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Grèce

Syriza désavoué pour s’être fait le bon élève de l’Union européenne

18 juillet 2019

Le parti au pouvoir ayant perdu les élections nationales en Grèce le 7 juillet, le nouveau gouvernement sera donc formé par le parti conservateur Nouvelle Démocratie. Mais le scrutin fut avant tout un vote sanction contre Syriza pour avoir mis en œuvre le « mémorandum » exigé par les créanciers de la Grèce, dont l’Union européenne, la Banque centrale de l’UE et le Fonds monétaire international, imposant à la population une austérité draconienne. En effet, c’était pour éviter ce qu’il considérait comme une entreprise de destruction nationale que le gouvernement avait accepté de contracter une nouvelle dette de 300 milliards d’euros afin de renflouer les banques (françaises, allemandes et britanniques pour la plupart), qui avaient prêté des milliards à la Grèce en plein milieu de la folie spéculative ayant caractérisé la première décennie de la monnaie commune de l’Eurozone.

Nombreux sont les Grecs qui espèrent que le nouveau gouvernement pourra négocier des conditions moins dures auprès des créanciers. Mais dès le 8 juillet, avant même la formation du nouveau cabinet, les ministres des Finances de l’Eurogroupe se sont réunis pour envoyer un « message clair » à Athènes, lui rappelant ses « obligations » de rembourser toutes les dettes. Pour cela, la Grèce est censée atteindre un excédent budgétaire de 3,5 % du PIB, chiffre tout à fait irréaliste. Néanmoins, le chef du Mécanisme européen de stabilité Klaus Regling a annoncé aux journalistes, lors de la réunion de l’Eurogroupe, que l’objectif de 3,5 % était une « pierre angulaire du programme », ajoutant qu’il serait « très difficile » sans cela d’assurer la « viabilité de la dette ».

Bien qu’aucune nouvelle mesure n’ait été imposée à ce stade, le quatrième rapport de surveillance avancée, prévu pour cet automne, comprendra certainement d’autres coupes budgétaires dans les retraites, de nouvelles privatisations et le respect des fameux 3,5 % d’excédent pour rembourser les banques.

Le nouveau Premier ministre Kyriakos Mitsotakis ne devrait pas s’y opposer. Son programme prévoit la poursuite des « réformes » antisociales et une opération de séduction vis-à-vis des investisseurs étrangers, ce qui mènera à un échec encore plus grand que celui du précédent gouvernement de Nouvelle Démocratie, battu en 2015 par Syriza et les Grecs Indépendants pour avoir signé le mémorandum.

Christos Staikouras, le nouveau ministre des Finances, est un économiste ayant étudié à Londres et travaillé à la Banque d’Angleterre. Il occupait déjà ce poste dans le précédent gouvernement de Nouvelle Démocratie, qui s’est montré tout aussi incapable de sauver la Grèce que de faire respecter les directives des créanciers.

Mais pour en revenir aux résultats de l’élection, le taux de participation, à 57 %, a été très faible surtout parmi les jeunes. Nouvelle Démocratie a obtenu près de 40 % des voix, en profitant du vote de beaucoup d’électeurs d’extrême-droite qui avaient opté la dernière fois pour le parti fasciste Aube dorée. Ce dernier, le troisième parti à l’époque, n’a même pas réussi cette fois-ci à passer la barre des 3 % pour entrer au Parlement. Avec 31,5 % des voix, Syriza est désormais le deuxième groupe au Parlement. Il a perdu la frange des électeurs qui lui ont préféré le nouveau parti Front de désobéissance réaliste européen, dirigé par l’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis.


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