« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Devenir le bon samaritain

23 mai 2024

Compte-rendu de la 50ème réunion de la Coalition internationale pour la paix, le 17 mai.

Helga Zepp-LaRouche, fondatrice et présidente de l’Institut Schiller, a introduit la 50e réunion de la Coalition internationale pour la paix en discutant des implications de la tentative d’assassinat du Premier ministre slovaque Robert Fico hier en faisant référence à l’évaluation du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, selon laquelle ce crime doit être considéré dans le contexte de la préparation occidentale à une guerre contre la Russie. Mme Zepp-LaRouche a passé en revue les attaques de la presse contre Fico par divers fonctionnaires internationaux de l’anglosphère, qui l’ont accusé de « polarisation » du simple fait que Robert Fico questionnait l’utilité des sanctions contre la Russie. Il suggérait notamment que la guerre en Ukraine a commencé à cause d’éléments nazis terrorisant le Donbass et soulignait que l’OTAN n’a pas tenu sa promesse faite en 1990 à la Fédération de Russie de ne pas se déplacer vers l’Est.

Ces propos avaient de quoi déplaire dans un contexte d’effondrement accéléré de la démocratie dans de nombreux États européens, où la liberté d’expression est de plus en plus menacée. Mme Zepp-LaRouche a également souligné que l’assassin de Robert Fico appartenait à une organisation appelée « Slovaquie progressiste », qui doit faire l’objet d’une enquête plus approfondie, la question étant de savoir s’il était vraiment « l’assassin solitaire » que l’on a décrit.

Que la situation stratégique internationale ne cesse de s’enveniment a été illustrée par la déclaration du secrétaire d’État américain M. Blinken qui, en réponse aux déclarations russes, a dit que l’Ukraine peut faire « ce qu’elle décide » avec les armes américaines, mais « toutes les armes du monde ne peuvent pas compenser le fait qu’ils manquent de soldats ».

L’importance du partenariat stratégique entre les présidents Poutine et Xi, qui provoque une grande agitation chez les néolibéraux et les néoconservateurs, a été également abordé tout comme le fait qu’il est extrêmement important que l’Afrique du Sud soit retournée devant la Cour internationale de justice pour exiger qu’Israël applique les décisions de la CIJ.

Le père Harry Bury, coordinateur du projet des villes non violentes de St. Paul, Minnesota, et membre éminent de Pax Christi et de l’Association des prêtres catholiques américains, a ensuite rapporté comment les évêques et les religieux catholiques de Washington, de l’Oregon et du Montana ont présenté un plan de paix pour Gaza, qui appelle à un cessez-le-feu, à l’échange mutuel des otages et à une solution à deux États, lequel inclut un renouveau du développement d’Israël et de Gaza tout à fait en convergeance avec le plan Oasis proposé à l’origine en 1975 par l’économiste Lyndon LaRouche. Le père Bury a souligné que le plan Oasis ne signifie pas seulement le développement de l’Asie du Sud-Ouest, mais celui du monde entier.

Bien qu’il n’ait pu être présent, Jeffrey Sachs, économiste américain et analyste des politiques publiques, a transmis une vidéo dont un extrait a été diffusé. « La solution politique est qu’il y ait un État de Palestine et qu’il vive aux côtés de l’État d’Israël », a-t-il déclaré. Mais le veto américain au Conseil de sécurité de l’ONU est l’obstacle à cette solution. Les nations de la région sont prêtes à faire la paix avec Israël, mais elles ne veulent pas que la Palestine vive sous un régime d’apartheid, ou pire, sous un régime génocidaire. Le peuple américain et le monde entier veulent que la Palestine ait des droits. Le gouvernement américain se fait du tort à lui-même et à Israël, qui est considéré comme « un État criminel de guerre protégé par les États-Unis ».

En référence au plan Oasis proposé comme un élément clef de toute solution de paix, M. Sachs est tombé d’accord qu’il « Il y a une crise de l’eau et le dessalement [de l’eau de mer] est la solution », tout en constatant amèrement qu’ « Israël est absolument radicalisé, extrémiste, par rapport à ce qu’il était il y a 25 ans ». Il a également qu’un retour aux frontières de 1967 est nécessaire assorti d’un cadre économique qui aille de pair avec cela. Il a en outre expliqué l’importance de l’encyclique du pape François d’octobre 2020, « Fratelli Tutti ! » (« Sur la fraternité et l’amitié sociale ») dans laquelle le pape François insiste sur le fait que la seule façon de sauver le monde est pour chacun de se conduire comme le bon samaritain (...) que Saint François « déclare bienheureux tous ceux qui aiment leur frère ’autant quand il est loin de lui que quand il est avec lui’ ».

Jeffrey Sachs s’est par ailleurs étonné que Joe Biden n’ait pas essayé de parler à Poutine une seule fois depuis 2021 : « C’est le signe révélateur de l’insouciance et de la stupidité de la politique américaine ». Les États-Unis n’ont pas l’idée de la diplomatie : « Nous avons un secrétaire d’État, mais nous n’avons pas de diplomate. »

Moubarak Awad, fondateur de Nonviolence International, a fait le point sur Gaza et le conflit israélo-palestinien. Il s’est décrit comme un Palestinien chrétien, déporté en 1988 par Israël, et pleinement engagé dans la politique et la pratique de l’action directe non violente. Il a proposé sept mesures pour mettre fin au cycle actuel de la violence. Premièrement, aux Palestiniens, il dit sans compromis : arrêtez de tuer les Israéliens ; accueillez-les comme des voisins ; choisissez vos dirigeants par des élections. Aux Israéliens : arrêtez de tuer les Palestiniens ; mettez fin au siège de Gaza ; annulez les acquisitions de terres ; mettez fin à l’apartheid ; ne faites pas le sale boulot de l’Amérique.
Aux médias internationaux, M. Awad demande de cesser d’utiliser le mot « terroriste » pour décrire les acteurs des deux camps. Aux Américains et aux Européens, il dit : il n’y a pas de solution militaire. Arrêtez de fournir des armes pour tuer.

M. Awad, a insisté sur la nécessité d’une solution humanitaire pour Gaza. Pourquoi construire un port au lieu d’obtenir d’Israël qu’il ouvre l’accès par voie terrestre ? Son message aux soldats ? N’abrégez la vie de personne, ne cherchez pas à vous venger, tout en applaudissant les Israéliens qui refusent de se battre et en exprimant son inquiétude pour ceux qui reviennent traumatisés de Gaza. « Chaque pays qui en attaque un autre a un problème avec ses soldats qui reviennent. »

Mme Helga Zepp-LaRouche a rebondi sur les propos de Moubarak Awas en interpelant les auditeurs : « Pourquoi la communauté internationale reste-t-elle là à regarder ce qui se passe ? Si nous ne pouvons pas intervenir lorsqu’il y a un génocide sous les yeux du monde, qu’est-ce que cela dit de nous ? » Elle a indiqué qu’en revanche, les réactions au Plan Oasis ont été extrêmement positives, quel que soit l’endroit où il a été présenté.

Jason Ross a présenté un bref rapport sur la réunion du comité de l’énergie de l’IPC pour le plan Oasis qui s’est tenue la semaine dernière. Ce comité se penche sur la question des exigences techniques du plan. Un million de mètres cubes d’eau par jour serait un bon objectif pour le dessalement, et il incombe au comité d’identifier non seulement les nations, mais aussi les secteurs de l’ingénierie, de la gestion de l’eau, de la construction, etc. qui sont nécessaires pour réaliser ce rêve.

Au cours de la période de discussion qui a suivi, un représentant du JFK Peace Speech Committee a invité les participants à prendre part à leur prochaine réunion du 10 juin sur Zoom. Le Comité tire son nom du discours d’ouverture de l’American University prononcé le 10 juin 1963 par le président Kennedy, qu’il a qualifié de « peut-être le discours le plus important jamais prononcé par un président américain ». Il s’agissait d’une tentative audacieuse d’inverser la direction et de s’éloigner de la guerre froide.

Michelle Rasmussen, directrice de l’Institut Schiller danois, a présenté un rapport sur la conférence organisée par l’Institut le 8 mai au Danemark à l’intention des diplomates, qui faisait suite à la conférence sur le plan Oasis organisée par l’Institut Schiller le 13 avril. Les vidéos et les transcriptions sont disponibles ici.

Un professeur d’université de Cisjordanie a rappelé aux participants que les attaques d’octobre 2023 ne sont pas la véritable raison du conflit israélo-palestinien. Il a illustré le caractère surréaliste de la vie à Gaza pour ceux qui ont essayé d’éviter tout engagement politique et qui n’ont eu aucun contact avec le Hamas. Il a été le témoin oculaire d’un événement survenu dans un village de 2 000 habitants près de Naplouse : Il y a quelques jours, trois jeeps des FDI sont entrées dans le village, ont commencé à tirer sans raison, puis sont reparties aussi soudainement qu’elles étaient arrivées, sans aucune explication. D’autres ont parlé de leur frustration à essayer de persuader les autres, ainsi que de leur crainte que ce que font les citoyens individuels ne serve à rien face à la folie des institutions et des soi-disant élites.

Dans ses remarques finales, Mme Zepp-LaRouche a mentionné les tentatives actuelles de fomenter des « révolutions de couleur » dans les États dissidents de Hongrie, de Slovaquie, de Serbie et surtout de Géorgie. Au cours de la discussion, un vétéran militaire avait soulevé la question de la conception de la « guerre juste » de Saint-Augustin, suggérant que les Palestiniens à Gaza et les Russes en Ukraine pourraient être considérés comme menant des guerres justes. En réponse, elle a proposé que l’ensemble de la question de la non-violence, ainsi que le sujet spécifique de la guerre juste, soient discutés de manière plus intensive par un comité de la CIP, et que les résultats soient ensuite présentés à l’assemblée. Elle a fait remarquer qu’à l’époque de Saint-Augustin (354-430 après J.-C.), les armes nucléaires n’existaient pas. Le monde d’aujourd’hui exige un changement d’identité humaine. « La violence est une forme de manque de développement du caractère des personnes », a-t-elle ajouté. Revenant sur l’idée du bon samaritain évoqué par Jeffrey Sachs, elle a indiqué que cette idée trouve un écho dans les « Lettres de Kallias » de Friedrich Schiller : le bon samaritain incarne le concept cher à Schiller de « belle âme », dont les émotions le conduisent naturellement à faire ce qui est moralement nécessaire. « Nous nous trouvons dans ce qui est peut-être la pire situation à laquelle l’humanité ait jamais été confrontée », a-t-elle déclaré, mais il ne sert à rien de se contenter d’être bouleversé : « Nous devons utiliser cette énergie pour transformer la situation ».

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