« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

Accueil > Veille stratégique

Skripal, Cambridge Analytica et les services secrets de Sa Gracieuse Majesté

29 mars 2018

Passant outre les médias établis, de nombreux analystes politiques ont dénoncé la tentative flagrante du gouvernement britannique de déclencher une nouvelle vague de russophobie, mettant en lumière les incohérences de la version officielle de l’ « affaire Skripal », à commencer par le manque de preuves fournies et l’absence de tout bénéfice à en tirer du côté russe.

Si le gouvernement a immédiatement tiré les conclusions sur le coupable, la Police de Londres a déclaré qu’il faudrait « des mois » avant de boucler l’enquête, tandis que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, qui n’a été autorisée à s’y intéresser que près de 18 jours après l’attentat, aura besoin de plusieurs semaines pour effectuer ses analyses.

Face aux protestations russes, le ministre britannique de la Défense Gavin Williamson a déclaré le 15 mars que « la Russie devrait se taire et disparaître », alors que le chef de la « diplomatie » de Londres, Boris Johnson, est allé jusqu’à comparer la prochaine Coupe du monde ouverte par Vladimir Poutine, à la présence d’Hitler aux Jeux olympiques de 1936. Ils ont de toute évidence abandonné tout semblant de raison.

Mais ce n’est pas le seul problème ; d’autres opérations impliquant le renseignement britannique sont aussi dans le collimateur. C’est le cas de la société d’analyse de données Cambridge Analytica, à qui Trump avait fait appel pour sa campagne électorale, accusée d’avoir utilisé des données de Facebook afin d’influencer le vote de l’élection présidentielle de 2016. La nouvelle a, parallèlement, déclenché un nouveau tir de barrage contre Donald Trump et Facebook.

Ces attaques ne détourneraient-elles pas l’attention des vrais responsables, si l’on en croit le journaliste d’investigation Liam O’Hare dans un article choc titré « SCL, un coup très britannique », publié le 20 mars sur Bella Caledonia ? Il se penche sur la société mère de Cambridge Analytica, la SCL (Strategic Communications Laboratories), dont le conseil d’administration est composé d’une « brochette de Lords, bailleurs de fonds tories, anciens officiers britanniques et entreprises liées à la défense », qui propose en tant que société privée des opérations de guerre psychologique à caractère militaire. Les deux sociétés, selon l’Observer, sont en réalité une seule et même entité.

L’organisation se targue d’avoir dirigé des programmes de modification du comportement dans plus de 60 pays pour le compte de clients tels que le ministère britannique de la Défense, le département d’Etat américain et l’OTAN. SCL a signé un contrat avec le département d’Etat pour lutter contre la propagande et la désinformation émanant de groupes terroristes. Elle a également participé à des opérations de l’OTAN visant à « contrecarrer la propagande russe » à propos de l’Ukraine.

Mark Turnbull, le chef de la branche SCL Elections, dirigeait dans l’Irak occupé une campagne financée par le Pentagone, produisant entre autres de fausses vidéos d’al-Qaïda. Le président de SCL est l’ancien secrétaire à la Défense du gouvernement de Margaret Thatcher, Sir Geoffrey Pattie.

O’Hare conclut ce profil en notant que les « acteurs de l’ombre utilisant des coups tordus pour manipuler des élections » ne se trouvent pas à Moscou, mais ce sont « des Britanniques, diplômés d’Eton, siégeant à la City de Londres et étroitement liés au gouvernement de Sa Majesté ».

Par ailleurs, Theresa May a été interrogée au Parlement le 21 mars sur le rôle du Royaume-Uni dans « la subversion du processus démocratique dans un autre pays », par le député Ian Blackford du Parti national écossais, qui a énuméré les nombreux liens entre Cambridge Analytica et les Tories.

En outre, Julian Assange de Wikileaks a publié une douzaine de tweets le 22 mars à propos du rôle du Royaume-Uni dans le coup contre Donald Trump, citant les noms de sujets britanniques dont Christopher Steele, Claire Smith de la Commission du renseignement conjointe, et Sir Andrew, l’ancien ambassadeur britannique en Russie.