« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visio-conférence internationale 25-26 avril 2020

L’Europe dont nous n’aurons pas à rougir

Session 1

2 mai 2020

discours de Jacques Cheminade, président de Solidarité et Progrès, ancien candidat à l’élection présidentielle française

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Je suis heureux d’être aujourd’hui parmi vous pour partager un défi que nous devons, nous-autres peuples européens, immédiatement relever.

Je me suis entretenu, il y a quelques jours, avec le rebelle suisse Jean Ziegler, à propos des initiatives d’urgence à lancer pour construire un nouveau paradigme dans les relations internationales. Il soutient pleinement nos objectifs car il s’est toujours battu pour que la justice et l’alimentation soient des droits garantis à tous, convaincu que « les murs les plus puissants tombent par leurs fissures ». Dans ce contexte, nous sommes tombés d’accord sur le fait que l’Europe, telle qu’elle est, est une cause désespérée, une cause perdue dont on ne peut qu’avoir honte. Les soi-disant « hot-spots » en Turquie ou en Libye [regroupements de migrants créés à la demande de l’UE], en fait des camps de concentration où règne la faim et où menacent les pandémies, parlent d’eux-mêmes contre elle. Notre mission, étant donné que les nations européennes doivent jouer leur rôle dans une nécessaire symphonie universelle – un Tianxia harmonieux comme diraient les Chinois – consiste à créer des instruments permettant à l’Europe de jouer son rôle, pour ne plus avoir à en rougir.

Je vais commencer brièvement, parce que cela ne mérite pas qu’on y passe trop de temps, par parler de ce qu’actuellement l’UE fait, ou la plupart du temps ne fait pas. Sans direction ni dirigeants, elle se comporte comme un aréopage d’oligarques sans autre idéologie que celle de conserver leur pouvoir. Les récents Conseils européens prouvent, malgré l’absence du Royaume-Uni, que le même esprit du « diviser pour régner » et de la soumission à la dictature de l’argent prévaut. Afin de sortir de ce bazar sinistre et autodestructeur, nous devons éveiller en nous le meilleur de nos traditions culturelles et économiques, pour l’avantage de chaque nation européenne et pour celui de toutes les autres nations du monde. Idéalisme utopique ? Non, c’est tout l’inverse justement. Parce que c’est l’idéologie égoïste partagée par tous, l’idéologie « réaliste » et « pragmatique », qui a détruit notre système immunitaire commun, notre santé publique et notre système immunitaire financier. Le résultat est que, face à la pandémie, nous n’avons pas eu, ou pas assez, de masques, de tests, de respirateurs, et que nous n’avons pas été en mesure de prévoir quelque chose que nos dirigeants ont prétendu et prétendent encore avoir été imprévisible.

Tous ces dirigeants ont échoué, comme de nouveaux Hamlet [dans la tragédie de Shakespeare], non pas en tant qu’individus, mais parce que leur adaptation à la cupidité monétaire individualiste et égoïste de notre société a conduit leur impuissance à devenir criminelle par négligence. Gouverner, c’est prévoir et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte. Léonard de Vinci ajouta ironiquement que « ne pas prédire, c’est déjà gémir ». Voyons donc brièvement ce qu’ont fait l’Union européenne et les États européens. Par exemple, ils ont imposé à nos hôpitaux, au nom de la rentabilité financière à court terme, une politique de flux tendu et de zéro stocks, ruinant ainsi leur capacité à réagir comme il l’aurait fallu. En réalité, ce sont les États qui devraient plutôt fonctionner comme de bons hôpitaux publics, consacrés à la responsabilité collective, à la véracité et aux soins pour tous, en fournissant non pas des chiffres et des statistiques en tant que tels, exprimés en unités monétaires, mais des idées et des initiatives pour être simplement plus humains.
La première chose que Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), véritable bras armé de l’Union européenne, a déclaré sur la possibilité d’annuler les dettes encourues (je la cite) : « Ça me paraît totalement impensable (…) il faudra dans le temps, progressivement, procéder au remboursement des dettes ».
Ensuite, comme le font les États-Unis et le Royaume-Uni, l’Union européenne et les États européens injectent des milliards et des milliards d’euros, en partie pour sauver les producteurs et aider les consommateurs à s’endetter davantage pendant cette pandémie, mais la plus grande partie de ces liquidités est de l’argent addictif alimentant les circuits financiers de l’oligarchie. Pour le dire plus simplement, ils lancent ex nihilo des impulsions électroniques appelées argent pour éviter la faillite de tout le système. Il ne s’agit plus d’une économie de marché, mais d’une économie de marché sans marché, où tous les joueurs continuent à jouer avec des jetons et des billets (virtuels) distribués par les banques centrales.
Soyons précis : la BCE pouvait, suivant ses propres règles, racheter aux banques un certain volume d’obligations sur leur marché secondaire, mais seulement celles de bonne qualité. Cela signifiait des obligations d’État (OAT) ou des obligations notées AAA ou A de première qualité. Maintenant, elle a décidé de son propre chef de racheter des dettes à « haut rendement » (high yield), c’est-à-dire des obligations à très haut risque, des obligations « pourries » relevant de cas désespérés.
Ainsi, avec une fausse monnaie électronique, la BCE sauve tout le monde, à l’instar de la Réserve fédérale américaine ! En outre, le 9 avril, les ministres des Finances de l’UE ont décidé de créer une facilité de crédit de 540 milliards d’euros comprenant 240 milliards du Mécanisme européen de stabilité (MES), 200 milliards de la Banque européenne d’investissement (BEI) et 100 milliards de la Commission européenne. Cependant, la plus grande partie est empruntée, grâce à ce que l’on appelle l’effet de levier, sur les marchés ! Cet argent retourne surtout dans des circuits purement financiers. Du coup, la BCE, qui prête l’argent emprunté, se retrouve de facto comme l’emprunteur de dernier ressort des escrocs ou des faillis ! De leur côté, les Etats européens ont mis en place des plans d’aide massive : 410 milliards d’euros pour la France, 1100 milliards pour l’Allemagne, 475 milliards pour le Royaume-Uni, avec une intention comparable à celle ayant présidé à l’émission de 2200 milliards de dollars aux Etats-Unis. La plupart de cet argent est basée sur quoi ? Sur les nouveaux prêts et le report des charges, accumulant ainsi encore plus de dettes, mais sans créer les moyens de les rembourser !
Pour rendre cela compréhensible au-delà des technicités obtuses : la pandémie n’a été qu’un révélateur d’une escroquerie financière, basée sur un système dingue d’endettement à tout va, et un déclencheur pour le krach sans en être la première cause ! C’est en raison de la situation financière qui a précédé la pandémie que rien n’a été fait pour la prévenir ; faire quelque chose à court terme a été jugé « pas payant ». Puis, lorsque la pandémie s’est produite, il n’y avait pas de masques, pas de ventilateurs, pas de tests, et la seule solution possible pour y faire face était la mise en confinement de toute la population. Il fallait le faire et cela a été fait, mais de manière inappropriée, sans réelle coopération entre les nations européennes, ce qui a bloqué l’économie en conséquence. Et la solution a été d’émettre encore plus d’argent électronique fictif pour contrebalancer l’arrêt de l’économie, et d’éviter toute faillite principalement au profit des escrocs ! Plus de dette pour sauver un système surendetté, et la plupart de celle-ci pour sauver les requins « initiés » ! Puis une reprise de Wall Street s’est produite, par la gestion de la bulle de toutes les bulles, sans aucune chance cependant d’avoir une véritable reprise économique physique au sein d’un tel système !
Ainsi, le pire est à venir. Et parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour continuer, la Commission européenne prévoit encore soit d’emprunter 1000 milliards d’euros sur les marchés ou de prendre le budget de la communauté européenne comme garantie pour imprimer 1500 milliards de soi-disant « dette perpétuelle », basée uniquement sur le paiement d’intérêts financés par une taxe écologique, le capital n’étant jamais remboursé.
En vérité, nous sommes à bord de la Nef des fous, avec des capitaines arrogants qui font semblant de donner des ordres au milieu des icebergs et des banquiers répétant frénétiquement, comme le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau : « Vous devrez rembourser cet argent ! » Bien sûr, cela ne s’appliquera pas aux croupiers de la City de Londres et à leurs associés, mais à nous tous, producteurs et consommateurs.
« La Nef des fous », Jérôme Bosch
Sortons de cette pétaudière ! Cette Union européenne et les chefs de ses Etats membres sont un gâchis oligarchique ; reconstruisons avec l’esprit qui a prévalu pendant les Trente glorieuses (1946-1976), la période de reconstruction européenne après la Seconde Guerre mondiale, pour faire cette fois mieux, car il est nécessaire de relever un défi bien plus décisif encore.
Tout d’abord, soulignons que le meilleur antidote contre toute pandémie est la coopération internationale. Cela signifie la solidarité humaine pour construire un système gagnant-gagnant, ainsi que le président chinois l’a défini dans plusieurs de ses discours. L’UE et, au-delà, les États du monde occidental, suivent malheureusement une direction opposée. Preuve en est la lutte répugnante entre les États pour se procurer les masques qui leur manquaient en raison de leurs politiques égoïstes, et l’incapacité individuelle de comprendre, quand un masque est disponible, pourquoi il est nécessaire de le mettre, non pas pour notre protection personnelle, mais pour protéger les autres de nos projections. Ces deux choses montrent que le concept de « l’avantage d’autrui », qui fut au cœur de la paix entre les nations dans les Traités de Westphalie (1648) et qui correspond au principe confucéen selon lequel ce que vous faites pour les autres vous fait avancer sur le chemin vers le Ren, ce concept fondateur de civilisation a été en quelque sorte perdu en chemin dans notre Europe du XXIe siècle. Notre mission n’est donc pas seulement de faire pour l’autre tout le bien que nous voudrions qu’il nous fît, mais de créer les meilleures conditions pour elle ou lui, leur permettant de créer le bien pour tous. Il est à noter, dans ce contexte, que les nations qui sont venues aider l’Italie sont la Chine, la Russie et Cuba, tandis qu’en France et en Allemagne, et d’autant plus aux États-Unis, de nombreuses voix égoïstes ont dénoncé cela comme une opération de propagande, même si leurs propres pays avaient fait si peu.
Ensuite vient l’engagement implacable de dire la vérité, qui est en symbiose avec l’avantage d’autrui. Or nos responsables européens sont devenus des menteurs. En France ou aux États-Unis, parce que nous n’avions pas été en mesure de produire ou d’acheter suffisamment de masques, ils ont d’abord prétendu qu’ils ne servaient à rien ; la porte-parole du gouvernement Français a même affirmé qu’il était trop difficile pour nous, profanes, de les porter, même pour elle. Ce type de mensonge doit être blâmé non pas comme une caractéristique de cette femme arriviste, mais comme le reflet d’un monde financier où le mensonge est considéré comme un geste avisé permettant de gagner au détriment de tous les autres ; le mensonge est devenu un art inspiré par le démon de la perversité.
Enfin, si vous regardez les autres, ainsi que le monde, droit dans les yeux, inspiré par un engagement envers la vérité et le bien commun, vous pouvez tout à fait anticiper, contrairement à ce que tous nos dirigeants occidentaux nous disent à propos du coronavirus. En réalité, c’est encore pire : ils prétendent qu’il était impossible d’anticiper quelque chose d’inattendu, alors qu’ils accusent le gouvernement chinois de ne pas avoir anticipé l’importance de ce qu’ils n’ont pas vu venir eux-mêmes ! Pire encore, il y a une campagne pour faire de la Chine le bouc émissaire et même pour la poursuivre en justice afin de lui faire infliger de lourdes compensations !
Anticiper, c’est mesurer les conséquences de ce que vous faites ou ne faites pas, et c’est cela qu’on appelle gouverner. Si vous mesurez ces conséquences, et donc votre propre responsabilité, vous pouvez prévoir un changement de phase.
Non pas par déduction, par induction ou par extrapolation de ce qui existe, mais en mesurant les effets des actes sur l’avenir. C’est ce que les épidémiologistes et les virologues pasteuriens appelaient la « médecine sentinelle », une médecine qui, tenant compte de l’espace-temps où se trouvent le malade, examine le présent avec les yeux de l’avenir, et juge la dynamique de la maladie affectant le patient en fonction de ses relations avec son environnement physique. Toujours en attente de changements et de surprises. Si au lieu de cela, vous abandonnez les priorités humaines en faveur des statistiques linéaires du profit financier, vous êtes condamné à commettre des crimes politiques, par action ou par omission.
Un engagement pour l’avantage d’autrui, un amour pour la vérité et une grande capacité d’anticipation, voilà ce qui est nécessaire ; alors, ce qu’on appelle les « cygnes noirs » ne sont plus incompréhensibles et deviennent les conséquences désastreuses pour l’humanité provoquées par de très mauvaises ???.
C’est pourquoi le penseur américain Lyndon LaRouche, pleinement engagé à améliorer le destin de l’humanité, a pu prédire les conséquences désastreuses du découplage du dollar et de l’or du 15 août 1971, inaugurant une ère de déréglementation financière et morale qui conduirait, si rien n’était fait pour changer la direction de la société, aux pandémies mondiales. Il a plusieurs fois mis en garde sur cette question dans ses écrits, dont d’autres orateurs parleront. Hélas, aveuglés par la cupidité financière, les décideurs n’ont pas pris en compte ses sages paroles. Vint alors le « consensus de Washington », un accord des puissances occidentales visant à contraindre les États pas encore développés à rembourser leurs dettes au détriment de leurs infrastructures de santé publique, d’éducation et de transports, une dette devenue beaucoup plus élevée que l’argent prêté en raison d’une accumulation d’intérêts composés et de dévaluations monétaires. C’est par un tel processus que ces pays sont devenus « sous-développés ».
Ce comportement criminel a conduit à la situation actuelle et exige une intervention immédiate de notre part en Occident, pour lancer, avec la Chine et la Russie, un programme coordonné au plus haut niveau (top-down), impliquant une mobilisation mondiale anti-pandémique. C’est ce qu’a essayé de faire Mauro Ferrari, président du Conseil européen de la recherche de l’UE, en tentant de mettre en œuvre un programme scientifique de lutte contre le virus. Ce chercheur a fini par démissionner le 8 avril, en pleine pandémie, lorsqu’il constata que son programme n’avait pas même été examiné par les autorités européennes. Nous avons nous-mêmes proposé, à l’Institut Schiller, notre « Mission Apollo de LaRouche pour vaincre la pandémie mondiale » parce que les chefs d’État se déclarent « en guerre » mais sont incapables ou peu disposés à présenter des stratégies, à proposer des mobilisations ou à penser différemment. La vérité est qu’ils sont prisonniers d’au moins quatre virus qui inspirent leurs politiques anti-humaines ou paralysent leurs éventuelles intentions de réagir.
Les quatre virus, qui représentent au total les virus d’Empires fondés sur l’esclavage ou le servage par la dette, sont le virus financier, le virus malthusien, le virus géopolitique et le virus bureaucratique. Toute forme de coopération internationale pour le bien commun exige l’éradication de ces virus, qui dans notre histoire européenne ont parlé différentes langues et dialectes mais qui s’expriment aujourd’hui dans le novparler britannique, comme l’expliquait auparavant Helga Zepp-LaRouche.
Le virus financier devrait être évident pour la plupart d’entre nous. Il n’y a pas de « forces obscures » tapies dans l’ombre et complotant dans notre dos ; « l’Empire britannique », selon son habitude, nous fait les poches là « où le soleil ne se couche jamais ». Il assoit son pouvoir, avec ses branches de Wall Street et de la City, sur la gestion d’une dette odieuse et illégitime, jamais basée sur des programmes utiles pour créer des plateformes de développement, mais sur la possession illimitée d’actifs financiers. Un tel système est incapable de favoriser la découverte de nouveaux principes physiques engendrant, lorsqu’ils sont appliqués sous forme de technologies, une augmentation du potentiel de densité démographique relative. La relation entre ce potentiel et la densité des flux d’énergie fut la découverte fondamentale de Lyndon LaRouche. L’Europe d’aujourd’hui s’avère incapable de fournir les moyens, même au niveau actuel, de maintenir sa propre population au niveau nécessaire à son développement : les besoins pour maintenir sa densité actuelle sont supérieurs au potentiel nécessaire pour améliorer sa densité future. C’est ainsi que LaRouche a établi scientifiquement que l’Occident est, dans son fonctionnement actuel, condamné : la BCE ou la Réserve fédérale américaine peuvent produire des milliards par centaines et par milliers de faux argent, mais jamais de masques, de ventilateurs, d’acier, de ponts, d’avions, ni de machines-outils en général. Elles sont incapables d’émettre du crédit pour un avenir meilleur parce que leurs yeux sont fixés sur les nombrils stériles du passé et pas sur l’esprit de ceux qui, dans le passé, ont créé les conditions pour qu’il y ait un avenir.
Le deuxième virus est le malthusianisme, l’expression sociale du virus financier. Il se base sur le fait « évident » que le monde est composé de ressources finies. En bonne logique, si la production n’augmente qu’en proportion arithmétique (linéaire) tandis que la population augmente, elle, de façon exponentielle (géométrique), ce processus ne peut conduire qu’à l’épuisement total des ressources. Comme quoi ? Exactement, comme un virus ou comme une métastase cancéreuse, qui est exactement ce que le Club de Rome avait à dire sur la « prolifération » de nous autres, les êtres humains. Par conséquent, les humains doivent réduire leur consommation et leur reproduction pour s’adapter à ces ressources limitées. Cela pourrait-il être vrai ? Oui, si le monde était défini comme un ensemble relativement fixe, produisant des ressources limitées - oui, pour le monde de l’oligarchie financière ! Il s’agit là d’un univers entropique, régi par la deuxième loi de la thermodynamique, qui est vrai dans un environnement fermé ; socialement, une fois de plus, l’environnement défini par la règle de l’oligarchie financière !
Le véritable univers dans son ensemble est cependant différent : il est en expansion toujours accélérée et n’obéit pas à la deuxième loi de la thermodynamique uniquement valable dans un système fermé. L’être humain est en accord avec la loi de ce développement de l’univers, étant humain du fait de sa capacité créatrice : il élève au statut de nouvelles ressources ce qui était gaspillé à un stade de développement relativement inférieur. La fondation même de la science est cette capacité, au-delà de l’induction, de la déduction et du principe aristotélicien de non-contradiction, de trouver des solutions aux problèmes existants, comme Einstein l’a dit, avec un mode de pensée d’une forme plus élevée que celle qui a engendré l’existence de ces problèmes. La science authentique est anti-entropique. L’Europe, en ce sens, est devenue un problème en soi, une boîte entropique pleine de bureaucrates. C’est risible, oui, mais ses conséquences ne le sont pas : tous les malthusianismes, quelles qu’en soit la forme, conduisent au racisme, au crime et à l’autodestruction.
Le troisième virus est le virus géopolitique, l’expression mondiale des virus financiers et malthusiens. C’est la politique de la City de Londres et de Wall Street, de l’Empire britannique, héritier des empires de Venise et d’Amsterdam. Pour les néo-conservateurs d’aujourd’hui, de part et d’autre de l’Atlantique, l’univers politique est un champ de bataille où les ennemis sont condamnés à se combattre, le gagnant raflant tout le pouvoir et tout l’argent au détriment des perdants, quel que soit le coût de la bataille en termes de destruction ou de pertes humaines. Ce qu’on appelle Global Britain, en termes de la Henry Jackson Society (HJS) : la mondialisation financière, le malthusianisme et la géopolitique, avec toujours la même idéologie et la même façon criminelle de se comporter, même si elle a aujourd’hui « Five Eyes » au lieu d’un seul œil et d’un monocle. Un tel monde incapable de générer plus de pouvoir humain conduit inévitablement à la guerre pour accaparer toujours plus de ressources physiques devenues de plus en plus rares.
La dernière forme qu’il prend est le virus bureaucratique. C’est le virus typique de l’UE, le virus des serviteurs, le virus d’une servitude volontaire. Il s’agit d’un ordre basé sur un monde fini, comme le monde des virus précédents, et ici toujours soumis à une puissance extérieure. Il est opposé, par sa nature même, à l’éclosion et au développement de toute idée créatrice. Craintif par sa nature, ce virus bureaucratique est le serviteur des trois autres. Tout système administratif, s’il n’est pas dirigé par une forte volonté politique, devient dépendant de cette propension néfaste à se courber. C’est la nature même de l’UE, soumise à un fédérateur extérieur, comme De Gaulle l’avait dénoncé un jour, au joug d’une version anglo-américaine de l’Empire britannique, avec un euro « junior partner » du dollar, non pas un dollar monnaie de la nation américaine mais monnaie des marchés mondiaux, des hommes qui escroquent le monde, comme le décrit avec précision Nicholas Shaxson.
Contre cet univers destructeur, le professeur Didier Raoult, de renommée hydroxychloroquinique, a quelque chose de très intéressant à dire. Dans un entretien au Monde donné fin mars, il déclara : « Je pense qu’il est temps que les médecins reprennent leur place avec les philosophes et avec les gens qui ont une inspiration humaniste et religieuse dans la réflexion morale, même si on veut l’appeler éthique, et qu’il faut nous débarrasser des mathématiciens, des météorologistes dans ce domaine. »

Cela est autant valable pour les choix concernant les mesures de santé publique que pour la définition d’une coopération internationale entre nations. Les statistiques et les mathématiques définissent un domaine utile pour la gestion des choses existants, mais ne pourront jamais générer quelque chose de nouveau, enfreignant les règles du jeu, pour l’humanité, qu’il s’agisse de nouveaux principes physiques, de découvertes de principe ou de formes de solidarité sociale.
Se fonder sur les mathématiques et les règles administratives comme moyens de prendre les principales décisions à une époque comme la nôtre est un crime contre la créativité.
L’UE et la façon dont nos États sont organisés, en tant qu’entités n’obéissant ni à la solidarité humaine ni aux pouvoirs créateurs, font de nous les victimes des virus mortels que j’ai mentionnés auparavant. C’est pourquoi je m’adresse aujourd’hui à vous pour appeler à une renaissance de l’Europe au sein d’un véritable concert de nations. Pensez-y un instant : évoquons ici Cervantes et Goya, Erasme et Comenius, Rembrandt et Léonard, Rabelais et Dante, Schiller, Leibniz et tant d’autres, sans oublier Beethoven, dont 2020 est l’année. Nous avons besoin qu’ils inspirent une véritable Europe, portant son regard aussi loin que la Chine et l’Amérique, pour devenir un pont, et non une impasse sur le chemin du cimetière. Nous avons besoin d’un nouveau leadership, jeune, plus dévoué et plus humain, qui à son tour a besoin de nos connaissances. Pensons au-dessus et au-delà de nous-mêmes et agissons ensemble pour sauver de la faim, de la mort et des criquets le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, la Somalie, le Kenya, le Tchad ou encore le Zimbabwe. Soyons à nouveau patriotes et citoyens du monde, avec une passion renouvelée envers nos nations pour qu’elles apportent le meilleur d’elles-mêmes et le mettent au service de l’avantage d’autrui, dans un projet gagnant-gagnant pour la civilisation humaine, un Pont terrestre mondial allant de l’Atlantique à la mer de Chine vers l’Est et vers les Amériques à l’Ouest.
J’entends mes voisins sur leurs balcons applaudir et exprimer avec moi soutien et solidarité à nos soignants. Les meilleurs soins, pour guérir nos nations, sont les « Quatre principes » de Lyndon LaRouche qui seront développés dans cette conférence. Beaucoup d’entre nous vont vous parler de ces principes et de la façon dont ils permettent de promouvoir et de nourrir la créativité humaine contre tous les abus. Pas comme un code ou une formule à répéter, mais comme un pouvoir venant nous défier depuis le domaine de la pensée humaine, depuis la noosphère.
Nous devons à nos soignants, à nos agriculteurs, à nos travailleurs industriels, à nos anciens souvent abandonnés, aux capacités des handicapés et des travailleurs pauvres, à nos Gilets jaunes, à nos voisins de tous les continents, de faire de ces quatre lois les principes fondateurs ouvrant la voie à notre avenir, façonnant une Europe dont nous n’aurons plus à rougir.
Trouvons ensemble les vaccins contre les quatre virus que nous subissons, afin d’accomplir de grandes et belles choses. Déconfinons nos esprits et libérons-nous sans tarder de nos chaînes mentales et politiques !

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