« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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L’humour de Beethoven - Battre ou ne pas battre (la mesure)

16 décembre 2021

En ce 16 décembre, jour anniversaire de la naissance de Beethoven, l’Institut Schiller lui souhaite un très bon anniversaire !

Dans la première partie consacrée à l’humour de Beethoven, nous avons parlé de la pièce Colère pour un sou perdu. Aujourd’hui, nous parlerons du deuxième mouvement de sa 8ème symphonie.

Contemporain de Beethoven, Johann Nepomuk Maelzel s’était en quelque sorte essayé à « l’intelligence artificielle » sans rencontrer le succès escompté. Il avait, en 1821, emporté avec lui aux États-Unis pour une grande tournée un joueur d’échecs automate baptisé « le Turc » construit en 1769 par un certain Johann Wolfgang von Kempelen mais dont il affirmait être l’inventeur. En outre, il s’est avéré plus tard que son automate joueur d’échecs fonctionnait en réalité grâce à un homme caché à l’intérieur. Cette supercherie qui ne fut découverte qu’après plusieurs décennies inspira d’ailleurs un essai à Edgar Allan Poe.

Maelzel prétendait également avoir inventé le métronome. Là encore, s’il le fit breveter, il semble établi qu’il n’avait fait que reprendre les travaux de Dietrich Nikolaus Winkel.

En 1813, Maelzel encouragea Beethoven à composer ce qui peut être qualifié comme sa plus mauvaise composition, La victoire de Wellington, qui célèbre la victoire militaire de Wellington sur Napoléon. Il suggéra le recours à des éléments tel que des citations de Rule Britannia ou encore l’utilisation d’effets spéciaux pour que le morceau ressemble à une bataille. Les représentations comportaient des interludes avec le trompettiste automate de Maelzel et son Panharmonikon, un orchestre automatique.

Malgré le succès commercial de la composition, Beethoven a fini par poursuivre Maelzel lorsque celui-ci essaya de faire passer l’œuvre pour la sienne. Contrairement à la légende qui présente Maelzel comme l’ami de Beethoven, il apparaît d’ailleurs que ce dernier ne portait pas précisément dans son cœur le dit « inventeur » qu’il décrit comme « un homme grossier, malicieux, entièrement dépourvu d’éducation ou de culture ».

A tout le moins, Maelzel et son invention suscitait chez Beethoven une certaine forme d’ironie comme cela transparaît dans un canon en « l’honneur » de Maelzel. Certains spécialistes affirment qu’il cette pièce toujours présentée comme un éloge de Maelzel par Beethoven aurait été écrite en réalité par Anton Schindler, le secrétaire de Beethoven, ce qui reste à prouver.

Avouons toutefois qu’en paroles aussi bien qu’en musique la dimension élogieuse y est peu convaincante mais que l’on y entend bien davantage un ton sarcastique :

Ta ta ta, cher Maelzel
 
ta ta ta, adieu, adieu
 
ta ta ta, bannière du temps
 
ta ta ta, grand métronome.
 
ta ta ta ta ta ta ta.

Concernant la mention par Beethoven d’indications métronomiques dans certaines de ces œuvres, il est utile de rapporter ce que disait Anton Schindler à ce propos. Il se montrait critique lorsque celles-ci étaient prises au pied de la lettre, car il avait personnellement vu le compositeur changer d’avis sur le tempo auquel ses œuvres devaient être jouées. Celui-ci lui aurait notamment ce commentaire : Assez du métronome ! Quiconque peut sentir la musique avec justesse n’en a pas besoin ; et pour celui qui ne le peut pas, on ne peut rien faire ; il partira à la dérive avec tout l’orchestre. Certes, on se perdrait en conjectures sur la raison qui avait poussé Beethoven à porter ces indications qui n’étaient visiblement ... qu’indicatives.

Ecoutons maintenant le deuxième mouvement de la 8e symphonie.
Il reprend ce « fameux » canon à Maelzel et, cher lecteur, serez-vous d’accord qu’il ne fait guère de doute que Beethoven s’y moque d’un tempo trop mécanique ?