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Un plan d’intervention militaire en Syrie made in London

3 janvier 2012

La Maison Blanche vient de créer une commission secrète chargée de préparer des « options » d’aide à l’opposition syrienne, d’après un article publié le 28 décembre sur The Cable, un blog du magazine Foreign Policy de Washington. Dirigé par le directeur en chef du Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, Steve Simon, cette commission « inhabituellement petite » de responsables du département d’Etat, du Pentagone, du Trésor et d’autres agences, vise à court-circuiter les voies habituelles de délibérations. Un participant de poids est Fred Hof du département d’Etat, qui, en décembre dernier, a qualifié le gouvernement syrien de « cadavre ambulant ».

L’une des options envisagées consiste à aider le Conseil national syrien (CNS), l’organisation d’opposition basée à Londres ayant récemment appelé à une intervention militaire internationale en Syrie. Un conseiller de haut niveau du CNS, Ausema Monajed, vient de publier un document intitulé Zone de sécurité en Syrie, qui reprend pratiquement mot pour mot l’appel lancé le 20 décembre par la Société Henry Jackson (HJS) de Londres, un descendant de la British Round Table militant pour le programme de guerre perpétuelle et la fin de l’Etat-nation. Le titre choisi par la HJS est d’ailleurs encore plus explicite : « Une intervention en Syrie ? »

Ce document a été rédigé par Michael Weiss, directeur de la communication de la HJS, qui contrôlait elle-même les néoconservateurs américains déterminant dans les grandes lignes la politique de l’ancien président George W. Bush Jr. Parmi eux, on compte James Woolsey, Richard Perle, William Kristol et Josh Muravchik, ainsi que l’ambassadeur à Moscou choisi par Obama, Michael McFaul – tous sous la direction de Britanniques comme le marquis de Lothian et sir Richard Dearlove, l’ancien chef du MI6 nommé par Tony Blair.

Le document propose d’emblée de trouver quelque « prétexte » (sic) pour une intervention armée étrangère. Si le Conseil de sécurité de l’ONU ne joue pas le jeu, une simple condamnation du gouvernement Assad pourrait fournir ce « prétexte », selon l’auteur britannique. Sinon, l’Assemblée générale de l’ONU pourrait adopter une résolution exceptionnelle.

L’intervention militaire pourrait débuter par une campagne de frappes aériennes préventives menées par des forces spéciales britanniques, françaises, turques et américaines, suivies d’opérations au sol menées par les mêmes, pour établir une « zone de sécurité » – une « Benghazi syrienne » – servant de base d’opérations pour les insurgés, et où seront installés des équipements de cryptage et de télécommunications, notamment pour diffuser des émissions radio et télévisées.

Weiss reprend le même argument que pour la guerre d’Irak, à savoir que ce sera « du gâteau ». La Syrie est militairement affaiblie et incapable de monter une résistance efficace. L’Iran se plaindra, mais n’interviendra pas. Le Hezbollah ne peut rien faire. La Russie n’entreprUne intervention en Syrie ?endra rien, quoi qu’elle en dise.

Le plan de Weiss a été récupéré et « édité » par Ausema Monajed, directeur exécutif du Centre de communication et de recherche stratégique (SRCC) basé à Londres et porte-parole du NSC. C’est le SRCC qui fournit à « l’Observatoire syrien des droits de l’homme » les chiffres concernant le nombre de personnes tuées par le régime Assad. Cet « Observatoire » s’avère être la seule source de tous les médias internationaux lorsqu’ils évoquent le bilan total des affrontements en Syrie ; même le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’appuie sur ces chiffres.

Selon l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi, les analystes de la CIA sont extrêmement sceptiques concernant ces chiffres, de même que le nombre de défections de l’armée syrienne et de batailles, mais ils sont par contre conscients que les rebelles sont armés, entraînés et financés par des gouvernements étrangers.