en or, entraînant la création d’un système monétaire avec des parités flottantes, LaRouche pronostiqua : « Si cette tendance à la dérégulation monétaire se confirme, elle risque de nous conduire à une nouvelle dépression et au fascisme, à moins qu’un Nouvel ordre mondial ne voit le jour. » Or, c’est précisément la situation dans laquelle nous nous trouvons, car cette tendance s’est poursuivie.

La désintégration des nations

A différents moments bien précis, LaRouche a su anticiper les conséquences que cette tendance allait engendrer, proposant à chaque fois une voie alternative qui façonna partiellement l’histoire, bien que l’establishment transatlantique l’ait rejetée. Cette tendance néfaste a persisté dans les années 1980, avec le projet d’une « désintégration contrôlée » de l’économie mondiale prônée par le Conseil des relations étrangères (CFR) de New York, aboutissant à la destruction pure et simple de la production industrielle et de pans entiers des chaînes de commande des Etats-Unis, ainsi qu’à une généralisation du « modèle chilien » [dictature de Pinochet, conseillé par Milton Friedman et l’école de Chicago], qui resurgit en force aujourd’hui dans de nombreux pays.

Le tableau est cauchemardesque : externalisation de la production vers des pays à faible coût de main d’œuvre ; taux d’intérêts très élevés sous Paul Volcker, à l’époque président de la Réserve fédérale ; passage d’une société de producteurs à une société d’actionnaires ; thatchérisme et Reaganomics ; abrogation de la loi de séparation bancaire Glass-Steagall ; dérégulation complète des marchés financiers ; politique d’assouplissement quantitatif (QE) suite au krach de 2007-2009, et maintenant, taux d’intérêt négatif, « l’argent hélicoptère », et ce que propose désormais Mark Carney, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, c’est-à-dire un « changement de régime » aboutissant à la mise sous tutelle des Etats par des banques centrales aux mains d’intérêts privés, afin de canaliser tous les investissements dans la « finance verte », renflouer les banques avec de l’argent public, confisquer l’épargne des populations et imposer une austérité mortifère conduisant à la dépopulation.

Ce gouffre entre économie monétaire et économie réelle fut schématisé par Lyndon LaRouche en 1995, dans son graphique de « triple courbe », figure 1.

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Figure 1

D’après les dernières statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI), la valeur notionnelle des produits financiers dérivés a augmenté de 20 % entre 2018 et juin de cette année pour atteindre les 640 000 milliards de dollars. En général, on s’accorde à dire qu’en réalité, leur montant est plutôt le double du chiffre officiel, lorsqu’on les évalue à partir de la hausse du commerce (+3%) et du PIB mondial (+2,9 %).

D’après les chiffres fournis par la Réserve fédérale, cités par le blog Economica, depuis le 17 septembre de cette année, le bilan de la Fed est passé de 300 milliards à 4040 milliards de dollars. Cependant, si l’on tient compte du fait que les prises en pension des liquidités des mégabanques sont moins élevées qu’en août, cela implique que l’argent fraichement créé est allé directement dans toute une palette d’opérations purement spéculatives : actions, obligations, titrisations, dérivés de taux, etc. Ainsi, l’affirmation de l’ancien patron de la Fed, Ben Bernanke, qui prétendait que l’assouplissement quantitatif ne servirait qu’à renforcer les fonds propres des banques, assurant que cela n’entraînerait aucune hyperinflation, est un mensonge éhonté. Les agrégats financiers de tout le système ont dépassé les 1,8 million de milliards de dollars et mettent le cap sur les 2 millions de milliards de dollars d’ici la fin de l’année.

La figure 2 montre clairement qu’après la chute brutale de 2008, lors du krach, on est remonté au même niveau et qu’on est en voie de le dépasser. Ainsi, tous les outils de la « boîte à outils » évoquée par la chancelière Angela Merkel en 2008 sont épuisés. Pourquoi Mme Merkel a-t-elle changé de position sur l’Union bancaire européenne et le fonds de garantie bancaire lors de son récent déplacement à Rome ? Je pense que la Fed, Mario Draghi, Christine Lagarde, Mark Carney, Olaf Scholz et Angela Merkel savent tous que le système est dans un état de faillite dépassant l’imagination. Cependant, ils se comportent comme des Betonköpfe (« têtes de béton ») ou encore des troglodytes. Rappelant les paroles d’Erich Honecker le 14 août 1989, affirmant que le socialisme allait perdurer pour les mille ans à venir en Allemagne de l’Est, Jamie Dimon, le patron de JP Morgan Chase, vient de déclarer que « l’économie nord-américaine est l’économie la plus prospère que le monde ait connue jusqu’ici et elle le sera pour le siècle à venir ». Rappelons-nous que deux mois après sa déclaration d’août, le régime d’Honecker s’est effondré. Ce système ne peut tenir en aucune façon. On est donc à la veille d’un effondrement généralisé du système monétaire mondial et devant le choix identifié par Lyndon LaRouche : la dépression et le fascisme, ou un nouvel ordre économique mondial plus juste.

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Figure 2

Donner une direction au ferment de grève de masse

Dans le monde entier, les peuples se révoltent et descendent dans la rue pour contester ces politiques destructrices, que ce soit au Chili, en Haïti, en Irak, au Pakistan, au Liban, en Algérie ou en Europe, avec les agriculteurs. Si l’élection du président Alberto Fernandez en Argentine représente une victoire contre ces politiques néolibérales, on peut considérer comme une défaite le coup d’État contre le président Evo Morales en Bolivie, suivant un scénario du type « Maidan » fomenté par le Département d’État américain. Il fallait punir Morales d’avoir osé suivre l’exemple chinois en sortant sa population de la pauvreté extrême grâce au progrès scientifique, soutenu par des programmes de haute technologie de rupture. La politique néolibérale mine gravement le tissu social de nombreux pays. Du fait même que plusieurs pays membres du G20 défendent mordicus ce que nous appelons l’Empire britannique contemporain (la City de Londres, avec ses dépendances à Wall Street, et les banques centrales indépendantes), aucune solution, je le crains, ne pourra venir du G20, qui a pourtant, en tant qu’organisation représentative, le statut idéal pour entreprendre les réformes systémiques qui auraient dû être appliquées depuis 2008. Non seulement le G20 n’a pas relevé le défi, mais ses politiques ont, au contraire, aggravé la situation. C’est pourquoi, dès 1997, Lyndon LaRouche soulignait que seul un accord entre les Etats-Unis, la Russie, l’Inde et la Chine, qui représentent une grande partie de la population et du pouvoir économique mondial, pourrait imposer un nouveau système de crédit, un « Nouveau Bretton Woods ». La coopération stratégique entre la Russie et la Chine s’est consolidée à un niveau sans précédent, après l’échec de la tentative d’imposer un monde unipolaire suite à la dislocation de l’URSS en 1991. Le professeur Ostrovsky nous en parlera plus amplement tout à l’heure. L’Inde s’en est rapprochée et on a vu naître plusieurs nouvelles institutions en réponse à ce pouvoir impérial, notamment le groupe des BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), l’Initiative une ceinture, une route (ICR), etc. Ainsi, le potentiel d’une telle coopération existe, mais je ne suis pas sûre que ces grands acteurs disposent d’un plan de rechange, c’est-à-dire un Nouveau Bretton Woods, à mettre en œuvre avant l’implosion du système. Certes, ils évoquent toutes sortes de mesures, comme sortir du dollar, organiser les échanges dans d’autres devises, acheter de l’or ou encore créer des crypto-monnaies sous contrôle gouvernemental, mais ce n’est pas une solution adéquate, car – et ce point n’est pas négociable –, si les Etats-Unis ne font pas partie de la solution, elle ne sera jamais viable. Et je ne pense pas que l’effondrement chaotique du système financier serait comparable à la désintégration de l’URSS, car il est plus que probable qu’il finisse en guerre mondiale.

Les « quatre principes » de LaRouche

La véritable alternative consiste à mettre en œuvre ce qu’on pourrait appeler les « Quatre lois » de Lyndon LaRouche. Cela commence par une séparation stricte des banques (un nouveau Glass-Steagall Act) et l’effacement de la majeure partie des dettes spéculatives et impayables. Quant aux banques de crédit et de dépôt, les Etats les protégeront. Ensuite, dans chaque pays, on créera une banque nationale, dans la tradition du secrétaire au Trésor américain Alexander Hamilton ou du Kreditanstalf für Wiederaufbau [Banque pour la reconstruction] dans l’Allemagne d’après-guerre. Ces banques nationales se coordonneront dans le cadre d’un Nouveau Bretton Woods. Enfin, une coopération internationale se mettra en place pour investir dans les énergies à haute densité, notamment la fusion thermonucléaire, mais aussi dans la recherche spatiale et les missions habitées dans l’espace. Je sais que des personnalités de haut niveau en Russie et en Chine sont très sceptiques à l’idée de pouvoir associer les Etats-Unis au type de coopération que je viens d’évoquer. J’ai bien conscience des obstacles à franchir mais le potentiel n’en est pas moins réel pour autant.

C’est la véritable raison qui explique pourquoi, dès l’automne 2015, le renseignement britannique, en particulier le GCHQ (Government Communications Headquarters), s’inquiétait tant des positions pro-russe du candidat Donald Trump. Ces officines britanniques ont comploté avec les autorités du renseignement américain de l’administration Obama, parce qu’elles avaient identifié en Trump une personnalité incontrôlable, susceptible d’engager les Etats-Unis dans un nouveau système d’Etats-nations souverains. Profondément pénétrés par l’état d’esprit de l’Empire britannique, incarné dans l’idéologie dominante de l’establishment néolibéral et néoconservateur américain (suivant en cela les directives de l’Open Conspiracy de H.G. Wells), ils ont senti qu’une présidence Trump pouvait représenter une menace pour leur système. Il est certain que ces cercles – ce fameux complexe militaro-industriel anglo-américain que Trump a récemment pointé nommément du doigt – ont dû faire des cauchemars en entendant Trump, s’exprimant à la tribune devant l’Assemblée générale des Nations Unis, déclarer : « Si nous regardons autour de nous et contemplons cette vaste planète magnifique, la vérité saute aux yeux. Si vous désirez la liberté, soyez fier de votre pays. Si vous désirez la démocratie, défendez votre souveraineté. Et si vous désirez la paix, aimez votre nation. Les dirigeants sages défendent toujours, avant tout, leur propre peuple et leur propre pays. L’avenir n’appartient pas aux mondialistes. L’avenir appartient aux patriotes. L’avenir appartient aux nations souveraines et indépendantes qui protègent leurs citoyens, respectent leurs voisins et honorent les différences qui rendent chaque pays particulier et unique. »

Cette vision est donc, en principe, en accord total avec l’esprit de la Nouvelle Route de la soie, qui se fonde sur l’idée d’un respect absolu de la souveraineté de chaque nation et l’acceptation du système social qui lui est propre. L’approche de Trump est donc en accord et non en contradiction avec celle du président chinois Xi Jinping, celle d’une communauté de principes pour un avenir partagé pour l’humanité.

Poussée vers la guerre

Elle représente au contraire une vision d’horreur pour les forces impériales, car elle transcende la géopolitique et pose les bases pour la réalisation des buts communs de l’humanité. Je me rappelle la réaction d’Ursula von der Leyen, alors ministre allemande de la Défense, au lendemain de l’élection de Donald Trump en 2016. Elle se disait « en état de choc » que cet homme l’ait emporté. Dans un récent discours devant la Fondation Konrad Adenauer à Berlin, elle a exprimé une pensée impériale digne de la Guerre froide : « L’Europe doit apprendre le langage de la puissance. Elle doit renforcer son muscle militaire. »

Contre qui ? Contre ce qu’elle appelle les « régimes autoritaires », dont « les tournées de shopping doivent cesser », référence à peine déguisée à la Chine.

Von der Leyen s’est également engagée à lancer un « New Deal vert » dans ses 100 premiers jours à la tête de la Commission européenne, notamment en imposant une taxe carbone si élevée qu’elle obligera les gens à changer de comportement. En d’autres termes, à un moment où Angela Merkel brade les derniers vestiges de la souveraineté économique allemande à l’UE au détriment de sa propre population, Von der Leyen entend imposer une politique économique verte qui ruinera les bases industrielles de l’Europe à des fins qu’on développera plus tard dans cette conférence.

Vu l’implosion économico-financière qui s’annonce, il serait également illusoire de croire, comme le fait notre ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, qu’on puisse envoyer l’armée allemande dans la région du Pacifique pour faire contrepoids à la Chine, comme elle l’a proposé devant l’Académie du Bundeswehr à Munich – une idée parfaitement cohérente avec le rapport du Département américain de la Défense du 1er juin 2019. L’Armée allemande sera (elle l’est déjà !) dans un état tout aussi piteux que l’économie de son pays et aura donc de gros problèmes pour accomplir de telles missions. C’est pure folie d’y songer.

Pourquoi donc tout cela ? Dans cette politique, qui ne peut que nous conduire à une guerre avec la Russe et la Chine, où est l’intérêt de l’Allemagne ? Ce à quoi on assiste n’est qu’une nouvelle mouture de la vieille tradition géopolitique, ce fameux Grand Jeu contre la Russie, imaginé par Lord Palmerston et l’Empire britannique, et par son successeur Halford Mackinder, celui-là même qui inventa le terme « géopolitique », cette idée impériale qui veut que ceux qui sauront contrôler le cœur de l’Eurasie (Heartland) contrôleraient d’office le monde au détriment des pays de la ceinture atlantique. C’était, entre autres, la réaction de l’Empire britannique à la construction du Transsibérien, à la fin du XIXe siècle.

Or, ces inepties, tout comme le livre maléfique de Samuel Huntington, The Soldier and the State (Le soldat et l’Etat), figurent au curriculum des écoles d’officiers de l’Armée américaine et dans la littérature de divertissement des deux côtés de l’Atlantique. Il s’agit du logiciel suranné d’un système au bord de la désintégration. C’est une pensée rétrograde qui postule que les relations entre pays ne peuvent être qu’un jeu à somme nulle. Lorsque ces gens nous disent qu’ils préfèrent un ordre basé sur des règles plutôt que sur le droit international de l’ONU, ils parlent d’une justice à la Thrasymaque de la République de Platon : les règles donnant l’avantage au plus fort doivent prévaloir et cette puissance dominatrice doit être maintenue.

La Nouvelle Route de la soie

Depuis que, lors de son intervention de 2013 au Kazakhstan, le président Xi Jinping a inscrit à l’ordre du jour la Nouvelle Route de la soie, projet parfaitement cohérent avec les perspectives proposées par Lyndon LaRouche depuis le début des années 1970, un modèle très différent de relations internationales a vu le jour. L’Initiative une ceinture, une route est devenue, à ce jour, le plus grand chantier d’infrastructure de l’histoire. 157 pays et 30 grandes institutions internationales participent à ce projet, qui tente de répliquer le programme de réduction de la pauvreté mis en œuvre avec succès en Chine et dans d’autres pays en voie de développement.

En dépit de la campagne de plus en plus virulente contre la Chine, menée par les mêmes forces politiques, agences de renseignement et cercles de réflexion impliqués dans la tentative de coup d’Etat à froid contre Trump, alors que certains poussent l’UE à y mettre le holà, la China Railway Corporation a acheminé, selon le portail internet Sina.com, 6300 convois ferroviaires de Chine vers l’Europe en 2018, soit une hausse de 72 % par rapport à 2017. De ces convois, 2690 ont refait le chemin inverse, soit 111 % de plus que l’année précédente. Depuis 2011, cela fait plus de 11 000 convois ferroviaires qui sont arrivés de Chine en Europe dans le cadre de l’ICR. En tout, 65 itinéraires ont été mis en service, reliant des villes chinoises et 44 villes européennes dans 15 pays, une connectivité quasi-inexistante il y a encore dix ans (Fig. 3).

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Figure 3

Le trajet le plus fréquenté est Chongqing-Duisbourg, avec 39 trains arrivant chaque semaine dans ce qui reste le plus grand port intérieur d’Europe. Parmi les villes d’Europe desservies par des convois ferroviaires chinois : Hambourg, Nuremberg, Lyon, Madrid, Vienne, Prague, Trieste, Budapest, Tilburg, Anvers, Rotterdam et surtout Duisbourg, qui sert de hub de distribution vers d’autres destinations.

A cela s’ajoute le fret, notamment les conteneurs, arrivant de Chine sur le continent européen via des ports maritimes tels que Le Pirée, Rotterdam, Anvers et Hambourg (Fig. 4).

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Figure 4

Au lieu de s’y opposer, les pays européens et les Etats-Unis feraient donc mieux de s’associer activement à l’offre de Xi Jinping pour une coopération gagnant-gagnant, et pas uniquement sur une base bilatérale mais également en pays tiers, par exemple dans le cadre de programmes de reconstruction en Asie du Sud-ouest, mais aussi pour industrialiser l’Afrique et l’Amérique du Sud, sans oublier la modernisation des infrastructures européennes et américaines.

Un système financier monétariste à bout de souffle

Pour faire face à l’imminence d’une implosion du système financier, les mesures à prendre restent exactement ce que LaRouche demandait depuis des décennies : l’adoption par les Etats-Unis et les pays européens d’un nouveau système, annulant toutes les modifications effectuées depuis 1971 dans les politiques monétaires, financières et commerciales, comme je l’ai mentionné plus haut. Il leur faut adopter, de jour au lendemain, un nouveau système de crédit, un Nouveau Bretton Woods à parités fixes.

Un Nouveau Bretton Woods, inspiré des accords conçus par Franklin Roosevelt pour en finir avec le colonialisme, avant qu’ils ne soient dévoyés par Churchill et Truman, devra comprendre l’émission de crédit à long terme et à faible taux d’intérêt pour industrialiser les pays en voie de développement. Le fait que la Chine, la Russie, l’Inde et beaucoup d’autres pays coopèrent au sein de l’ICR, crée le cadre et l’environnement qui rendent absolument faisable ce changement. Si le président Trump, qui a rejeté la doctrine britannique géopolitique, peut surmonter les attaques lancées contre lui, et si l’attorney général William Barr est en mesure de poursuivre son enquête, le fait d’avoir un Président américain qui ait fait sien le principe de souveraineté et de patriotisme, offrira à l’Europe une orientation lui permettant de s’aligner sur la perspective d’une intégration économique eurasiatique de Lisbonne à Vladivostok, ainsi que le président Poutine l’a évoqué récemment.

Les découvertes de LaRouche

Pour que cela puisse se réaliser, on doit changer le « logiciel mental » d’une bonne partie de la population américaine et européenne, en pénétrant au cœur de l’œuvre à laquelle Lyndon LaRouche consacra sa vie. Cela nécessite de rejeter les axiomes mentaux sous-jacents du modèle oligarchique, pour les remplacer par l’idée que l’espèce humaine se distingue des autres par une qualité mentale qu’on peut appeler cognition. C’est cette qualité, qui fait défaut aux animaux, qui rend l’Homme capable de découvrir, pas à pas, des principes physiques inconnus jusqu’alors, lui permettant d’accroître son pouvoir sur la nature, par habitant et par unité de surface.

Le grand scientifique russe Pobisk Kouznetsov reconnut l’importance de la découverte par LaRouche du principe de « Potentiel relatif de densité démographique » (PRDD) et du concept qui l’accompagne de « densité de flux d’énergie » dans le processus de production, en tant qu’unité de mesure de la prospérité d’une société dans son ensemble. Vu qu’aux grandes découvertes, on attribue souvent le nom de leur auteur, comme le watt ou l’ampère, il proposa que le PRDD soit appelé le « La » (pour LaRouche). Il est essentiel de maîtriser cette méthode scientifique pour comprendre d’où vient la précision des prévisions économiques de LaRouche.

Avec une clarté épistémologique jamais atteinte par un penseur scientifique occidental, Lyndon LaRouche a identifié l’antagonisme radical séparant les aberrations stérilisatrices des doctrines physiques purement mathématiques et linéarisées, inspirées de la tradition euclidienne de Galilée, Ptolémée, Copernic, Tycho Brahe, Descartes, Newton, Euler et Cauchy jusqu’à Russell, Wiener et von Neumann, d’une part, de la tradition platonicienne de la science anti-euclidienne de Cues, Kepler, Fermat, Huygens, Leibniz, Einstein, etc., d’autre part.

Il souligna l’importance de la découverte de Pierre de Fermat, montrant que le trajet d’un rayon lumineux obéit, dans l’univers réel, au principe de « moindre temps » et non de « moindre distance », permettant ainsi à Leibniz de le généraliser en « principe universel de moindre action ». Dans ce type de découvertes, LaRouche voyait la confirmation qu’une vraie découverte de principes physiques nouveaux ne peut qu’être le fruit de cette deuxième école. Si les œuvres de LaRouche sont si importantes pour la science aujourd’hui, c’est qu’elles identifient une méthode permettant de poser des jalons vers une découverte incontournable, située à un niveau supérieur, en mettant le chercheur dans un état mental riemannien lui permettant de découvrir des solutions non-déductives à des paradoxes encastrés dans le savoir établi.

Ce qui rend Lyndon LaRouche vraiment unique, c’est qu’il a démontré l’interface entre la physique relativiste et la créativité de l’esprit humain, ainsi que leur lien avec l’art classique et l’art de gouverner. Comme il l’a amplement démontré, c’est uniquement à travers des formes de poésie, de dramaturgie et de musique classique que les facultés mentales permettant l’émergence de nouvelles intuitions créatrices dans l’ordonnancement de l’univers, sont amenées à se développer. Et c’est pourquoi, en musique, en poésie et en dramaturgie, les mêmes batailles doivent être menées contre les conceptions réductionnistes et déductives, et pourquoi, en effet, la métaphore, l’ironie (le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler parlait de « jouer entre les notes ») sont si importantes pour élever l’esprit à un niveau riemannien supérieur. Cela va de pair avec l’éducation des émotions, afin de les sortir du niveau purement sensuel et profane pour les élever au niveau de l’amour agapique. Alors que le modèle oligarchique de société, avec la conception de l’homme qu’il projette, réduit l’individu à un être de désirs hédonistes, proie facile des manipulations, et simple sujet soumis à l’ordre et aux règles que font prévaloir les Thrasymaque du moment, l’expérience « cognitive » associée aux formes de composition artistique classique, libère l’individu en révélant la beauté de l’esprit et en libérant cette forme d’amour agapique pour l’humanité qui rend apte à embrasser le nouveau paradigme d’une « humanité comme unité », en refoulant la vision étriquée amenant à préserver les intérêts géopolitiques d’une classe de privilégiés aux dépens des « classes inférieures ».

La Fondation LaRouche

C’est pour la richesse inégalée de l’œuvre de Lyndon LaRouche et les solutions qu’elle offre aux défis de notre époque, ainsi que pour la vision d’un avenir réellement humain pour l’humanité, que j’ai le plaisir de vous annoncer que nous venons de créer la Fondation LaRouche (LaRouche Legacy Foundation), dont l’objectif est de rendre son œuvre accessible, sous forme numérique et autres, et d’inspirer une nouvelle Renaissance par l’étude de son travail au niveau mondial.

Je vous invite donc tous à prendre activement part à cette initiative. Lyndon LaRouche fut l’individu le plus agapique que j’aie jamais rencontré. Il fut un homme providentiel car sa vie était en accord avec l’histoire et les lois de l’univers. Il continue à vivre dans la simultanéité de l’éternité.

Une occasion historique

Nous sommes à un tournant décisif de l’histoire où de redoutables défis nous attendent, mais où le « Nouveau paradigme », la perspective d’une ère entièrement nouvelle pour l’humanité, est réellement à notre portée. Soyons le facteur décisif pour l’engendrer ! Menons ce combat pour un bel avenir de l’Homme, avec ce même amour passionné pour l’humanité qui animait Lyn. Il n’est pas parmi nous aujourd’hui en personne, mais son esprit est bien présent. Et dans ce moment historique extraordinaire, un empire qui s’écroule sort ses griffes, préférant, à moins que nous n’intervenions, annihiler l’humanité plutôt que d’admettre l’émergence de ce Nouveau paradigme. Cependant, nous parions sur la bonté humaine.

Pour cela, imaginons un instant qu’on soit en 2119 et que nous regardions l’humanité avec les yeux de LaRouche. Grâce à la maîtrise de l’énergie de fusion thermonucléaire, la sécurité énergétique et l’accès aux matières premières seront des choses acquises. On aura des « villages » sur la Lune et des villes habitées sur Mars. Et l’humanité sera engagée dans la construction de son « avenir partagé ». En dépit de la masse de choses qui resteront à découvrir (on ne connaît pour l’instant que l’existence de 2000 milliards de galaxies), avec cette approche, l’humanité deviendra une espèce immortelle.