« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Notre action > Conférences > Après deux mois de cette nouvelle administration américaine, le monde à la (...)

Visioconférence internationale des 20 et 21 mars

La Syrie, dix ans après le début de la guerre

Troisième table ronde

31 mars 2021

Ziad Ayoub Arbache, enseignant chercheur à l’Université de Damas, a travaillé comme conseiller auprès de plusieurs ministères en Syrie et comme consultant pour des organisations et agences de développement international

Bonjour de Syrie

Je suis reconnaissant à l’Institut Schiller, soucieux de la paix et engagé à œuvrer pour le développement, et je vous remercie d’avoir organisé cette conférence. Aussi, et par l’intermédiaire de Mme Odile Mojon, je tiens à remercier toute l’équipe de l’institut de m’avoir invité et de m’avoir donné l’opportunité de participer à cette session.

Mon premier point concerne l’évolution du contexte mondial avant et pendant la guerre en Syrie. Le deuxième point est de remettre la situation en perspective : que se passe-t-il après 10 ans de trio embargo, guerre et sanctions successives ? Enfin, je conclus par un message d’espoir.

1- Le contexte avant et pendant la guerre contre la Syrie en 2011 :
Entre 2000 et le début de la guerre contre la Syrie en 2011, le gouvernement syrien a voulu réorienter sa politique économique vers l’infitah (ouverture). Cette politique vise à :
— Relancer le développement économique et social (en termes de restructuration et de réingénierie) ;
— Élargir et renforcer ses alliances internationales et régionales, y compris l’approche des cinq mers comme vision pour tirer parti de la position géographique de la Syrie et placer le pays (en tant que centre commercial) au centre d’un réseau régional d’énergie et de transport autour de la mer Méditerranée, la Mer Noire, mer Caspienne, mer d’Oman et mer Rouge ;
— Accélérer ses négociations de partenariat avec l’UE ;
— Commencer à mettre en œuvre l’accord sur la Grande Zone de libre-échange arabe (GAFTA).
Cette vision signifie que la Syrie deviendrait le center de stabilité de la région.
Le gouvernement syrien a présenté son dixième plan quinquennal (2006-2010), qui se traduit par une vision à travers laquelle le pays sera transformé d’ici 2020 en une économie pleinement intégrée à l’économie mondiale. Dans le cadre de ce plan, des projets stratégiques ont été mis en place pour construire les routes, les ports et les pipelines dont la Syrie a besoin pour réaliser la « vision des cinq mers ».
Malgré les facteurs suivants :
— Instabilité régionale (qui a persisté après l’occupation américaine de l’Irak en 2003) ;
— L’intransigeance d’Israël dans la poursuite du processus de paix conformément aux résolutions du Conseil de sécurité ;
— Le flux de plus de 2,5 millions de réfugiés irakiens vers la Syrie depuis l’occupation de leur pays en 2003 ;
— La nouvelle vague de sanctions américaines contre la Syrie et la crise financière internationale de 2008 ;
L’économie syrienne avait pu enregistrer des performances économiques croissantes avant la guerre :
— Le taux de croissance moyen du PIB était de 5% par an sur la période 2000-2010 ;
— Balance commerciale solide y compris les exportations agricoles croissantes, avec notamment la production de 4 tonnes de blé et 84 millions d’oliviers cultivés ;
— La garantie de sa sécurité énergétique, avec des exportations de pétrole atteignant 200 000 barils par jour, sur une production totale de 400 000 b/j ;
— L’absence de dette extérieure ;
— Amélioration continue de l’Indice de Développement Humain selon les rapports de l’ONU.

Tous ces indicateurs économiques positifs sont en croissance malgré le fait que cette économie est en phase de transition (adoption de l’économie sociale de marché en 2005, après des décennies de planification économique centralisée).
Pourtant, avec le trio embargo, guerre et sanctions successives, tout s’était non seulement vaporisé mais aussi on assiste à une destruction systématique du pays :
En tant que « réservoir humain », nous voyons des acteurs régionaux et internationaux qui mettent de l’huile sur le feu puis pleurent sur le sort de ce peuple :
— Dépenser des centaines de milliards de dollars en « drapeaux noirs » et faire de la Syrie un entrepôt du terrorisme mondial avec un aller simple pour les djihadistes d’Europe et du reste du monde vers la Syrie ;
— Accélérer le déclin économique du pays ;
— Émigration des meilleurs cadres syriens (pour restaurer la pyramide des âges en Allemagne et dans d’ autres pays avec des programmes d’immigration intelligente) ;
— Des millions de réfugiés dans les pays voisins et en Europe ;
— Aggravant l’instabilité au sein du ME et la propagation de l’extrémisme ;
— Siège qui empêche la reconstruction ou de garantir les conditions de base pour le retour des réfugiés ;
— 80% des sources du PIB syrien sont sous le contrôle de l’occupation américaine et turque ou des forces illégales de facto.

Cela a paralysé l’économie syrienne et détruit l’infrastructure syrienne, tout en diminuant le commerce extérieur, en encourageant la spéculation sur le taux de change de la livre syrienne et en favorisant une hausse générale des prix en raison des sanctions, de l’embargo, du blocage des ressources nationales et récemment l’impact de la maladie COVID-19.

2- Quelle est la suite ?
Il va de soi de dire que la dynamique économique était et est toujours une composante majeure de la guerre contre la Syrie visant sa souveraineté. Le but de l’occupant américain et des États mandataires est : Prolonger la guerre en finançant des groupes armés illégaux, en privant l’État syrien de ses ressources et le plus important est d’empêcher la Syrie de gagner la « bataille » du rétablissement de la paix et de la reconstruction.

Il faut noter que la vague d’anti-américanisme a été exacerbée non pas par un anti-américain, mais par des déclarations comme celle de Condoleezza Rice en 2006 : « Les interventions menées par les États-Unis au Moyen-Orient et en Asie centrale ne visaient pas à répandre la démocratie, mais aborder les problèmes de sécurité régionale ».
Evidemment, d’un point de vue géostratégique, l’objectif est de contrôler l’espace syrien et de contrôler l’espace de la Méditerranée orientale en tant que « capital spatial ».

Comment est l’issue de la guerre contre la Syrie jusqu’à présent, y compris les résultats de la mise en œuvre de la loi César ! Au lieu de rechercher un avantage mutuel (gagnant-gagnant), certains pays de la région ont tendance à s’aligner sur la stratégie américano-occidentale, qui ne fait que prolonger davantage les problèmes régionaux plutôt que de les résoudre ou générer de réels progrès et solutions. Cela devient trop clair quand on regarde au-delà de la crise du jour.

Il est très difficile de prévoir le cours de la situation actuelle. Un mécanisme est sûr : il est maintenant temps de proposer une véritable alternative basée sur des intérêts communs entre les acteurs régionaux et internationaux, qui respecterait la diversité régionale loin de l’extrémisme et éviterait de perdre une autre décennie de développement.

D’un point de vue géo-économique, la région de plus de 600 millions de consommateurs (pays arabes et de l’UE, dont la Turquie avec son union douanière avec l’UE et son accord avec la Syrie) est plus que suffisante pour expliquer la légitimité de cette proposition.
Ceci n’est pas seulement pour l’attitude morale mais aussi pour du point de vue économique de tous les pays de la région, avec un bénéfice mutuel.

3- Je voudrais juste terminer par une phrase positive :
Une chose est sûre : le développement partagé est le seul moyen de ramener la paix au Moyen-Orient, et une solution durable ne peut être trouvée que par le concept de « paix par le développement », comme le souligne la militante politique allemande Helga Zepp-LaRouche. Cette idée a déjà été inscrite à l’agenda international, notamment avec les événements récents en Europe, car ils concernent les flux migratoires vers plusieurs pays européens et les actes terroristes en France et en Autriche.
Il est évident que les défis « sur le terrain » sont énormes en termes d’investissements nécessaires (reconstruction des infrastructures et des logements. Relance de l’économie, stabilisation de la monnaie et renouvellement des services publics, en particulier l’éducation, la santé, l’électricité et l’eau), mais de l’autre côté, la demande intérieure potentielle est très élevée et le processus de reconstruction présente une extraordinaire perspective d’opportunités.
Par conséquent, la paix par le développement semble être le meilleur moyen d’éviter une nouvelle décennie gâchée pour la Syrie (et pour la majorité des pays du Moyen-Orient).

Merci encore pour l’opportunité et pour votre attention.

Toute la conférence

Dans cette conférence