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Syrie : des dirigeants européens se prononcent pour la stratégie russe

21 septembre 2015

La catastrophe des réfugiés, venant s’ajouter à la crainte d’actions terroristes sur leur propre sol, oblige les dirigeants européens à revoir, du moins partiellement, leur soutien au chaos déclenché par l’Occident en Asie du sud-ouest.

* Le 12 septembre, Angela Merkel a finalement répondu à l’appel de Vladimir Poutine, en déclarant que l’Europe occidentale doit travailler avec la Russie et les Etats-Unis « pour résoudre la crise en Syrie ». La veille, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Martin Schäfer a évoqué le rôle clé de Moscou en Syrie [1], ajoutant : « Je pense que nous saluerons le fait que la Fédération russe et le président russe (...) participent activement au combat contre l’ISIS, étant donné les dangers découlant du terrorisme islamique. »

Le dirigeant de la CSU, Horst Seehofer, a exprimé de son côté sa conviction que le conflit en Asie du sud-ouest ne peut être résolu sans l’aide du président Poutine.

Autre signe positif en provenance de Berlin, le dialogue russo-allemand de Saint-Pétersbourg doit reprendre après avoir été suspendu il y a deux ans en raison de la crise en Ukraine. La nouvelle a été annoncée par le nouveau directeur de l’organisation, Roland Pofalla, qui est très proche de la chancelière.

* Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond a nuancé la position de son gouvernement à l’égard de Bachar al-Assad. Devant la commission des Affaires étrangères du parlement, il a déclaré le 9 septembre : « S’il existe un plan de transition raisonnable qui prévoit qu’Assad soit impliqué dans le processus pendant un certain temps, nous l’étudierons. (...) Nous ne disons pas qu’il doit partir dès le premier jour. »

Le Premier ministre David Cameron, quant à lui, se contente de répéter qu’« Assad doit partir », tout en précisant qu’il envisage d’avoir recours à la « force militaire dure » en plus des attaques par drone. Toutefois, cette option semble hors question depuis la victoire éclatante de Jeremy Corbyn, farouche adversaire des aventures militaires à l’étranger, à la tête des travaillistes.

* En France, le président Hollande a affiché dans sa conférence de presse du 7 septembre, un changement de ton vis-à-vis du Président syrien. Il n’a plus demandé son départ immédiat, indiquant que la France est prête à coopérer avec « tous les pays » pouvant faciliter une solution politique et une transition, y compris la Russie et l’Iran.

Tout en livrant sa traditionnelle attaque en règle contre le pouvoir à Damas, Hollande a dit que le « départ de Bachar al-Assad sera à un moment ou un autre posé dans la transition », la nuance étant dans les mots « à un moment ou un autre ».

Sur un autre front, François Hollande poursuit activement une percée dans les négociations du « Groupe de Normandie » (Allemagne, France, Russie, Ukraine) pour faire avancer l’accord de Minsk.

Toutefois, la situation exige une rupture totale des grandes puissances européennes avec la politique de « changement de régime » poursuivie par Washington, qui vise en fin de compte la Russie et la Chine, et une coopération intense avec les BRICS pour assurer le développement économique des régions que fuient actuellement les populations.


Notes

[1Tout en renforçant les moyens militaires des forces armées syriennes, le président russe a appelé à une coalition internationale pour faire du combat contre Daesh en Irak et en Syrie une priorité. Il va certainement présenter sa proposition lors des débats à l’Assemblée générale de l’ONU.