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Syrie : l’Allemagne change la donne

2 octobre 2015

Comme Lyndon LaRouche l’a souligné récemment, la tentative de Washington de provoquer un conflit avec la Russie ne peut fonctionner si l’Allemagne se dissocie ouvertement de la politique de Barack Obama.

C’est désormais le cas, et ceci, de manière spectaculaire. Suivant les conseils de plusieurs membres de son cabinet, la chancelière a personnellement annoncé le 23 septembre que l’Allemagne ne soutenait plus la politique de changement de régime en Syrie, mais s’était ralliée à la position russe visant à inclure le président Assad dans les négociations :

Nous devons parler avec beaucoup d’acteurs, ce qui inclut Assad, ainsi que d’autres, a déclaré Angela Merkel après le sommet de l’UE sur les réfugiés. Pas seulement avec les Etats-Unis, la Russie, mais aussi avec d’importants partenaires régionaux, l’Iran et les pays sunnites comme l’Arabie saoudite.

Il est important que la chancelière ait nommé l’Iran, qui a tout intérêt à voir stabilisée la Syrie.

Ce retournement du gouvernement allemand a été soutenu dès le lendemain au Bundestag par les chefs de file des deux partenaires de la coalition, Volker Kauder de la CDU et Thomas Oppermann du SPD, tous deux se prononçant pour des entretiens avec Assad.

Le 25 du mois, alors que Merkel était à New York pour l’Assemblée Générale des Nations unies, le vice-chancelier Sigmar Gabriel, par ailleurs président du SPD, est allé plus loin en plaidant pour la levée des sanctions contre Moscou. Affirmant que la coopération de la Russie est nécessaire pour résoudre la crise en Syrie, il a ajouté : « Chacun est assez intelligent pour savoir qu’on ne peut pas d’un côté maintenir des sanctions durablement et de l’autre, appeler à la coopération. » Il a également appelé Washington à en faire plus « puisqu’ils sont aussi en partie responsables des causes de la fuite [des réfugiés] à cause de leur guerre en Irak ».

Ce changement rencontre une forte opposition dans les milieux atlantistes, notamment au sein de la CDU-CSU et dans le Parti vert. En revanche, il est soutenu par d’importantes personnalités de l’establishment allemand.

Ainsi, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hans Dietrich Genscher a rappelé dans une interview avec le Welt Am Sonntag du 27 septembre, qu’en 1990 « l’Est et l’Ouest s’étaient mis d’accord sur la Charte de Paris couvrant l’espace de Vancouver à Vladivostok. 25 ans plus tard, nous devrions tous essayer de le réaliser. »

Il y a aussi le mémorandum stratégique de quatre experts (Horst Teltschik, conseiller en sécurité nationale du chancelier Kohl, l’ancien chef de la Bundeswehr Harald Kujat, l’ancien diplomate Frank Elbe et l’actuel directeur de l’association Weizsäcker, Bruno Redeker), dans lequel ils lancent une mise en garde très sévère sur le danger de guerre nucléaire, constatant un regain de tension entre la Russie et les Etats-Unis, qui possèdent « 90 % des armes nucléaires du monde. Il est vrai que depuis Hiroshima et Nagasaki, aucune arme nucléaire n’a jamais été utilisée, mais nous ne voyons aucune raison contraignante pour que cela reste le cas éternellement. »

Ils encouragent aussi les dirigeants européens à favoriser des négociations russo-américaines pour « résoudre les conflits syrien et ukrainien ».