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Wolfgang Schäuble : pas de joyeux Noël pour les retraités grecs

30 décembre 2016

Lorsque le Premier ministre grec Alexis Tsipras a décidé d’accorder une prime de Noël aux 1,6 million de retraités qui vivent avec moins de 800 euros par mois, prélevée sur un excédent du budget primaire plus important que prévu, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a aussitôt vu rouge. Tsipras a également décidé d’annuler la hausse de la TVA dans les îles les plus touchées par un afflux de plus de 50 000 réfugiés.

Malgré les tentatives de fomenter un ressentiment de la part d’autres retraités ailleurs en Europe, qui ne reçoivent pas de prime, il faut souligner que la plupart des retraités grecs ne perçoivent que 400 euros par mois, et que bon nombre d’entre eux ont encore à leur charge des enfants au chômage et leur famille. Malgré cela, Schäuble voudrait que les retraites, qui ont déjà été sabrées de plus de 50 %, le soient davantage.

Suite à ces décisions, le directeur du Mécanisme européen de stabilité (MES), Klaus Regling, a annoncé la suspension de la très faible baisse des taux d’intérêt appliqués à la dette grecque, baisse décidée le 5 décembre par l’Eurogroupe, sous prétexte qu’Athènes n’avait pas obtenu l’accord préalable de ses « créanciers ». En réalité, ni Regling, un comparse de Schäuble, ni le MES n’ont le pouvoir de suspendre ce programme, puisqu’il a été approuvé par les ministres de la zone euro.

Mais peu après, un autre comparse de Schäuble, le ministre néerlandais des Finances et président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, a par le biais de son porte-parole validé la décision du MES.

Le Premier ministre grec semble néanmoins tenir tête. Lors d’une visite à Thessalonique le 14 décembre, il a annoncé que son gouvernement dépenserait 11,5 millions d’euros l’an prochain pour prolonger le programme de repas gratuits aux 30 000 écoliers les plus démunis du pays. Au cours des sept dernières années, a-t-il déclaré, le peuple grec « a fait d’immenses sacrifices au nom de l’Europe. Nous avons porté le fardeau de la crise des réfugiés », tout en subissant une austérité extrêmement dure. Il a précisé que ces aides ne compromettraient pas les objectifs fiscaux que la Grèce s’est engagée à atteindre.

La prime de Noël a ensuite été approuvée par le Parlement à une majorité des deux-tiers, le principal parti d’opposition, la Nouvelle Démocratie, s’étant abstenu.

Après avoir participé au sommet mensuel européen à Bruxelles, Tsipras s’est rendu à Berlin pour rencontrer celle qu’on a surnommée « la femme la plus puissante du monde », la chancelière Angela Merkel, afin d’obtenir un allègement de la dette. Or, Merkel prétend n’avoir aucun pouvoir en la matière, car c’est aux créanciers de décider.

Chacun sait que la dette grecque est impayable et illégitime. On devrait la traiter selon les mêmes principes appliqués lors de la conférence de Londres de 1953 sur la dette allemande. La dette détenue par le MES pourrait être convertie en capital d’un Fonds européen d’investissement dans l’infrastructure, ayant pour mission de construire une meilleure connectivité avec la Nouvelle Route de la soie.