« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller
Elle a rencontré quelques dirigeants tels que le Premier ministre Indira Gandhi et le président mexicain José Lopez Portillo. Helga souligne qu’ils promouvaient dès le début des années 1990 le développement d’un « pont terrestre eurasiatique » basé sur les infrastructures mais que ce dernier n’a pas reçu de réponse favorable de la part des Etats-Unis. « Le seul gouvernement ayant répondu positivement a été la Chine », précise-t-elle.
En 1996, elle retourne pour la première fois en Chine pour y prendre la parole et assister à une conférence sur le développement eurasiatique. Elle découvre alors une Chine totalement différente de celle qu’elle avait connue 25 ans auparavant. Les centaines de milliers de vélos qui remplissaient les rues avaient été remplacés par des voitures.
Cependant, si l’on compare 1996 avec aujourd’hui, le développement de la Chine est encore plus spectaculaire. « Le modèle économique chinois est celui ayant le plus de réussite », affirme-t-elle en ajoutant que la Chine a sorti des millions d’individus de l’extrême pauvreté ces dernières décennies.
Depuis lors, elle se rend fréquemment en Chine, y parle aux colloques des think-tanks, y compris à l’Institut chinois des relations internationales contemporains (CICIR) et à l’Académie chinoise des sciences sociales (CASS).
Lors d’un déplacement en 2014 pour explorer l’ancienne Route de la soie dans le nord-ouest de la province de Gansu, Helga est émerveillée de voir la réalisation du tronçon ferroviaire Lanzhou-Urümqi lancé en même temps et à toute vitesse à partir de plusieurs endroits en plein désert. La ligne, longue de 1776 km, va être ouverte avant la fin de cette même année.
En 2013, Helga s’enthousiasme lorsque le Président Xi Jinping révèle le lancement de l’initiative Une ceinture, une route (BRI). Le BRI, à l’époque connu sous le nom de Ceinture économique de la Route de la soie et Route de la soie maritime du XXIe siècle, est une stratégie de développement proposée par Xi pour mettre l’accent sur la connectivité et la coopération entre les pays.
Elle ne cesse d’en parler depuis. L’Institut Schiller qu’elle a fondé en 1984 a également consacré un grand nombre de publications sur le sujet.
En mai 2017, Helga se rend à Beijing pour participer au Forum de la Ceinture et de la Route pour la coopération internationale, une rencontre qui a été honorée par la participation de 29 chefs d’Etat et des représentants de plus de 100 pays. « J’étais vraiment heureuse d’y participer tant on s’est battus longtemps pour cela. Je m’identifie en quelque sorte à la réussite de ce projet », nous confie-t-elle.
Helga a parlé à de nombreux participants africains et sud-américains présents à la réunion et estime qu’ils partagent le même sentiment : « Nous sommes fiers de participer au moment historique que représente la naissance d’un nouveau paradigme pour l’humanité. C’était un sentiment très fort », rapporte-t-elle.
Elle se dit extrêmement impressionnée par l’allocution de Xi, discours qu’elle qualifie de « très riche », reflétant des idées d’harmonie dignes d’un philosophe confucéen.
L’Institut Schiller a également organisé des conférences dans plusieurs villes américaines, de San Francisco à Detroit en passant par New York, pour promouvoir le BRI et appeler les Etats-Unis à y participer.
A l’opposé de l’administration Obama, qui était plus réticente quant aux initiatives chinoises de la BAII et du BRI, le président américain Donald Trump a inscrit à l’ordre du jour et comme une priorité la reconstruction des infrastructures. Il a également envoyé au Forum de Beijing une délégation « inter-agence » sous la direction de Matthew Pottinger, responsable senior pour l’Asie de l’Est au Conseil national de sécurité.
Helga est convaincue que les apports capitalistiques chinois pourront contribuer à la construction d’infrastructures américaines.
Selon ses calculs, les Etats-Unis auront besoin de 40 000 miles (64 373,76 km) de voies de chemin de fer rapides s’ils souhaitent se hisser au même niveau que la Chine, en reliant toutes les grandes villes américaines entre elles avec des liaisons rapides d’ici 2020.
« L’économie américaine connaîtrait un boom fantastique grâce à un tel investissement dans le développement infrastructurel à grande échelle. En retour, elle pourrait exporter sur le marché chinois en forte croissance. Une fois la compétition substituée par la coopération, les occasions pour nouer des partenariats entre les Etats-Unis et la Chine dans des pays tiers serait énorme », affirmait-elle en mai lors d’un séminaire à Beijing.
Helga a exprimé à plusieurs occasions son respect pour Xi lorsqu’il appelle à « une communauté de destin », un avenir commun et partagé pour l’humanité.
Lors d’un séminaire en juillet, elle souligne que le sujet de la BRI n’est pas juste de l’infrastructure et de la croissance économique, mais un paradigme nouveau qui tire un trait sur la géopolitique.
Helga est également heureuse de constater l’investissement croissant de la Chine en Afrique.
« Si vous regardiez l’Afrique sans l’investissement chinois, l’espoir serait absent. Aujourd’hui, l’espérance y prospère » déclare-t-elle en évoquant la construction, par deux groupes chinois, d’une ligne ferroviaire électrifiée de 752 km reliant la capitale éthiopienne Addis-Abeba au port de Djibouti, constituant la véritable artère économique du pays.
Fin mai, le Kenya a également inauguré son plus grand projet infrastructurel depuis 50 ans : un chemin de fer reliant la capitale Nairobi au port de Mombasa, un projet de 3,2 milliards de dollars, lui aussi financé par la Chine.
Helga s’enthousiasme à l’idée que la Chine aidera l’extension de ces voies de communication vers le Rwanda, l’Ouganda et le Congo, afin de pénétrer « pour la première fois », au cœur de l’Afrique.
« Je me suis entretenue avec plusieurs diplomates africains qui m’assurent que pour la première fois ils peuvent entrevoir la fin de la pauvreté et des obstacles au développement, et cela, grâce à l’aide chinoise », affirme-t-elle.
Elle est déçue que les Européens parlent des droits de l’homme et de la démocratie mais ne disent rien sur le développement de l’Afrique, soulignant que ce sont les Chinois qui font le travail sur le terrain.
Un rapport publié en mai par le cabinet Ernst & Young affirme que la Chine a investi dans 293 projets. Il s’agit d’investissements étrangers directs (FDI) pour un montant total de 66,4 milliards de dollars, avec la création de 130 750 emplois. Le commerce bilatéral entre la Chine et l’Afrique a également dépassé les 137 milliards de dollars en 2016.
Selon le même rapport, à part le commerce et le FDI, des entreprises chinoises et des entités dans le giron de l’Etat chinois ont financé et construit de nombreux projets d’infrastructures sur tout le continent, y compris des ports, des routes, des chemins de fer, des barrages, des réseaux de télécoms, des centrales électriques et des aéroports. Le rapport affirme également que la BRI pourrait représenter une situation gagnant/gagnant pour la Chine et l’Afrique.
En citant le consul d’Ethiopie, Helga écarte d’un revers de main l’a priori négatif de certains occidentaux envers les motivations chinoises en Afrique. Interrogé lors d’un colloque en Allemagne sur d’éventuelles visées inavouées chinoises dans son pays, il avait répondu : « Non, car l’Ethiopie ne dispose quasiment pas de matières premières ».
Helga dit que ce que la Chine fait aujourd’hui donne un sens à ce qu’elle-même et ses collègues ont défendu et fait ces derniers quarante ans.
« On est comblé. C’est une chose pour une petite organisation comme la nôtre de produire des idées, c’en est une autre lorsque le plus grand pays du monde commence à les mettre en pratique », lâche-t-elle.
Helga dit regretter que son mari n’ait jamais encore pu se rendre en Chine. « Il aurait tellement aimé. Aujourd’hui, il est âgé de 94 ans, donc ce sera difficile, mais pas impossible ». « Il adore la Chine. Il est convaincu que l’initiative chinoise (BRI) constitue à l’heure actuelle l’évènement le plus important sur la planète », conclut-elle.