« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Giuseppe Verdi et le « diapason scientifique »

19 février 2015

par Liliana Gorini

Stridentes, les dernières notes de l’ouverture du Nabucco de Giuseppe Verdi résonnent dans la grande salle de l’opéra. Profondément ému par le thème patriotique de Va pensiero ébauché par l’orchestre, le public se prépare, dans l’obscurité de la salle, à ce qui va suivre, tandis que le rideau se lève.

Mais quelle surprise ! Au lieu du chœur des solistes, voici apparaître le directeur de l’opéra qui s’excuse devant un public médusé : « Malheureusement, nous devons interrompre ici la représentation par manque de chanteurs. Nous espérons, par contre, que vous avez apprécié la superbe sonorité de notre orchestre, accordé à 450 hertz ».

Cette fiction pourrait-elle bientôt devenir réalité ? Si nous ne parvenons pas à défendre la musique classique en garantissant le « diapason scientifique » pour lequel elle fut composée et pour lequel Giuseppe Verdi se battit en 1881, oui. C’est la seule hauteur d’accord cohérente avec les lois de la nature et par conséquent celles de la voix humaine et des instruments musicaux qui s’en inspirent. Les plus grandes œuvres classiques, de Bach à Verdi, furent écrites pour un diapason bas fixant l’ut à 256 Hz soit, approximativement, un la à 430,5 Hz, dans le système de tempérament égal, et à 432 Hz dans la plupart des autres systèmes d’accord en usage. Interpréter ces œuvres avec un diapason qui peut aujourd’hui atteindre les 448-450 Hz dans certains opéras, par exemple à Florence ou Vienne, équivaut à une acte de sabotage contre les voix. Celles-ci ne peuvent endurer longtemps les tensions physiques et des efforts indus liés à une pratique tournant le dos aux lois lois physiques de la nature, de la facture instrumentale des instruments classiques et, in fine, de la musique elle-même.

Les amateurs de musique lyrique savent, ou devraient savoir, que l’école du bel canto [beau chant - ndlr] se base sur l’utilisation des registres de la voix, c’est-à-dire sur la capacité de « couvrir » les notes quand on entre dans le registre aigu (sur le fa dièse pour les sopranos et les ténors, sur le mi pour les barytons et mezzo-sopranos, et sur le pour les basses et les contre-altos), procurant à chaque registre vocal une couleur différente. Alors que la tendance naturelle serait celle de « crier » les notes aiguës, le chanteur apprend à couvrir les notes du troisième registre aperto, ma coperto, (ouvert mais couvert - telle est la règle du bel canto), appliquant une technique différente pour chacun des trois registres (le premier, ou « registre de poitrine », le second, ou « centre de la voix », et le troisième, ou « registre de tête »), si bien que chaque note d’une aria ou d’un chœur d’opéra requiert un placement précis de la voix.

En changeant de diapason, on déplace tous les changements de registre, « qui sont la chose la plus importante dans une voix », comme de nombreux chanteurs célèbres nous l’ont confirmé dans des interviews. C’est ainsi, qu’un baryton de la Scala de Milan devient ténor à Vienne, et, peut-être basse dans un autre opéra, étant donné que ce n’est pas la tessiture (le type de voix), mais le passage de registre qui définit sa voix. Combien de temps les voix peuvent-elles résister à l’usure imposée par un tel régime, surtout si l’on considère que les grandes voix du passé se raréfient car se substitue de plus en plus à l’école du bel canto des écoles modernes de chant qui ignorent les registres, et enseignent seulement à appuyer la voix sur le diaphragme ?

C’est ce qu’avait comprit Giuseppe Verdi, fin connaisseur de la voix humaine, quand il décida en 1881 de lancer ce que d’aucuns surnommèrent « la guerre des voix contre les cuivres », une bataille fondamentale pour faire adopter le la 432 Hz comme diapason de référence. Emilio Betti Grâce à l’engagement politique de Verdi dans la construction de la nation italienne et dans les réformes de l’enseignement auxquelles il travaillait avec des savants comme Emilio Betti et Eugenio Beltrami, ce diapason fut adopté par l’Italie en 1884. Cette décision échut paradoxalement au ministère de la Guerre, lequel annonça que l’ensemble des fanfares militaires (composées d’instruments à vent, à accord « fixe ») devraient dorénavant s’accorder au la 432 Hz. C’était, au passage, une démonstration grandeur nature de l’absurdité de la thèse selon laquelle il serait impossible de revenir au diapason utilisé par Bach, Mozart et Beethoven parce que le hautbois, qui donne le la à l’orchestre, seraient, comme le reste des vents, des instruments à « son fixe » et ne pouvant donc s’accorder différemment.
Eugenio Beltrami

Préoccupé par les voix, Verdi mit au travail les savants italiens, et l’Italie se trouva sur le point de convoquer une conférence internationale à Rome pour faire adopter le « diapason scientifique » par le monde musical quand l’Autriche, s’ingérant dans les affaires intérieures transalpines, sabota cette initiative qui nous eût épargné bien des dommages souvent irréparables. Vienne organisa sa propre conférence en 1885, un an après le décret du ministère italien de la Guerre, et adopta le la à 435 Hz au lieu du « diapason scientifique » voulu par Verdi. Même si la différence entre les deux peut sembler minime, c’était néanmoins une négation des principes physiques à la base du grand art et qui avaient été compris comme tels par Verdi et ses amis.

Voix contre cuivres

Afin de motiver sa décision historique, la Commission musicale du ministère italien de la Guerre écrivait en 1881 :

De nombreux chefs-d’œuvre du passé furent évidemment écrits sous l’influence de diapasons très modérés. Malheureusement, avec nos diapasons trop aigus, on ne peut plus les reproduire aujourd’hui, ou on le fait, mais en gâchant les effets phoniques. Il est probable qu’on s’éloigne peu de la vérité en affirmant que les anciens diapasons, qui étaient vraiment judicieusement mesurés sur l’extension naturelle de la voix humaine, différaient presque d’un demi-ton des plus hauts diapasons actuels.

Violon (Giuseppe Guarneri, Cremona, 1738) {JPEG}

De fait, personne ne peut nier que le « diapason » de Beethoven, conservé à Vienne, - la ville même dont les orchestres ont aujourd’hui adopté un la très élevé (448 Hz) - était accordé à 427 Hz. Comme le Pr Pietro Righini le rapporte dans son intéressant ouvrage Il diapason, publié par l’ERI en 1969, le luthier Fronticelli-Baldelli soulignait, sur la base d’une étude du physicien et acousticien français Félix Savart, que « le volume de l’air contenu dans les meilleurs violons de Crémone (Stradivarius et Guarneri) avait toujours une fréquence (de résonance) de 256 Hz » (ut 3).

Si Bach, Mozart, Beethoven, Chopin, Schumann et Verdi écrivaient pour le même diapason, comment en sommes nous arrivés aujourd’hui à des diapasons tels que le la à 448 Hz ? La tendance à hausser le diapason, que l’on justifie habituellement par l’exigence de donner plus de « sonorité » et de « brillance » à l’orchestre dans des salles de concert plus grandes, coïncidait en fait avec la tendance à « ringardiser » la musique classique, tendance qui débuta au Congrès de Vienne (1815-1816) et qui trouva en Wagner un représentant talentueux. Ses œuvres exercèrent une influence considérable auprès de nombreux jeunes compositeurs et jetèrent les bases conceptuelles de ce qui allait évoluer vers la musique dites moderne. Or, celle-ci, dans une fuite en avant vers le « neuf » rejeta par la même occasion l’exigence de tout artiste authentique de parvenir à refléter dans son art les lois de l’univers. L’importance des registres, la dimension toute particulière de la voix, en tant que phénomène organique la plaçant, en quelque sorte, au dessus des instruments construits avec des matériaux « morts » *, tout cela fut jeté aux oubliettes. Ironiquement, alors que c’est le Ministère italien de la guerre qui adopta en définitive, sous l’impulsion de Verdi, le diapason à 432 Hz, c’étaient au départ les cours impériales russe et autrichienne qui lancèrent l’élévation du diapason des fanfares militaires pour leur donner plus d’ « éclat », argument réduit à néant par Verdi en 1884.

C’est après avoir écrit plusieurs fois à l’éditeur Ricordi et aux principaux opéras italiens pour leur demander que l’on baissât le diapason, et après avoir refusé de diriger son œuvre Un Ballo in Maschera (Un Bal Masqué) à l’opéra San Carlo de Naples qui n’acceptait pas un diapason « normal » - dixit Verdi dans une de ses lettres - que le compositeur décida de livrer bataille. Il rassembla des savants italiens, parmi lesquels le physicien Pietro Blaserna, qui se réunirent en congrès à Milan en 1881 pour discuter des lois physiques à la base de l’accord. Et c’est à ce congrès scientifique que fit référence la Commission du ministère de la Guerre quand elle entreprit de changer le diapason destiné aux fanfares militaires et aux opéras.

Comme le notait dès 1881 les membres de cette Commission :

Il serait superflu de retracer ici la longue histoire des tentatives faites pour réduire les différents diapasons à un seul, typique et universel. Et, comme l’a dit l’illustre Verdi, il semble incroyable qu’on n’ait pas pu encore faire comprendre cette vraie incongruité que l’on appelle à Rome la ce qui est à Paris un si bémol, alors que la musique est une seule dans tout le monde, et les notes en musique sont éternelles et immuables comme les lois physiques dont elles dépendent.

A la Commission, qui lui avait demandé son avis sur le « diapason scientifique » proposé par le congrès milanais, Giuseppe Verdi répondit de Gênes par la lettre suivante, datée du 10 février 1884, dont les arguments furent repris par les directeurs des conservatoires de Milan, A. Bazzini, et de Naples, Lauro Rossi :

Messieurs,

Depuis que la France a adopté le diapason normal, j’ai conseillé qu’on suivit l’exemple aussi chez nous ; et j’ai demandé formellement aux orchestres des différentes villes d’Italie, parmi lesquels celui de la Scala, d’abaisser le diapason en uniformité avec la norme française. Si la commission musicale instituée par notre Gouvernement croit, pour des exigences mathématiques, devoir réduire les 870 vibrations du diapason français à 864, la différence est si petite, presque imperceptible à l’oreille, que je m’y associe bien volontiers.

Ce serait une grave, une très grave erreur que d’adopter, comme on le propose à Rome, un diapason de 900 ! Je partage aussi votre opinion que l’abaissement du diapason n’ôte rien à la sonorité et à la brillance de l’exécution ; mais, donne au contraire, quelque chose de plus noble, de plus plein et de plus majestueux que ne pourraient donner les stridences d’un diapason trop aigu.

Pour ma part je voudrais qu’un seul diapason soit adopté dans tout le monde musical. La langue musicale est universelle ; pourquoi donc la note qui s’appelle la à Paris ou à Milan devrait-elle devenir si bémol à Rome ?

Votre très dévoué G. Verdi.

L’un des savants réunis à Milan, Archimede Montanelli, publia aussi une argumentation intéressante dans un article intitulé Empirisme et science : réponse à un article de S. Perone sur l’unité du diapason. Le savant y démontre que l’adoption du « diapason scientifique » n’est pas du tout un « débat sur le sexe des anges », comme l’affirmait Perone, et comme l’affirment aujourd’hui encore des empiristes de tout poil quand on propose de retourner au « diapason scientifique » fixant l’ut à 256 Hz.

On l’aura compris, pour que l’accord soit réellement scientifique, il devra se fonder sur l’ut 256 Hz, qui définit les tonalités d’ut majeur et d’ut mineur, et déterminant ainsi l’endroit où se font le changements de registre le plus important : celui de la soprano et du ténor, qui s’appuie sur le fa dièse (la sensible du sol [lorsque l’on se trouve en sol majeur -ndlr]) et correspond non seulement à un passage de registre mais aussi de tonalité (de l’ut majeur au sol majeur) [1]. On comprendra ainsi aisément que, dans l’hypothèse où l’échelle de valeur est décalée vers l’aigu ou vers le grave, ce passage - dans la mesure où la physiologie des cordes vocales ne peut être changée - se fera donc sur une autre note, altérant nécessairement le texte initial du compositeur. Les savants italiens avaient compris que le « diapason scientifique » était l’ut à 256 Hz : quand ils voulurent adopter une valeur du la correspondante à l’ut 256 Hz, ils choisirent le la à 432 Hz (ou 864 semi-vibrations), à la fois pour éviter le nombre décimal (environ 430,5) que donnerait un tempérament égal, et parce qu’ils calculèrent leur la en utilisant trois quintes (do-sol--la) dites « naturelles » (non tempérées) pour arriver à 432. Les documents disponibles sur le congrès de Milan et sur le décret du ministère de la Guerre font explicitement un parallèle entre l’ut à 256 Hz, qui est le vrai « diapason scientifique », et le la à 432 Hz, expliquant que l’on était arrivé à l’ut à 256 Hz en partant de l’ut 1 qui a une fréquence de 16 cycles, et « est le son le plus grave audible » :

Une corde tendue sur le monocorde (...) vibre complètement et donne un cycle pour la fondamentale ou tonique ; deux pour l’octave (... ) et ainsi de suite jusqu’à la troisième période, c’est-à-dire à la neuvième puissance, soit 512 demi-vibrations (256 Hz) pour l’ut 3, la note admise comme base de notre système musical.

La même chose s’applique aux instruments à cordes, qui se rapprochent le plus de la voix humaine car ils sont construits dans un bois qui subit un processus de vieillissement lent permettant de maintenir les propriétés organiques, surtout pour les violons les plus anciens tels que les Stradivarius et Guarneri.

Dans les instruments à cordes – les instruments les plus parfaits que nous ayons – on arrive à l’ut 2 de l’alto à 128 [Hz - ndlr] et une octave plus basse à l’ut 1 à 64 du violoncelle. Cet ut est une puissance de deux, c’est pourquoi en descendant d’octave en octave, dans le rapport d’un à deux, on arrive à un ut extrêmement bas et purement idéal d’une vibration par seconde, ce qui n’est autre que le pendule battant la seconde, et serait ainsi la base de notre système musical.

Si l’ut du violoncelle a une fréquence de 64 Hz (256/4) et celle de l’alto de 128 Hz (256/2), l’ut du violon a une fréquence naturelle de 256 Hz, comme en témoignent Savart et Fonticelli-Baldelli :

Le volume d’air dans les meilleurs violons de Crémone (Stradivarius et Guarneri) avait toujours une fréquence de résonance de 256 Hz (ut 3).

Le savant Montanelli fait état d’autres preuves de la « scientificité » de l’ut à 256 cycles, qui est entre autres le diapason qui s’emploie pour mesurer la fréquence de la colonne vertébrale, démontrant que tous les phénomènes organiques sont accordés de la même manière :

Pourquoi ne pas vouloir croire que tout ce qui évolue, tout ce qui se meut, sur la terre soit harmonique, ordonné comme dans le système planétaire ? Pourquoi le diapason de la 3 = 864 cycles par seconde ne devrait-il pas avoir un rapport sérieux avec le mécanisme de la voix humaine ? A ce propos, je disais en 1885, répondant à l’illustre Pr Bimboni :
« Des expériences faites par le Dr Collongues, concernant les vibrations vitales, il résulte que le nombre normal de vibrations, chez l’homme en bonne santé, est de 72 par seconde pour le le plus grave, lequel correspond à l’ut à 72 X 8/9 = 64 cycles par secondes.

Si l’ut à 256 Hz est l’accord scientifique, il l’est pour les instruments comme pour les voix. Dans son livre Il diapason, le Pr Righini affirme que les effets physiques des altérations du diapason sont nocives non seulement pour les voix, mais aussi pour les instruments. Pour un violon, par exemple : « L’augmentation de 5 Hz correspond à un accroissement proportionnel de la tension, qui correspond, pour la seule corde du la, à une accentuation de la pression de près 900 grammes (-forces). Coupe transversale de la caisse de résonance du violonLe violon ayant quatre cordes de différentes épaisseurs et densités ; l’augmentation des tensions peut. être évaluée à près de 4 kilogrammes (-force). » Écoutons donc l’avis du Pr Bruno Barosi (professeur à l’École internationale de lutherie de Crémone) : « Les expériences conduites montrent qu’une telle accentuation compromet la stabilité des violons dont la table d’harmonie (la partie du violon sur laquelle repose le chevalet) a une épaisseur égale ou inférieure à 2,5 millimètres. »

Le piano subit aussi de graves dégradations du fait de cette manie de hausser le diapason :
Considérons à nouveau cette augmentation de 5 Hz par rapport au diapason normal. L’accroissement de pression dû à cette augmentation est énorme, à savoir de l’ordre de dizaines de kilogrammes. Les acteurs de piano peuvent en tirer les conséquences. Citons à ce propos l’avis d’Europiano, qui est l’association de presque tous les constructeurs européens. Il est absolument négatif, à tel point que récemment, les techniciens des plus importants fabricants du monde ont exprimé leur mécontentement pour le « mal » subi par trois pianos à la suite des prétentions d’un célèbre chef d’orchestre de les faire accorder au la à 445 Hz.

Quant aux instruments à vent, le ministère italien de la Guerre publia en 1884 un manuel pour changer l’accord de l’ut à 256 Hz des « cuivres, bois, clarinettes et flûtes en métal », soulignant que « les modifications sont faciles à réaliser pour n’importe quel fabricant ou réparateur d’instruments et sont praticables en peu de temps ». Le diapason élevé est aussi nuisible aux instruments à vent, comme l’écrit le ministère de la Guerre :

La Commission est en outre persuadée que la baisse du diapason ne peut absolument pas diminuer la sonorité des instruments, parce que ce n’est pas la hauteur excessive qui donne la brillance à la musique. Au contraire, un diapason excessivement haut nuit à la sonorité, altère le timbre et dénature le caractère des instruments.

Le fait que ce soit les chanteurs qui, jusqu’à présent, aient protesté le plus vivement contre la hausse du diapason est simplement dû à « la primauté de la voix » et au fait que, contrairement aux cordes des violons - qui déjà peuvent subir une tension nuisible - les cordes vocales, un organe musculaire vivant, sont brutalement affectées par le caractère anti-scientifique des diapasons imposés de nos jours. Le Pr Righini fait état d’un référendum organisé par l’Académie nationale de Sainte Cécile (le Conservatoire de Rome) en 1953 parmi les chanteurs, les instrumentistes et les chefs d’orchestre, dont le résultat confirma l’insatisfaction de tous devant l’augmentation continuelle du diapason. Un des chanteurs de l’Académie de sainte Cécile, le ténor Mario Del Monaco, exigea une clause portant sur un diapason bas dans ses contrats pour des concerts et des œuvres lyriques, et fit écrire par la firme de disques Decca la lettre suivante au maître de l’Académie de sainte Cécile :

A l’occasion de notre enregistrement, l’année dernière à Rome, M. Del Monaco et un ou deux autres artistes, se sont plaints que le diapason de votre orchestre était plus haut que celui de la Scala de Milan, et ils affirment donc, M. Del Monaco en particulier, avoir trouvé cette différence assez fastidieuse. Bien que je puisse difficilement croire que le diapason de votre orchestre soit plus haut que celui de Milan, je vous saurais gré de me faire parvenir votre diapason, pour le la ou pour l’ut, ou les deux si possible, afin, que je puisse convaincre les artistes du peu de fondement de leurs plaintes.

Malheureusement les plaintes des chanteurs ne sont pas peu fondées, et il n’est pas étonnant que les représentations de nombreuses œuvres de Verdi aient dû être interrompues en Italie ces derniers mois, en raison d’ « aphonie » imprévues des chanteurs. Giuseppe Verdi faisait un emploi scientifique de la tonalité des registres, non seulement pour les voix mais aussi pour les instruments : il suffit de voir comment « chante »le violoncelle dans l’introduction à la célèbre aria du roi Philippe Ella giammai m’ammo dans le Don Carlos. Aussi ne tolérerait-il pas aujourd’hui de voir transposer d’un demi-ton ou d’un ton ses œuvres par l’incompétence de chefs qui ne comprennent rien aux voix et aux registres, et qui dirigent Wagner ou Boulez avec la même indifférence que Beethoven ou Mozart.

Si nous ne retournons pas au « diapason scientifique », nous n’aurons bientôt plus que des chanteurs atones et aphones, incapables d’interpréter les plus grands rôles du répertoire classique. Que les vrais mélomanes, en particulier les amateurs de musique lyrique et de chant, se mobilisent contre cette entreprise de destruction de la musique classique !


Notes

[1La première des modulations à partir de do majeur dans le cycle des quintes - ndlr