« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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L’histoire s’écrit désormais en Asie - L’esprit de Singapour doit inspirer la réunion du Conseil européen

19 juin 2018

Déclaration d’Helga Zepp-LaRouche, présidente internationale de l’Institut Schiller

15 juin 2018 – Le contraste ne pourrait être plus clair. A Singapour, d’une part, le sommet historique entre le Président Donald Trump et son homologue Kim Jong-un a amorcé un processus qui, au-delà de la région elle-même, serait de nature à garantir une future paix mondiale. En même temps, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) inaugure une ère nouvelle dans la construction d’un nouvel ordre mondial basé sur la confiance, l’harmonie et le développement mutuel.

D’autre part, le sommet du G7 a exhibé divisions et antagonismes, alors que les chefs d’État européens, une fois revenus chez eux, n’ont fait que reprendre leurs querelles au sujet de la crise migratoire, en y réagissant par des initiatives inspirées par la haine et dénuées d’efficacité. Il est grand temps que le vieux continent change de cap politique ! L’occasion en est immédiatement offerte par la réunion du prochain Conseil européen qui réunira à Bruxelles les chefs d’Etat et de gouvernement, les 28 et 29 juin !

En dépit de tous les commentaires cyniques en provenance des sources habituelles se répandant dans les médias, le sommet hors du commun entre Trump et Kim Jong-un n’aurait jamais été possible sans l’esprit de la Nouvelle Route de la soie, qui a imprégné toute l’Asie et au delà au cours de ces dernières années.

En effet, l’idée d’inclure économiquement la Corée du nord dans l’ensemble que constituent l’Initiative une ceinture une route chinoise et l’Union économique eurasiatique russe a été au centre des discussions lors du Forum économique oriental de Vladivostok. Et lors du sommet inter-coréen de Panmunjom, en avril dernier, le président sud-coréen Moon Jae-in a offert à son homologue nord-coréen une clé USB contenant des plans détaillés pour le développement économique du Nord.

En vue du sommet, la Maison-Blanche, en collaboration avec le Conseil national de sécurité (NSC) américain avait préparé un clip vidéo – présentant la perspective d’une Corée du nord moderne, industrialisée et prospère, équipée d’un système de transports rapides, d’un Maglev chinois, de zones industrielles, en bref, un pays qui monte — que Trump a montré à son homologue nord-coréen lors de leur rencontre précédant la conférence de presse finale.

Aux esprits occidentaux qui ont déjà été structurés de catégories mentales et bourrés de préjugés par les médias, nous conseillons vivement qu’ils vouent quelques minutes de leur temps pour prendre connaissance, par eux-mêmes des enregistrements archivés de la conférence de presse tenue par Trump. Un président américain souverain y présente le résultat du sommet : l’engagement pris par la Corée du nord d’un désarmement nucléaire complet en échange de garanties de sécurité, la levée des sanctions et la promesse de la rendre prospère. Il a de plus annoncé l’arrêt immédiat des manœuvres militaires conjointes par les États-Unis et la Corée du sud. Cela permettra d’économiser pas mal d’argent, a-t-il dit, et de toute façon elles sont « très provocatrices ».

Les peuples des deux Corées, qui ont suivi le déroulement du sommet et la conférence de presse en direct, étaient ravis. Le président Moon s’est plusieurs fois exprimé par des applaudissements enthousiastes. Nous, en Allemagne, devons nous rappeler l’allégresse qui nous a habités lors de la chute du mur de Berlin pour saisir l’impact émotionnel sur la population de la péninsule.

En coulisse, non seulement la Chine et la Russie ont mené des négociations avec la Corée du nord dans la dernière ligne droite avant le sommet, mais le gouvernement russe a offert son assistance économique alors que le gouvernement chinois a promis son aide pour obtenir des garanties de sécurité pour la Corée du nord.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a souligné l’importance de reprendre les discussions à six pour assurer la sécurisation de la mise en œuvre de l’accord à l’échelle internationale.

Le quotidien chinois Global Times a écrit que l’économie nord-coréenne n’est pas dans un état aussi pitoyable qu’on la décrit trop souvent :

La Corée du nord a des atouts économiques et géographiques pour rejoindre l’Initiative Une ceinture, une route (ICR), qui aideront le pays à réaliser son potentiel. Cela ne sera pas facile et cela prendra du temps. Cependant, arrimer la Corée du nord à l’ICR et promouvoir l’intégration économique sera peut-être plus facile que ce que les gens auraient pu imaginer.

Le sommet de l’OCS qui a eu lieu quasiment au même moment, où l’Inde et le Pakistan assistaient pour la première fois en tant que membres de plein droit, a été ouvert par le président chinois Xi Jinping, assurant que l’avenir sera guidé par l’esprit de Confucius, né dans la même province de Shandong où se trouve Qingdao, la ville qui accueillait le sommet.

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a décrit la conférence comme le début d’une nouvelle ère créant un ordre international basé sur la confiance, le bénéfice mutuel, l’égalité, le respect de la diversité et le co-développement. Ceci, a-t-il expliqué, est de nature à transcender les concepts dépassés de choc de civilisations, de guerre froide, de jeux à somme nulle et de clubs exclusifs.

Quelle différence avec le sommet du G7 au Canada ! La photo où l’on voit la chancelière allemande Mme Merkel, dans une attitude de confrontation envers Trump et entourée des autres chefs d’Etats et de gouvernement, symbolise l’effondrement de l’ordre géopolitique d’après-guerre, se réduisant ici apparemment à une formation de type « G6 contre 1 ».

Dans les faits, ce n’était qu’un G4 car Trump, le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le Premier ministre italien Giuseppe Conte sont en désaccord sur le maintien des sanctions contre la Russie. La désunion des Européens apparaît au grand jour à propos de la crise migratoire.

Il devrait être évident pour tous que l’idée de repousser les migrants sur les frontières externes de l’UE, ne peut fonctionner, quelle que soit la méthode employée. De même, aucune position commune ne pourra être adoptée par les membres de l’UE avant le sommet de cette fin de mois si c’est sur la base des « solutions » qui ont été jusqu’ici proposées.

La proposition du ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, de repousser les migrants à la frontière allemande s’ils ont déjà entamé des procédures d’enregistrement dans un autre pays membre de l’UE, tendra à mettre fin aux accords de Schengen et minera les fondements de l’Union monétaire qui sont à la base de l’euro.

La création de « centres d’accueil » dans des pays comme la Libye, pays plongé dans un chaos indescriptible suite aux interventions occidentales, est une idée si barbare qu’elle transforme les « valeurs occidentales », si souvent évoquées, en une absurde plaisanterie.

D’ici 2040, l’Afrique comptera quelque deux milliards d’habitants, pour la plupart des jeunes ayant besoin d’éducation et d’emploi, et plus largement d’une perspective d’avenir. Le continent africain a besoin d’investissements massifs dans l’infrastructure, dans la production industrielle et agricole du même type que la Chine l’a fait depuis une décennie.

La Chine a aidé l’Afrique à réduire la pauvreté de 56 % en 1990 à 43 % en 2012. Lors du sommet du G20 à Hambourg en 2017, Xi Jinping a proposé à Angela Merkel, de façon explicite et à plusieurs reprises, de coopérer avec la Nouvelle route de la soie en Afrique. De son coté, le gouvernement allemand a évoqué à plusieurs reprises la nécessité d’un « plan Marshall pour l’Afrique » mais à part les projets verts d’une économie « durable », l’ouverture de camps de détention et d’aide à la sécurisation des frontières externes de l’UE, on a rien vu venir.

Le nouveau sous-secrétaire d’Etat auprès du ministère italien du Développement, le professeur Michele Geraci, vient de publier un mémorandum sur la coopération sino-italienne identifiant onze secteurs d’un intérêt majeur pour l’Italie.

Parmi d’autres points, Geraci affirme : « L’Afrique et les migrants ? Qui peut aider l’Afrique ? La Chine. » Geraci rappelle que c’est la Chine qui a investi le plus en Afrique et que c’est grâce à elle que, pour la première fois, la pauvreté à commencé à baisser dans le continent africain.

La Chine offre à l’Europe, et en particulier à l’Italie, une occasion historique pour coopérer à la stabilisation socio-économique de l’Afrique que nous ne devons absolument pas rater. Par conséquent, nous devons renforcer la coopération entre l’Italie et la Chine en Afrique.

Si le gouvernement Merkel est encore debout lorsque paraîtra cet article, il existera encore une bonne façon de surmonter la crise actuelle, tant sur le plan de la crise migratoire que de celui de notre crise et gouvernementale et européenne.

S’inspirant du succès du sommet de Singapour –que le vrai changement est possible, et que le passé ne doit pas dicter l’avenir—, le gouvernement allemand devrait intervenir pour qu’on bouscule l’ordre du jour du sommet européen du 28-29 juin.

C’est la coopération avec l’initiative chinoise des Nouvelles Routes de la soie pour le développement de l’Afrique qui devrait devenir l’unique ordre du jour et Xi Jinping ou Wang Yi devraient être invités au sommet européen ainsi que certains chefs d’État africains coopérant déjà avec la Chine.

Dès lors, si le sommet de l’UE, en présence des responsables chinois et africains, se conclut par une déclaration commune, engageant tous les participants à lancer un programme « à marche forcée » autour d’un grand dessein panafricain d’infrastructures et de développement mutuel, et, si les participants s’engagent auprès des jeunes africains pour que leur continent surmonte rapidement la pauvreté, alors un tel sommet, à cause de la participation chinoise, aurait une réelle crédibilité et changerait la dynamique dans tous les pays en portant l’espoir d’un avenir meilleur, ce qui impacterait, par conséquent, la crise migratoire.

Une telle démarché libérerait également l’UE de son déficit de légitimité et confierait aux nations européennes une mission qui mettrait de nouveau l’unité de l’Europe au niveau le plus élevé.

Les chefs d’État et de gouvernement européens seront-ils capables de s’inspirer de l’exemple de Trump et de Kim Jong-un ? La perspective de développer l’Afrique, de concert avec la Chine, offrirait également au Président Trump l’occasion d’écarter la spirale vicieuse d’une guerre commerciale et de rééquilibrer le déficit commercial américain en augmentant les échanges, essentiellement par l’investissement dans des partenariats en pays tiers.

La crise européenne, la crise migratoire et la crise du gouvernement allemand ont toutes atteint une telle dimension que l’occasion d’un changement de cap politique peut être saisie. Ce dont on a désormais besoin, c’est de gens capables de faire en sorte que cela puisse avoir lieu.