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Suisse : le débat sur la séparation des banques se poursuit

11 avril 2016

Couper en deux les banques « trop grosses pour sombrer » devient encore plus urgent au vu de la crise qui va en s’amplifiant au Crédit suisse. La banque a perdu 50 % de son capital ces huit derniers mois. Sans toutefois mentionner cette institution, deux économistes, Marc Chesney de l’université de Zurich et le professeur Karl Socher de l’université d’Innsbruck, ont rappelé à l’opinion publique suisse que la solution passe par la séparation entre banques commerciales et banques d’affaires – une proposition que le Conseil national suisse (Parlement) a adoptée par deux fois dans le passé récent.

Le professeur Chesney observe dans une interview avec le journal des entrepreneurs Unternehmerzeitung que les banques utilisent les liquidités fournies à taux zéro par la BCE pour acheter des actions et d’autres titres,elles découplent encore plus les valeurs financières de l’économie réelle et font croître le risque systémique.

La solution ?

Les banques de dépôt et les banques d’affaires devraient être séparées, suivant le modèle qui a si bien fonctionné aux États-Unis entre 1933 et 1999. Ceux qui veulent jouer avec l’argent ne devraient pas pouvoir le faire avec celui des épargnants. Aujourd’hui, les banques d’affaires sont ’’trop grosses pour sombrer’’.Lorsqu’elles plongent, les contribuables paient.

Le professeur Socher a, pour sa part, rédigé une tribune libre dans le Neue Zuercher Zeitung du 2 avril, dans laquelle il critique l’approche de l’UE consistant à renforcer la centralisation pour traiter la crise financière. Des États de l’UE en difficulté, constate-t-il, ont été renfloués pour sauver les banques :

Ceci n’aurait pas été nécessaire si la régulation bancaire de l’UE avait fait la différence entre les banques commerciales qui créent de l’argent et les banques d’affaires qui spéculent avec cet argent. Seules les banques créatrices d’argent qui font faillite peuvent mettre en danger le système de l’économie de marché. L’effondrement de l’activité des banques d’affaires devrait être à la charge des investisseurs, et non des contribuables.

En Grande-Bretagne, un ancien journaliste de The Economist, David Shirreff, a publié un nouveau livre Break Up the Banks (Séparer les banques), dont Alternet a publié des extraits. Il propose une variation sur le Glass-Steagall : la séparation entre banques de détail, banques de financement d’entreprises et banques d’investissement. Seules les banques de détail géreraient les dépôts, auraient accès à l’argent de la banque centrale, bénéficieraient de l’assurance des dépôts et ne prêteraient qu’aux particuliers et aux PME-PMI. Les banques de financement d’entreprises lèveraient des fonds sur le marché et financeraient les grandes sociétés tout en émettant leurs titres, mais ne pratiqueraient pas le trading des titres. Le trading financier proprement dit serait réservé aux banques d’investissement auxquelles Shirreff propose d’imposer un modèle où les partenaires sont responsables à 100 % des dettes.

Le point faible de cette proposition, comme Shirreff le reconnaît, est l’augmentation du coût du crédit pour les grandes sociétés. Elle fournit néanmoins une bonne base de discussion. Shirreff, qui a qualifié autrefois la Deutsche Bank de « hedge fund géant avec une petite banque commerciale annexée », a écrit des comédies musicales sur le thème de la crise financière et de l’euro.