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Soutenue par le Brésil, l’Argentine dit non à « l’économie verte » au sommet de Rio+20

25 mai 2012

Dans le contexte des préparatifs pour le sommet de Rio de Janeiro (Rio+20) sur l’environnement, qui doit se tenir du 20 au 22 juin, 20 ans après la première conférence, des luttes féroces apparaissent déjà à l’horizon. Tandis que la faction impériale et malthusienne s’est mobilisée avec la publication d’une multitude d’articles prônant la réduction de la population et « l’énergie propre » (Club de Rome, World Wildlife Fund), plusieurs pays du tiers-monde se sont mobilisés à leur tour pour contrer cette propagande, incluant en Ibéro-amérique.

En Argentine, le sous-secrétaire à la Planification pour les Affaires environnementales Silvia Revora a déclaré sans ambiguïté que son pays « dira ’non’ à l’économie verte » à Rio. L’agenda de l’ONU pour le sommet « ne mentionne même pas les pays en voie de développement », a-t-elle ajouté. Ces déclarations ont été faites le 18 mai dernier lors d’une conférence des « jeunes pour un environnement soutenable » à Buenos Aires, à laquelle elle fut invitée pour discuter de la position de l’Argentine au sommet de Rio.

Le document final de cette conférence du 18 mai, qui sera intégré à la position officielle de l’Argentine, affirme sans détour, dès le premier point, que « nous concevons l’environnement non pas comme la seule protection de notre patrimoine naturel, ou comme le résultat de la relation entre l’homme et la nature, mais plutôt, de manière plus fondamentale, comme le droit de tous les hommes et toutes les femmes de notre pays à une qualité de vie qui ne peut être atteinte que si l’Etat est garant de l’intérêt public, grâce à des mesures permettant d’obtenir une égalité sociale et environnementale. »

Diego Rivas, le Directeur national pour la jeunesse, a expliqué qu’au cours des deux journées de discussion les jeunes participants sont arrivés à la conclusion que les politiques sociales, telles que le développement de l’infrastructure, font en réalité partie d’une politique environnementale, et « que l’environnement a pour axe principal le bien-être des êtres humains ainsi que leurs droits ».

Qu’est-ce que le « développement durable » signifie vraiment ?, a demandé la sous-secrétaire Revora lors d’une discussion avec l’agence nationale de presse Telam. Cela signifie à l’heure actuelle que les pays industrialisés utilisent l’environnement comme prétexte pour imposer des restrictions au développement économique des pays émergents, s’ils ne sont pas considérés comme « suffisamment verts ». « Cela devrait dire que nous allons parler de politiques sociales, économiques et culturelles en défense de notre souveraineté. »

Comme elle l’a fait remarquer, « il n’y a même pas d’accord aux Nations unies sur ce que signifie ’économie verte’ » mais il y a « une forte résistance parmi la grande majorité des pays » qui seront présents à Rio. En effet, les ministres de l’Environnement des pays du Mercosur (le marché commun du Sud), qui se sont réunis à Buenos Aires le 11 mai, ont publié un document allant dans la même direction et exprimant la position unifiée de l’union douanière pour le sommet de Rio.

La résistance du Brésil à l’agenda de l’ONU a été également clairement formulée par la Présidente Dilma Rousseff en avril dernier, à l’occasion d’un forum sur le changement climatique. Rousseff a déclaré que l’agenda du sommet doit partir de la réalité, qui est que les gouvernements à travers le monde doivent fournir la nourriture, l’eau et l’électricité à des millions de gens pauvres. Les participants au sommet, a-t-elle continué, ne peuvent pas perdre leur temps à discuter de « fantaisies » comme celles affirmant que le développement humain peut être accompli par le vent et l’énergie solaire.

Personne n’attend pour l’instant quoi que ce soit de significatif à l’issue du sommet. En fait, la plupart des groupes de pression sur l’environnement espère tout simplement que le tout ne se terminera pas sur un gigantesque fiasco comme le Sommet de Copenhague de 2009 sur le changement climatique, en raison, une fois encore, de la résistance des pays du Sud.