« la plus parfaite de toutes les oeuvres d’art est l’édification d’une vraie liberté politique » Friedrich Schiller

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Les Etats-Unis et la Russie doivent travailler ensemble

Seul un nouveau paradigme peut stopper la montée du fascisme !

Par Helga Zepp-LaRouche

28 décembre 2015

Cet article d’Helga Zepp-LaRouche, présidente de l’Institut Schiller, est paru dans la revue Executive Intelligence Review du 12 décembre 2015.

Dans un monde de plus en plus chaotique, il devient clair que non seulement l’ancien paradigme anglo-américain de la mondialisation augmente chaque jour le risque d’une guerre mondiale, mais qu’aussi des « solutions » fascistes sont en préparation, ou sont déjà appliquées, des deux côtés de l’Atlantique.

Mais, ni l’extinction de l’humanité dans un Armageddon thermonucléaire, ni le sacrifice de vies humaines au profit de l’oligarchie financière, ne sont inévitables. Cependant, pour les prévenir, il sera nécessaire de vaincre la politique des partis et la géopolitique, et de les remplacer par une coopération non-partisane, à tous les niveaux, qui soit orientée sur les objectifs communs de l’humanité.

Il n’est pas surprenant que l’Union européenne (UE), depuis sa fondation par le Traité de Maastrich, soit devenue un monstre, et qu’aujourd’hui, face à la crise des réfugiés et au krach financier qui menace, elle apparaisse non seulement comme un échec, mais aussi, elle pratique une politique clairement fasciste. La dernière avancée dans cette direction est l’annonce par Bruxelles du remplacement de l’agence pour le maintien de la sécurité des frontières, Frontex, qui est déjà une abomination, par une nouvelle organisation qui sera contrôlée par Bruxelles, et dont les gardes-frontières pourront expulser les réfugiés.

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Interrogatoire d’une réfugiée mené par les agents de Frontex (Agence Européenne de contrôle des frontières de l’UE).

Selon les rapports cette organisation pourrait même intervenir dans des Etats non-membres de l’UE, et l’UE pourrait ne pas tenir compte d’objections venant de pays membres de l’UE. Ainsi la question des réfugiés passerait sous la coupe du plus grand transfert de souveraineté à Bruxelles depuis l’introduction de l’Euro.

Penser que l’Europe pourrait être protégée par une fortification « limes » grâce à la force des armes, tandis que l’Asie du Sud-Ouest et l’Afrique sombreraient dans la guerre, le chaos, et la pauvreté, est aussi stupide qu’inhumain.

Dévorer les siens

Mais toute personne qui pense que, le monstre qu’est l’UE, a réellement l’intention de protéger les gens derrière une muraille « limes », se trompe complètement.

Par exemple, la Commission Européenne est en train de menacer l’Italie de poursuite judiciaire, parce que le gouvernement italien n’a que partiellement appliqué à quatre banques la loi du « bail-in » (renflouement interne de la banque par les actionnaires et les déposants) – le modèle chypriote – déjà entérinée par les membres de l’UE, en la combinant à un « bail-out » (renflouement externe de la banque par l’Etat) . Malgré ce compromis, beaucoup de clients de ces banques ont perdu leurs dépôts. Dans ce contexte, un retraité âgé de 68 ans de la ville de Civitavecchia, qui a perdu toutes ses économies dans la Banca Etruria, s’est suicidé. Actuellement, le Procureur général, enquête pour déterminer s’il y a eu incitation au suicide.

En effet, on sait que la banque centrale italienne s’était opposée à la demande venant de la Banque centrale européenne de faire un « renflouement interne » total avec l’argent des déposants, et qu’au lieu de cela, elle a utilisé l’argent du Fonds italien de garantie des dépôts pour le « renflouement externe ». Il y a en Allemagne une farouche opposition contre l’extension du mécanisme de « renflouement externe » au niveau européen (Fonds européen de garantie des dépôts), parce que bien sûr, ce sont principalement les déposants et les contribuables allemands qui devront payer. Le « renflouement interne » italien donne un avant-goût de ce que l’UE compte faire en terme de confiscation de l’épargne des citoyens lors du prochain krach financier.

Pour dire les choses comme elle sont : l’UE n’est ni une Union, ni une « idée européenne » ; elle n’a pas de projet, que ce soit pour sauver les réfugiés, ou pour défendre l’intérêt commun des citoyens de l’UE. Les seuls intérêts qu’elle protège sont ceux de l’oligarchie financière et de la super-bureaucratie de l’UE. Plus vite, le monstre sera démantelé, et les États-nations d’Europe fermeront l’économie de casino, – en rétablissant une loi de séparation des banques de type Galss-Steagall, mieux ce sera.

Deux factions aux Etats-Unis

De l’autre côté de l’Atlantique, de plus en plus de personnalités influentes sont convaincues que ni les Etats-Unis ni le reste du monde ne survivront, si Obama reste au poste de Commandant en chef pour les 13 mois restants. Ce n’est un secret pour personne dans les milieux informés qu’Obama a personnellement donné son soutien – et parfois pas seulement de manière tacite – aux provocations continuelles contre la Russie et la Chine : allant depuis la destruction en plein vol, par la Turquie, de l’avion de combat russe au dessus de la Syrie, au déploiement de Forces spéciales américaines et des troupes turques en Irak, jusqu’au bombardement par l’aviation américaine de soldats de l’armée syrienne.

Lors du dernier essai du système Aegis Ashore d’interception de tir, la Marine américaine et l’Agence de défense antimissile ont détruit avec succès une cible de missiles balistiques de la zone de tir du Pacifique à Hawaï. L’essai, aussi, a démontré les capacités de coordination du système Aegis Ashore avec d’autres systèmes radars, ce qui étend considérablement le champ de défense du système Aegis sur mer et sur terre.

Ce système, comme l’ensemble du système américain de défense antimissile, la doctrine de Frappe globale rapide (Prompt Global Strike), et la doctrine de Bataille air-mer, est prévu pour pouvoir lancer une première frappe contre les capacités de seconde frappe de la Russie et de la Chine. L’Armée russe a déclaré à maintes reprises en des termes on ne peut plus clair, qu’ils ne peuvent pas et ne permettront pas à ces systèmes de s’étendre jusqu’à mettre la Russie sans défense, ce qui est de plus en plus proche.

La crainte d’atteindre rapidement ce point de non-retour dans une confrontation avec la Russie, détermine le contexte dans lequel des articles sont sortis récemment, appelant à un recours au 25e Amendement à la Constitution américaine, une clause qui est invoquée lorsque le Président est dans l’incapacité d’assumer les pouvoirs et les devoirs de son mandat pour des raisons physiques ou mentales. (Voir par exemple, l’article de Charles Hurt The Nuclear Option : Is It Time to Invoke the 25th Amendment ?)

Mais l’appréhension n’est pas moins grande dans la direction du Parti républicain, face à l’apparent succès de la campagne de Donald Trump, dont la démagogie pro-fasciste a déjà anéanti les chances du favori de Wall-Street Jeb Bush. Les Républicains craignent une écrasante défaite aux élections si Trump gagne l’investiture.

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L’ancien chef de l’Agence du renseignement militaire américaine (DIA), Michael Flynn, répondant aux questions de la presse à Moscou le 10 décembre 2015.

Aux Etats-Unis il y a actuellement deux groupes clairement distincts. D’un côté il y a les faucons « utopistes », qui sont convaincus que la combinaison de provocations et de victoires technologiques dans la course aux armements leur permettrait de soumettre la Russie et la Chine – au risque d’anéantir l’espèce humaine. De l’autre, il y a ceux qui pensent que les problèmes existentiels mondiaux ne pourront être résolus que si les Etats-Unis, la Russie et la Chine travaillent ensemble. Cette dernière position est soutenue par l’ancien chef de l’Agence du renseignement militaire américaine (Defense Intelligence Agency, DIA) le général à la retraite Michael Flynn, comme par toute autre personne rationnelle en Europe.

Une menace mondiale

L’organisation terroriste de l’Etat Islamique (EI) est active à l’échelle mondiale ; elle menace tous les pays du monde, mais plus particulièrement l’Europe, la Russie, la Chine et les Etats-Unis, d’où elle recrute régulièrement ses djihadistes. Et cela continuera tant qu’elle disposera d’un territoire lui servant de base pour ses opérations, ce qui est actuellement possible grâce aux « alliés » de l’Occident que sont la Turquie et l’Arabie saoudite.

Sharon Premoli, l’un des survivants des attentats du 11 septembre 2001, a lancé une attaque virulente contre l’administration d’Obama, le 8 décembre dans le Huffington Post, disant que l’administration qualifie encore l’Arabie saoudite d’allié, bien qu’elle soit le véritable pouvoir qui finance l’appareil de propagande qui dissémine l’idéologie salafiste wahhabite à travers les mosquées radicales dans le monde. Ceux qui se font achetés par l’argent saoudien seront appelés les collaborateurs des nazis du 20e siècle.

En Allemagne, l’insanité stupide qui consiste à livrer des armes lourdes à des Etats comme l’Arabie saoudite et la Turquie qui apportent leur soutien à l’EI, doit cesser. C’est à la fois cynique et criminel d’offrir des milliards de dollars pour retenir les réfugiés alors qu’ils sont victimes de cette politique.

Lyndon LaRouche a appelé à la constitution d’une coalition non-partisane qui puisse prendre toutes les mesures nécessaires pour sauver les Etats-Unis. Cela inclut une coopération stratégique avec la Russie et la Chine, l’introduction de la loi Glass-Steagall Act, et le rétablissement des Etats-Unis en tant que République.

En Europe aussi, et particulièrement en Allemagne, il est absolument nécessaire de sortir des politiques étroites des partis et de former une coalition non-partisane de la « raison ». C’est à travers une coopération avec les pays des BRICS que pourront être résolues la crise des réfugiés et la menace d’un nouveau krach financier : grâce à une intégration économique dans la Nouvelle route de la soie, un programme mondial basé sur la coopération économique, ce qui permettrait aux pays de l’Asie du Sud-Ouest et de l’Afrique de se développer et aux populations de ne plus fuir la guerre, la famine, et le chaos. Si ce nouveau paradigme est mis à l’agenda, et les buts communs de l’humanité passent avant les petits et prétendus intérêts nationaux, alors seulement l’humanité aura une chance de survivre.

L’avertissement du premier président des Etats-Unis, George Washington, exprimé dans son discours d’adieu en 1796, est encore valable aujourd’hui : ceux qui placent les politiques partisanes au dessus de leur loyauté aux principes de la République, préfigurent le grand danger d’un « despotisme horrible ». C’est dans l’intérêt et le devoir des personnes sages que de sortir et d’arrêter cette conception étroite des partis.

Il y a-t’il assez de personnes aux Etats-Unis, en Allemagne, en France, et en Italie, qui aient suffisamment de courage et de clairvoyance pour lancer un débat public sur ces questions, et changer les choses à temps ?