« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Visioconférence internationale des 20 et 21 mars

Un appel à l’action

Troisième table ronde

27 mars 2021

Jacques Cheminade, président de Solidarité & Progrès

Nous sommes arrivés à l’un de ces moments de l’histoire où la capacité de survie de l’humanité est en jeu. Après avoir entendu les intervenants des précédentes sessions de cette conférence, personne ne peut le nier.

C’est un moment tragique parce que les principaux dirigeants mondiaux, du moins dans notre monde occidental, ont perdu leur engagement à se soucier des autres, de « l’avantage d’autrui » tel que défini par le traité de Westphalie de 1648, clé pour établir la paix entre nations.

Nous deviendrions nous-mêmes des héros tragiques si nous cédions à la dynamique autodestructrice de nos sociétés, en nous souciant davantage de notre propre destin que du bien commun de l’humanité. Ce que j’entends par un « appel à l’action » ne consiste pas à dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou non, ce qui serait certainement absurde, mais à donner à travers ma contribution sur ce qui doit être fait, un sens de l’engagement commun de nous tous ici, pas encore comme une force en nombre mais comme le principal potentiel pour le monde à venir, par notre engagement pour le bien commun, le « bien-être général de nous-mêmes et de notre postérité ». En tant que membres ou amis de l’Institut Schiller, d’origines géographiques et intellectuelles multiples, nous agissons pour la coïncidence des opposés, pour une finalité supérieure sans cesse renouvelée, dans un sens moral, politique, économique et esthétique, pour atteindre une unité à partir de ce qui a inspiré nos contributions.

Nous refusons de devenir des Hamlet, égoïstement obsédés par une culture de la mort. Nous avons moins d’excuses aujourd’hui pour rester à un niveau académique et existentialiste que nos prédécesseurs avant la Seconde Guerre mondiale. Écoutons ce qu’avait dit à l’époque Leo Alexander, conseiller expert auprès du Tribunal de Nuremberg, sur les crimes et péchés politiques commis par les nazis, par action et par omission :

« Quelle que soit l’ampleur de leurs crimes, il est apparu clairement à tous ceux qui les ont étudiés qu’ils ont commencé de façon anodine. Au départ, il s’agissait seulement d’un subtil changement d’orientation dans l’attitude des médecins. (...) Il est important de comprendre que le levier infiniment petit qui déclencha cette tendance venait de l’attitude adoptée face aux maladies incurables. »

Soyons francs, nous avons moins d’excuses. Déjà, dans les années 1980, le penseur et économiste américain Lyndon LaRouche nous avertissait que, potentiellement, les actes criminels commis à cette époque risqueraient d’avoir un impact bien pire que ceux d’Adolf Hitler.

Certains ont pris cela pour une provocation ou une figure de style, mais ce qui se passe dans le monde depuis lors, confirme pleinement ce potentiel néfaste.

Nous ne sommes pas seulement confrontés à des « changements subtils ». Alors que des gens meurent de faim, que des pays comme le Yémen et la Syrie sont torturés, que la majeure partie du monde est privée d’un secteur de santé publique digne de ce nom pour lutter contre les pandémies, nos dirigeants détournent la tête ou, pire, participent aux crimes.

Cela a été dit mieux que je ne pourrais le faire par les orateurs précédents. L’humiliation de l’autre est devenue un comportement commun et bestial. Le « Grand Bond en arrière » financier, dans les griffes d’une dictature financière verte, est devenu la politique de l’Occident, menant inéluctablement, si elle est appliquée, en raison de l’absence de développement économique réel, à une politique que les gens polis appellent réduction démographique et, pour les moins polis, « meurtre de masse ». Aux États-Unis, on a émis plus d’argent en quelques mois qu’en deux siècles d’histoire américaine. Et le Japon, l’Europe occidentale et l’Amérique latine vont dans la même direction, offrant de l’argent aux gestionnaires d’actifs et non aux investissements productifs. En conséquence, la production économique actuelle et celle attendue à l’avenir ne seront même pas en mesure de maintenir le niveau de vie actuel de la population mondiale. Il ne s’agit pas d’une erreur technique, mais d’une politique délibérément destructrice, imposée par une oligarchie obsédée à maintenir son pouvoir contre les intérêts des autres.

Un tel comportement maléfique mène à la guerre.

Joe Biden, le président des États-Unis, a osé qualifier le président russe de « tueur ». Alors que Poutine l’a pris avec son sourire ironique, l’ambassadeur russe à Washington a été rappelé à Moscou et Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe, a déclaré : « Je ne peux que citer Freud : rien dans la vie ne coûte plus cher que la maladie et la stupidité. »

Dans le même temps, les États-Unis ont annoncé leur engagement à déployer des « mini-nukes » (bombes atomiques de petite taille), abaissant ainsi le seuil de la guerre nucléaire. L’OTAN déploie ses exercices militaires Defender 2021 à proximité des frontières russes et Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, appelle à une « OTAN mondialisée », étendue à l’Asie, tandis que le gouvernement britannique poursuit son rêve agressif de Global Britain.

Les politiques occidentales sont encore pires envers la Chine, comme nous le savons tous. Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken, le secrétaire à la défense américain Lloyd Austin et l’ensemble de l’administration Biden appellent ouvertement à se préparer en commun pour affronter militairement la Chine.

Du Project for a New American Century (PNAC, en français Projet pour un nouveau siècle américain) de l’ère Cheney, au document sur la stratégie de défense nationale de 2018, en passant par l’actuelle orientation stratégique intérimaire en matière de sécurité nationale et la lettre signée par le président Biden sur le cadre juridique et politique régissant le recours à la force militaire par les États-Unis et des opérations de sécurité nationale connexes, le même ton belliciste prévaut, avec quelques références hypocrites à la « démocratie » et à la « responsabilité de protéger ».

Nous disons « non » à toutes ces menaces. Il est devenu impératif de dissoudre l’OTAN pour mettre fin à ces menaces impériales. Le Cercle de réflexion interarmes français (CRI), composé de généraux à la retraite, a appelé à « arrêter le train fou de l’OTAN » avant qu’il ne soit trop tard. Mais il faut faire beaucoup plus.

Dans cette situation, la présidente de l’Institut Schiller, Mme Helga Zepp LaRouche, appelle :
— à l’établissement immédiat d’un système de santé moderne dans chaque pays du monde ;
— au doublement de la production agricole mondiale afin d’éliminer la faim et la pauvreté pour une population mondiale croissante ;
— à la fin de l’économie de casino par une loi Glass-Steagall mondiale permettant de séparer les banques ;
— à un nouveau système de crédit (un « nouveau Bretton Woods ») permettant de fournir du crédit productif pour investir dans l’économie réelle ;
— à la création de 1,5 milliard d’emplois productifs pour reconstruire l’économie mondiale après la pandémie ;
— à une coopération plus forte avec la Russie et la Chine pour développer la Nouvelle Route de la soie en Asie du Sud-Ouest, en Amérique du Sud et en Afrique, s’attaquant ainsi aux causes profondes de la crise des réfugiés tout en instaurant un ordre de paix durable.

J’ai fait des propositions similaires pour mon pays, la France. J’entends trop souvent dire : « Les conditions ne sont pas réunies... C’est trop beau pour être vrai... » Et même « Je pense que l’être humain n’est pas aussi bon que vous le pensez ».

C’est la déchéance morale des populations de notre monde occidental. Confrontées au mensonge permanent de leurs dirigeants, elles ont trop souvent perdu leur foi dans le Bien. C’est pour lutter contre ce pessimisme culturel que je lance cet appel à l’action.

Notre quatrième session montrera l’engagement de médecins, d’agriculteurs et d’individus agissant en première ligne pour la vie humaine, pour prouver que le Bien peut et doit se concrétiser, qu’un monde meilleur est possible, basé sur un engagement moral et tous les moyens potentiels de production et de transport pour construire des plateformes de développement humain. Les trois missions martiennes en cours expriment le même optimisme culturel, nécessaire à nous tous pour construire un monde d’explorateurs au-delà des frontières de l’univers connu, à la fois physiquement, mentalement et, au sens propre, spirituellement.

Je conseille vivement à ceux d’entre vous qui ne l’ont pas encore fait, de lire le livre The Earth’s Next Fifty Years de Lyndon LaRouche et à ceux qui l’ont déjà lu de le relire, afin de mieux explorer le potentiel de votre engagement, de devenir plus confiants dans vos propres pouvoirs. La bataille pour l’avenir n’est pas une leçon à apprendre par cœur et à suivre, mais un appel à créer dans nos esprits et à agir au nom de la justice.

Permettez-moi de vous rappeler le premier livre de Platon, La République, où il amène Glaucon, Polémarque et Thrasymaque à explorer ce qu’est « la justice ». Il leur montre que la justice ne consiste ni à se soumettre à l’opinion publique en espérant gagner des avantages, ni à servir ses amis et nuire à ses ennemis, ni à rechercher l’avantage du plus fort.

Socrate souligne que « l’amour de l’honneur et de l’argent est considéré comme une chose honteuse, et à juste titre ». « Le pouvoir est une tâche nécessaire, ajoute-t-il, pour y trouver, non pas son propre avantage, mais celui des gouvernés et surtout du plus faible d’entre eux. »

Voilà ce pour quoi nous devons nous mobiliser. La difficulté commence lorsque nous regardons la situation : les puissances occidentales divisant le monde en deux catégories, amis et ennemis, sans aucun sens du bien commun, infectant l’opinion publique avec cette vision, tout en promouvant le principe du « diviser pour régner » pour contrôler les populations. Cela conduit logiquement au monde de Thrasymaque et d’Alcibiade, c’est-à-dire à la domination par la force et à la guerre de tous contre tous.

Notre appel à l’action est donc un appel à changer la façon de penser de nos concitoyens et à agir pour que ce soit non seulement une possibilité, mais la chose la plus réjouissante à faire, car c’est amusant de faire le Bien.

Pour nous recruter mutuellement à cette mission, nous devons donc être impitoyables, car cela réclame le meilleur de chacun d’entre nous. C’est avec un tel engagement que Gandhi a obtenu l’indépendance de l’Inde et Martin Luther King la fin de la ségrégation. Le goût de la victoire est donc non seulement possible mais nécessaire.

Il s’agit d’aller beaucoup plus loin que Gandhi et Martin (et on peut en trouver d’autres), non pas pour les imiter en ceci ou cela, mais pour réaliser leur rêve. Réalisons de nombreux rêves et faisons résonner le tambour de l’histoire, mais cette fois, comme il a été dit lors de la première table ronde, avec la meilleure de toutes les musiques possibles afin d’atteindre l’harmonie des intérêts le long d’un pont terrestre mondial.

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