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Le Venezuela sous le feu de la guerre économique

14 mars 2019

Pour l’instant, il n’y a pas eu d’intervention militaire étrangère au Venezuela. Non pas que les va-t-en-guerre au sein de l’administration Trump y ait renoncé mais le soutien escompté des gouvernements ibéro-américains et européens à une telle aventure n’est pas là. L’objectif actuel est celui qu’a décrit Eric Farnsworth, vice-président de la Société des Amériques (fondée par la famille Rockefeller), dans un article du National Interest daté du 25 février : pour faire tomber Nicolas Maduro, il faut « étrangler » le Venezuela « à l’instar des énormes anacondas qui règnent dans les eaux vénézuéliennes. »

Elliot Abrams, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour le Venezuela (déjà condamné pour son rôle dans le scandale Iran-Contra), l’a expliqué de son côté le 7 mars lors d’une audition au Sénat : une pression économique et diplomatique encore plus forte va être appliquée par le biais de sanctions contre des banques étrangères soupçonnées d’« aider » le gouvernement Maduro à dissimuler des actifs publics, et on travaillera « avec la communauté internationale pour geler les comptes bancaires du régime partout dans le monde ». Quant au sénateur Marco Rubio de Floride, il a déclaré qu’au cours des prochaines semaines, « le Venezuela va connaître une période de souffrances qu’aucun pays de notre hémisphère n’a eu à affronter dans l’histoire moderne ».

Il s’agit donc bien d’une déclaration de guerre économique. A 17 heures ce même 7 mars, le Venezuela était frappé par une panne de courant phénoménale, touchant la quasi totalité de ce pays de 30 millions d’habitants. Vous avez dit sabotage ? Trente heures plus tard, un second black-out survenait. Selon le ministre des Communications Jorge Rodriguez, la panne était due à une « cyberattaque technologique » contre le grand barrage Guri de l’Etat du Bolivar, qui fournit 73 % de l’électricité du pays. S’ajoutant à des conditions économiques déjà extrêmement dégradées, les deux black-out ont paralysé le pays : fermeture des écoles et des commerces, arrêt des transports en raison de la raréfaction du pétrole, et interruption du fonctionnement du système de télécommunications. Il y a eu de nombreux décès dans les hôpitaux brutalement dépourvus de courant, tandis que la panique et une grande détresse se propageaient parmi la population.
 
Ceux qui crient à la violation des droits de l’homme par le gouvernement de Nicolas Maduro et réclament la « démocratie » pour mettre fin à la « tyrannie » du régime n’ont apparemment aucun scrupule à tuer autant que nécessaire pour parvenir à un changement de régime. Dans ce contexte, la position du président Trump n’est pas claire. Il s’est peu exprimé sur le sujet ces dernières semaines, bien qu’il ait soutenu la stratégie de changement de régime lors du discours prononcé le 18 février à Miami. Telle serait toujours sa politique à en croire Abrams, le vice président Mike Pence et le secrétaire d’Etat Pompeo.
 
Or, le président Maduro a laissé entendre que l’approche de Trump pourrait être différente de celle des néoconservateurs qui l’entourent, proposant indirectement que les deux hommes se rencontrent pour trouver un terrain d’entente. On notera que l’agence de presse vénézuélienne Telesur s’est adressée au responsable du magazine en langue anglaise EIR pour l’Amérique du Sud, Dennis Small, pour une interview le 1er mars de 30 minutes sur la bataille qui fait rage actuellement à Washington.