« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Conférence de Kiedrich

XII. Grands projets et haute technologie
Redécouvrir le volontarisme de la période de recontruction après-guerre

21 octobre 2007

par Pierre Chiquet

Pierre Chiquet est fondateur du centre spatial de Brétigny et de la plate-forme de lancement à Kourou.

Les organisateurs de ce colloque m’ont demandé d’apporter ici mon témoignage et je les en remercie, en particulier Madame Helga-Zepp-LaRouche.

On ne peut réellement se considérer soimême comme un expert que si l’on a conduit soi-même des réalisations et non si l’on s’est borné à faire des enquêtes, si fouillées soientelles, car l’expérience s’acquiert avec ses tripes. De ce point de vue, je dois préciser que ma vie a été consacrée exclusivement à des projets petits ou grands couvrant les domaines et les pays les plus variés, et j’ai toujours veillé à rester un homme libre.

Je ne me suis engagé dans aucun camp, et si j’ai toujours considéré qu’un pays ou une entreprise doit posséder des institutions, je considère aussi que celles-ci doivent être au service d’un projet et non l’inverse. Tous les choix de ma vie se sont donc faits en fonction des projets et non des institutions. Or les projets, ce sont des hommes et des femmes et ce sont eux qui m’intéressent.

Les projets sont le fait d’équipes et non d’institutions. A elles de savoir motiver ces hommes et ces femmes. C’est la somme des multiples projets réussis, grands ou petits, qui fait progresser le monde car la réactivité et la flexibilité face aux contraintes extérieures souvent imprévisibles se trouvent chez ces hommes et ces femmes, et non dans des institutions qui ont par essence un caractère rigide, de sorte que chacun, quel qu’il soit, doit participer à ce nécessaire progrès de l’humanité.

Si les institutions, au lieu d’aider ces hommes et ces femmes à se surpasser, car on ignore le plus souvent ses propres limites, les contrarient dans leur épanouissement, elles sont destinées à disparaître.

L’hégémonie soviétique qui a déclaré que Dieu n’existait pas et qui a donné le pouvoir à l’homme tout en lui interdisant la parole, a oublié que l’homme a une âme qui le ramène toujours vers Dieu, fût-ce dans ses derniers instants. Cette hégémonie a sombré. Sa faillite financière a trop masqué sa faillite morale. Une certaine hégémonie américaine qui a fait de l’argent son Dieu, tout en prétendant mettre Dieu à son service, qui adule les « winners » et qui méprise les « losers », qui s’offusque à raison qu’on ait détruit ses deux tours et ceux qui y travaillaient, mais qui ne s’est pas posé la question de savoir qui a créé Ben Laden, plus utile semble-t-il vivant que mort, et qui en tire prétexte pour massacrer ou laisser massacrer par sa faute des dizaines de milliers d’innocents, cette hégémonie-là est engagée sur une pente qui, sans contrition rapide, peut être fatale à la civilisation.

L’hégémonie chinoise, basée sur l’égocentrisme, connaîtra un jour son déclin avant peutêtre qu’une autre prenne la relève. Au cours de ma vie, j’ai été marqué par deux hommes qui avaient leurs qualités et leurs défauts, mais qui sortaient du lot. Si les grandes figures d’hommes et de femmes qui, transfigurés par l’Esprit, ont consacré toute leur vie à leur foi ont été nombreux au cours des siècles, il en est peu dans le monde temporel. De Gaulle et Kennedy ont eu le talent de se situer au-dessus de leur condition.

Un autre proverbe français dit que « nul n’est prophète en son pays ». Ils ont tous les deux été admirés et suivis par ceux à qui ils ont redonné l’espoir, et haïs et combattus par ceux qui n’ont pas voulu se remettre en cause, au point que l’un d’eux a échappé à un assassinat et que l’autre y est resté. Leur souvenir reste dans la mémoire de tous les peuples. Depuis qu’ils ont disparu, rien n’a arrêté le monde dans sa dérive suicidaire. J’ai eu l’inestimable chance d’être là quand a démarré de façon concrète la conquête spatiale. (…)

Faire l’impossible

Pour marquer son indépendance de Gaulle a décidé de doter la France d’une force de frappe nucléaire uniquement dissuasive qui était, à l’époque, la seule manière de se faire respecter.

Puis il a décidé, en s’appuyant sur la technique des lanceurs qui avaient été développés à cette occasion, de devenir un partenaire dans cette conquête de l’espace qu’avaient engagée concurremment l’URSS et les USA, en multipliant dès le début des coopérations pacifiques avec tous les pays qui le souhaitaient, en commençant par les deux grands protagonistes, sur des bases équilibrées, en faisant profiter toute l’Europe de ses avancées techniques, après avoir réussi à devenir la troisième puissance spatiale, avec des moyens très inférieurs à ceux déployés dans les deux grands pays mais en misant avant tout sur l’enthousiasme de la jeunesse.

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De Gaulle, JF Kennedy

De Gaulle avait compris que pour faire du neuf, il faut des hommes neufs autour d’un projet neuf dans de nouvelles structures adaptées. C’est ainsi qu’il avait créé en 1945 le CEA, commissariat à l’énergie atomique, et qu’il créa en 1961 le CNES, centre national d’études spatiales, car s’il pensait que la France ne pouvait rien faire sans l’Europe et sans une coopération poussée avec les autres grandes nations, il était aussi convaincu que sans l’initiative de la France il ne se ferait rien. Aujourd’hui encore le CNES n’a d’équivalent dans aucun autre pays européen. Au démarrage du CNES, sous l’autorité de son président Pierre Auger et de son remarquable directeur général, le général Aubinière, qui fut pendant 10 ans l’âme de ces débuts, nous étions trois :

  1. Le professeur Jacques-Emile Blammi a joué un grand rôle parmi ceux qui ont convaincu le général de Gaulle de créer le CNES à l’image de la NASA sur une base purement scientifique (il avait 35 ans) et il fut l’animateur scientifique du CNES.
  2. Michel Bignier fut son diplomate, en particulier dans la formation de nombreuses coopérations, comme celles qui, après bien des difficultés propres à l’Europe, devaient aboutir en 1975 à la création de l’agence spatiale européenne ESA (il avait 35 ans).
  3. J’étais le plus jeune. J’avais 31 ans. Nous n’avions pas d’argent et nous ne savions pas, en ce début de 1962, ce que nous devions faire, ni jusqu’où nous irions, mais nous avions une foi inébranlable dans notre pays, soutenus comme nous l’étions par un président lucide et déterminé, et si nous avons réussi au-delà de toute espérance, c’est parce que nous ne savions pas que c’était impossible, contrairement à presque tous les autres.

Il en est ainsi dans la recherche. Contrairement à ceux qui font l’inventaire des obstacles avant de bouger le petit doigt et le plus souvent de renoncer, nous avons bousculé les obstacles au fur et à mesure qu’ils se présentaient ou, lorsque c’était impossible, nous les avons contournés sans états d’âme.

J’entends très souvent cette question imbécile : « Pourquoi faire de la recherche lorsque nous ne savons pas où elle nous mène ? » C’était encore récemment la position de la commission de Bruxelles, de ceux qui n’ont pas les mains dans le cambouis et qui ignorent les ressources de l’homme.

Mais si l’on recherche c’est justement qu’on ne sait pas ce que l’on va trouver, si non ce n’est plus de la recherche, et établir la recherche sur une rentabilité prévisible est utopique.

Les progrès du monde se sont faits par des pionniers qui n’avaient pas cette attitude si répandue. Ne sont-ils pas considérés comme des fous ? Si l’on jette un coup d’oeil en arrière, sur le siècle qui vient de s’écouler, on a la preuve de la rentabilité a posteriori de la recherche, à un niveau que nul n’aurait osé imaginer.

J’ai ainsi mis en place progressivement toutes les structures opérationnelles du CNES sur lesquelles s’appuie encore l’Europe, ses différents centres de recherches, celui de Brétigny dans la région parisienne, puis celui de Toulouse qui lui a succédé dix ans plus tard dans le cadre d’une politique nationale de délocalisation, les premières équipes qui ont développé les techniques satellitaires (à titre d’exemple, il fallu en deux ans faire passer les composants électroniques d’une fiabilité de 1 pour 1000 à 1pour 10 millions), et formé dans les laboratoires tous les industriels français mais aussi les premières équipes allemandes dans le cadre du projet de satellite expérimental de télécommunication Symphonie (nom donné par les Allemands pour établir le lien avec la musique).

Puis les premières équipes qui ont été à l’origine d’Ariane, aujourd’hui le lanceur de satellite le plus puissant au monde, et d’Arianespace, après que j’aie eu la tâche de convaincre le gouvernement de retirer aux militaires les lanceurs civils pour les donner au CNES, comme l’avait obtenu la NASA aux Etats-Unis, le réseau de stations de poursuite et de télémesure et le grand centre spatial de Kourou qui a arraché la Guyane, pays abandonné à la tombe des souvenirs du bagne et qui est aujourd’hui le meilleur centre de lancement spatial au monde où le vétéran des lanceurs Soyouz, qui lança le premier homme dans l’espace, va entamer sa nouvelle carrière en 2008, en additionnant sa fiabilité ( plus de 1700 lancements) et son faible coût au gain essentiel qu’apporte la position équatoriale de Kourou (économie de plus de 35 % sur le poids du satellite équatorial, par rapport au site de Baikonour).

Une aventure exaltante

C’est cette aventure exaltante des hommes et des femmes, plus importante encore que la progression exceptionnelle des techniques qu’ils ont promues, même si celle-ci ont été décisives, que j’ai voulu raconter dans mon livre Cap sur les étoiles. L’Europe spatiale, sans en faire autant, se maintient aujourd’hui, au niveau des plus grandes puissances et il est vraisemblable que c’est son vaisseau entièrement automatique de 20 tonnes, Jules Verne, lancé par Ariane, qui sera seul dans les prochaines années, capable d’assurer le ravitaillement de l’I.S.S., station spatiale internationale.

Ceux qui s’intéressent à cette page glorieuse de l’histoire de l’Europe spatiale et aux hommes et aux femmes qui l’ont écrite, trouveront ce livre sur « Amazone » ou en s’adressant directement à moi, depuis que mon éditeur a fait faillite. Quelle leçon peut-on tirer de cela ? C’est bien le projet qui a conduit des jeunes de toutes provenances, la plupart sortant d’école, âgés de 25 à 30 ans, sans plan de carrière, dans l’enthousiasme des défis impossibles, dans une véritable aventure d’hommes, de vrais hommes qui ont compris que l’avenir de l’humanité repose sur le dépassement de soi-même.

C’est tout cela que j’ai voulu raconter pour que la jeunesse d’aujourd’hui sache ce dont elle peut être capable si elle n’écoute pas ceux qui leur répètent à satiété que le monde va inéluctablement à sa perte et qu’on n’y peut rien, alors que l’homme porte en lui une telle capacité d’adaptation qu’il peut renverser la tendance, s’il croit que l’amour est préférable à la haine. Puis le livre de la conquête planétaire par l’Homme s’est refermé sur cette dernière page du rêve lorsque l’homme n’est plus retourné sur la lune.

Kennedy avait disparu tragiquement de Gaulle avait quitté la scène qu’il avait occupée de façon si magistrale. La médiocrité s’est installée : les finances, le commerce et la guerre qui y ressemble ont repris le dessus. Des hommes ont continué à se battre dans l’ombre mais les dirigeants avaient la tête ailleurs. Les peuples eux-mêmes s’en sont désintéressés car l’homme n’était plus en première ligne, depuis ce saut de puce de Clément Ader en 1990, près de Paris (c’était hier, mon grand-père avait 30 ans), qui avait commencé à révolutionner le monde, il a 127 ans, à peine plus qu’une vie d’homme, sans que le monde s’en doute.

Si Clément Ader avait dit, après son fameux saut de puce, « dans moins de 80 ans, l’homme mettra les pieds sur la lune », tous ces gens convenables et bien pensant auraient dit « il est fou ! », comme lorsque Copernic puis Galilée ont déclaré que la Terre tournait autour du Soleil et non l’inverse, polémique avortée qui aurait dû clore de façon définitive cette opposition entre la religion et la science qui ne sont pas de même nature et donc ni démonstratives l’une par rapport à l’autre, ni opposables.

Une grande parenthèse de trente ans s’est ainsi ouverte, et ce sont les Chinois qui l’ont refermée avec l’envoi le 15 octobre 2003 de leur premier homme dans l’espace : une nouvelle conquête de l’espace va à nouveau bouleverser le monde et enthousiasmer les peuples de la Terre. Pendant ce temps, je suis allé vers d’autres aventures passionnantes même si elles étaient moins prestigieuses, avec la même confiance dans la jeunesse, mais je n’ai jamais manqué de projets à conduire et j’ai toujours pu compter sur une jeunesse aussi enthousiaste.

Les grands projets aujourd’hui

Aujourd’hui une nouvelle prise de conscience semble naître qui remet l’homme à sa place au centre de nos préoccupations, où que l’on soit dans le monde, tant en ce qui concerne ses aspirations spirituelles qui dépassent les conditions de son stage terrestre, que la terre sur laquelle il doit avoir la possibilité de tenir son rôle, car il est censé la gérer en bon père de famille alors qu’on y pratique la politique du pire.

Il est temps que l’on comprenne que l’énergie déployée à se combattre, le plus souvent au nom de causes plus que discutables, pour satisfaire des ambitions qui disparaîtront inéluctablement avec nous dans notre tombe, doit être réorientée vers un grand projet de l’humanité pour une terre ouverte à tous, où la solidarité doit être la règle.

Quelques grands responsables européens ont compris que pour éviter les guerres qui ont ensanglanté notre continent pendant des siècles, il fallait s’unir sur des projets concrets. Ce fut le début de l’Europe à six et son succès. Mais ces initiateurs sont morts, leurs successeurs ont oublié leurs raisons et l’élargissement de l’Europe s’est faite sur des critères qui donnent le plus souvent la priorité à des considérations financières, de sorte qu’à la confrontation par la guerre s’est substituée la confrontation par l’argent à laquelle si l’on y prend pas garde, peut peut-être bientôt s’ajouter la confrontation par la spiritualité, troisième volet de la volonté de puissance avec la guerre et l’argent.

Il faut aider les hommes de bonne volonté qui pointent du doigt tous les maux du monde pour y remédier par autant de projets :

  • celui de l’eau, celui de la nutrition, celui de l’énergie, celui de l’éducation, celui de la santé, celui de la pollution.

    En attaquant au niveau qui convient et avec ténacité ces grands projets, on traitera en même temps celui de l’insécurité qui puise ses sources dans l’injustice.

  • l’un des plus grands continents du monde, l’Afrique, qui bientôt aura une population de 2 milliards d’habitants, cumule tous ces problèmes et mérite une action spécifique de grande ampleur.

    L’évolution du climat de la terre qui, quoi qu’on en dise dans les expertises qui ne cessent de se contredire, car nous savons si peu de choses, dépend peu de l’homme comme le montrent les millénaires qui nous ont précédés.

Il y a donc urgence, tout en remédiant à ses excès propres qui concernent le gaspillage de l’énergie et la prolifération de ses déchets, à préparer l’homme à s’adapter à cette évolution qui, comme dans le passé, va bouleverser nos analyses géopolitiques.

L’occident doit d’urgence revoir sa copie. Un monde nécessairement multipolaire impose une action commune de grande ampleur qui ne soit dominée par aucun Etat, mais qui doit être animée avec rigueur par ceux qui ont la chance de pouvoir y apporter une contribution plus forte, dans le respect de la pluralité.

L’on sait maintenant, et c’est récent dans l’histoire du monde, que la Terre n’est pas le centre du monde, mais l’on sait aussi de plus en plus, jour après jour, que la Terre dépend étroitement de son environnement céleste. Quels sont les rôles du Soleil et des planètes dans l’évolution du climat terrestre ? On a bien attribué à un météorite la disparition des diplodocus.

L’aventure spatiale, telle que l’aurait souhaitée Kennedy, va à nouveau jouer un rôle-clé dans cette préparation de l’homme à l’évolution de son environnement, à sa protection contre tous les dangers qui l’attendent, catastrophes naturelles ou autres, annoncées ou non, qui ne cesseront sans cela de dévaster les populations.

Il faut donc faire un effort particulier sur la recherche spatiale. Déjà les renseignements qu’elle fournit sont considérables et remettent en cause bien des idées reçues, on ne saurait s’en passer ; ils sont pourtant insuffisamment pris en compte par les dirigeants politiques. La recherche spatiale est aussi un exutoire idéal pour canaliser l’énergie de conquête qui est dans l’homme et qui est nécessaire à la survie de l’espèce. Elle est d’essence pacifique. Elle permet aussi de diffuser la culture dans les endroits les plus reculés, à condition que cette culture ne soit pas mise sous tutelle, c’est pourquoi la Terre n’a pas que des problèmes financiers, qui ne sont que la conséquence de l’absence d’exigence morale.

Si l’on considère les milliers de milliards d’euros qui sont gaspillés dans les engins de mort et de destruction, ceux qui sont gaspillés dans les destructions qu’ils provoquent, dans les massacres de millions d’hommes et de femmes innocents, avec un résultat qui ne fait pas progresser l’humanité mais qui la fait reculer dans la honte, il n’existe aucune justification, sinon celle d’une rentabilité financière au profit de quelques-uns, au mépris du gouffre financier qu’ils ouvrent sous les pieds de tous les autres.

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Le satellite Jules Verne

Il est donc stupide, devant ce gaspillage, de se poser la question de la rentabilité des mesures que doit prendre le monde au profit de l’homme, en particulier : un grand plan d’investissement dans les structures de bases pour permettre aux hommes de vivre plus décemment et dans la paix, en particulier avec des liaisons terrestres plus adaptées dont l’électricité et le nucléaire qui lui est associé assurent l’avenir, que ne satisferont jamais au niveau nécessaire les liaisons aériennes dont l’avenir est également problématique car nous assistons sans doute à la dernière génération des avions fonctionnant au pétrole (les experts estiment qu’ensuite c’est l’hydrogène qu’il faudra utilisé, mais comment le produire le stocker, le rendre inoffensif ?), ni les liaisons maritimes qui ont toujours favorisé les pays maritimes (et l’on voit mal équiper tous les navires de réacteurs nucléaires).

Par ailleurs les liaisons par internet ne remplaceront jamais les contacts charnels et le dialogue qu’ils permettent, au contraire, ils raréfieront ces contacts et multiplieront les malentendus.

Le drapeau du libéralisme absolu est l’arme des plus forts contre les plus faibles et, si l’on a cru que le développement ouvert du commerce mondial allait tout résoudre, l’on s’est trompé tant qu’il ne sera pas encadré par un projet d’ensemble qui mette l’homme et la justice au centre de ses préoccupations.

Je pense que l’Europe dans ses débuts doit être prise en considération, comme un exemple. Donner la priorité aux projets plutôt qu’aux institutions qui génèrent inévitablement au cours du temps des contre-pouvoirs à l’action ; elles doivent être conçues en fonctions des projets et suivre leur sort.

Ce sont les projets concrets qui amènent les hommes à travailler ensemble sur un but commun qui n’est pas le conflit, à se connaître personnellement, à s’apprécier, voire à s’aimer, et à constater que le travail en commun améliore l’efficacité au plus près de la vérité et peut peut-être aller jusqu’à une certaine osmose, grâce à la richesse d’éclairages différents, dans une sorte de stéréophonie multipolaire.

Polarisons-nous donc d’abord sur les grands projets du monde ; leur rentabilité est assurée sur le moyen-long terme, si l’on sait mettre l’argent à leur service et non le contraire.

Il est donc nécessaire de soutenir ceux qui, dans les plus hautes responsabilités, ont compris tout ce que je viens d’exprimer.