« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Notre action > Conférences > Pour garantir l’intérêt général, en finir avec les privilèges de (...)

Visioconférence des 26 et 27 juin 2021

Face à la pandémie, la solidarité internationale

4ème session

20 juillet 2021

David Castro, maire de Cedros (Honduras) et président de la Coalition des Maires sans frontières

En mai dernier, plusieurs maires honduriens ont noué des relations d’un type nouveau avec Nayib Bukele, le président du pays voisin, le Salvador. Bien que son pays ait toujours besoin de vaccins, ce dernier a décidé d’en offrir aux maires de sept des communes les plus pauvres d’Honduras. Certes symbolique, cette action exemplaire rappelle le rôle que devraient assumer les grandes puissances pour que la pandémie soit enfin vaincue au niveau mondial et que nous en sortions plus forts qu’avant.

Les Chinois nous ont montré que les décès dus à la Covid pouvaient être évités si les nations choisissent la moralité et la santé publique plutôt que des conflits géopolitiques inutiles. Pleinement mobilisée chez elle, la Chine prend des mesures préventives pour que des pays n’ayant pas facilement accès au vaccin puissent immuniser leurs populations. Les actions d’individus courageux, tels que le maire hondurien Castro et le président salvadorien Bukele, devraient inciter d’autres dirigeants à faire ce qui doit être fait.

Les États-Unis disposent de plusieurs millions de vaccins inutilisés, qui atteindront bientôt leur date de péremption. Allons-nous rester les bras croisés pendant que les plus vulnérables ou les moins fortunés du monde souffrent ? Ou allons-nous faire appel au meilleur de nous-mêmes et travailler ensemble pour le bien commun ? Comme l’a indiqué le ministère de la Santé du Salvador : La santé des gens passe avant toute frontière. Rien n’est impossible quand il s’agit de fraternité.

David Castro, maire :

Nous avons vu mourir des gens dans nos communes et nous ne pouvions plus supporter la situation sans rien faire. Une lueur s’est alors allumée dans notre tête. Nous avons découvert sur les réseaux sociaux que le Salvador est à la tête de la campagne de vaccination en Amérique latine, et qu’il avait aussi un bon stock de vaccins. Et je vais vous dire honnêtement, un jour où j’étais ici dans mon bureau, d’où je vous parle en ce moment, j’ai appelé ma secrétaire et je lui ai dit :Écoutez, on va immédiatement rédiger une lettre officielle et l’envoyer à notre République sœur du Salvador, demandant à être reçus par le président Bukele pour le prier de nous procurer des vaccins.

Il y avait beaucoup de doutes ici dans le pays, les gens se sont moqués de nous, disant que nous nous ridiculisions parce que le président Bukele ne recevrait jamais les maires de ces sept municipalités extrêmement pauvres, et appartenant à des partis politiques d’opposition.

Le Président salvadorien nous a répondu de manière très ouverte : Frères honduriens, nous, Salvadoriens, (...) n’allons pas vous donner les vaccins dont nous avons nous-mêmes besoin. Cependant, nous allons vous en fournir pour vous aider, sans pour autant laisser notre population non vaccinée. Nous allons vous tendre une main secourable pour que vous puissiez vacciner une partie de votre population. 

Le président Nayib Bukele est un gentleman, un grand homme et un être humain animé d’un grand engagement social et humanitaire.

Il nous a reçus directement, sans protocole particulier, en respectant simplement les mesures de sécurité. L’ambiance était ouverte, dynamique, et le Président a commencé ainsi : Messieurs les Maires, faites comme chez vous. Maires, je ne vous parle pas en tant que Président. Je vais vous parler en tant que maire, car avant d’être président, j’étais maire d’une ville encore plus petite que la vôtre. Puis, je suis devenu maire de la capitale, San Salvador, et maintenant, j’ai été honoré par le peuple salvadorien avec le poste le plus élevé, celui de Président. Mais je veux parler en tant qu’ami. Francisco Morazán, le père fondateur de l’Amérique centrale, est enterré ici, au Salvador. Il l’avait demandé. Je ne sais pas pourquoi les frontières existent. Elles devraient être imaginaires, mais il ne devrait pas y avoir de frontières dans nos cœurs. Vous et moi parlons la même langue, nous avons la même vision, le même travail, qui est de servir le peuple, et par conséquent, Chers Maires, vous pouvez être assurés que les membres du gouvernement du Salvador vont vous aider.

Nous l’avons tous remercié au nom de nos municipalités, et je me souviens que je lui ai dit :

Monsieur le Président, le Salvador sauve le Honduras. » Il a beaucoup aimé cette phrase. « Écoute David, me dit-il, parfois nous plantons des arbres et nous ne savons pas qui profitera de leur ombre. Aujourd’hui, nous plantons un arbre, qui est l’arbre de la Fraternité en Amérique centrale et j’espère que demain, cet arbre donnera de l’ombre aux cinq pays et mettra fin aux frontières. 

Pour immuniser toute la population de nos sept municipalités, nous avons besoin de 70 000 doses, et nous faisons des efforts pour tenter de les obtenir. Parce que nous savons que, par exemple, aux États-Unis, dans de nombreux États, les gens ne veulent pas se faire vacciner. Nous pensons que dans ce cas, s’il y a des États qui ont des vaccins approchant de leur date limite, alors nous pourrions les recevoir en don et les utiliserions immédiatement. Parce que nous avons déjà une certaine expérience, nous savons de combien de vaccins nous avons besoin et qu’en faisant cela, nous sauvons des vies.

Cette expérience a été difficile, aussi, parce qu’il y a un tel besoin de vaccins dans nos communes que les gens se disent, « bien, ils nous offrent de l’argent, ils offrent de nous corrompre pour que nous leur donnions un vaccin ». Mais nous, les sept maires, avons été très droits sur ce point, et très clairs : la bonne réputation de notre pays est en jeu. La bonne réputation et le prestige de chacune de nos communes sont en jeu, nous respectons nos engagements, notre parole de loyauté, d’engagement et d’amour de nos semblables avec le peuple du Salvador, et nous ne les décevrons pas. Le peuple, pas seulement celui de ma ville, mais celui de toute la nation, est sorti pour nous soutenir. Le pays entier, et pas seulement nos sept municipalités, mais les 291 autres communes du pays nous soutiennent à 100 %.

Je voudrais vous dire, honnêtement, quelle immense satisfaction et l’apaisement que ces doses de vaccin ont apportés à notre population. C’est énorme, il n’y a pas de mots pour décrire cela ! Et si nous, les sept maires, devions le refaire, 100 fois, nous le ferions pour le bien de notre population. Comme je l’ai dit, nous frappons aux portes. Nous savons que Cedros a 28 500 habitants, et ils nous ont donné 4760 doses… Nous savons bien qu’avec cela, nous ne pouvons pas vacciner 80 % de notre population, mais les gens sont quand même très reconnaissants que nous ayons déjà pu faire cela. Laissez-moi vous le dire, mon rêve est d’être capable de vacciner au moins 50 % de ma population. Cela représenterait environ 14 000 doses.

Avec cela, je puis vous garantir que nous donnerions une leçon très positive à toutes les autres communes : premièrement, que quand on veut quelque chose, on peut l’obtenir. Deuxièmement, que lorsqu’on frappe aux portes, elles s’ouvrent pour nous. Et troisièmement, lorsque les choses sont gérées de manière transparente, Dieu vous prête main forte.

Nous sommes tellement reconnaissants au Salvador qu’honnêtement, lui dire merci nous paraît bien insuffisant ! Mais pensez-y, si je suis en train de vous parler ici, c’est grâce à cette très bonne action que les gens du gouvernement salvadorien ont accomplie. C’est sur cela que nous devons capitaliser : voir ce que nous pouvons réellement réaliser, pas seulement pour la ville de Cedros, mais pour les gens les plus pauvres, ceux qui ne savent même pas ce qu’est un vaccin.

Samedi dernier, je suis allé dans les quartiers les plus arriérés de ma municipalité. Des gens qui vivent dans un dénuement total ! Là-bas, pas d’électricité, pas de radio, pas de télévision. Et nous avons dû les convaincre de la nécessité de se faire vacciner, car ils ne savaient même pas ce qu’était le Covid ! C’est le niveau d’éducation que nous avons dans notre pays aujourd’hui.

Tout comme le Salvador, le Honduras n’est pas en guerre. C’est un mensonge ! Nous avons les problèmes des Maras et des gangs, qui sont un fléau bien connu de toute la population. De plus, il y a beaucoup de migration vers les pays du Nord. Notre population compte beaucoup de jeunes. Par exemple, à Cedros, nous avons environ 7000 jeunes entre 15 et 30 ans. C’est d’eux qu’on doit s’occuper. C’est la population qui se tourne vers les États-Unis, causant des problèmes dans tout ce qu’elle traverse, en transit, à la recherche de nouvelles opportunités pour gagner sa vie. Si nous aidions ces gens directement, dans leurs communes, ils pourraient y vivre, sans avoir besoin d’émigrer.

Parce que ces jeunes pourraient réellement faire ce que vous avez mentionné : vacciner les gens, réparer les routes, les écoles, construire des hôpitaux… faire tout cela.

Ce serait fabuleux !

Toute la conférence

Dans cette conférence