« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visioconférence internationale du 8 mai 2021

L’effondrement moral du monde transatlantique appelle à un nouveau paradigme

22 avril 2021

La conférence, en bref


Stopper net la course à l’abîme

Il faut renverser de toute urgence la dynamique stratégique qui propulse le monde vers « l’anéantissement potentiel de la civilisation ». C’est par cet appel que Helga Zepp-LaRouche a introduit la conférence internationale de l’Institut Schiller le 8 mai. Centrée sur le nouveau paradigme qui permettrait de surmonter l’effondrement moral du monde transatlantique, cette conférence rassemblait des intervenants de nombreux pays, tous attachés à promouvoir une approche de « paix par le développement ».

L’événement avait été organisé en un temps très bref, suite au rapport diffusé fin mars par le cardinal Zenari sur l’urgence humanitaire en Syrie, afin d’exiger la fin de la politique meurtrière de sanctions, devenue un outil banal de la diplomatie occidentale, bien qu’elle constitue une violation flagrante du droit international.

Dans son discours d’ouverture, Helga Zepp-LaRouche souleva les trois plus graves dangers pour le monde aujourd’hui : 1) la guerre thermonucléaire, déclenchée accidentellement, sinon intentionnellement, 2) une pandémie et une famine mondiales hors de contrôle, et 3) l’idéologie néomalthusienne des promoteurs de la dépopulation et de la « finance verte ».

Concernant le danger de guerre, elle passa en revue les tensions stratégiques qui ne cessent de monter entre l’Ouest d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre. Les deux détonateurs potentiels les plus immédiats sont le conflit avec la Russie autour de l’Ukraine et celui avec la Chine sur Taïwan. Dans ce contexte, elle rappela qu’en février, l’amiral américain Charles Richard avait conseillé au Pentagone de faire passer l’hypothèse d’une guerre nucléaire de la catégorie « peu probable » à « très probable ».

Selon la mise en garde lancée en mars par le Programme alimentaire mondial, 34 millions de personnes dans le monde sont « au bord de la famine » et ont un besoin immédiat d’aide alimentaire. En Syrie plus spécialement, après 10 ans de guerre et de sanctions, 90 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, tandis que les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 236 % rien qu’en 2020, année de l’entrée en force de l’ignoble « loi César » par les États-Unis. Ces « sanctions unilatérales », déclara Helga Zepp-LaRouche, totalement « illégales », visent avant tout les enfants et les pauvres (comme en témoigne la situation tragique du Yémen). Quant à la situation catastrophique causée par la COVID en Inde, ce n’est qu’un exemple de la manière dont une pandémie peut se répandre comme une traînée de poudre, provoquant la mort en masse.

En même temps, le système financier transatlantique est en faillite. La politique d’assouplissement quantitatif risque fort d’aboutir à une terrible hyperinflation, comme en Allemagne en 1923, mais cette fois à l’échelle mondiale. La dernière combine de l’oligarchie financière, baptisée « Grande Réinitialisation », a pour but de gonfler une nouvelle « bulle spéculative » sous prétexte de décarboner l’économie, ce qui signifie désindustrialisation et démantèlement de l’agriculture moderne, voire leur interdiction.

Nous sommes donc arrivés à la situation anticipée par Lyndon LaRouche au début des années 1970, lorsqu’il avertissait que la politique monétariste et néolibérale, aggravée par les conditions du FMI imposées aux nations en développement, conduirait à de nouvelles pandémies, à une guerre mondiale et à un nouveau fascisme.

Néanmoins, pour la présidente de l’Institut Schiller, il n’est pas trop tard pour renverser la vapeur. Mais pour cela, toutes les forces doivent se mobiliser en masse pour mettre sur pied une infrastructure mondiale de santé et des programmes de lutte contre la pauvreté, comme celui qui a si bien réussi en Chine, tout en créant un nouveau système de crédit orienté exclusivement vers des investissements productifs dans l’économie réelle et non vers la spéculation, et en mettant définitivement fin à la géopolitique au profit d’une coopération autour des objectifs communs de l’humanité, dont l’exploration spatiale est exemplaire.

Résumé de la première session

La guerre contre la Syrie et l’effondrement du paradigme colonialiste

« Rétablir le droit international, respecter la parfaite souveraineté de la Syrie », c’est le titre de la présentation de Mme Bouthaina Shaaban, conseillère politique et médiatique de la présidence syrienne, lors de la conférence du 8 mai de l’Institut Schiller. Depuis dix ans, fit-elle remarquer, la Syrie doit « faire face à une guerre à double tranchant », celle dans les rues, avec des gens « dirigés par des forces secrètes bien organisées » qui leur disent quoi faire, et celle menée par les médias qui répandent la désinformation, à la fois en Syrie et à l’étranger. Elle souligna le rôle britannique à cet égard : après le départ de Syrie de tous les journalistes occidentaux et du Golfe, leur seule source d’informations dites « dignes de foi » était l’« Observatoire syrien des droits de l’homme », un one-man show dirigé par un certain Rami Abdul Rahman installé à... Coventry, au Royaume-Uni.

Les puissances occidentales tenaient à détruire la Syrie, a déclaré Mme Shaaban, parce que c’était « le joyau de la couronne » dans le monde arabe, dont elles voulaient piller les ressources avec l’aide de forces terroristes. Après qu’il s’est avéré impossible de renverser le gouvernement par des moyens militaires, a-t-elle noté, et que les terroristes avaient été en grande partie vaincus, elles ont eu recours à des sanctions, une « forme de punition collective contre le peuple syrien ». Malgré toutes les difficultés, la population a résisté. Cette guerre a montré au monde « la faillite de la politique occidentale » et discrédité les grands discours sur ses valeurs.

Une discussion animée s’ensuivit avec Mme Shaaban et Mme Zepp-LaRouche, en réponse aux questions du public et sous forme d’échange d’idées entre les deux femmes. Mme Shaaban souligna que la Syrie, loin d’être un pays de fondamentalistes religieux, pratique depuis toujours la coexistence pacifique entre plusieurs religions : « C’est un attribut que nous tétons avec le lait maternel. » Elle se félicita de la conception d’Helga Zepp-LaRouche, pour qui l’ensemble de l’humanité est comme une seule famille mondiale, composée de sœurs et de frères, ce qui est « l’antithèse de ce que font les puissances coloniales occidentales ». Par conséquent, « le moment est venu que l’Institut Schiller devienne la voix dirigeante » et de faire prévaloir « sa noble cause des 50 dernières années ».

L’intervention de Bouthaina Shaaban a été transmise en direct sur sa page Facebook. Le lendemain, un article évoquant son attaque contre le rôle du Royaume-Uni dans la guerre de propagande fut repris dans plusieurs publications en langue arabe, et en anglais dans le Syria Times.

Sanctions : mettre fin à cette pratique « médiévale »

La parole fut alors donnée au colonel Richard H. Black, ancien sénateur d’État de Virginie et ancien directeur du département de droit pénal de l’Armée au Pentagone. Intervenant fréquent lors des événements de l’Institut Schiller, il dénonça les actions « odieuses » et « répugnantes » des gouvernements américains ayant financé et collaboré avec les terroristes d’Al-Qaïda en Syrie, et qui continuent d’en piller les ressources vitales. Il brossa par ailleurs un tableau affligeant des 10 dernières années de guerre et de son terrible impact sur le peuple syrien.

Les « mesures criminelles » imposées à la Syrie furent dénoncées avec force par un autre intervenant américain, Caleb Maupin, journaliste et fondateur du Center for Political Innovation. Il rappela quelques faits rarement mentionnés dans les médias aujourd’hui : entre 1970 et 2011, les gouvernements syriens avaient réussi à augmenter l’espérance de vie en abaissant spectaculairement la mortalité infantile, à construire des infrastructures et éliminer l’analphabétisme dans le pays. Et pourtant, les États-Unis ont décidé de faire tomber les structures du pouvoir. Quant à la Chine, sa transition de nation « terriblement appauvrie » en superpuissance économique représente, pour Maupin, « l’une des plus belles histoires des XXème et XXIème siècles ».

Hans Köchler, président de l’Organisation internationale pour le progrès, basée en Autriche, a fustigé les sanctions économiques unilatérales comme une « continuation de la guerre par d’autres moyens ». Il s’agit d’une nouvelle version de la guerre asymétrique, a-t-il dit, dont l’objectif est clairement de forcer le pays ciblé à se soumettre. C’est une forme scandaleuse et moralement révoltante de « guerre de siège » comme à l’époque médiévale, devenue acceptable dans notre monde moderne. Selon lui, les sanctions contre la Syrie prises dans le cadre de la loi César constituent un crime contre l’humanité et « révèlent une arrogance et une attitude moralisatrice typiques du régime impérial ».

Le dialogue avec la Russie et la Chine, une nécessité pour l’Europe et le Japon

Le thème de la « gouvernance globale » fut abordé par le professeur Wilfried Schreiber, chercheur principal à l’Institut des tendances mondiales de Potsdam, en Allemagne. Il commença par noter que la conférence se tenait le 8 mai, jour de commémoration de la « libération de la barbarie nazie », qui revêt une importance toute particulière pour l’Allemagne. Soulignant la contribution inestimable de l’Union soviétique à cette victoire, il déplora le flot de haine et de mépris aujourd’hui déversé contre la Russie, présentée dans pratiquement tous les médias comme « l’ennemi ». Au lieu de rechercher l’affrontement, il proposa que l’Occident prenne sérieusement en compte l’offre de dialogue et de coopération avec la Russie et la Chine, telle qu’elle est exprimée dans la déclaration conjointe de leurs ministres des Affaires étrangères publiée le 24 mars 2021. Il convient de collaborer en vue d’une sécurité commune pour tous, au lieu de rechercher la suprématie d’une seule puissance.

Le professeur Schreiber fut suivi par Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), qui critiqua vivement la politique étrangère de la France ces deux dernières décennies, période pendant laquelle l’influence des néoconservateurs américains s’est implantée de plus en plus au Quai d’Orsay. Il proposa une série de changements pour rétablir la crédibilité et l’indépendance internationales de la France et assurer des relations constructives avec la Russie, la Chine et l’Afrique. Il dénonça également le « racket économique » pratiqué par les États-Unis à l’égard de leurs alliés. C’est ainsi que par le biais de sanctions extraterritoriales, la lutte contre la corruption a été détournée de manière à extorquer des milliards d’euros aux entreprises françaises.

Du Japon, l’économiste Daisuke Kotegawa, ancien responsable au ministère japonais des Finances et ancien représentant du Japon au FMI, revint sur l’histoire de la coopération prometteuse qui se développait entre le Japon et la Russie en 2012 dans les domaines économique, politique et social. Malheureusement, la lourde main de Barack Obama et de sa conseillère à la sécurité nationale Susan Rice mit fin à ce processus, amenant le Premier ministre Abe à imposer des sanctions contre la Russie en 2104 à cause de la Crimée. Par ailleurs, les banques japonaises sont menacées de représailles en cas de prêts accordés aux entreprises russes.

Sayed Mujtaba Ahmadi, ministre conseiller à l’ambassade d’Afghanistan au Canada, présenta alors une contribution sur « l’Afghanistan et la Nouvelle Route de la soie ». A son apogée, a-t-il rappelé, l’Afghanistan se trouvait au carrefour de la Route de la soie historique, où différentes cultures et sociétés du monde entier se rencontraient et s’échangeaient des idées et des produits. Aujourd’hui, l’Afghanistan espère intégrer l’initiative la Ceinture et la Route et participe également à des projets de gazoduc et de transport d’électricité en Asie centrale et du Sud.


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