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Stress tests : faut-il en rire ou en pleurer ?

9 novembre 2018

Le vendredi 2 novembre, l’Autorité bancaire européenne a publié les résultats de ses stress tests (tests de résistance) pour 2018 concernant quarante-huit des plus grandes banques européennes. Son constat : celles-ci sont « plus résilientes au choc financier ».

Or, vu les critères des tests, il aurait été étonnant que les résultats soient autres... L’idée que les superviseurs bancaires publieraient des données honnêtes de leur situation en cas de difficulté du système bancaire est en soi absurde ne serait-ce qu’en raison de l’impact négatif qu’aurait la divulgation d’une situation « délicate » ce qui, au minimum, provoquerait la chute des actions de la banque voire même une ruée des clients et investisseurs.

Les tests ont donc été « ajustés » de telle sorte que le choc fictif auquel les banques devaient résister était léger. Ajoutons que leurs actifs ont été évallués à une valeur parfaitement irréaliste.

Le scénario de choc prévu par l’ABE comportait les éléments suivants :

 « Déclin cumulé du PIB sur trois ans de 2,7 % ;
 « Chômage à 9,7 % en 2020 ;
 « Inflation cumulée sur 3 ans de 1,7 % ;
 « Déclin cumulé des prix de l’immobilier résidentiel et commercial sur 3 ans de respectivement 19,1 % et 20 %. »

Que voilà un scénario modéré ! Surtout si on le compare au choc provoqué par la crise financière de 2008 dans les grands pays de l’UE. Le déclin du PIB d’alors était de 5,6 % en Allemagne, de 5,5 % en Italie, de 4,4 % dans le Royaume uni et de 2,7 % en France.

Sachant que le prochain choc financier sera bien plus sévère que celui de 2008, le scénario de l’ABE se trouve dépourvu de toute crédibilité.

En outre, l’ABE s’est concentrée sur l’activité de crédit des banques, en sous-estimant le côté financier, et ce alors que les grandes banques sont beaucoup plus impliquées dans le trading financier que dans le crédit commercial.

L’ABE estime qu’en cas de crise sévère les banques perdraient jusqu’à 358 milliards d’euros dans le secteur commercial, soit quatre fois plus que dans le secteur (spéculatif) des actifs, qui subirait une perte totale de 94 milliards.

C’est en effet ridicule : le montant total des prêts non performants (NPL) dans l’UE est d’environ 1000 milliards, à comparer au montant total des actifs de Niveau 2 et Niveau 3 détenus par les banques qui est de 6500 milliards. Or, ces derniers sont des actifs toxiques sans prix de marché. Ils devraient avoir une valeur de zéro et être supprimés de bilans.

Un tiers des NPL est détenu par les banques italiennes, alors que la moitié des actifs de Niveau 2 et Niveau 3 sont détenus par des banques françaises et allemandes. Se concentrer sur le côté crédit augmente le risque bancaire de l’Italie et détourne l’attention de la bombe à retardement de la bulle des produits dérivés.

Néanmoins, en dépit de la bienveillance de l’ABE, certaines des plus grandes banques de l’Europe du Nord ont reçu les notes les plus faibles, dont Lloyds, Barclays et Deutsche Bank.