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Séparation bancaire : les socialistes suisses fléchissent

29 juin 2016

Le Conseil d’État de la Confédération suisse (la chambre haute du Parlement) a rejeté le 13 juin les deux propositions de loi en faveur d’un nouveau Glass-Steagall adoptées par le Conseil national (chambre basse). Le résultat n’était pas une surprise, puisque le Conseil d’État avait déjà rejeté en 2014 les deux mêmes propositions, déposées par le Parti socialiste et l’Union démocrate du centre.

La différence cette fois-ci est venue des socialistes, qui ont décidé de s’abstenir, trahissant ainsi leur propre proposition et se distançant de la faction socialiste du Conseil national. Le chef du parti Christian Levrat a justifié la décision en affirmant que les mesures bancaires adoptées entre-temps sont très proches des dispositions contenues dans les deux propositions. Ceci est absolument faux, puisque les régulations en question ne concernent que les exigences de capital, sans la moindre modification du système de banque universel.

Le ministre des Finances Ueli Maurer a affiché son incompétence en affirmant que la séparation des banques n’aurait pas empêché la faillite de Lehman. Effectivement, en vertu de Glass-Steagall, Lehman aurait fait faillite bien plus tôt, avec les autres banques qui ont été renflouées en 2007-2008, mais ceci n’aurait eu aucun impact sur le secteur commercial, et par conséquent n’aurait pas créé un risque pour l’ensemble du système.

Le vote suisse survient à un moment où les deux banques systémiques du pays, Crédit Suisse (CS) et UBS, sont en pleine crise. Selon la Banque centrale, elles doivent trouver chacune 10 milliards de francs pour satisfaire aux exigences réglementaires d’ici 2020. Le capital total de CS se situe à 24 milliards de FS environ, la moitié de la somme inscrite au bilan de la banque. Comparé à ses engagements hors bilan, totalisant 836 milliards FS, nous obtenons un ratio d’un peu plus de 2,5 %. Chose plus importante encore, la banque détient 45 mille milliards de FS de produits dérivés (valeur notionnelle), ce qui signifie que si la moitié d’un millième de cette valeur venait à être perdue, tout le capital de la banque serait balayé.