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A propos du livre The FEF Story de William Jones
19 juillet 2026
Par Pierre Bonnefoy
Bien que disponible seulement en anglais pour l’instant, voici un livre indispensable pour quiconque s’interroge sur ce qu’un individu peut faire alors que la politique internationale actuelle nous dirige probablement vers une guerre nucléaire.
L’auteur a été l’un des compagnons de route de la première heure de Lyndon LaRouche (1922-2019) lorsque ce dernier créa la Fondation pour l’énergie de fusion (FEF) au début des années 1970 aux États-Unis, en s’appuyant sur un mouvement d’étudiants parti de New York. Jones nous raconte donc ici une histoire à laquelle il a participé personnellement depuis le début et dont les conséquences nous concernent tous aujourd’hui.
Comme son nom l’indique, l’un des buts de la FEF était de promouvoir, à la fois dans les milieux scientifiques et auprès du grand public, un programme de recherche à marche forcée dans le domaine de la fusion thermonucléaire contrôlée, destiné à aboutir avant la fin du XXe siècle…
De nos jours, certains ingénieurs très compétents mais pas assez vieux pour avoir vécu un véritable programme à marche forcée comme le projet Manhattan des années 1940, ou encore Apollo dans les années 1960, seraient tentés ici de s’exclamer :
Un tel jugement basé sur des faits historiques apparemment objectifs, ne tient pas compte des circonstances subjectives qui permettent parfois à des sociétés humaines de réaliser des « percées miraculeuses », ni de celles qui les entravent.
Ces circonstances étant mieux comprises au début des années 1970 dans une période moins pessimiste que la nôtre, LaRouche recruta pour la FEF un certain nombre de scientifiques internationaux de très haut niveau, dont certains avaient participé au projet Manhattan.
Cependant, ce recrutement ne se limita pas à des physiciens, mais s’organisa selon une approche pluridisciplinaire avec l’idée que cela favoriserait de véritables percées scientifiques. Il est connu, par exemple, qu’une avancée dans le domaine des rayonnements à haute énergie peut engendrer des retombées importantes pour la physique nucléaire comme pour la biologie – ce que montrent de nos jours les travaux sur les lasers d’un Gérard Mourou nobélisé pour cela.
Avec la FEF, LaRouche voulait faire d’une pierre plusieurs coups. La production abondante d’énergie obtenue grâce à la fusion fournirait tout d’abord les moyens de développer les pays pauvres. De plus, une coopération internationale donnerait un coup d’accélérateur à ces recherches et permettrait au passage de réduire les tensions dues à la Guerre froide : les soviétiques avaient « tendu la perche » à l’Occident en rendant publics les résultats de leurs travaux sur la fusion dans le civil et, en réponse à cela, les militants de la FEF défendaient un engagement des États-Unis pour une coopération gagnant-gagnant avec la Russie.
Cependant, les véritables raisons du retard que prit la fusion furent, et demeurent aujourd’hui encore, essentiellement politiques et culturelles comme le montre cette histoire, même s’il ne s’agit pas ici de nier les problèmes scientifiques et technologiques ardus que pose un tel projet. Aussi contre-intuitif que cela pourrait paraître, la principale source d’opposition aux objectifs de la FEF se trouva dans les administrations américaines successives à partir des années 1970 qui sabotèrent délibérément la recherche dans la fusion tout en prétendant faire le contraire.
Le célèbre rapport Meadows, Halte à la croissance ?, servit de caution pseudo scientifique à un Henry Kissinger, secrétaire d’État sous Nixon, pour empêcher le développement économique des pays pauvres et organiser le pillage de leurs ressources naturelles (voir à ce sujet le memorandum de sécurité nationale NSSM 200 de Kissinger de 1974). L’action de la FEF représentait une menace évidente pour cette politique criminelle.
Parallèlement à cela, pendant que la population subissait une campagne de propagande malthusienne démoralisante avec la promotion de l’idéologie verte, le gouvernement coupait dans les budgets de la NASA, réduisant Apollo à 17 missions, contre 20 prévues initialement. Ceci marqua un point d’arrêt à l’exploration spatiale. Ainsi fut sapé en peu de temps l’optimisme culturel caractéristique des années précédentes.
Avec Carter l’écologisme antinucléaire prit un essor considérable. En 1979, l’incident de la centrale Three Miles Island sans conséquence sanitaire ou environnementale significative, servit de prétexte pour saboter le développement du nucléaire de fission.
Néanmoins, grâce au militantisme de la FEF auprès des élus et du grand public, la loi du député Mike McCormack votée fin 1980 au Congrès américain fixa pour objectif au gouvernement américain de raccorder au réseau électrique le premier générateur à fusion avant l’an 2000.
Il avait cependant été prouvé à l’époque qu’en dessous d’un certain financement plancher, la recherche dans la fusion n’aurait aucune chance d’aboutir. Et elle fut de facto sous-financée à cause de l’idéologie ultra-libérale caractéristique des années Reagan et suivantes. Bien qu’adoptée par un vote massif, la loi McCormack demeura donc lettre morte.
On reconnaît un bon stratège à sa capacité de saisir toutes les opportunités qui se présentent lorsque la situation change sur le champ de bataille, au lieu de s’attarder sur un échec tactique. La campagne pour la fusion avait mis LaRouche en contact avec un grand nombre de scientifiques, de politiques et d’institutions du monde entier.
Comprenant que la course aux armements nucléaires qui se déroulait dans les années 1970 pouvait à tout moment déboucher sur un incident qui anéantirait l’humanité, il travailla avec une équipe de la FEF à développer un nouveau concept stratégique qui permettrait de sortir de la doctrine militaire MAD (Mutual Assured Destruction en anglais, en français : « Destruction Mutuelle Assurée ») basée sur des missiles antimissiles.
L’idée reposait ici encore sur une approche gagnant-gagnant. Il s’agissait de proposer à la Russie et à toute autre nation intéressée, de travailler avec les États-Unis pour développer des systèmes défensifs d’armes anti-missiles à énergie dirigée (par exemple des lasers installés sur des satellites) dans un programme de recherche à marche forcée.
En dehors de l’objectif évident de rendre ainsi obsolète la technologie des missiles balistiques, cette proposition visait à instaurer un climat de confiance entre les ennemis de la Guerre froide, et à provoquer un certain nombre de percées scientifiques dans des principes physiques nouveaux dont les retombées dans l’économie civile bénéficieraient à tout le monde.
Au cours de la campagne présidentielle de 1980 dans laquelle LaRouche était lui-même candidat, il rencontra Ronald Reagan et discuta avec lui de cette approche.
Bien que sur le plan économique, les deux hommes aient eu des idées diamétralement opposées, lorsque Reagan fut élu, il demanda à LaRouche de jouer pour lui le rôle de canal de communication non officiel avec l’Ambassade soviétique en vue d’une coopération pour ce projet. Contre l’avis de son entourage dont faisaient partie George Bush et Henry Kissinger, Reagan adopta cette politique qui prit le nom d’Initiative de défense stratégique (IDS), mais qu’une campagne de presse hostile surnomma « La guerre des étoiles de Reagan ». Pour une bonne partie du complexe militaro-financier anglo-américain, LaRouche devint l’homme à abattre et une violente campagne de presse fut lancée contre lui depuis les États-Unis.
Ces attaques ne se limitèrent pas à l’Occident mais vinrent également de Russie. Andropov, puis Gorbatchev rejetèrent la proposition de Reagan pour deux raisons. Tout d’abord, l’Union soviétique travaillait sur son propre projet d’IDS et espérait réussir toute seule malgré l’impossibilité économique que cela représentait.
Par ailleurs, les Russes croyaient que la proposition de Reagan était un piège et que LaRouche était un agent de la CIA : l’intention de Reagan et de LaRouche n’aurait donc pas été une sortie pacifique de la Guerre froide, mais une victoire militaire au bout du compte.
En 1983, LaRouche annonça publiquement que si l’URSS rejetait la proposition de Reagan, elle s’effondrerait dans les cinq années à venir à cause de l’état de son économie. Cette prévision se réalisa fin 1989, mais suite à une chasse aux sorcières contre lui, LaRouche se trouva alors en prison ainsi qu’un certain nombre de ses associés. La FEF ainsi que plusieurs entités associées furent mises en faillite par les autorités fédérales – de manière illégale comme cela fut reconnu par la suite mais sans que cela entraîne des réparations.
Après la chute de l’Union soviétique, un certain nombre de dirigeants russes remirent en question leurs jugements négatifs sur LaRouche. Compte tenu de la manière dont celui-ci avait été emprisonné dans son propre pays, il paraissait désormais difficile de le croire associé au complexe militaro-financier qui dès 1991 travaillait à dépecer la Russie au lieu d’en faire un partenaire. Ainsi, lorsqu’il fut libéré de prison en 1994, son premier voyage à l’étranger le conduisit à Moscou où il rencontra des scientifiques de haut niveau.
Comme l’a reconnu l’économiste russe Sergei Glaziev à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance de LaRouche, les découvertes de ce dernier dans le domaine de l’économie physique ont fait école dans les pays des BRICS et surtout dans ceux dont l’économie se porte le mieux, l’Inde et la Chine.
Malheureusement, l’Occident a créé les conditions de son propre effondrement économique en laissant se développer une bulle spéculative sans précédent, et la folie de ses dirigeants les conduit à chercher une porte de sortie dans la guerre. Aujourd’hui, un Trump peut prétendre construire un « Dôme d’or » inspiré de l’IDS de Reagan pour protéger les États-Unis, sans que presque personne parmi ceux qui prétendent faire autorité en matière stratégique, ne soit capable d’expliquer avec précision l’incompétence crasse d’une telle politique. Non ! Le « Dôme d’or » n’a rien à voir avec l’IDS ; il représente au contraire la politique à laquelle s’opposait l’IDS car elle nous conduisait tout droit vers une guerre nucléaire.
La lecture de The FEF Story devrait donc urgemment alimenter la réflexion de tout militant pour la paix.