« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Notre action > Conférences > Pas de paix possible sans réorganisation du (...) > Les discours de la conférence

Visioconférence internationale les 18 et 19 juin 2022

Rendre l’Afrique à nouveau autosuffisante

2ème session

21 juin 2022

Antonino Galloni

Chère Helga,
bonsoir à vous et à tous nos amis.

Depuis quelque temps, la mondialisation s’essouffle un peu plus chaque année. La raison fondamentale en est qu’elle a été principalement, sinon exclusivement, une affaire de coûts, entraînant une concurrence entre les économies nationales sur les coûts de production, ce qui a obligé certains pays à baisser leurs salaires et aussi à dégrader la qualité des prestations.

Dans cette mondialisation moderne (il existait aussi une mondialisation à l’époque de l’Empire romain, puisqu’après avoir importé des céréales de Sicile, ils les ont fait venir d’Egypte, où elles coûtaient moins cher), mais ce qui a changé à notre époque, et c’est une question fondamentale, ce fut de voir si cette mondialisation ne pouvait pas s’exercer sur la qualité. Ainsi, en pratique, des pays comme l’Italie furent contraints de baisser leurs salaires pour concurrencer des pays qui exportaient sur la base de salaires inférieurs, ce qui a créé des problèmes inextricables.

Ce type de mondialisation a démarré avec la diminution des salaires des travailleurs aux États-Unis, de sorte qu’il a fallu importer des produits de moindre qualité et à bas prix pour maintenir le niveau de la demande et de la consommation. Cela a permis à des pays comme la Chine de se développer, en profitant de cette situation, tandis qu’un pays comme l’Italie, au lieu de chercher à concurrencer ces pays sur la base de la qualité de nos produits, s’est engagé dans une voie sans issue.

Aujourd’hui, nous en subissons les conséquences. Dans les années 1960, par exemple, le problème de la faim n’existait pas en Afrique, car les Africains produisaient leurs propres céréales, leur propre millet, leur propre sorgho.

À un moment donné, ils ont commencé à importer du blé et de la farine bon marché en provenance d’Amérique du Nord, court-circuitant ainsi toute leur production locale. Ensuite, lorsque les prix ont augmenté dans les années 1970, les pays africains ont connu le problème de la dette, car les classes dirigeantes nées des luttes d’indépendance ont été chassées et remplacées par des classes corrompues qui importaient des armes et des produits de luxe. Avec l’inflation, les Africains ne pouvaient plus acheter le pain et la farine importés d’Amérique du Nord.

Mais aujourd’hui, je pense qu’une grande opportunité s’offre à nous. Les prix (et non les coûts, qui restent les mêmes) de ces céréales augmentent parce qu’on a du mal à en trouver, à cause de l’absence d’investissement dans les infrastructures, ou simplement parce que les navires sont bloqués en mer Noire.

À ce stade, un accord devrait être conclu entre la Russie, l’Italie et les pays africains, en particulier ceux qui ont montré qu’ils se souciaient de leur population : recourir à ces céréales ukrainiennes le temps que les pays africains se réorganisent, avec l’augmentation des prix, pour produire leur propre millet, leur propre sorgho, qui peut être planté pendant la saison des pluies, c’est-à-dire dans quelques mois. Puis tenir avec ces céréales, qui sont sous contrôle russe, jusqu’à la saison des pluies. Et que va-t-on planter ? Du millet et du sorgho, mais aussi des céréales anciennes. Aujourd’hui, en Italie, et particulièrement en Sicile, dans les Pouilles, en Campanie et en Calabre, de nombreux jeunes sont retournés à la terre et nous ont permis de remplacer 40 milliards d’euros d’importations alimentaires. Nous sommes les leaders mondiaux de l’agriculture biologique et biodynamique.

Je crois pourtant que nous pouvons inverser la tendance et profiter de cette guerre pour rendre aux Africains ce qui leur a toujours appartenu : leur capacité de production.

Je voudrais aussi vous parler d’une expérience que j’ai vécue au Congo avec mon frère, qui est missionnaire : dans des terres labourées, nous avons semé et irrigué, et le maïs a germé. Avec cela, les gens qui n’avaient pas d’argent pour s’acheter des baguettes ont pu faire leur pain. Comme la productivité de ces terres est faible, il faut donc sortir de la logique capitaliste et de la mondialisation, et surtout, d’ici quelques années, dans l’hypothèse où les graines et céréales bon marché reviendront, je crois que ces pays africains qui ont démontré leur force, leur indépendance, pourront dialoguer avec la Russie (et j’espère, avec l’Italie, quand nous serons libérés du joug de ces sujets qui nous dominent et bafouent notre démocratie depuis des années, qui auront été vaincus par la juste révolte de mon pays, de mes compatriotes), je crois que ces pays africains refuseront d’importer à nouveau des graines et céréales à bas prix pour remplacer les leurs. Ce sera alors la fin de la mondialisation et le retour à une économie où reviendront la qualité, l’indépendance, la démocratie et le dialogue entre les peuples.

J’espère donc que pour inverser la tendance de ces dernières décennies, nous profitions de cette situation géopolitique qui impose un changement majeur sur la planète : en finir avec ce monde unipolaire sous leadership américain, pour un monde multipolaire qui devra dialoguer.

Cela signifie que, comme Lyndon LaRouche l’a dit il y a tant d’années, nous devons étudier ce que sera ce nouveau Bretton Woods, qu’il a défendu tant qu’il était en vie, jusqu’à il y a quelques années encore.

C’est aussi le moyen de réguler les économies et de relancer le développement économique avec un système de crédit et en tout cas, de monnaie sans dette. Il s’agit de reconstruire les infrastructures, d’avoir des connexions internationales de plus en plus efficaces, de faire avancer la recherche scientifique dans tous les domaines et enfin, de créer un monde où il y ait une harmonie entre les productions locales de base, de type alimentation, habillement, logement, produits ménagers, etc. d’une part, et d’autre part, de développer les technologies qui permettront à l’humanité de croître.

Cela nous permettra de montrer que nous ne sommes pas trop nombreux sur la planète, mais exactement le contraire. Si l’on regarde l’Afrique, par exemple, on voit qu’elle est sous-peuplée. Mais pour qu’elle soit correctement peuplée, nous devons relancer des projets comme Transaqua, pour amener l’eau du bassin du fleuve Congo au lac Tchad, ainsi que des projets de drainage pour éviter l’évaporation du Nil.

Notez bien qu’aujourd’hui, contrairement à ce qu’il se passait il y a quelques décennies, le dessalement fonctionne très bien. Les usines peuvent être alimentées avec l’énergie des centrales nucléaires, notamment celles utilisant le thorium, et fournir une eau de très bonne qualité.

J’ai fait l’expérience, ces dernières années, d’installations réalisées par la société italienne ENEL pour produire de l’eau par dessalement dans certaines îles, et elle n’était pas différente de l’eau minérale en bouteille.

Ce n’est pas comme il y a quelques décennies, où on ne pouvait pas la boire. Elle convient aussi très pour l’irrigation, il y a des pays arabes qui deviennent des jardins grâce à ces technologies. On ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas étendre à toute la planète cette opportunité, qui naît toujours de la collaboration entre les peuples, dans une logique démocratique basée, comme nous l’avons dit, sur des accords de nouveau Bretton Woods prenant en compte les aspects monétaires, de crédit et, plus généralement, de coopération économique.